DES POÊLES
On désigne sous le nom de poêles tous les appareils de chauffage placés dans l'intérieur des pièces et consistant en une capacité fermée où se brûle le combustible.
Cette capacité est généralement formée de tôle, de fonte ou de terre cuite. Dans l'origine, on fit usage en Angleterre et en Allemagne de plaques de fer forgé auxquelles on joignit plus tard les faïences sous différentes formes. Quand nous étudierons les calorifères de cave, nous verrons quelle est, au point de vue de l'hygiène, l'influence des diverses matières qui entrent dans la construction des poêles. Si l'on veut une action rapide, il faut évidemment donner la préférence aux matières bonnes conductrices, c'est-à-dire la tôle ou la fonte. Si, au contraire, on veut une action de longue durée, on devra choisir la faïebce. Elle se chauffe avec moins de rapidité que la
fonte, mais elle a pour avantages de n'atteindre jamais une haute température et de ne pas modifier l'air dans ses propriétés vivifiantes; elle est aussi plus propre comme aspect. Dans ces derniers temps, une disposition particulière des foyers a permis d'obtenir avec la fonte une combustion lente, ce qui l'a fait adopter à cause de ses autres avantages. En effet, sous l'influence de la vive chaleur, la terre cuite se fend et le foyer se disjoint: on ne peut guère l'employer avec avantage que comme garniture d'intérieur. Dans ce cas, elle rend les plus grands services, car la combustion est meilleure et la chaleur plus durable. De plus, le remplacement de quelques briques réfractaires est peu coûteux et assure un très-long service aux appareils de chauffage.
Si la cheminée est plus en faveur chez les riches, le poêle sera longtemps le partage des classes peu aisées, à cause de l'économie de son installation. En effet, la première vertu qu'on attribue aux poêles en général, et ils l'ont presque tous à peu de chose près, c'est d'être très-économiques, c'est-à-dire d'utiliser 80 à 90 % du combustible. Il ne faut pas ici se faire illusion : l'économie vient de l'absence presque totale de ventilation, si on compare l'action d'un poêle à celle d'un foyer ouvert. Rien de plus aisé que de chauffer une pièce bien close: renfermez un homme entre quatre murs avec des aliments suffisants. Sa digestion et sa respiration faisant de son corps un poêle vivant, il n'aura pas besoin de feu, mais en revanche, il empoisonnera l'atmosphère et son asphyxie ne sera qu'une question de temps.
Si les poêles sont économiques sous le rapport de l'utilisation du combustible, ils ont pour défaut : 1° de ne pas ventiler l'appartement; 2° leur enveloppe près du foyer est souvent portée au rouge ; 3° ils dessèchent l'air; 4° enfin, ils n'ont pas la gaieté, la salubrité du feu apparent. En somme, les poêles ont le défaut opposé à celui de nos cheminées ; tandis que celles-ci donnent de la ventilation sans chaleur, les poêles donnent de la chaleur sans ventilation. Leur choix n'est donc pas sans importance, puisque, généralement, ils altèrent la composition de l'air qu'ils dessèchent à l'excès et ils le mêlent souvent aux produits de la combustion par les joints ou fissures des tuyaux de fumée. Évitons qu'on dise, comme Montaigne, en parlant des poêles allemands de son temps : « Ce sont des poêles à chaleur croupie et à mauvaise senteur. » Il faudra préférer ceux qui réunis-
sent les avantages suivants: 1° nettoyage facile et sans poussière au moyen d'une grille inférieure mobile laissant tomber tous les déchets de la combustion dans un cendrier fermé; 2° foyer entouré de briques réfractaires avec enveloppe de fonte garnie de nervures nombreuses pour multiplier les surfaces de transmission; 3° prise d'air extérieur passant autour du poêle ; c'est là que doit être posée la clef ou registre et non dans le tuyau de fumée dont les gaz doivent toujours avoir une libre issue. La double enveloppe du poêle aura pour effet d'activer le tirage autour du foyer et d'empêcher, dans une certaine mesure, qu'il ne soit porté au rouge ; 4° réservoir d'eau placé audessus, pour saturer l'air de l'humidité nécessaire; 5° capacité suffisante et disposée pour que la combustion du foyer soit vive ou durable, à volonté, et n'exige du soin qu'une ou deux fois par jour.
