ÉTAT ACTUEL DE LA CAMINOLOGIE
Aux États-Unis, où, dans le nord, les froids sont très-rigoureux et où la maison particulière est construite avec une grande recherche de comfort, chaque famille vit généralement seule. On a de doubles portes d'entrée, un calorifère en sous-sol, et, dans les appartements, à Test des monts Alleghany, on se chauffe au moyen des foyers anglais à grille, où Ton brûle de l'anthracite, charbon dur, donnant peu de fumée, ayant un pouvoir rayonnant considérable et d'une combustion lente. Dans la vallée du Mississipi, on y brûle les charbons bitumineux et les bois qui y sont en grande abondance.
En Europe, nos pays du Midi, siège de notre ancienne civilisation et aujourd hui si déchus, en sont encore aux grandes cheminées et à l'insalubre brazero.
Dans les pays du Nord, où le climat rigoureux demande des dispositions exceptionnelles, nous voyons les doubles portes, les doubles fenêtres et les hauts poêles à surface céramique, allumés le matin et donnant toute la journée une chaleur douce, régulière, économique, mais se prêtant moins à nos motifs de décoration d'appartements. Je dois dire, cependant, qu'en Suède, on combine maintenant la cheminée française surmontée de sa glace avec la ventilation renversée déjà décrite par Montalembert (fig. 135). On y a ajouté la prise d'air extérieur et une bouche de ventilation, ce qui complète l'appareil.
Les figures 141 et 142 donnent en plan et en coupe la disposition actuellement la plus employée dans le nord de l'Europe. Il y a presque partout un foyer allongé avec une sortie directe de la fumée pour l'allumage, puis une circulation renversée des gaz brûlés dans des parois céramiques qui occupent toute la hauteur de la pièce. En
Russie, le matin, on allume dans ces immenses poêles un grand feu de bois qui est généralement du sapin ou du bouleau ; quand la combustion est terminée et qu'il ne>este plus que du charbon, on bouche
Fig. 141.
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Fig. 142.
l'issue de la fumée et Ton enferme la chaleur qui dure ainsi toute la journée.
Il y a des motifs sérieux pour que ce mode de chauffage ne soit jamais en faveur chez nous. En effet, un climat qui, pendant plusieurs mois de suite, expose les habitants à des froids de 20 à 30°, exige de vastes poêles et des appartements avec doubles portes et doubles
fenêtres. L'air y est souvent impur et la ventilation presque nulle. Mais, on préfère cet inconvénient aux souffrances causées par la rigueur de la température extérieure. N'oublions pas que si les poêles du Nord excellent comme appareils de chauffage, cela tient surtout à ce qu'ils ne donnent aucune ventilation et à ce que les portes et les fenêtres sont closes avec un soin inconnu chez nous.
A ce point de vue, l'homme, qui est un fourneau vivant, peut servir de poêle au besoin : enfermez -le entre quatre murs avec des aliments suflisants, il chauffera la pièce où il se trouve ; mais, en même temps, il en empoisonnera l'atmosphère : c'est ce qu'on observe dans les étables mal ventilées, où la présence des animaux suffit pour élever la température.
Chez nous, où le climat est très-variable, nous avons à peine en hiver quelques jours de froid très-vif, c'est-à-dire, de 10 à 15°, en sorte que le foyer découvert, qui permet à chacun d'activer ou de ralentir le feu à son gré, qui est un excellent moyen de ventilation, un lieu de causeries et de réunions intimes pendant les sombres nuits d'hiver, ce foyer, dis-je, sera bien difficilement remplacé; ce qu'il y a de mieux à faire est de le perfectionner au point de vue de l'hygiène et de la dépense.
On est parfaitement d'accord sur ses inconvénients principaux; il ne sert qu'à chauffer certaines portions d'une habitation; il demande un entretien et une attention fréquentes; les pièces sont chauffées d'une manière très-inégale; on n'a chaud qu'auprès du foyer; on est souve t grillé par devant et gelé par derrière; la température est plus t levée près du plafond que près du plancher; enfin, souvent les cheminées fument, etc : mais, nous verrons plus loin comment on peut parer à tous ces inconvénients.
Dans l'Allemagne du nord, outre le chauffage par les vastes constructions de faïence dont nous avons donné plus haut les plans, on se sert en Prusse de poêles de fonte (fig. 143), qui pèchent par la forme et par le goût dans l'ornementation, mais qui sont remarquables par leur fini et par la perfection du travail. Les fers de Berlin sont d'une finesse extrême, et on ne peut leur comparer en France que les fontes du Nord pour la pureté et la netteté des détails.
Dans l'Allemagne du sud. l'usage des poêles de faïence est assez général, et ils ont presque tous la disposition à circulation de fumée
qui, en somme, rappelle beaucoup le poêle de Keslar (fig. 107). En Autriche, les appareils de fonte (fig. 144), à l'imitation des poêles modernes, commencent maintenant à être en faveur à cause de leur
Fig. 143.
Fig. 144.
mobilité et du peu de place qu'ils nécessitent; quant aux cheminées à la française, on ne les rencontre encore que chez les classes riches.
En somme, lorsqu'on étudie le chauffage des peuples du Nord, on voit que ce qui a distingué de tout temps leurs appareils des nôtres, c'est 1 utilisation de la fumée dans des contours multiples avant sa sortie dans la cheminée.
