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VENTILATION DUNE MAISON ENTIÈRE

En général, le meilleur mode de ventilation pour une maison, prise dans son ensemble, est celui que procure un bon calorifère chauffé à moyenne température, déversant sa chaleur au centre de l'habitation, soit dans l'antichambre, soit dans l'escalier qui devient l'artère principale de la maison. L'arrivée de l'air neuf doit être secondé par l'appel des cheminées; mais 1° ce moyen n'est efficace que l'hiver; 2° il n'y a pas de cheminée ou de foyer d'appel partout; 3° enfin, lors des grandes réceptions, les cheminées elles-mêmes font défaut, parce que la chaleur développée par une nombreuse assistance et par les appareils d'éclairage est suffisante : il n'y a pas ventilation là où elle est le plus nécessaire.

Jusqu'à présent, on a donné abondamment à nos maisons de la lumière, de l'espace, de la chaleur, de l'eau même, mais pas encore de renouvellement d'air. C'est à qui des architectes ou des propriétaires s'occupera le moins de la question et, cependant, on peut dire, que si au médecin incombe le soin de nous guérir de nos maladies, aux architectes incombe celui de les prévenir, en nous fournissant abondamment de l'air pur. Car, de toutes les causes extérieures qui ont une action sur la santé, la plus importante est la qualité de l'air qu'on respire. Plusieurs moyens ont été employés pour obtenir ces résultats.

C'est en Angleterre que, vers 1830, les premières habitations ont été chauffées et ventilées complètement d'une manière rationnelle par la circulation d'eau chaude décrite en détail par Richardson. Cette circulation avait lieu soit dans les plinthes des appartements, soit dans des gaines verticales (ûg. 224), comme M. d'Hamelincourt en a fait l'application en grand, à Paris, dans les bâtiments d'administration des chemins de fer. En général, pour les habitations particulières, il est préférable d'éviter les gaines et les tuyaux d'eau dans les appartements.: on mettra de préférence les hydro-calorifères en soussol, et par des dispositions convenables, on peut combiner par ce moyen les avantages du chauffage à air chaud et à eau chaude.

Dans ces derniers temps, parmi les expériences les plus sérieuses qu'on puisse citer, est celle que firent MM. Drysdale et Hayward, mé-

decins anglais, qui, en 1861 et en 1867, construisirent à Liverpool des habitations à leur usage , comportant un système complet de ventilation au moyen de la chaleur perdue des fourneaux de cuisine. Mieux que les architectes et les ingénieurs, les médecins, en général, peuvent et savent observer l'influence d'un air pur dans les habitations où ils pénètrent à toute heure et dans des circonstances très-diverses.

Dans la maison du docteur Drysdale, le chauffage a lieu par un hydro-calorifère A (fig. 319), dont les tuyaux servent en même temps

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à une circulation d'eau chaude au rez-de-chaussée, dans le vestibule et dans le jardin d'hiver. Des précautions sont prises pour isoler par de doubles portes, fermant seules, les cuisines et les vestibules extérieurs. L'air chauffé dans le sous -sol à 18° environ, au contact des serpentins d'eau chaude, s'élève dans le corridor central B, où débouchent tous les appartements et les escaliers; il est admis dans les pièces par les corniches, et, au-dessus des portes, par des bouches à coulisse qui règlent partout l'entrée et la sortie suivant les saisons et le nombre d'occupants des pièces. L'air vicié par le gaz ou par la respiration passe à travers les ornements du plafond C vers un tube de zinc aboutissant à la chambre d'air vicié ou réservoir central D, ayant 8 m cubes de capacité environ et situé sous les combles. En hi-

ver, pour égaliser la température, on peut faire l'appel en contrebas par les plinthes. Tous les tubes débouchent à un même niveau et dans la direction du courant général, puis l'air descend en siphon et au bas de la cheminée des cuisines, dont le tuyau est formé par un tube circulaire en fonte de m ,35 de diamètre environ. Ce tube est entouré d'une large cheminée en briques, où la chaleur de la fumée fait appel à tout le système. Ce moyen a pour avantages d'être simple, gratuit, continu et d'agir sans danger de feu, sans intervention de personne et surtout la nuit comme le jour, l'hiver comme l'été. Les résultats produits par cette installation vraiment scientifique et rationnelle sont publiés en détail par les auteurs et font preuve d'une rare sagacité d'observation. Sans doute, de tels dispositifs ne peuvent être à la portée de tout le monde ; mais ils montrent une fois de plus combien, de l'autre côté du détroit, on attache d'importance aux

Fig. 320.

questions d'hygiène et combien nous avons encore a faire sous ce rapport.