Le poêle le plus simple, mais aussi le plus insalubre, est celui dit « de corps de garde » (iig. 186), formé de deux capacités séparées par une grille ; il a, par le haut, une porte pour mettre le combustible, et par le bas une autre porte pour le cendrier.
Cet appareil a tous les défauts : il dessèche l'air et rougit au point qu'il n'est pas possible d'en approcher. On y a remédié en l'enveloppant d'une chemise de tôle : entre les deux intervalles circule, soit l'air de la pièce, soit l'air venant d'une prise extérieure. L'enveloppe a pour effet d'activer le refroidissement de la fonte et d'empêcher jusqu'à un certain point qu'elle ne rougisse, mais, en revanche, le rayonnement horizontal de l'appareil est diminué, et les couches d'air chaud s'élèvent avec rapidité vers le plafond. Il en résulte souvent des différences de température de 10 et 15 degrés entre le haut et le bas des pièces , chose très-fàcheuse, à moins que cet effet ne soit contrebalancé, comme nous le verrons plus tard pour les écoles , par un appel en contrebas.
Le poêle américain des classes pauvres,
iig. 187, sert à la fois au chauffage des
il a été imité chez nous dans le
Fig. 186.
Fig. 187.
pièces et à la cuisson des aliments
nord sous toutes les formes et il y est maintenant très-répandu dans les petits ménages.
Nous avons donné ailleurs les modèles les plus usités aujourd'hui, lig. 141 et U2, des poêles du nord qui n'ont pas changé de principe depuis deux siècles. Avant de décrire les différents poêles modernes, revenons un peu en arrière et étudions les modifications successives qu'a subies un appareil qui sert aujourd'hui en Europe et en Amérique à plus de deux cents millions d'hommes.
Nous avons vu les premiers poêles paraître en Allemagne vers le commencement du dix-septième siècle. Le premier poêle portatif est le brasero, usité depuis un temps immémorial sous différents noms chez les Chinois, les Persans, les Grecs, et encore aujourd'hui chez tous les peuples du midi. Au moyen âge, nous le voyons (fig. 85) prendre une forme plus commode pour le chauffage des églises et des couvents. On l'emploie aujourd'hui à Paris avec des réflecteurs pour le séchage des murs. En Allemagne, F. Keslar nous donne, en 1619, la forme et la théorie complète des poêles de son temps. Vers 1680, Dalesme propose un appareil à flamme renversée; puis Franklin invente en 1742 sa cheminée-poêle, qui était un grand progrès pour l'époque, mais que sa complication et son prix élevé ont fait abandonner. Après Franklin, le marquis de Chabannes applique au poêle métallique son système de tubes multiples environnés partout par la flamme et destinés à augmenter considérablement l'utilisation du combustible : cette idée a été brevetée depuis par une foule de constructeurs.
J'arrive au véritable inventeur du poêle salubre, le docteur Arnott qui, en 1855, proposa le modèle figure 188, tirée de son livre. On y voit : 1° l'arrivée de l'air réglée par un tampon, c'est-à-dire la combustion lente; 2° le chargement du combustible par le haut, au moyen d'un couvercle portant dans une rainure sablée ; 3° la garniture du foyer avec des briques réfractaires ; la double enveloppe en tôle. Cet appareil a été copié, réinventé et rebreveté cent fois depuis ce moment, sans apporter aucun principe nouveau. La figure 189 repré-
Fig. 188.
sente le modèle le p.us usité actuellement et l'un des plus convenables pour l'usage des vestibules et antichambres, où il occupe peu de place et demande fort peu d'entretien. Lorsqu'on a une prise d'air extérieur, on trouve réuni ce qu'on exige dans un
Kig. 190.
