DES TENTES-BARAQUES OU AMBULANCES FIXES
Après l'étude des moyens les plus efficaces de ventiler les grands hôpitaux, vient naturellement celle des tentes-baraques ou constructions provisoires, élevées en cas de guerre ou d'épidémie, pour procurer aux malades les conditions atmosphériques les plus favorables et éviter l'encombrement des hôpitaux ordinaires.
Nous avons parlé précédemment des ambulances sous tentes, ou hôpitaux de première ligne, suivant les armées en mouvement et si nsta liant en quelques heures sur le champ de bataille lui-même. Nous ne nous occuperons ici que des installations légères, provisoires, mais fixes, que nous appellerons hôpitaux de 2 e ligne et dont l'origine remonte à la guerre de Crimée et à celle des États-Unis : elles ont prouvé une fois de plus la vérité du proverbe : Plus occidit aer quam gladius.
Depuis longtemps, les administrateurs et les médecins ne sont pas d'accord sur l'étendue et l'importance qu'on peut donner aux bâtiments hospitaliers. Les médecins prétendent, avec juste raison, que la mortalité augmente, non-seulement en raison de l'encombrement, mais aussi en raison de l'ancienneté des constructions. De là, cette tendance universelle à faire des bâtiments légers, provisoires, prêts à être incendiés au besoin si une épidémie se déclare, et en tout cas, situés à la circonférence et nonau centre des villes. Le docteur Woodworth a même proposé en Angleterre, qu'à l'avenir, tout hôpital serait construit en matériaux légers et économiques, pour être brûlé tous les dix ans, afin de prévenir et de détruire les émanations morbides qui imprègnent tout l'édifice et entretiennent les maladies contagieuses. On a fait aussi à cette occasion cette judicieuse remarque, qu'avec l'argent dépensé pour l'Hôtel-Dieu, on aurait assuré le service de tout Paris en faisant des constructions légères, brûlées périodiquement et rétablies avec les perfectionnements que chaque jour apporte.
C'est pour satisfaire aux indications de la science si conformes à
l'expérience que l'on a pensé à créer des tentes-baraques, dont nous ayons vu à Paris, pendant le siège, plusieurs modèles, entre autres au Cours-la-Reine, au Luxembourg, à Passy, enfin au Parc de Saint- Ci ou d. Ces dernières étaient construites comme les autres, en planches jointives, mais avec cette différence, qu'une des faces était formée de toiles servant de clôture pendant la nuit et relevées pendant le jour, pour donner à la fois aux malades de l'air en abondance, puis la vue de la verdure et du ciel.
Ce genre de constructions modernes n'est pas seulement utile en temps de guerre ou d'épidémie. Il devrait être l'annexe indispensable de tous les hôpitaux civils, fournissant tantôt des salles de rechange, pendant la désinfection des salles d'hiver, tantôt des salles en plein air pour les opérés, enfin des salles supplémentaires en cas d'épidémie ou d'encombrement.
N'est-ce pas ici le cas d'ajouter que dans les campagnes où il y a absence totale de secours médicaux, dans les villes de fabrique, dans les ports où peuvent débarquer des malades atteints de maladies contagieuses, enfin, dans les camps permanents installés récemment autour de Paris, il serait de la plus haute importance d'adopter le système de tentes-baraques permettant des installations économiques dans des lieux salubres et offrant tous les avantages de la division des malades? Les mêmes installations devraient être facilement transportables et construites à l'avance sur des types uniformes par des moyens mécaniques perfectionnés, et imprégnés de créosote ou sulfatés par les procédés Boucherie ; elles pourraient servir en cas d'incendie ou d'inondation privant subitement d'asile toute une population.
Le mot hôpital emporte l'idée d'une construction vaste, coûteuse et compliquée. Ici, rien de tout cela. Tout homme éclairé et charitable peut doter son canton d'un asile, confié à l'un de nos modestes médecins de campagne, qui, assisté de quelques personnes dévouées, pourront rendre les plus grands services.