Avec la cherté croissante du combustible, nous serons chez nous, un jour ou l'autre, obligés d'en venir là : ce n'est qu'une question de temps, et nos descendants s'étonneront bien de nous voir garder si longtemps le procédé barbare de nous geler par derrière et de nous griller par devant en jetant notre argent sur le toit sous forme de fumée.
En Angleterre, où l'usage de la houille est universel et où la fumée
Fig. 14â.
des foyers empoisonne l'atmosphère et donne aux monuments cet aspect particulier qui frappe les étrangers, on a proposé depuis un siècle une infinité de moyens pour perfectionner la grille classique que nous connaissons (fig. 145). Les ouvrages spéciaux si nombreux à Londres et le rapport à la Chambre des Communes publié en 1857, par ordre du Parlement, mentionnent une partie des brevets pris dans lus derniers temps. Le but, cherché par les inventeurs, a été l q d'utiliser, le plus possible, par des surfaces polies le grand pouvoir rayonnant de la houille; 2° d'alimen- 1er le foyer par dessous, de manière à brûler la fumée, On a négligé deux choses très 'importantes : l'emploi de chambres de chaleur tout autourdu foyer tU'uLilisaiion de la fumée. En somme, TAnglete rre est encore l'un des pays où 1 art du chauffage est le plus avancé et où l'art de la ventilation des mines, des hôpitaux et des habitations a été, de la part des particuliers et du gouvernement lui-même, l'objet des recherches les plus sérieuses. Pourquoi a Londres, comme en Belgique, cherchet-on seulement à utiliser le rayonnement dans les foyers? C'est à cause du bas prix du combustible et de son grand pouvoir rayonnant, Aussi, les foyers se composent-ils presque tous d'une grille assez étroite entourée et surmontée de plaques métalliques polies bien disposées pour le rayonnement, La face extérieure est arrondie et par conséquent bien plus rationnelle que celle de nos cheminées. On continue chez nous, par routine, à préférer, pour les foyers, la forme carrée qui donne passage par les angles supérieurs à une grande quantité d'air dont l'effet est de diminuer le tirage et de refroidir la pièce*
Ce qui manque surtout aux cheminées anglaises, c'est l'isolement du foyer du mur, la prise d'air extérieur et l'utilisation de la fumée. Généralement dans les nouveaux appareils, le départ de fumée a lieu
par le fond ; il en résulte que la flamme forme un angle de 45' qui prouve d'une manière évidente la rapidité et la force du courant : c'est le contraire qu'il faut chercher à obtenir, c'est-à-dire que la partie supérieure du foyer doit être inclinée en avant pour mieux réfléchir la chaleur dans la pièce.
En France, l'usage du bois est encore assez général; mais, vu son prix élevé, le coke et la houille entrent chaque jour pour une plus grande part dans la consommation des ménages et bientôt le bois ne s'emploiera plus que pour les classes riches. Ici, comnfe en Angleterre, on a fait de grands efforts pour économiser le combustible, et il n'est pas d'un médiocre intérêt de voir combien les inventeurs, ne se donnant pas la peine d'étudier ce qui avait été trouvé et appliqué avant eux, ici ou ailleurs, ont fait breveter, les uns après les autres, les mêmes idées.
Il ne faut jamais oublier que tout appareil domestique doit avant tout être simple, économique, facile à nettoyer et à inspecter, sans exiger des ouvriers spéciaux ou des réparations fréquentes ou coûteuses. Je passe donc sous silence une foule d'inventions soi-disant modernes, plus ou moins brevetées, qui se copient les unes les autres et qui sont tombées dans l'oubli, les unes par leur complication, d'autres par leur aspect peu élégant, presque toutes par la difficuté de ramonage.
Les procédés de chauffage varient nécessairement suivant les combustibles et les pays. Chez nous, par exemple, où le climat est trèsvariable et présente de Lille à Marseille des différences sensibles, soit dans la température, soit dans le prix du combustible, on peut dire que, depuis la modeste chaufferette qui sert aux classes pauvres à métier sédentaire, jusqu'aux grandes installations à vapeur, on emploie actuellement tous les moyens connus de chauffage. Nous allons les examiner successivement, en signalant les avantages et les inconvénients de chacun d'eux ; puis, nous résumerons cette étude en indiquant les appareils que nous croyons les plus rationnels suivant l'usage auquel ils sont appliqués. En principe, il faudra toujours les considérer à un double point de vue : sous celui de la salubrité d'abord et avant tout, puis sous celui de l'économie.
Pour chauffer l'air dans les lieux. habités, on peut employer :
1° Les foyers ouverts ou les cheminées, qui n'utilisent généralement que la chaleur rayonnante du combustible;
2° Les poêles de diverses matières, faïence, tôle ou fonte, placés ordinairement dans les pièces à chauffer ;
3° Les calorifères à' air, destinés à chauffer l'air pris à l'extérieur et à l'envoyer dans les pièces où il doit être utilisé;
4° Les calorifères à eau chaude à air libre, ou à haute pression, avec foyer extérieur et circulation dans des tuyaux placés dans les pièces. A ce système peuvent se rattacher les hydro-calorifères, où l'air chauffé au contact d'appareils à eau chaude placés en sous- sol, s'élève et se distribue comme dans les calorifères ordinaires;
5° Les calorifères à vapeur à haute ou basse pression, avec tuyaux de circulation ou serpentins dans les pièces. On les combine quelquefois avec les poêles à eau chaude;
6° Le chauffage par le sol, comme chez les Chinois et les Romains;
7° Enfin le chauffage par le gaz d'éclairage, qui est une invention toute moderne.