Fig. l«9.
Fig. 191.
poêle : 1° Avoir une forme sobre et simple; 2° tenir peu de place; 3° entretenir longtemps la combustion ; 4° renouveler l'air de la pièce.
Après le docteur Arnott, un ingénieur anglais, M. Sylvester, apporte au poêle une modification qui a causé une véritable révolution dans les appareils de chauffage. Le principe nouveau mis en œuvre (fig. 19 j et 191), consiste dans la multiplication des surfaces de transmission de la chaleur au moyen de plaques munies de nervures nombreuses. Le poêle est girni intérieurement de briques réfractaires et, par devant, d une grille fermée par une porte. On a, si Ton veut, un foyer rayonnant à grille ordinaire; si Ton ferme la
porte» on règle le feu par le cendrier du bas et Ton a un poêle à com bustion lente. Il serait salubre et complet, s'il était entouré d'une enveloppe recevant l'air extérieur pour ventiler la pièce.
L'idée de Sylvester fut modifiée quelques années après par M. Gurney, qui prit un brevet pour l'appareil figure 192. Sauf la forme arrondie, il ressemble au poêle de Sylvester comme principe de transmission multiple. Il en diffère cependant en ce que, souvent, il n'est pas garni de briques à l'intérieur et que, pour empêcher le foyer de rougir, l'appareil repose sur une cuvette remplie d'eau qui se vaporise d'autant plus vite que la combustion est plus active. Il y aurait tout avantage à remplacer la cuvette, dont l'aspect est peu élégant, par un vase convenable placé dans la partie supérieure, et à garnir le foyer intérieurement de briques réfractaires. Cet appareil a un mérite incontestable, c'est d'avoir vulgarisé parmi nos constructeurs l'idée des nervures ou ailettes pour multiplier les surfaces de transmission.
Une autre forme de poêle (fig. 193) se fait à Belfast et combine les avantages du poêle du docteur Arnott avec ceux de Sylvester; l'intérieur est garni de briques; le départ de fumée a lieu par le haut pour l'allumage, puis la flamme se renverse et de nombreuses lames métalli ques viennent donner une transmission de chaleur considérable. Quand les poêles seront installés dans les vestibules ou dans les
Fig. 193.
escaliers d'une habitation, il sera bon d'utiliser le tuyau de fumée en le faisant passer dans une double enveloppe en tôle percée haut et bas pour chauffer les paliers de chaque étage. L'usage des poêles est maintenant très-répandu en France, et tous
Fig. 194.
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Fig. 196.
Fig. 195.
Fig. 197.
rentrent plus ou moins dans les principes que nous venons d'exposer. Dans le nord, la fonte est presque seule en usage; dans Test, on préfère les appareils de faïence à circulation de fumée intérieure (fig. 194 et 195); c'est une transition avec les poêles allemands, et ils ont sur
nos poêles de Paris cet avantage qu'ils utilisent le bas de .l'appareil par une circulation à flamme renversée. Les ligures 196 et 197 reproduisent cette disposition appliquée aux poêles d'appartement et donnant une économie considérable de combustible. Une fois le feu allumé et le tirage établi par l'ascension directe de la fumée, on ferme la clef A placée à la partie supérieure du poêle et la fumée se>en verse dans les tubes B et les tambours intérieurs pour remonter dans d'autres tubes verticaux D : c'est là une disposition des plusjavorables
La
Fjg, 198.
qu'on retrouve dans tous les poêles du nord et qu'on devrait appliquer partout. La figure 198 représente en coupe le chauffage le plus usitudans les salles à manger de Paris. On y voit la prise d'air extérieur, la cloche en fonte pour le combustible, la circulation de fumée autour de Tétuve ou four destiné au chauffage des assiettes. Audessus, les bouches de chaleur, qu'on fait toujours trop étroites. Cette construction est inférieure à celle de la figure 194, comme utilisation de la fumée. En outre, la cloche devrait être à nervures.
