‹ Traité pratique du chauffageChapitre 70 sur 90 · DES CASERNES · texte numérisé non relu

DES CASERNES

Je lis sur ce sujet dans un rapport officiel : « En résumé, les expériences auxquelles la commission s'est livrée, ont démontré que l'air des chambres n'est pas insalubre. Le maximum de la production d'acide carbonique a atteint à peine 0, 01 en volume et l'état hygrométrique s'est toujours trouvé inférieur au terme de la saturation. » Est-il possible de montrer, de la part d'hommes éclairés, une plus grande ignorance des lois de l'hygiène, que d'attribuer la salubrité de l'air, soit à la quantité d acide carbonique, soit à celle de la vapeur d'eau contenue dans l'air que nous respirons ? Ni l'acide carbonique (\ moins qu'on ne veuille s'asphyxier avec un réchaud à charbon), ni la vapeur d'eau n'ont jamais rendu l'air salubre dans les circonstances ordinaires. On ne saurait trop le répéter, ce qui influe sur la qualité de l'air respirable, au point de vuequinous occupe, c'est moins sa température et son humidité que les miasmes et les ferments de tout genre, c'est-à-dire, les molécules organiques, produits de la respiration et delà transpiration humaine. Et ces miasmes sont si subtils, si divisibles, si abondants et si distincts, qu'un chien peut suivre la piste, c'est-à-dire les miasmes de son maître à de très- grandes distances. On n'a pas d'idée de l'incurie du génie militaire sur les questions d'hygiène. Quand on en parle à nos officiers supérieurs, ils semblent tomber de la lune, tan-

dis qu'en Angleterre et ailleurs, il y a sur la matière des rapports officiels très-étendus et des ouvrages spéciaux (pii prouvent toute l'importance qu'on attache à la question. Bien plus, le gouvernement anglais, éclairé par les rapports d'une commission scientifique nommée à cet effet, exige que le chauffage ait lieu par des oyers ouverts et qu'il soit combiné avec des dispositions particulières de ventilation. Ici, on est absorbé par le matériel de l'artillerie et par les modifications à l'uniforme ! Quant au capital homme, on n'y attache aucune importance, ou du moins on en donne la preuve par la disposition des campements. On a bien, par-ci, par- là, fait quelques ouvertures dans les chambres, mais aux premiers froids, les hommes les bou chent, et il ne peut en être autrement, chaque fois que, dans un lieu habité, l'air froid viendra brutalement remplacer l'air vicié. En général, on aime mieux être empoisonné par l'air impur, que de souffrir du froid. Le deuxième inconvénient est tangible, le premier ne l'est pas. Nous avons une nouvelle preuve de l'incurie et de l'ignorance du génie militaire, dans l'installation récente des camps permanents autour de Paris. Pendant l'hiver, le chauffage se fait au moyen de poêles de fonte parfaitement insalubres et sans prise d'air extérieur comme celui qui est depuis longtemps employé aux États-Unis (fig. 308). En outre, aucun vasistas, aucune trappe, aucune lanterne sur le toit n'est prévu pour la ventilation d'une baraque, où chaque homme a m , 50 à peine pour se mouvoir. C'est pour ce motif que les lits devraient toujours être relevés pendant le jour et disposés, comme dans la marine, en forme de hamacs pour laisser aux hommes la place libre pendant le jour et faciliter l'aération et le nettoyage. On a une preuve certaine de ce que j'avance, dans les relevés médicaux faits depuis deux ans dans les camps permanents : la fièvre typhoïde y fait plus de ravages en hiver qu'en été. Où en chercher la cause, si ce n'est dans l'agglomération des hommes dans les baraques, où ils s'entassent à l'abri du froid, mais non pas

à l'abri du méphytisme causé par l'encombrement, tandis qu'en été, le soldat ouvre les fenêtres, s'étend sous les arbres et même ne craint pas de coucher à la belle étoile.

