DES JARDINS D’HIVER OU SERRES D’APPARTEMENT
La mode des serres d’appartement, très en faveur dans les pays du nord de l’Europe, se répand chez nous de plus en plus. Une habitation ne semble pas complète si elle n’est ornée de fleurs ou du moins de ces plantes vertes si rustiques et si faciles à conserver, même dans nos étroites demeures. Beaucoup de propriétaires, désireux de se donner le luxe d’un petit jardin suspendu, hésitent en présence des difficultés apparentes de la construction. En effet, il faut prévoir bien des choses auxquelles on ne pense que quand la serre est presque terminée. Nous allons donner quelques idées générales qui guideront l’amateur et l’aideront à satisfaire son goût des choses de la nature.
Nous supposons la serre placée à l’un des étages d’une maison sur des solives ordinaires et pouvant recevoir en abondance deux des éléments indispensables à une bonne végétation : l’air et la lumière.
On songera d’abord à l’arrivée d’un tuyau d’eau pour les arrosements, tuyau qu’on aura soin de mettre à l’abri de la gelée par les moyens habituels, c’est-à-dire, une double enveloppe remplie de sciure de bois. On avisera ensuite au départ des eaux d’arrosement et de nettoyage. En effet, si l’on veut conserver des plantes au milieu d’habitations où volent les poussières de tout genre, on sait qu’il est indispensable de faire des lavages de feuilles fréquemment et des bassinages répétés, surtout en été. Il va sans dire que dans l’intérêt des plantes comme dans celui des habitants, les jardins d’hiver seront toujours complètement isolés des appartements par des cloisons vitrées.
Une fois ce premier point déterminé, de quelle matière ferons-nous les boîtes ou caisses à fleurs"? De tous les matériaux, le plus commode, le plus facile à entretenir est la terre cuite, qu’on peut varier en dessins et dimensions de tout genre. Les métaux s’oxydent à la longue ; les bois se gonflent et se pourrissent, les fantaisies en bambous sont des nids à poussière et à insectes : seule, la terre cuite ne s’altère jamais. La figure 247 indique un des genres fabriqués par
M. Debay et très-en vogue à Paris. Quand on aura installé et raccordé ses panneaux, on fera à l’intérieur un lit de ciment sur béton
Fig. 247.
avec'pente convenable et ruisseau au milieu (fig. 248). Si l’on veut prendre des précautions exceptionnelles pour l’étage inférieur, ce lit
Fig. 248.
sera recouvert d’une fenille de plomb ou de zinc. Puis, sur ce fond imperméable, on posera des^caisses en zinc, d’une longueur de r',50 au plus. Ces caisses seront percées en bas de quelques trous et auront
par devant un léger bourrelet. Par derrière, le zinc remontera de 0n'-,10 plus haut que la bâche, contre le mur, qu’il protégera pendant les binages et les arrosements : chaque caisse sera raccordée avec sa voisine par une petite bande mobile à recouvrement cachée par la terre. L’écartement des parois sera maintenu par de petits tubes de 0m,02 à 0m,0i, soudés à la caisse par leurs deux extrémités de distance en distance; on étendra au fond les racines des mottes de terre de bruyère renversées pour assurer un drainage facile et favorable aux plantes. Sur le devant de la caisse on plantera du lycopode en bordure, au milieu et au fond des plantes vertes, des camélias tapissés; puis, dans les intervalles, en hiver, des primevères, des bruyères, etc., suivant la saison. Ce changement peu coûteux de fleurs variées animera l’aspect général des bâches, surtout pour les jours de réception.
Avant la plantation, nous avons à prévoir bien des choses, si l’on veut préserver des plantes qui ne doivent entrer dans la serre que quand tout ouvrier, peintre, maçon, fumiste, gazier aura disparu. Ii faudra penser au soleil brûlant de l’été, c’est-à-dire, préparer des ouvertures nombreuses qui devront toujours être disposées du dedans au dehors et fermées hermétiquement pour l’hiver. La serre sera recouverte en haut et sur le côté de claies roulantes fortement attachées. On songera aussi à se réserver un petit abri pour serrer les outils indispensables au service: arrosoir, tuteurs, éponges, sécateur, fil de plomb, etc. Une entrée sera prévue pour le passage des fleurs et du jardinier sans salir les appartements; sur les murs on disposera les treillages cloués sur des cales à 2 centimètres de distance pour faciliter le palissage des plantes et leur ventilation. Dans les axes des portes on appliquera des glaces, isolées du mur de quelques centimètres, entourées d’un cadre en bois découpé et protégé en haut par une bavette en plomb.