Comment disposer ces constructions légères pour combiner à la fois la salubrité de la tente ouverte en été avec les avantages d'une installation solide et chaude en hiver? La lig. 305 indique Tune des dispositions les plus convenables. Comme on le voit, en hiver, la tente-baraque sera chauffée par un calorifère à eau chaude dont les tuyaux circuleront sous les planches et de chaque côté, en A, avec
bouches de chaleur de distance en distance. On placera en outre, aux deux extrémités, deux cheminées à foyer ouvert B, fig. 201 à 203, dont les chambres de chaleur s'ouvriront vers le plafond. L'air chaud sera appelé en contre-bas, vers les foyers et vers la bouche E pour remonter entre les doubles parois de la tente et trouver une issue dans le faux toit, où le tuyau de fumée se subdivisera en plusieurs branches avant de sortir sur le faîte. L'été, l'air neuf entrera aux points C pour
Fig. 305.
se diriger, soit aux issues opposées, soit vers la trappe D fermée en hiver. Toutes les trappes inférieures seront grillées avec des toiles métalliques pour éviter l'introduction d'animaux nuisibles. En temps d'orage, on pourra n'ouvrir que le côté C mis à l'abri de la pluie ; flans les temps calmes, les deux côtés livreront passage à l'air. Quant aux effets d'un soleil ardent ou d'un froid excessif, ils seront toujours facilement tempérés par la double cloison extérieure. Les angles "su-
périeurs des plafonds et ceux des 4 coins de la salle seront arrondis à dessein pour éviter que les miasmes ne séjournent sur un point quelconque. Pour faciliter la circulation de l'air, les lits seront éloignés du mur par un espace d'au moins m ,50, et une fenêtre sera placée entre chacun d'eux pour assurer à chaque malade un abondant accès à l'air pendant l'été.
Il est inutile d'ajouter qu'à une installation semblable sont annexées deux petites salles aux extrémités, l'une pour le service des infirmiers, l'autre pour les bains, les lavabos et les cabinets, dont la ventilation aura lieu en contre-bas par la chaleur perdue du fourneau de cuisine. Suivant l'importance du service, ces annexes auront 2 ou 3 chambres séparées; pour les opérés, par exemple, ou pour les besoins de la pharmacie, lingerie, bibliothèque, salle de convalescents et cabinet pour le médecin. L'accès à toutes ces pièces devra être facile ; on aura soin surtout que l'eau soit en abondance et que l'enlèvement des tonnes mobiles des cabinets et leur désinfection ait lieu journellement. Quant au mode général de construction, il sera simple et économique, de manière à combiner tous les progrès modernes de Thygiène. Ainsi le sous-sol sera bitumé ou cimenté pour être lavé souvent à grande eau et ventilé largement par les trappes à coulisses ouvertes en été et fermées en hiver ; le sol sera dallé avec des substances lisses et non poreuses, à joints bien • cimentés permettant un lavage et un séchage rapide. Si on est forcé d'avoir recours au bois, il devra être raboté et imprégné de créosote ou sulfaté. Les murs seront boisés et vernis dans le bas. Pour éviter les joints des planches, séjour des miasmes et des germes putrides, le haut des doubles cloisons et les plafonds seront couverts de papiers glacés ou de toiles vernissées, qu'on pourra laver ou remplacer souvent. Le plancher de la tente au midi sera prolongé par une véranda ou promenoir couvert, de 3 ou 4 mètres de large, fermé en hiver par des cloisons vitrées et ouvert en été, afin qu'on puisse y exposer les malades en plein air, dès que la température extérieure le permettra. On ménagera une porte suffisamment large pour rouler les lits au dehors.
Nous ne terminerons pas ce sujet sans faire remarquer qu'en été, tous les calculs faits pour indiquer le nombre de mètres cubes d'air à allouer à chaque malade sont inutiles. En principe, on doit renouveler l'air par tous les moyens possibles, en tant qu'on ne produit pas de courants dangereux ; en ce cas, l'air ne coûte rien, car son réser
voir est inépuisable. En hiver, c'est tout autre chose : l'air introduit doit être préalablement chauffé, et la chaleur c'est de l'argent, sous forme de combustible. On sera donc arrêté ici par la question de dépense. Le froid, heureusement, prête moins que la chaleur aux fermentations organiques : c'est pourquoi nous préférons le système anglais qui consiste à bien couvrir les malades dans une atmosphère de 10 à 12°, tandis qu'en France on en demande 15 à 16°, et en Allemagne jusqu'à 1 8 et 20°.