En général, au point de vue qui nous occupe, les casernes sont dans des conditions plus fâcheuses que les autres habitations. En effet, l'encombrement est la règle et non l'exception. L'usage de l'eau y est très-restreint et, par suite, la propreté des hommes est très-négligée; les cabinets d'aisance sont presque toujours infects et mal disposés ; les joints des pavés des cours sont mal faits et retiennent les matières organiques en décomposition. Enfin, les chambres sont presque toujours divisées par un corridor long, étroit, mal aéré, mal éclairé. De là, il résulte pour les casernes un besoin impérieux de ventilation qu'on ne peut guère obtenir qu'indirectement, en mettant les orifices d'arrivée et d'évacuation de l'air le moins possible à la portée des habitants. Le chauffage et la ventilation de jour sont moins nécessaires que la nuit, à cause de l'absence des hommes; on devra préférer aux poêles éminemment malsains, dits de corps de garde, des cheminées à foyer rayonnant, construites en fonte ou en briques, dans les meilleures conditions de solidité, comme on les fait pour les casernes anglaises (fig. 158). Quant aux baraquements ou camps temporaires, on pourra adopter la disposition usitée aux États-Unis (fig. 303), et qui consiste à introduire l'air extérieur sous les poêles, puis à faire sortir l'air vicié par une gaine placée au côté opposé et ayant son issue sur le toit, sous l'appel du tuyau de fumée. Mais dans nos grandes casernes à plusieurs étages, ces moyens sont impraticables. Si l'on pouvait toujours opérer suivant les principes, on mettrait à chaque chambre des ventouses haut et bas : les premières au sud et les autres au nord, c'est-à-dire aux points opposés de la pièce. Hais les ouvertures du bas seraient bientôt bouchées par les hommes. Songer à entretenir des foyers d'appel pour évacuer l'air vicié ! Mais toutes les vestales romaines n'y suffiraient pas ! Dans les bâtiments anciens, le mieux sera de disposer, dans les corridors et à la portée des adjudants de service, des orifices d'arrivée d'environ ra , 10 carrés par homme ; ces orifices seront fermés par des lames mobiles ou petites persiennes en tôle dirigeant l'air vers le plafond (fig. 309). A l'opposé de la pièce et à défaut de tuyaux prévus à l'avance dans les murs, des orifices de sortie seront placés au plafond, au basdegaînes-appliques ayant issue sur le toit par des aspirateurs. Quant aux constructions

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nouvelles, la disposition préférable sera : ou bien le chauffage spécial et multiplié de chaque chambrée par des poêles ventilateurs, ou bien l'envoi d'air neuf préalablement chauffé par des calorifères généraux, à 15 ou 18°.

On réunira toutes les gaines d'évacuation, |. débouchant de bas en haut et - parallèlement au courant, dans une cheminée centrale où passera le tuyau de fumée du calorifère et des fourneaux de cuisine de chaque corps de bâtiment. Ces fourneaux seront disposés comme nous l'avons indiqué précédemment, c'est-à-dire avec de grands Fi 309

réservoirs en tôle baignés dans la fumée et

servant à chauffer l'eau pour les bains des hommes, comme on Ta fait en Angleterre dans des conditions particulières de simplicité et de solidité. Il est inutile d'ajouter que pour les régiments de cavalerie, les vasistas ordinaires ne suffisent pas pour assainir les écuries, et qu'il sera bien préférable de faire monter les gaz ammoniacaux par des gaines partant des plafonds jusqu'au toit, au lieu d'empoisonner en été tous les étages situés au-dessus des fenêtres du rez-dechaussée.

En terminant ce qui concerne les casernes ou les camps permanents, rappelons ce que nous avons dit en parlant des collèges, où, en général, les soins de la toilette consistent uniquement à se laver le visage et les mains. Dans les casernes, c'est encore pis, le soldat n'ayant pas de serviettes. Aussi la propreté des armes et la saleté du corps sont la règle. Veiller aux règles de l'hygiène serait déroger pour nos officiers, mais il est bien peu de casernes où, à défaut des eaux de la ville, on ne puisse établir une pompe et un réservoir. On peut alors diviser une pièce du rez-de-chaussée en deux parties : la première serait consacrée au vestiaire, et la seconde, planchéiée à clairevoie, aurait une installation de douches formée tout simplement d'un tuyau circulant autour du plafond (fig. 267), et muni de pommes d'arrosoir. Les hommes trouveraient là en tout temps, et à peu de frais , le moyen de faire rapidement une toilette complète. Nul moyen ne vaut celui-là pour la rapidité, l'efficacité et l'économie surtout quand il s'agit d'un grand nombre d'individus sains et vigoureux.

Nous donnons, à titre de renseignement, quelques dispositions recommandées officiellement pour les casernes anglaises.

Les figures 310 et 311 montrent l'arrivée de l'air neuf par des ventouses percées au plafond, à l'angle des pièces, et allant sortir au point opposé dans des gaines séparées, aboutissant au toit. J'ai dit qu'il était utile de les placer au contact du tuyau de fumée des cuisines, pour éviter les courants descendants. Il ne faut pas compter sur la ventilation naturelle :

elle est incertaine et variable comme notre climat, et il faudra toujours l'aider par l'action du vent à la sortie des gaines, par la chaleur perdue des fourneaux, ou enfin par des becs de gaz, sans quoi les gaines d'ascension seront souvent des gaines d'admission, dans les temps froids. Deux mots chandelle fumeuse employée dans une

Fig. 310.

sur l'éclairage : chaque

Fig. 311.

chambre de caserne, chaque bec de ,

Fig. 312.

équivaut, comme viciation de

l'air, à un habitant de plus. Il est indispensable d'évacuer les produits de la combustion des appareils d'éclairage, aussi bien que ceux de la respiration humaine. Pour cela, il faudra faire tourner l'éclairage des casernes au profit de leur assainissement, en surmontant les becs de gaz d'un réflecteur (fig. 312) en forme d'entonnoir et aboutissant à une gaîne d'évacuation mise à l'abri du vent par un chapeau.

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