11 nous reste à dire quelques mots de l’éclairage et du chauffage, deux questions assez difficiles, et differentes suivant les lieux et les besoins. Quand on pourra disposer de l’étage inférieur, il vaudra mieux y installer le chauffage; je dirai plus, il faudrait faire descendre les bâches en sorte de ne les faire saillir sur le sol que de 0m,30 environ par une bordure en pierre dure, à moulure ou en terre cuite (fig. 249). La serre paraîtra plus grande et les plantes seront vues d’un point plus favorable, c’est-à-dire plus élevé. Le chauffage, au-
tant que possible, se fera avec de l’eau chaude combinée avec l’air chaud pour les grands froids, ou bien avec des poêles à combustion lente qui n’exigent pas de soins fréquents; on n’oubliera pas les thermomètres à minima, placés dans les points les plus froids de la serre pour s’assurer que le chauffage est suffisant pendant les longues nuits d’hiver. Afin d’éviter l’aspect toujours fâcheux des tuyaux dans une serre-salon, on les placera dans une gaine revêtue de zinc, avec pente convenable, et couverte d’une grille posée sur fers cornières. Les tuyaux seront mis en communication avec une chaudière placée
Fig. 249.
en sous-sol et, au besoin, on y joindra un grand réservoir pour emmagasiner la chaleur.
Le mobilier de la serre devra être léger, confortable ; si l’on a la place et les soins nécessaires, un aquarium, une volière compléteront l’ornementation et s’harmoniseront bien avec les plantes. Quant à l’éclairage, on sait combien il est difficile de l’obtenir suffisant faute de parois réfléchissantes. Si l’on choisit un lustre à gaz, ce qui n’a nul inconvénient, puisqu’une serre n’est allumée qu’accidentellement, il faut que le lustre soit recouvert d’un métal inoxydable, platine, nickel, or ou argent, sans quoi l’humidité de la serre oxyderait et détruirait les becs en quelques semaines. Les lustres tout en
cristal sont préférables aux autres comme effet et comme entretien. On aura prévu au plafond des tire- fonds pour y suspendre des corbeilles de plantes appropriées et au milieu le lustre à gaz. Nous terminerons en recommandant, pour le sol, des mosaïques ou des terres cuites non émaillées et recouvertes de nattes de Chine en été. Quant à la peinture, les murs seront en vert d’eau très-tendre pour le fond, plus foncé pour le treillage et les bois découpés. Les plantes fourniront le troisième ton, d’un vert sombre, qui ressortira à merveille sur les fonds clairs. Nous ne disons rien ici de la plantation. Depuis que le goût des plantes vertes s’est répandu chez nous, les serres de nos horticulteurs offrent des choix de palmiers, dracœnas,
Fig. 250.
cocotiers, camélias, bananiers, etc., avec lesquels un homme de goût saura facilement combiner les effets les plus pittoresques.
Nous donnons ici des exemples des principales formes de serres ou de jardins annexés aux habitations. Les figures 250 et 251 indiquent un jardin placé au rez-de-chaussée et permettant les bâches et le chauffage de la fig. 249. Les figures 252 et 253 supposent le jardin d’hiver suspendu au premier étage et formant galerie de communication entre
Fig. 251.
Fig. 255.
Fig. 254.
diverses pièces. Cette disposition, fort usitée aujourd’hui, peut varier à 1 infini : c’est l’annexe indispensable d'un boudoir ou d’un cabinet de travail.
Les figures 25^ et 255 s’appliquent à un rez de-chausséej[élevé;
Fig. 256.
les panneaux et les portes sont mobiles et peuvent s’enlever pour l’été.
bans la figure 256, on trouvera une excellente disposition, que j’ai fait appliquer comme annexe d’un salon et d’une salle à manger. En Russie et dans le nord de l’Europe, on place souvent les plantes dans les appartements eux-mêmes. Chez nous, il est préférable, pour une foule de motifs, de séparer les pièces par de larges baies vitrées de
2m,50 à 3m, pouvant s’enlever lors des jours de réception. La fig. 256
indique un billard en sous-sol et un escalier en fer à double révolution pour communiquer avec le jardin.
Fig. 258.
