‹ Traité pratique des peintures à la gouacheChapitre 7 sur 16 · EMPLOI DES BRONZES DE COULEUR · texte numérisé non relu

EMPLOI DES BRONZES DE COULEUR

L’adaptation des bronzes à l’enluminure des objets de fantaisie, mais qu’on doit, selon nous, bannir absolument de la peinture des manuscrits, peut donner de charmants résultats. Par la combinaison heureuse de certains tons on peut ainsi rendre des effets particulièrement brillants et chatoyants qui trouveront leur application pour des souvenirs, des menus, des écrans, (les couvertures de livres profanes, volumes de \*ers ou autres.

.V une récente exposition, nous avons vu des pages d’art religieux, canons d’autels et autres ainsi enluminées et rehaussées de fragments de perles et de pierreries imitées, non sans quelque mérite; mais, disons-le cependant, bien loin d’avoir le cachet de haute distinction , de calme

infini des peintures religieuses exécutées en gouache et à l’or pur.

Les anciens maîtres-peintres de manuscrits ne se sont jamais servis de bronzes et n’ont employé que des métaux précieux :

la raison en est simple ^ si les pierres fausses ont existé de tout temps, il n’en est pas de même des bronzes qui sont d'industrie toute moderne. Ce qu’on a pu prendre pour des bronzes de couleur sur certains manuscrits n’est autre chose que de l’or le plus pur recouvert d’un glacis de laque. A les supposer peints au bronze, l’oxydation se fût certainement produite, et

Lettre tirée crun manuscrit ^ remarquer que sur

du xiir siècle. très grande quantité de

manuscrits rehaussés d’or, aucun n’est oxydé ^ même à côté de pages rougies de moisissures. Si donc on s’était donné la peine de soumettre ces

Miniature tirée d’un manuscrit du xiii'' siècle, représentant saint lîenoîl remettant à saint Maur le li\re de la l'èf^lc de son ordre.

ors à la pierre de touche, on eût certainement reconnu que ce n’était point là des bronzes de couleurs, mais de l’or le plus pur, glacé de couleur. Réservons donc l’emploi des bronzes jDour l’enluminure des objets de fantaisie : nous allons y revenir un peu plus loin. '

Nous ne nous étendrons pas davantage sur l’emploi de l’or que nous avons traité d’une façon très complète dans notre « Traité de l’Enluminure » ; ajoutons seulement qu’à l’aide des bronzes de colorations si variées que l’on fait aujourd’hui , on peut obtenir de très charmants etfets, surtout si l’on ne recherche pas spécialement le caractère archaïque ou religieux.

Lcltrc ornée fond or tirée d'un manuscrit du xiV siècle.

DE l’ÉCKITURE

La décoration du manuscrit terminée, la question de l’écriture devient chose grave ; à quelles mains allons-nous la confier? Loin de moi, grand Dieu, ridée de porter préjudice à qui que ce soit; mais, hors un seul cas, celui où l’amateur a la ferme conviction d’avoir produit un travail de premier ordre, et alors le choix d’un calligraphe de premier rang s’impose pour la confection de l'écriture, il nous a toujours semblé que cela fait partie intégrante du manuscrit, et qu’il y a quelque peu sacrilège à faire exécuter par des mains étrangères un travail beaucoup plus simple que celui de renluminure qui l’encadre. On nous a toujours objecté que la grande difficulté est la régularité absolue du travail des lettres juxtaposées. Mais c’est là une erreur profonde : les véritables calligraphes, artistes de tempérament, ne recherchent pas tant la régularité qu’on le suppose. C’est affaire d’imprimeur cela, et non d’artiste, et les plus beaux manuscrits anciens sont loin de présenter des écritures régulières.

Avec une méthode d’écriture simple, comj)ortanl quelques exercices de gothique droite,

Kakl lionEKT. — La Gouache. ;>

telle que la préconise et l’enseigne M. L.-A.

Foucher, on peut, en très peu de temps, être à même d’exécuter soimême les pages de son manuscrit. Certes, il faut s’astreindre à faire au préalable quelques pages de hâtons^ mais cet exercice d’écolier n’a, somme toute, rien d’ennuyeux si l’on songe au bon résultat qu’on peut obtenir vite. 11 est destiné, en effet, à affermir la main et à lui donner de la sûreté. Il est à remarquer que c’est surtout par timidité, par peur exagérée de mal faire qu’on recule le plus souvent

tant giég quëlÿ

forte que leiois’ un jour

ma cmr que fat tant aimt;o; et à uoug'/môu^ iea,qiie ;e

Do^aimerplu5^ que tôuES' chote^.

( P Lacorefaicf )

à entreprendre ce travail de l’écriture.

Les capitales se peignent à la gouache sur un dessin préalablement trace a la ^ ^

pour M. Lesort, éditeur a Fans, plume afin de leur par M. L.-A. Foucher.

donner toute la netteté possible. Les procédés

pour l’or mat et l’or bruni sont les mêmes que

ceux indiqués plus haut.

