MODE DE CHAUFFAGE DES BAINS EN ANGLETERRE
Fig. 18.
J'arrive à la disposition usitée généralement en Angleterre, celle qui est préférée, quand, par un chauffage unique, on veut faire la distribution complète d'une maison pour les bains, les lavabos et pour la cuisine elle-même.
La figure 18 représente la disposition du fourneau de cuisine vu
de face, et la figure
-^ ; ,., /r ^- r lf\/-r 19. la vue en des-
W# sus, sans la plaque
de fonte qui le recouvre.
Le foyer, séparé du four par une parabole en fonte, pour éviter le contact direct de ce four avec la flamme, sera formé sur les deux côtés, antérieur et postérieur, de briques réfractaires ; une deuxième parabole en fonte sera placée du côté du bouilleur :
la fumée, après avoir servi à la cuisson des aliments, viendra passer derrière la partie postérieure du bouilleur réuni aux tuyaux par des joints à boulons qui en rendent le démontage et l'inspection facile. La dimension que je conseille pour ce bouilleur est de m ,40 de hauteur, sur m ,40 de largeur et 8 à 10 d'épaisseur; cette hauteur de m ,40 a pour but d'utiliser la chaleur du cendrier, et d'augmenter la surface de chauffe postérieure dans la partie où l'air brûlé ne sert plus qu'au tirage. Au reste, rien de plus variable que cette forme de bouilleur. En effet, pour avoir une installation complète, il faudrait pouvoir mo-
Fig. 19.
difler la surface de chauffe suivant les saisons et les besoins. En hiver, l'eau arrive des réservoirs d'eau froide à + 3 ou 4°, tandis qu'en été elle est quelquefois à + 25°. Or, c'est en hiver qu'il faut une plus grande quantité d'eau chaude pour les bains, puisque les trois cents litres de la baignoire, pour arriver à la chaleur nécessaire, ont à monter de + 3 ou 4° à + 32°, tandis qu'en été il peut n'y avoir que 8 à 10° de différence entre la température de l'eau des deux robinets. La surface de chauffe du bouilleur, c'est-à-dire, sa forme plate, ou en équerre, ou en fer à cheval, devra dépendre de la quantité d'eau chaude nécessaire, de l'intensité, de la fréquence de l'allumage du feu du foyer, de la nature du combustible employé, de la manière plus ou moins parfaite dont seront établis et le réservoir d'eau chaude et les tuyaux, qui sont une cause très- importante de déperdition de chaleur. C'est précisément parce que ces données varient partout qu'il y a tant de mécomptes parmi les constructeurs et surtout tant de combustible perdu.
En somme, le système anglais à bouilleur, au contact direct du foyer, est peu économique et ne doit guère s'employer que si le service des bains est fréquent, si on désire une circulation constante et générale dans une habitation et si le foyer est souvent allumé. Il arrive que si Ton emploie la forme du bouilleur en équerre, le meilleur charbon noircit, brûle mal au contact d'une surface froide et donne à peine la chaleur nécessaire au four. J'ai vu consommer ainsi jusqu'à 1500 kilog. de houille par mois dans un foyer ordinaire, ce qui est trois fois trop. En moyenne, la forme du bouilleur que j'indique, quand les surfaces des réservoirs et des tuyaux sont bien isolées, peut fournir trois bains par jour avec une consommation de 5 à 700 kilog. de houille par mois, le foyer étant allumé matin et soir. Au point de vue économique, il y aura toujours lieu de préférer le système français, décrit plus loin, où l'on utilise uniquement la fumée. Plusieurs fois l'expérience m'a prouvé que le passage des gaz brûlés autour du coquemard ordinaire transformé en vase étanche était suffisant et permettait de supprimer le bouilleur. L'on obtient ainsi un chauffage rapide et à coup sûr entièrement gratuit. La fig. 28 indique cette disposition.
