DE L'ALLUMAGE DU FEU
Maintenant que nous connaissons la nature de la combustion et des différents combustibles, complétons ces données par quelques mots sur les différents modes d'allumage.
L'art d'allumer du feu et de l'entretenir appartient exclusivement à l'homme. C'est un des traits particuliers de sa supériorité sur les autres animaux qui peuplent le globe. Quand et comment l'homme a-t-il d'abord fait usage du feu ? Ne l'a-t-il pas d'abord regardé avec terreur avant de se familiariser avec ses formidables effets ? La légende
de Prométhée et les travaux de Vulcain nous prouvent que le feu était connu de toute antiquité. Dans l'Orient, il existe des adorateurs de cet agent à la fois si utile et sî terrible, et depuis les temps les plus reculés où un accident, sans doute, a fait enflammer des débris végétaux desséchés par le soleil, jusqu'à nos jours où Ton peut produire des températures de 2 à 3000*, on peut dire que la civilisation d'un peuple se mesure, pourainsi dire, par l'usage qu'il saitfairedu feu, soit pour produire, soit pour détruire.
Il est probable que les anciens se servirent d'abord, comme on le fait encore en Orient, de détritus végétaux qu'on brûlait au milieu des pièces. Les trépieds grecs, les braseros modernes, le kourcy de l'Orient, sont le même foyer mobile et insalubre sous une forme et un nom différents. A Rome, on regardait le feu des Vestales comme une émanation céleste à la conservation de laquelle était attaché le salut de la ville et il est probable que, dans l'origine, l'institution des Vestales tient à cette difficulté que l'on avait de se procurer du feu. Ovide nous apprend qu'on rallumait le foyer céleste au moyen d'un vase métallique concave utilisant sans doute ainsi la radiation solaire dont Archimède connaissait parfaitement la puissance. Déjà à cette époque, il y avait à Rome des marchands d'allumettes soufrées.
De nos jours, les briquets en acier, faisant jaillir du silex des étincelles dirigées sur l'amadou, ont joui longtemps d'une faveur méritée. A ce procédé élémentaire a succédé le briquet de Fumade avec allumettes à bout soufré et trempé dans le chlorate de potasse. Vers 1830, vinrent les briquets phosphoriques à frottement, dont les allumettes étaient plongées dans un mélange de chlorate de potasse, de phosphore et de gomme. Pour s'en servir, on les trempait dans un flacon contenant de l'amiante imprégné d'acide sulfurique. On fit ensuite des briquets à gaz ; puis on proposa des allumettes au phosphore amorphe pour éviter les nombreux accidents causés par les anciens procédés de fabrication, soit parmi les ouvriers, soit par l'imprudence du public. Dans ces vingt dernières années, les besoins incessants des fumeurs ont donné naissance à une foule de moyens ingénieux de se procurer du feu. Enfin, à l'heure qu'il est, l'usage des allumettes est si considérable qu'on en évalue la fabrication annuelle à plus de trente millions de francs. Maintenant, un des plus brillants progrès de la science consiste dans l'emploi de l'électricité pour l'allumage in-
stantané de tous les becs de gaz d'un monument public ou même d'un quartier d'une ville.