DES ÉCOLES, DES CRÈCHES ET ASILES DE L'ENFANCE
S'il est une question digne d'occuper l'attention des hommes éclairés, jaloux de la grandeur de notre pays, c'est, à coup sur, celle des écoles. Nous avons pu dire précédemment : « Plus de ventilation et moins d'hôpitaux ; » nous pourrons dire ici : « Plus d'écoles et moins de sergents de ville. » On ne saurait donc attacher trop d'importance à l'étude de tout ce qui touche à ce point faible de notre nation, au moment surtout où, de toutes parts, on songe à élever de nouveaux bâtiments scolaires. Après les hôpitaux, ce sont les lieux qui ont le plus besoin d'être ventilés, car, après avoir passé la nuit dans des chambres étroites et malsaines, les enfants emportent des germes de maladies dans leurs cheveux, sur leur peau, dans leurs vêtements. Quiconque a fréquenté les écoles, a remarqué l'odeur nauséabonde qui s'attache aux murs et qui persiste longtemps après la sottie des élèves. Or, on sait que les enfants, à cause de la délicatesse de leur organisation, ressentent plus vivement que les adultes l'effet de l'air confiné : ils s'infectent plus rapidement les uns les autres par l'encombrement et contractent dans les écoles les germes d'affections contagieuses, comme les fièvres éruptives, les ophthalmies purulentes, la coqueluche, les angines, etc. C'est pour eux surtout qu'il faut se rappeler que l'air est le pain de la respiration et que celui qu'ils mangent a été trempé dans des immondices. A mesure que nous respirons, nous enlevons à l'air l'élément nécessaire à la vie et nous le remplaçons par des résidus ou des excrétions gazeuses qui en altèrent la pureté ; on ne remangerait pas ce qu'on a mangé : c'est cependant ce qu'on fait quand on respire à nouveau l'air expiré, après qu'il a passé par nos poumons, et surtout par ceux des personnes qui nous entourent.
On peut résumer en quelques mots les défauts inhérents à la majorité de nos écoles et que j'énumère par ordre de leur gravité : 1° absence de ventilation; 2° chauffage insalubre; 3° cabinets d'aisance infects ; 4° pas de lavabos pour habituer les enfants à la propreté sur leur personne ; 5° éclairage défectueux ; 6° sièges et pupitres forçant les élèves à des postures contre nature ; 7° manque d'appareils gymnastiques convenables ; 8° en On, mauvais drainage et mauvais pavage des cours.
D'après le plan de cet ouvrage, nous n'avons à nous occuper que des deux premiers points que nous signalons, et ce sera ici le cas de rappeler ce que nous avons souvent vu dans le cours de notre étude, c'est l'obligation où nous sommes de confondre, en un seul chapitre, deux questions en apparence indépendantes et en fait parfaitement unies, parce que les moyens qu'on emploie sont intimes dans leurs causes et dans leurs effets.
En principe, quand les constructions s'y prêtent, il est préférable, comme les Chinois et les Romains, de chauffer le sol, surtout pour des pièces destinées à des travaux de l'esprit. C'est le meilleur moyen d'assurer la température des couches inférieures; mais rarement la chose sera possible. Ëtudions donc nos écoles actuelles telles qu'elles sont et prenons pour exemple les appareils de chauffage de MM. 6eneste et Herscher frères (fig. 264 et 265), qui sont approuvés et employés par la ville de Paris dans les écoles communales. Gomme on le verra par -la figure 313, ils combinent à la fois la ventilation et le chauffage, deux conditions indispensables à une école. La prise d'air extérieur faite dans un lieu salubre et mise à l'abri des corps étrangers, arrive sous le poêle à combustion facile à régler et sort par les parties supérieures d'où il s'étale en nappe sur le plafond en utilisant dans tout son parcours le tuyau de fumée. Ce dernier se rend à l'extrémité de la salle dans une gaîne montant jusqu'au toit et protégée contre les vents ou la pluie par les moyens ordinaires. Cette gaine, de dimensions variables suivant le nombre des élèves, a généralement m ,60à œ ,80 de long sur m ,30 de large avec deux ouvertures, l'une en haut près du plafond, l'autre en bas près du plancher, où se trouve placée, avec les précautions convenables contre l'incendie, une grille ou .un petit poêle à combustion lente. En hiver, avant l'arrivée des classes, les deux orifices de la gaîne sont fermés; on se borne à chauffer la pièce. Lors de l'entrée des élèves, on ouvre la bouche inférieure,
qui fait alors fonctionner la ventilation sous l'appel de la fumée. Quand on le pourra, il sera préférable de faire l'appel par des gaines
Fig. 313.
souterraines partant de grilles placées verticalement et en éventail, des divers points de la salle, afin de ne point infecter les bancs placés près de la bouche principale d'extraction.