Pour terminer ce qui est relatif au bouilleur, disons qu'aux États- Unis il est toujours en fonte, en Angleterre, en forte tôle rivée, ici, en cuivre étamé : on aura soin de le munir d'un trou d'homme pour
le nettoyage et d'un robinet purgeur à la partie la plus basse, pour chasser les dépôts formés par l'ébullition; on veillera à ce que le tuyau de départ soit placé à la partie la plus haute.
Le réservoir d'eau chaude, placé au-dessous du réservoir d'eau froide, en sera soigneusement isolé par une double enveloppe formée d'une double caisse en planches, garnie de sciure de bois, sur une épaisseur d'environ 10 centimètres, avec un couvercle également double. Ces réservoirs auront tous deux un double fond et un tropplein; un petit tuyau sera ménagé à la partie supérieure pour l'échappement de la vapeur.
Pour l'installation des villes, il ne faudra jamais mettre la distribution complète d'une maison sous la pression des réservoirs publics, pression qui va, dans quelques quartiers, jusqu'à 4 ou 5 atmosphères, exigeant ainsi des tuyaux plus épais, des robinets mieux ajustés et pouvant causer des fuites graves. En outre» en cas d'interruption de service, lorsqu'on a un réservoir séparé, on peut être prévenu quelques jours à l'avance, en ayant soin de mettre la prise d'eau au milieu et non en bas; inutile d'ajouter que tout réservoir doit être installé avec flotteur, double fond et trop-plein, débitant au moins le double de l'arrivée.
Les tuyaux de circulation devront être en cuivre sur une longueur d'un mètre au moins près du foyer et d'un diamètre d'au moins m ,027. En Angleterre et en Belgique, quand il y a peu de coudes et peu de raccords, on emploie très-avantageusement les tuyaux en fer étiré, qui sont alors plus économiques et qui sont d'ailleurs préférables au point de vue hygiénique. Le plomb s'emploie seul aux États-Unis. Je l'ai toujours employé, même pour l'eau chaude, à des températures moyennes, comme c'est le cas ici. Il faudra avoir le plus grand soin que le tuyau ascendant d'eau chaude ait toujours une pente, quelque légère qu'elle soit, vers le point le plus élevé : autrement, lorsqu'il y aura formation de vapeur, elle s'accumulera dans les coudes et les contre-pentes et y déterminera des coups de bélier qui pourraient causer des ruptures de tuyaux, ou du moins produiraient un bruit désagréable ; si la faute était faite, il faudrait piquer sur le coude un petit tuyau donnant issue à la vapeur et allant s'ouvrir au-dessus du niveau du réservoir d'alimentation. Ajoutons que, sur tout leur parcours, ces tuyaux devront être isolés du tuyau d'eau froide et enveloppés dans une boîte garnie de sciure de bois ou de terre à four (fig.
Fig. 20.
Fig. 21.
20), le tout installé avec vis et facile à inspecter. Les coudes seront enveloppés avec du feutre ou des lisières de drap. Pour isoler davantage les tuyaux d'eau chaude du mur, on emploiera avec avantage le collier (fig. 2 1 ) , ou bien on placera les tuyaux contre une planchette clouée à l'avance dan s tout leur trajet.
Si Ton fait une installation dans une maison en construction, il ne faudra pas manquer, une fois les distributions bien arrêtées, de ménager le passage des tuyaux dans les murs au moyen de manchons fixes en fonte qui éviteront des percements coûteux et faciliteront les réparations ou l'inspection plus tard.
En général, il faudra faire les installations dans l'angle d'un escalier de service, de manière que l'inspection et les réparations soient toujours faciles (fig. 22) : quand les tuyaux auront à parcourir un espace horizontal, il sera prudent de les loger dans une caisse (fig. 23), garnie de zinc, ayant une faible pente et recouverte d'une planche mobile
pour faciliter l'inspection et les réparations possibles. Cette gaine, peu coûteuse à établir, évitera souvent bien des accidents, surtout si l'on a soin d'en diriger la pente vers une décharge convenable. Sur le tuyau d'eau chaude montante seront pris les branchements à chaque étage. Je ne saurais trop insister sur la nécessité d'isoler complètement par des corps non conducteurs et le réservoir et les tuyaux d'eau chaude, ce qu'on ne fait pas assez généralement; non-seulement on économisera de la chaleur perdue par ces longues surfaces de chauffe, mais encore on aura l'avantage de garder l'eau chaude longtemps après que le foyer du fourneau sera éteint; le matin, même en se levant, le bain sera prêt au moment où il y a moins de temps à perdre pour en jouir et où l'état de l'estomac le permet. Ici,
Fig- 22.
