DES SOURCES ARTIFICIELLES
Bernard Palissy est le premier qui ait donné au seizième siècle une description complète des moyens à employer pour obtenir des sources artificielles. Son chapitre sur les « Eaux et Fontaines » est un chefd'œuvre d'observation et d'instinct scientifique dans un siècle où les connaissances en hydraulique étaient encore si obscures. On ne saurait trop s'inspirer des conseils si clairs, si simples et si pratiques qu'on trouvera dans son ouvrage. Nous allons les résumer et les rappeler en quelques mots, car il est une foule de circonstances dans lesquelles une source artificielle peut rendre de grands services. Combien de nos villages en France sont encore obligés d'aller chercher de l'eau au loin pendant plusieurs semaines de Tété !
Tout le monde sait que les sources naturelles proviennent de l'écoulement des eaux de pluie qui filtrent à travers les terres jusqu'aux couches imperméables, glaises, roches, etc., qui les arrêtent et les dirigent en sens divers suivant les pentes du sol. Le débit de la source varie naturellement suivant les saisons, l'étendue et la nature des couches qu'elles parcourent. On sait également que les eaux souterraines s'imprègnent quelquefois très-abondamment des matières qu'elles rencontrent sur leur passage et qui les rendent tantôt sulfureuses, alcalines ou ferrugineuses; enfin, ces eaux ont une température qui varie suivant la profondeur du sol d'où elles proviennent.
Étant donnée la quantité d'eau moyenne qui tombe annuellement à Paris, par exemple, soit une couche de m ,75 de hauteur par mètre superficiel, rien de plus facile que de disposer une source plus ou moins abondante suivant ses besoins, en tenant compte des pertes par évaporation ou autrement. On peut compter sur m , 50 par mètre d'eau utilisée au moins. La dépense dépendra du prix de la main-d'œuvre et des matériaux dans le lieu où l'on est. Il ne faudra pas oublier, surtout au point de vue hygiénique, que la nature du sol perméable influera beaucoup sur la qualité des eaux à recueillir. Il faudra, sî on le peut, choisir des terrains de remblai, argilo-siliceux, et éviter les détritus végétaux ou minéraux qui, bien que décomposés lentement, modifieront toujours, d une manière fâcheuse, la pureté de la source. Si Ton peut disposer d'un sol en contre-bas des terrains voi-
sins, on dirigera les fossés de ces terrains vers les terres filtrantes, et on augmentera ainsi, à peu de frais, les résultats. Le travail à faire ressemblera en tout point au défoncement ordinaire du sol pour le jardin potager, sauf le fond qu'il faudra rendre imperméable par les moyens les moins coûteux, c'est-à-dire, une couche de béton, brique, pavage, terre glaise battue, etc., suivant les matériaux qu'on aura sous la main. On commencera le défoncement à un mètre de profondeur en observant une pente suffisante vers le réservoir et on établira le fond en forme de cuvette. Ce réservoir étanche pourra être à écoulement constant avec robinet d'arrêt, si le terrain est en pente. Si le sol est horizontal, il faudra établir une pente convenable et un accès fermé pour permettre de nettoyer le fond et les faces du réservoir. Sur le sol filtrant, on plantera des arbres fruitiers ou forestiers qui y végéteront admirablement à cause du défoncement profond et qui auront en outre l'avantage d'empêcher l'évaporation. Il est chez nous une foule de villages privés d'eau pendant Tété qui pourraient, par des prestations en nature, se donner, à très-peu de frais, le luxe d'une source saine et abondante. C'est ici plus que jamais le cas de dire : « Aide-toi, le ciel t'aidera. »