DU CHAUFFAGE DES ÉCOLES
S’il est un sujet digne d’attirer l’attention des hygiénistes, c’est surtout le mauvais état des bâtiments affectés aux écoles dans les campagnes et même dans nos villes. On peut en général leur reprocher : 1° d’être mal ou pas du tout ventilés; 2° d’être mal chauffés; 3° d’avoir des cabinets d’aisance infects ; 4° de manquer d’eau et de lavabos convenables pour inspirer de bonne heure aux enfants des habitudes de propreté; 5° d’être mal éclairés ; 6° d’avoir des instruments de gymnastique incomplets et de manquer d’espace pour développer les facultés physiques des enfants ; 7° enfin, d'avoir des préaux ou cours mal drainés ou mal pavés.
Est-il cependant un sujet plus digne d’intérêt quand on pense à l’influence que peuvent avoir le contact et le voisinage de maladies
contagieuses que la grande puissance d’absorption dans la jeunesse rend plus dangereuses encore? Qui n’a vu des enfants arriver à moitié vêtus dans des classes carrelées, c’est-à-dire, glaciales en bas et torrides en haut, sous l’influence d’un chaulfàge ridicule, attirant l’air froid par en bas à travers les lissures des portes et portant l’air chaud au plafond pour mettre les pieds et la tête des écoliers dans une température inverse de ce qu’elle devrait être?
N’est-ce pas ici le cas de rappeler ce que nous avons dit en parlant du chauffage des Romains et des Chinois? Chez les premiers, toutes les ruines qui nous restent, en dehors de l’Italie proprement dite, nous apprennent que le chauffage des habitations avait lieu par de doubles planchers et de doubles murs. D’un côté, un foyer élémentaire où l’on brûlait toute espèce de combustible allait sortir dans les doubles parois du mur à l’opposé du foyer. Chez les Chinois, des bancs en terre cuite placés au bas des appartements avec un foyer d’un côté; de l’autre, un orifice pour la fumée donnaient sans aucun doute un chauffage à transmission céramique des plus salubres. Ce chauffage est pratiqué dans le nord de l’Europe par les poêles russes et suédois, mais c’est le chauffage de bas en haut, tandis que celui qu’il faut préférer est le chauffage du sol proprement dit. C’est le moyen que nous avons vu employer aux États-Unis pour chauffer les tentes en campagne.
Si, dans beaucoup de cas, la nature de nos constructions s’y oppose, il nous faut adopter un moyen terme , qui consiste dans l’emploi de poêles combinant la prise d’air extérieur avec le chauffage rapide, nécessaire à une école. Les figures 264 et 265 indiquent le modèle adopté par la ville de Paris et construit par MM. Geneste et Herscher frères. Ils sont disposés dans les salles comme l'indique la figure 266. Avant l’entrée des classes, le poêle fonctionne comme chauffage seulement. Après l’arrivée des élèves, la fumée a chauffé la gaine d’appel A et on ouvre le registre inférieur R. L’air de remplacement est introduit sous le poêle où il se chauffe avant d’entrer dans la salle : voilà pour l’hiver. En été, outre l’ouverture des vasistas près du plafond, il sera utile d’allumer un petit poêle C au bas de la cheminée d’appel, ou bien d’ouvrir la bouche supérieure D où l’on allumera quelques becs de gaz. Telles sont les dispositions les plus simples. En étudiant la ventilation des salles d’asile, nous verrons des dispositions plus scientifiques de chauffage, mais qu’il n’est pas possible
remployer, quand on ne peut pas disposer de l’étage supérieur pour 'admission de l’air neul.
Fig. 264.
Fig. 265.
Qu’il me soit permis d’ajouter que l’éclairagé doit autant que pos¬
sible venir d’en haut et à la gauche des élèves, sous peine de leur
voir prendre des habitudes fâcheuses pour le travail, de tordre et de fausser la colonne vertébrale, enfin de fatiguer la vue. En outre, le soir, il faut régler la lumière vacillante des becs degaz par des verres convenables et les disposer de manière à servir de ventilateurs pour expulser au dehors à la fois les produits viciés de la combustion et ceux de la respiration. Rien de plus facile avec des gaines aboutissant à la cheminée d'appel.