Fig. 23.
prendre un bain, le commander à un domestique, ôter et remettre ses
vêtements, c'est toute une affaire; quand on l'aura à toute heure, le matin surtout, près de son lit et sans l'intervention de personne, on en jouira doublement.
Nous donnons , fig. 24, 25 et 26, l'agencement d'un bain, tel qu'il doit être, c'est-à-dire avec douche , trop -plein , chauffe-linge autour duquel circule l'eau chaude, et encaissement en Fig. 24. bois, pour donner à l'en-
semble la forme d'un meuble confortable au lieu d'être un nid humide
Fig. 25. Fig. 26.
à poussière, comme on le fait ici dans les sous-sols. Pour ne pas avoir
les robinets dans les coudes en se frictionnant, on le mettra de préférence à Tune des extrémités de la baignoire. Dans les fig. 25 et 26, on remarque ce qui doit exister partout où il y a danger d'imprudence, c'est-à-dire, un trop-plein en A allant se déverser dans le siphon B, en sorte que l'eau ne s'élève pas au-dessus de la ligne A C. La vidange s'opère en levant le bouton D. On augmentera beaucoup le comfort de la baignoire en lui donnant une forme inclinée (fig. 27) pour épouser la position du corps étendu.
Cette forme a été retrouvée à Pompéi dans les bains publics et c'est, au reste, celle qu'on rencontre partout en Angleterre. Y at-il rien de moins rationnel que la baignoire Fig. 27.
à angle droit usitée en France ?
Quand on introduit de l'eau chez soi, on a à lutter contre quatre ennemis : 1° la gelée; 2° les fuites aux tuyaux; 3° l'incurie des domestiques ou des enfants; 4° enfin, les odeurs très-dangereuses provenant des eaux de toilette.
La gelée n'est à craindre que pour les tuyaux extérieurs. Si l'on est obligé de les placer ainsi, ce qui est toujours mauvais, il faut se résigner alors en hiver à une interruption momentanée de service pendant les froids et ne pas oublier les robinets de décharge au bas des colonnes. C'est ici le cas de dire que jamais un tuyau ne doit être posé horizontalement. Il doit toujours y avoir une pente de deux à trois millimètres par mètre, pour vider au besoin toute la circulation.
Les fuites de tuyaux ne sont pas dangereuses quand on prend la précaution de faire sa circulation à l'intérieur dans les gaines dont il vient d'être parlé plus haut. Quant aux robinets accessibles aux enfants et aux domestiques, il est indispensable de mettre, sous chacun d'eux, un trop-plein ou départ calculé très-largement suivant la pression et le diamètre du robinet. Enfin, rien n'est plus dangereux que les émanations des eaux ménagères; c'est pourquoi, à chaque départ devront être adaptés des siphons en S, placés le plus près possible et toujours munis d'un tampon de nettoyage en cas d'engorgement. Ces précautions une fois bien prises, et elles sont indispensables, il y a cent fois moins à craindre les accidents causés par l'eau que ceux que peut occasionner le gaz introduit maintenant dans nos maisons.
Lorsqu'on aura besoin d'une moindre quantité d'eau chaude,
on pourra disposer le bouilleur d'une manière plus économique pour le combustible, c'est-à-dire comme la donnent les s figures 28 et 29, de l'autre côté du four, ou même par derrière, entre le four et le mur : le foyer pourra ainsi servir à trois fins, l°à rôtir des viandes par
Fig. 28.
rayonnement d'un côté, 2* de l'autre côté, à la cuisson des mets dans
Fig. 29.
le four, 3° au chauffage de l'eau avant d'envoyer l'air brûlé dans la cheminée.