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DES SALLES DE CONCERT

J'ai vu à peu près toutes les salles de théâtre et de concert de l'Europe et de l'Amérique, et je n'en connais pas une où, en sortant, le spectateur ne prononce le mot sacramentel : ouf ! ce qui pour l'hygié-

niste veut dire : J'ai eu des jouissances intellectuelles de tout genre, voilà pour l'esprit; mais.... j'étais trop serré, la lumière me fatiguait la vue, j'éprouvais une gêne particulière à respirer, je me sentais assoupi, voilà pour le corps.

Parmi les salles de l'Europe , la meilleure pour l'acoustique et en même temps celle qui est la plus haute expression de la barbarie moderne au point de vue de la ventilation, c'est certainement la salle des concerts du Conservatoire de Paris qu'on peut citer la première. Impossible de réunir à un plus haut degré le talent musical d'un côté et la barbarie hygiénique de l'autre. Si j'étais tout-puissant, je voudrais condamner l'architecte et les administrateurs à vivre dans les cintres au moyen de l'air qu'on y respire et cela « jusqu'à ce que mort s'ensuive, » ce qui ne pourrait tarder.

Ce qui existe là pour une salle, se retrouve partout plus ou moins et surtout dans les salons de nos grandes maisons. Mais pour être musicien, on n'en est pas moins homme, et je me demande toujours comment on peut avoir la prétention de vous amuser quand on vous a mis dans un étau, qu'on vous a plongé dans une atmosphère insalubre et brûlante et qu'on a anéanti votre être physique ? Aussi beaucoup de personnes d'un certain âge et d'une certaine constitution sont-elles obligées de s'interdire les plaisirs du monde, et particulièrement les salles de concert où la circulation est encore moins facile qu'au théâtre.

Il est cependant bien des moyens de remédier à toute cette misère, mais cela ne se fait pas par l'opération du Saint Esprit. Ce qu'on devra toujours éviter, c'est d'envoyer sur les épaules nues des dames en toilette des courants d'air froid ; par conséquent, il faut que l'air neuf soit préalablement chauffé modérément en hiver et qu'il arrive loin des spectateurs, loin des artistes surtout, vers le plafond et par Fig.325.

les corniches (fig. 325) pour briser les courants et se mêler à l'atmosphère de la salle. Il ne faut pas penser à le faire arriver par le bas ; quelque précaution qu'on prenne , les bouches d'arrivée seront tou-

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Fig. 327.

jours gênantes : au contraire, les bouches d'extraction mises en contre-bas dans les plinthes ou sous les sièges, ne seront pas même soupçonnées.

Voilà pour la disposition générale : chauffage de l'air en hiver à une température moyenne; injection de cet air par les corniches à un angle de 45°, loin des artistes ; appel de l'air vicié en contre-bas sous les sièges ou dans les plinthes par des gaines nombreuses aboutissant au foyer d'appel. A défaut de ce foyer, un propulseur mécanique fort simple (fig. 326), placé en soussol, ou dans une pièce quelconque, communiquant par une gaine avec les corniches et mù par un ou deux hommes suivant retendue des salles, suffira pour produire l'effet voulu. L'une des premières conséquences de cette légère pression du dedans au dehors sera d'atténuer le courant des portes. En été, c'est moins de l'air frais qu'il faudra envoyer, que de l'air neuf : qu'on n'oublie pas que l'air nous fatigue beaucoup moins par sa température que par sa composition et surtout par le mouvement

dont il est animé. Nous allons, par notre proposition supprimer la nécessité des éventails, mais on nous pardonnera, je l'espère, en faveur des résultats.

On a essayé souvent de chauffer et de ventiler des salles comme l'indique la figure 327 ; dans certains états de l'atmosphère, ce moyen pourra réussir et l'ouverture seule du plafond vitré, réglé par des châssis mobiles, pourra suffire ; mais dans des climats variables, il arrive souvent que Pair neuf, débouchant par les plinthes, est gênant pour les spectateurs voisins. En second lieu, des courants d'air froid débouchent par le plafond où n'existe pas le troisième terme du problème, la force déterminant la sortie de l'air vicié.

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