Enfin, dans nos villes fumeuses, à rues étroites et mal aérées, il sera quelquefois bon d’installer son jardin sur le toit(fig. 257 et 258),
en prenant les précautions d’usage pour éviter l’humidité dans les étages inférieurs, c’est-à-dire, en étendant sur le plancher une feuille de plomb avec pente convenable. On la recouvrira de nattes et de tapis. Tout autour seront disposées des caisses variées avec plaques d’émail, en bambous ou terre cuite, que l’art parisien sait si bien combiner aujourd'hui. On tâchera de se réserver en dessous un petit cabinet de débarras pour y déposer les ustensiles de jardinage; on utilisera les colonnettes-supports formant sofas à la base pour les plantes grimpantes et pour les suspensions assorties aux meubles. Les photographes ne doivent pas avoir seuls le monopole des terrasses lumineuses. Il y a là, pour les personnes sédentaires, une vraie source de jouissances sous la main : on pourra comme en Russie établir des vitrages doubles du côté du nord et la chaleur des escaliers, l’utilisation de la cheminée des cuisines, au besoin un petit thermosiphon établi en dessous, dans le cabinet de débarras, permettront d’obtenir la température désirable.
DU chauffage des ambulances volantes.
Rarmi les questions qui intéressent au plus haut point la défense nationale, l’une des plus importantes est assurément celle qui touche au salut de nos troupes en campagne et au traitement de nos malheureux blessés. Tout le monde sait que, dans une guerre, les morts par l’effet des armes à feu sont très-peu nombreuses : les décès proviennent principalement des maladies, des fatigues, des privations et surtout des soins donnés aux blessés.
Qu’arrive-t-il en effet dans la plupart des cas, après une bataille? Souvent un quart des blessés meurent sur le lieu du combat par hémorragie et par manque de soins immédiats. Les autres sont relevés et entassés comme on peut dans des églises, des hôpitaux, des écoles, des fermes, où l’encombrement vient bientôt compliquer les plaies primitives, et déterminer des infections purulentes, la pourriture d’hôpital, le typhus, etc., toutes affections provenant de la contagion de maladies voisines et de l’impureté de l’atmosphère. Ces vérités sont aujourd’hui élémentaires. Il n’est pas un médecin qui ne sache, qu’à la campagne, un blessé opéré par un médiocre officier de santé,,
s’il est isolé et respire un air pur, guérit dix-neuf fois sur vingt, tandis que la même opération, pratiquée par le plus habile chirurgien d’hôpital sur un blessé couché dans nos salles, se termine fatalement dans un grand nombre de cas. Il en est, hélas ! de même, et pour les mêmes causes, dans les maternités, ces antichambres de la mort, où la mortalité a souvent dépassé 50 pour cent !
Puisqu’aujourd’hui tout le monde est d’accord sur ce point, comment se fait-il qu'à l’époque actuelle, on songe encore à établir des hôpitaux dans l’intérieur de Paris? Sans doute, on dérange nos médecins en transportant leur service au loin, mais, de deux choses l’une, ou les médecins sont faits pour les malades, ou les malades pour les médecins. Puisqu’il est avéré que dans les hôpitaux les plus somptueux, mais situés au centre des habitations, les opérations sont très-souvent fatales ou guérissent moins bien qu’à la circonférence des villes, y a-t-il un seul instant à hésiter entre la convenance du médecin et le salut de l’opéré? 11 n’est pas inutile de rappeler que dans les opérations chirurgicales, leur issue plus ou moins heureuse tient à plusieurs causes : le moment choisi pour l’opération, l’état antérieur de l’opéré, les soins consécutifs, le régime, mais surtout le milieu atmosphérique ou le blessé est plongé : cette dernière cause est une des plus importantes pour le succès linal du traitement. La guerre avec la Prusse a montré qu’à l’avenir, les luttes, entre les peuples civilisés, se feraient, non pas par quelques armées séparées, comme précédemment, mais par la nation tout entière. Les combattants ne se compteront plus que par centaines de mille, et les moyens de destruction seront si formidables et fourniront en peu d’heures un tel nombre de blessés, que l’on sera évidemment obligé de construire rapidement sur le théâtre même de la lutte de vastes ambulances temporaires. Üe là une révolution complète dans les services de santé des armées et l’obligation d’avoir à leur suite des hôpitaux mobiles, faisant partie de leur matériel de campagne.
