DE L'INSALUBRITÉ DES POÊLES DE FONTE
D'après les discussions qui sont consignées dans les comptes rendus de l'Académie des sciences, en date du 3 mai 1869, il serait prouvé que les poêles en métal portés au rouge peuvent donner lieu à une formation d'oxyde de carbone, gaz éminemment toxique, et que cette formation peut provenir :
1° De la perméabilité de la fonte par le gaz qui passerait de 1 intérieur du foyer à l'extérieur ;
2° De l'action de l'oxygène de l'air sur le carbone de la fonte ;
3° De la décomposition de l'acide carbonique de l'air par son contact avec le métal;
4° De l'influence de l'acide carbonique formé par la respiration, ou par les poussières et les miasmes organiques en suspension dans l'air. Voilà pour les données récentes de la théorie.
Pour résoudre la question d'une manière pratique, nous devons examiner à la fois les points suivants :
1° Il faut se rappeler que l'air agit sur notre organisme de plusieurs manières : d'abord par sa température, par sa composition, ensuite par son degré de pureté , enfin par son degré d'humidité ;
2° 11 faut tenir compte de la nature et du mode de construction des
appareils de fonte employés, du degré de ventilation des pièces où on fait le feu, de la position du départ de fumée, du tirage de la cheminée, etc.
Dans mon opinion, le mauvais effet des poêles de fonte tient à diverses causes que je vais succinctement examiner. On a fait à cette pauvre fonte un procès qu'il faut absolument éclaircir. On lui a fait l'honneur de causer des fièvres typhoïdes ou intermittentes, des ataxies catarrhales, etc., qui proviennent de toute autre cause. Sans doute, les surfaces céramiques, comme moyen de transmettre la chaleur, sont excellentes; mais leur mauvaise conductibilité, qui est une qualité en Suède ou en Prusse où le- chauffage est permanent, devient un grand inconvénient dans d'autres climats. De même, pour le chauffage des serres; l'eau, qui emmagasine la chaleur pour la nuit, est un bon moyen à employer quand la température d'un lieu doit être constante; mais, dans beaucoup de cas, comme pour le chauffage domestique, un moyen d'action plus prompt est indispensable. Que la fonte soit perméable au gaz, surtout lorsqu'elle est chauffée au rouge, rien de plus naturel. Son examen au microscope l'a fait voir parfaitement poreuse, tandis que le fer, sous forme de tôle, soumis au laminoir, reçoit dans la disposition de ses molécules une modification qui en diminue évidemment la porosité. Tout cela est admissible ; mais là n'est pas la vraie et la seule cause du mal qu'on attribue à la fonte par le chauffage; ces causes sont nombreuses et il faut les chercher ailleurs.
D'abord, dans la plupart des appareils usités, la proportion du foyer avec les surfaces de transmission n'est pas observée ; en d'autres termes, jamais, si ce n'est dans les nouveaux appareils à nervures, la cloche qui reçoit le combustible n'est en harmonie avec les surfaces destinées à transmettre de la chaleur, surtout si l'on brûle de la houille. Il en résulte que, sur un point donné du foyer, il y a un développement énorme de chaleur insuffisamment ou trop lentement transmise aux autres parties de l'appareil. De là, des dilatations inégales dans les fissures ou les joints imparfaits qui laissent passer les produits de la combustion, c'est-à-dire des gaz délétères. La preuve en est dans le noircissement des plinthes au voisinage des bouches de chaleur de nos appartements. A ce premier défaut, il y a plusieurs remèdes : ainsi, on peut proportionner la surface du foyer aux surfaces de transmission et, surtout, recevoir le coup de feu dans une
cloche intérieure garnie de briques réfractaires et de nervures métalliques, puis entourer le foyer ou l'appareil d'une double enveloppe qui établisse à l'entour un courant d'air très-rapide. C'est ici le cas de remarquer que si le tirage de la cheminée est convenablement réglé, il n'y a aucune raison pour que les gaz brûlés passent de Tintérieur du foyer à l'extérieur ; c'est le contraire qui devrait avoir lieu à cause des différences de température.