Il existe sur ces poêles de faïence, comme sur beaucoup d'autres, une erreur qu'il importe de rectifier : on les considère comme plus salubres que les appareils de fonte, et Ton oublie que ce ne sont, en
fait, & l'intérieur, que des poêles métalliques avec foyer et surface de transft j fo-/ -^ ^^ WV-ri f* mission en fonte et tôle seulement. m || $ Rs 1 L'enveloppe de faïence qui les recouvre
n'a qu'une qualité, c'est d'être d'un aspect plus gai et d'un entretien facile; mais, en revanche, ses surfaces polies et blanches sont très-mauvaises conductrices, c'est-à-dire, le contraire de ce qu'on cherche dans un appareil de chauffage.
Pour remédier & ce défaut, M. Muller a proposé un poêle (fig. 199) entièrement composé de terre réfractaire : il supprime complètement le métal, sauf pour la grille et les liens ou cercles destinés à maintenir les différentes pièces dans leurs positions. La houille donnant une chaleur trop vive, le combustible à employer est le coke; l'enveloppe elle-même
est en terre cuite émaillée et l'ensemble est conforme aux données de la science; mais, dans la pratique, il est à craindre que les fissures ne laissent passer les gaz de la combustion et que le creuset inférieur n'ait qu'une médiocre durée.
M. Muller a aussi proposé un poêle salubre fondé sur des principes rationnels de ventilation (fig. 200); l'air pur extérieur, chauffé au contact de l'appareil, s'élève vers le plafond et revient vers le bas sous Fig. 200. l'appel du tuyau de fumée , de ma-
nière à égaliser la température et à renouveler l'air de la pièce. On remarquera que les matériaux employés jusqu'ici dans les
Fig. 199.
poêles sont la terre cuite, la fonte et la tôle. Il est une circonstance où ces matériaux doivent être entièrement exclus à cause de leur fragilité; c'est quand il s'agit de les appliquer aux usages des troupes en campagne. Dans ce cas, il faudra employer exclusivement le fer, en l'adaptant comme forme à la cuisson rapide des aliments et même au chauffage des campements mobiles.
Parmi les progrès modernes réalisés dans les poêles, on peut citer ceux que MM. Geneste et Herscher frères ont disposés avec mon foyer pour l'intérieur des salles d'hôpital. On sait que les foyers ouverts sont presque indispensables dans les salles de malades : 1° pour en assurer la salubrité, à cause de l'évacuation considérable qu'ils procurent de l'air Wcié; 2° pour entretenir la chaleur des tisanes et des appareils à pansement ; 3° pour vivifier la salle et servir de lieu de réunion; k° enfin, pour exercer cette influence particulière qu'ont les feux apparents sur l'air respirable, surtout dans les salles de malades. Les figures 201, 202 et 2C3 représentent la coupe d'un
Fig. 201.
Fig. 202.
Fig. 203.
poêle disposé avec double foyer réflecteur A : B est une étuve pour tisane ; C est un vase à eau chaude ; D une ouverture d'aspiration. Deux de ces poêles, placés sur deux points opposés, forment quatre foyers qui agissent à distance dans toute l'étendue d'une salle et en assurent à la fois la ventilation et le chauffage dans des conditions parfaites de salubrité.
Terminons en rappelant un des poêles les plus simples pour coke et à combustion lente qui a eu le plus de succès dans les trente der-
nières années, celui de mon homonyme. La figure 204 en donne la coupe. La boite A qui renferme le coke est percée de trous par le bas, pour admettre l'air nécessaire à la combustion par un registre à coulisses. A Paris, elle est simplement renfermée dans une enveloppe en tôle : à Londres, cette enveloppe B est double et garnie de sable fin ou de terre à four et le couvercle supérieur pose dans une rainure qui empêche la sortie de la fumée. On voit que c'est un appareil très-économique, pouvant entretenir la combustion pendant de très-longues heures à l'abri des gaz brûlés, mais il ne peut convenir Fig. 204. q Ue fa ns j es pièce S d j e renouvellement de
l'air n'est pas indispensable.