Ces faits une fois bien compris, rappelons que c’est dans la guerre de Crimée, puis dans celle de la sécession aux États-Unis, que l’on a pour la première fois pratiqué sur une grande échelle, les hôpitaux sous tentes et en plein air. Là, on n’avait pas comme en Europe, de vastes et anciens bâtiments, des couvents, des églises. 11 a fallu tout créer et la tente volante installée à la suite des armées sans cesse en
mouvement, est venue jouer un rô'e considérable. Dans une foule de cas, on ne peut transporter les blessés dans les hôpitaux, il faut donc pour cela transporter l’hôpital près des blessés. Dans ce but, chaque compagnie ou bataillon est muni d’un certain nombre de tentes mobiles réunies ou séparées selon les cas. Elles offrent le double avantage de procurer des soins immédiats qui décident souvent du sort des blessés et de laisser des hommes jeunes et vigoureux dans les conditions où ils étaient auparavant, c’est-à-dire, en plein air, au lieu de les entasser dans des lieux clos et mal aérés. Qu’on ne croie pas qu’il en soit résulté des bronchites ou autres maladies des voies respiratoires. Les faits ont parlé à cet égard. L’air vif a eu, en plus, pour effet d’exciter l’appétit et par. conséquent de rétablir les forces des malades. Des statistiques positives sont venues confirmer ce que la science européenne avait répété sous toutes les formes, surtout après la guerre de Crimée. Notons bien ici qu’il ne s'agit que d’ambulances volantes. Celui-là ne sait rien des horreurs de la guerre qui n’a pas parcouru un champ de bataille après l’action : d’abord le bruit du canon, le mouvement des troupes et l’agitation de la lutte, font oublier même les mourants; mais, bientôt sur cette terre tout à l'heure si bruyante et si animée descendra le silence et la nuit qu’interrompront seulement les gémissements des blessés, le râle des morts ou le pas lourd des maraudeurs. C’est là que devient indispensable la tente volante, pour donner les premiers secours, suppléer à l’insuffisance des moyens de transport et à l’encombrement des bâtiments, églises, halles, granges, fermes, transformés à la hâte en hôpitaux provisoires. Que de morts on aurait pu sauver si les premiers secours étaient venus à temps ! Tel est le but de l’ambulance de campagne, de la tente volante. Plus loin, au chapitre de la ventilation, nous étudierons, à un autre point de vue, les tentes-baraques qui permettent des aménagements tout différents. Bornons-nous ici aux installations rapides et provisoires, n’ayant ni des services généraux, ni une administration perfectionnée, mais compensant ces inconvénients par leur mobilité, qui est une garantie additionnelle de guérison.
On croit généralement qu’une tente est impossible à chauffer ; voyons quels moyens on peut employer. Nous donnons (fig. 259 à 262), les vues et coupes d’une ambulance de campagne. Elle se compose de plusieurs tentes réunies à la suite l’une de l’autre : chacune de ces
tentes a 3n,,50 c. de hauteur au centre, lm,25 c. sur les côtés et 5 mètres environ en longueur et largeur. Elle est formée, comme on le voit, de deux toiles superposées et écartées de 0m, 08 à 0m, 10 c.; la double enveloppe a pourbut de protéger l’intérieur par une couche d’air également favorable en été et en hiver. La lumière est douce et égale à l’intérieur. Sur
le sol repose un plancher à claire-voie : tout autour, on creuse pour l’écoulement des eaux un caniveau dont la terre est rejetée sur le bas de la tente. Il va sans dire que tous ces détails sont ceux d’une tente volante provisoire et que pour une installation définitive, il y a des améliorations à apporter, soit dans la disposition des planchers,
Fig. 2G0.
la hauteur des tentes ou les matériaux du sol et des caniveaux, etc.
Pour le moment, nous désirons répondre à une observation spécieuse faite au système d’hôpital sous tente, objection qui en a arrêté l’emploi et qui pour nos meilleurs praticiens est un obstacle grave. On est persuadé de l’impossibilité, par les grands froids, de chauffer une
tente, et c’est là une grave erreur. Les personnes qui s’occupent d’horticulture savent quelles différences de température elles obtiennent contre les gelées tardives, rien qu’en abritant leurs pêchers avec des toiles à mailles très-écarlées, à plus forte raison, quand les mailles sont serrées et les toiles à doubles parois. L’hiver de 1870- 1871 ayant été exceptionnellement froid, nous a fourni une excellente
Fig. 261.
occasion d’expérimenter ce que nous allons succinctement décrire, le mode de chauffage rationnel sous tente.