Voyons le second défaut des poêles de fonte. C'est celui de tous les poêles en général, et on l'a dit cent fois : ils utilisent quelquefois jusqu'à 90 % de la chaleur produite par la combustion ; mais comme le tuyau de fumée est généralement très-étroit, ils produisent de la chaleur sans ventilation ; c'est le contraire de nos cheminées, qui produisent de la ventilation sans chaleur.
Ici encore, le remède est facile : ou bien, il faut faire servir le tuyau de fumée à renouveler l'air de l'appartement par des appels convenablement placés; on comprend alors qu'on utilisera moins le combustible; ou bien, il faut établir dans la pièce des moyens accessoires de ventilation, moyens proportionnés au nombre des personnes présentes, à la température ou à la dimension de la pièce, etc.
En troisième lieu, on a reproché aux poêles de fonte de causer des maux de tête.
Rien de plus naturel : les symptômes éprouvés par tout le monde sont ceux qu'on ressent sous l'influence de l'air desséché à l'excès. Cet air, pour être respirable et normal, doit renfermer, outre l'azote et l'oxygène, une certaine quantité d'eau à l'état de vapeur. L'absence de cette vapeur détermine de la sécheresse à la gorge, des maux de tête chez les uns, de la lassitude et de l'abattement chez les autres, suivant l'âge et les dispositions de chacun. La peau et les voies respiratoires doivent suppléer à ce manque d'humidité de l'air : de là ce malaise indéfini plus ou moins ressenti par tous.
Ici encore, le remède est facile : des surfaces d'évaporation d'eau, en quantité convenable, doivent toujours accompagner un appareil en fonte, à moins que cet appareil ne soit placé dans une antichambre ou un escalier où le renouvellement de l'air est fréquent et abondant.
En quatrième lieu, les poêles de fonte surchauffés ont pour effet de brûler et de carboniser tous les ferments, les molécules organiques et les produits de la respiration animale en suspension dans l'air, sur-
tout dans les villes. Il y a là des milliards de cadavres microscopiques qui nous empoisonnent par la respiration et qui, dans mon opinion, jouent un très -grand rôle dans les maladies observées lors de remploi des poêles de fonte. J'ai dit, en premier lieu, ce qu'il y avait à faire : proportionner la surface du foyer avec la dimension de l'appareil, procurer une grande quantité d'air élevé à une température moyenne, puis faire introduire dans la double enveloppe dont j'ai parlé, de l'air pris à l'extérieur dans un lieu sain et destiné à renouveler celui de la pièce.
J'ajouterai que jamais, dans les poêles, on ne doit mettre de clef au-dessus du foyer, soi-disant pour régler le tirage; cette clef doit toujours être en dessous, à l'arrivée de l'air, c'est-à-dire, de l'élément de la combustion. Les gaz brûlés doivent toujours avoir un libre passage à l'extérieur.
En résumé, les poêles de fonte peuvent donner un chauffage salubre, s'ils réunissent les conditions suivantes :
1° Il faut que le foyer soit en harmonie avec la surface de transmission et que, par sa disposition, il ne soit, dans aucun cas, porté au rouge, dans ses parties exposées au contact de l'air de la pièce.
2° Ii faut que le passage de fumée soit libre et d'un diamètre proportionné au foyer ainsi qu'au degré de ventilation que ce dernier doit procurer, en même temps que le chauffage de la pièce.
3° Il faut accompagner l'appareil d'une surface d'évaporation qui maintienne l'atmosphère à un degré d'humidité convenable.
Que l'on prenne les précautions que nous indiquons et Ton verra disparaître les inconvénients de la fonte qui, dans une foule de circonstances, par son bon marché, par les formes variées qu'elle permet, par son grand pouvoir conducteur, offre aux constructeurs des ressources que rien, jusqu'à présent, n'a pu remplacer.