On peut ég“alement employer les encres d’or, d’argent ou de platine, mais c’est là, croyonsnous, une erreur, l’écriture ordinaire à l’encre de Chine est la seule qui puisse réellement faire valoir le travail de l’enluminure qui l’encadre.

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rc avec toute- la fervearde mott^

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Modèle exécuté pour M. Lesort, éditeur à Paris, par M. L.-A. Fouchcr.

Les rubriques en rouge, si nécessaires pour former dans le corps du texte des rappels de décoration , doivent être exécutées comme le texte lui-même, avec la même plume, si l’on se sert d’une plume d’oie, avec le même numéro si

Ton a pris une plume métallique. Il ne faut, en etfet, donner aux rubriques en rou^e ni l’importance des capitales ornées, ni la même facture que celle employée à la décoration .

Nous ne saurions nous étendre davantage sur le travail de l’écriture, les spécimens que nous donnons pourront servir de guides à l’amateur; en les prenant pour modèles et les réjDétant plusieurs fois, en pages d’écriture, nul doute qu’on ne soit en mesure, après quelques jours d’exercice, d’exécuter soi-même l’écriture d’un manuscrit, d’une façon sinon complète, au moins très satisfaisante.

APPLICATIONS MODERNES DE l’eNLUMTNüRE

A la peinture des manuscrits, se rattachent les peintures en gouache sur bristol, ivoire , ivoirines, les grandes pages de yélin pour souvenirs,, et aussi sur quelques objets décoratifs, tels que les écrans ; mais ces derniers doivent être réservés pour la bibliothèque ou le cabinet de travail.

L’enluminure, en dehors du livre, ne doit, en résumé, s’adapter qu’à la décoration d’objets sérieux et de respectueux souvenir, sans être,

for c éme n t pour cela, de caractère exclusivement religieux. Elle doit, selon nous, être bannie des objets usuels ou futiles. Appliquer Fart de la peinture des manuscrits à la confection des éventails ou des menus me seml:)le une anomalie complète, puisque ces objets ne valent que par la fantaisie légère qui en fait le charme.

Donc, on appliquera ce genre pour toutes images

dessinees, souhaits ou souvenirs, JDonne année, baptême, première communion, mariage; on l’emploiera pour la confection de signets ornés, soit, mais on s’écartera de son caractère le plus possible dans les travaux qui ressortent du domaine de la fantaisie.

Nous donnons ici, comme exemple, deux modèles de signets ornés à enluminer sur ivoirines à

SoLivcr.ir de mariage par M. L.-A. Fouchcr.

l’aide de bronzes colorés, un souvenir de mariage d’une grande finesse, enfin une des remarquables couvertures des mélodies de chant grégorien éditées par M. Baudoux, de Poitiers. Bien qu’il ne nous soit pas possible de donner ici l’appréciation critique que mériterait une pareille publication, disons cependant que c’est grâce aux importants travaux et aux découvertes de dom Pottier que ces belles mélodies ont pu être remises en lumière, et la publica tion de M. Baudoux , à laquelle collaborent tous les grands artistes et harmonistes de nos jours, est destinée à aider les maîtres de chapelle et les organistes qui veulent revenir aux vrais chants de l’Eglise, et remplacer la musique de sentiment et parfois, même, la musique absolument profane, par les anciennes cantilènes des âges de la foi.

DE QUELQUES BOUQUETS A COMPOSER, ENCADREMENTS DÉCORATIFS POUR SOUVENIRS

Les petits bouquets de fleurs, qui se donnent si fréquemment comme souvenirs, se font généralement sur ivoirine. La palette doit être plus complète que la précédente, on y ajoutera sur-

tout des rouges, des bleus, des violets, des laques. Soit pour les rouges, le rouge de Saturne, le rouge de Venise, le vermillon de Chine; pour les bleus, la cendre bleue, le bleu céleste, le bleu de Chine ; pour les violets, le violet de cobalt, le violet de mars, enfin le rose carthame, la laque géranium ou rose capucine. Toutes ces couleurs, qu’on pourrait sans doute obtenir par des mélanges successifs, mais longuement cherchés, ont l’avantage de donner tout de suite les tons frais et variés de la nature. Or, lorsqu'on peint des fleurs, il faut pouvoir agir rapidement, et la sobriété d’une palette ne serait ici qu’un obstacle au bon résultat. Il ne s’agit pas en effet de faire simple lorsqu’on peint les fleurs, comme pour le paysage, il faut faire vrai, puisque le but qu’on se propose est de donner l’illusion de la nature, autrement on rentrerait dans l’application décorative de la fleur, dont nous n’avons pas à nous occuper ici.

Selon la méthode depuis longtemps adoptée par nous dans notre bibliothèque d’enseignement pratique du dessin, nous allons donner ici quelques exemples accompagnés de la composition des tons : l’amateur devra, selon ces modèles.

vse procurer les fleurs nécessaires et, les plaçant devant lui, modifier les bases fondamentales indiquées, selon les variétés de la nature.

Lettre ornée, i ’ siècle.

JANY-ROBERT

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