Dans presque toutes les installations européennes, on a recours aux poêles de métal plus ou moins mauvais qui ont pour effet principal: 1° De laisser le sol froid et humide ; 2° de causer des différences de 10 à 15° dans la température du bas et du haut de la salle; 3° de
Fig. 262.
dessécher l’air et de dégager de l’oxyde de carbone. C’est un chauffage à peu près aussi mauvais que celui de nos cheminées d’appartements, qui envoient sur le toit 90 % de notre argent, sous forme de fumée, tandis que le combustible devient chaque jour plus rare. Pour les ambulances volantes, on emploie un moyen simple, rationnel, économique, on imite les Romains, on chauffe le sol. Avant de poser le
plancher de la tente, on creuse dans toute sa longueur une tranchée en pente d’environ 0,40 c. de large; sur le côté le plus bas, on fait, à l’extérieur, un trou de l'",50 c. carré; dans ce trou, on met un poêle quelconque dont le tuyau de fumée passe dans la tranchée et va aboutir à une cheminée verticale d’un foyer d’appel pour l’allumage et sortant à l’autre extrémité de la tranchée. Quand on le pourra, en enveloppera ce tuyau d’une double gaine (fig. 263) qui, une fois le petit foyer allumé, pourra servir d’appel à l’air de la tente par les bouches placées dans le sol et dont l’ouverture se réglera suivant leur éloignement. Le tuyau de fumée dans sa partie souterraine est surmonté d’une tuile plate, de tôle, de pierre ou de briques avec des orifices de distance en distance pour régler l’issue de l’air chaud dans les différents compartiments de la tente. Le poêle est entouré, comme tous les calorifères, d’une calotte ou enveloppe épaisse non conductrice et d’un abri quelconque pour le garantir de la pluie.
Les avantages de cette disposition sont les suivants : 1° Le service se fait à l’extérieur de la tente; 2° on utilise toute la chaleur du poêle et celle de la fumée qui est considérable ; on peut à volonté par les registres les plus simple, tôle, toile cirée, planches, etc., régler l’accès de la chaleur dans chaque partie de la tente; 4° la température du sol est au moins égale à celle du plafond, si ce n’est plus élevée. Elle est régulière, saine et exemple d’humidité. La ventilation est parfaite. Il y a déplacement de l’air dans toutes les parties de la tente, car la chaleur passant sous les planches à claire-voie s’étend en nappe sous les lits avant de monter à la partie supérieure.
Pour prouver combien est pratique et facile en toutes circonstances le mode de chauffage dont nous parlons, qu’on nous permette de rappeler ici le moyen qu’on a employé pendant la guerre, dans certaines régions des États-Unis, où le sol est exclusivement argileux et où l’on n’a sous la main ni for ni pierre.
On creuse le trou et la tranchée dont nous avons parlé ; on façonne, avec des herbes et des fagots entrelacés, un moule de poêle et de tuyau de fumée; ces moules faits, on les recouvre d’argile délayée, puis,
Fig. 263.
comme les paysans de certaines parties de la France, on façonne un tuyau extérieur en pisé pour la fumée. Cela fait, on met le feu au moule, et l’on a rapidement et économiquement une circulation souterraine qui remplit parfaitement son objet. J’ai dit que par des froids très-vifs, on pouvait maintenir une température suffisante sous les tentes. J’ai plusieurs fois moi -même constaté le fait pendant le rude mois de décembre 1870, où nous avons eu des froids de — 10 à 12°. La température de la tente a été maintenue à -f- 12 ou 15°, sans forcer le feu. Il suffisait de quelques précautions comme de doubles-portes installées dans un tambour convenable.
Maintenant, quel rôle joue ici l’endosmose dans la perte de chaleur à travers les toiles? Et ces toiles font-elles obstacle comme nos murs d’hôpitaux à l’évacuation des miasmes? La réponse est des plus simples, parce qu’avant la théorie, il y a les faits. Eh bien, non-seulement la chaleur s’y conserve, non-seulement l’odorat le plus fin et l’on connaît la finesse de ce sens, ne peut rien découvrir qui ressemble à l’odeur écœurante d’une salle d’hôpital, mais, en fait, on n’a observé dans les ambulances américaines ni infections purulentes, ni aucun des symptômes si fréquents de contagion dans nos hôpitaux.
Nous verrons plus loin en étudiant la ventilation des tentes-baraques, c’est-à-dire des installations fixes, quel est le meilleur mode de chauffage à leur appliquer.