En été, l'air extérieur est introduit soit par le poêle lui-même, soit par des vasistas ouvrant intérieurement à 45°, et la sortie a lieu par la bouche supérieure de la gaine dont on peut activer l'action en allumant le poêle du bas ou des becs de gaz. Il est inutile d'ajouter que les appareils d'éclairage devront être munis de réflecteurs surmontés de tubes conduisant les gaz de la combustion dans la gaine de ventilation dont ils activeront la puissance.
Pour les crèches, comme pour les salles d'école plus importantes, on emploiera avec avantage la disposition des figures 314 et 315, où, pour démontrer le principe, on n'a indiqué que la salle elle-même, sans ses abords qui varient à l'infini. Le système se compose essentiellement : 1° d'un calorifère placé soit en sous-sol, soit dans une pièce contiguc ; 2° d'une chambre de mélange placée dans les combles ; 3* de plusieurs gaines d'appel d air vicié placées latéralement en
contre -bas du plancher et allant rejoindre le tuyau de fumée du calorifère.
Prenons la ventilation d'hiver. L'air pur amené d'un point conve-
Fig. 314.
nable, le plus loin possible de la cheminée d'évacuation, à l'abri de toute malveillance et de toute émanation nuisible, arrivera autour du
Fig. 315.
calorifère, s'élèvera dans la gaîne d'ascension, pour aller déboucher par les nombreux orifices ménagés dans les ornements du plafond.
Suivant les besoins et la température exigée, il se mélangera dans les combles avec de l'air froid arrivant par des ouvertures qui serviront en été à l'arrivée de l'air frais, et qu'on placera par conséquent au nord et à l'ombre. Pour éviter la malveillance, et surtout les détritus apportés par les oiseaux et les animaux rongeurs, les bouches d'arrivée seront toujours munies à l'entrée de grillages serrés. Elles seront disposées de manière qu'on puisse les visiter et les nettoyer fréquemment. Il sera toujours très-utile de pouvoir les régler par des registres, leur action différant suivant les frottements, la section des gafnes, l'ouverture des portes, la direction des vents, etc. Il est inutile d'ajouter que la gaine de chauffage et la gaine d'évacuation devront, autant que possible, être mises à l'abri du refroidissement, puisqu'elles agissent d'autant plus énergiquement qu'il y a plus de différence entre leur température et celle de la salle à ventiler. Toute perte de chaleur sera une perte de force et, par conséquent, un surcroît de dépense. Les personnes présentes dans la salle, si les bouches d'arrivée sont suffisamment nombreuses et espacées, ne s'apercevront pas du courant qui entraîne l'air vicié vers les bouches latérales et les gaines du plancher dans le double tuyau faisant appel. Un peti foyer supplémentaire placé dans la colonne montante d'appel, viendra joindre au besoin son action à celle de la colonne de fumée. Avec quelques thermomètres placés çà et là, et un peu de bonne volonté de la part du chauffeur, on obtiendra ainsi, avec très-peu de frais de combustible, d'entretien et de travail, un renouvellement parfait de l'air.
Fig. 316.
En somme, ce système, quand on pourra l'appliquer, est bien supérieur aux poêles, qui donnent souvent trop de chaleur dans leur voisinage,
et dont le tuyau de fumée n'est pas toujours suffisant pour l'appel de l'air vicié.
Les figures 316 et 317 indiquent une disposition applicable aux écoles où l'on pourra établir le calorifère en sous-sol. Les conduits
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Fig. 317.
de chaleur surmontés de plaques de fonte se bifurqueront pour aller déboucher de place en place sur les parties latérales, tandis que le tuyau de fumée utilisé dans une gafne jusqu'au milieu de la pièce, ira aboutir sous les gradins, à la cheminée d'évacuation de l'air vicié. Là, il y détermine l'appel de l'air de la pièce, et cet appel sera augmenté au besoin par un petit foyer auxiliaire qui fonctionnera surtout en été. Enfin, la figure 318 indique le même principe appliqué dans qael-
Fig.318.
ques écoles rurales des États-Unis, où le poêle est placé dans un angle de la pièce. Une large bouche d'appel, située à l'opposé, sert à égaliser la température et à diriger en contre-bas l'air vicié vers le tuyau de fumée.