Un autre mode de ventilation d'une maison entière par un seul appareil a été établi à New- York par le D r Griscom (fig. 320). Il con-

siste dans l'emploi de la cheminée du calorifère pour produire l'entraînement ou l'aspiration de l'air vicié dans des gaines supplémentaires continues aux gaines d'air chaud. Comme on le voit par la figure, chaque bouche de chaleur aboutit au bas des pièces ; aux points 1 et 2, par exemple, près des plafonds, sont ménagées des ouvertures à coulisse servant de bouches d'extraction A, B, C, sous l'appel de la colonne d'air chaud contenu dans les gaines et allant aboutir sur le toit en s'élargissant à chaque étage jusqu'au ventilateur V. Si l'on emploie de simples gaines pour renouveler l'air d'une pièce, l'air qu'elles contiendront peut être ou plus froid ou plus lourd que celui des chambres et peut par conséquent produire un effet contraire à

celui qu'on désire. Le moyen proposé ci-dessus a pour avantage de fournir un appel ou un moteur assuré, d'être indépendant pour chaque pièce d'une maison, d'opérer la nuit, par la chaleur accumulée du calorifère, enfin d'agir l'été comme l'hiver en n'ouvrant que les .bouches d'extraction.

Un troisième moyen d'aération, quand on pourra disposer les tuyaux comme dans la figure 321, consistera à employer le calorifère, l'été aussi bien que l'hiver, pour l'arrivée de l'air neuf. En hiver, l'air chaud sera amené par les bouches latérales A, et l'air vicié sortira par lea bouches B, ou par les cheminées des appartements, si elles sont allumées. En été, l'air frais arrivera encore par les bouches A, et l'air vicié sera expulsé par les bouches B sous l'appel d'un calorifère spécial placé en sous-sol en C. Lorsqu'il y aura plusieurs étages à ventiler par plusieurs tuyaux, il faudra nécessairement des registres mobiles et des languettes aux divers branchements pour empêcher que l'air vicié d'un étage ne se déverse dans l'autre.

Fig. 321.

Quand la construction ne se prêtera pas à la disposition précédente et qu'on aura une bouche de calorifère située comme elle doit l'être à l'opposé de la cheminée en G et D (fig. 322 et 323), si Ton peut dis-

Fig. 322.

Fig. 323.

poser d'un tuyau B près de cette dernière, on utilisera pour l'été la bouche du calorifère pour l'arrivée de l'air neuf en le faisant sortir par le haut en D, et l'appel de l'air vicié sera produit suivant les cas par un poêle placé dans la cheminée A, ou dans une chambre de domestique au-dessus, soit enfin par des becs de gaz.

Si l'on a à ventiler un hôtel privé, été comme hiver, il faudra imiter la nature, qui, pour la circulation du sang dans le corps humain, a placé son moteur et ses artères principales au centre avec des branchements particuliers se dirigeant vers les extrémités. Dans un hôtel, .■ l'artère principale sera une gaîne logée, par exemple, dans l'angle inutile d'un escalier et autant que possible au centre du bâtiment. Cette gaîne sera le siège de la circulation à l'intérieur : on y fera aboutir des conduites amenant l'air vicié des pièces à ventiler. Elle servira pour le passage des tuyaux d'eau chaude, si l'on adopte la disposition américaine (6g. 30). A défaut de ce dernier moyen, il nous faudra trouver le cœur, c'est-à-dire, la force artificielle pour déterminer le déplacement de l'air. Si on ne peut disposer de la chaleur perdue des fourneaux de cuisine, on mettra au bas de la gaîne un poêle chauffant une circulation d'eau dans, deux tuyaux montant jusqu'au dernier étage : les joints de ces tuyaux seront placés vis-àvis chaque plancher avec une ouverture qui en rendra l'inspection facile. En haut et en bas, une porte permettra d'introduire et de démonter chaque pièce. On comprend que la ventilation se réglera sur l'activité de la combustion du foyer d'abord, puis sur la surface de

transmission que Ton donnera au tuyau dans l'étage des combles. Cette disposition permettra d'utiliser, pour l'aération des chambres à

coucher, la grande capacité calorifique de l'eau; elle fournira de l'eau chaude pour les bains et les lavabos à tous les étages, et, combinée avec des ventouses convenables, elle permettra de commander à la circulation de l'air par l'activité qu'on donnera au foyer.

La question d'arrivée de l'air neuf a toujours offert beaucoup de difficulté pour en rendre le courant insensible.

En hiver, il y a, en outre, nécessité de le chauffer préalablement. Nous avons vu qu'on l'introduit par les corniches percées à jour et par le dessus des portes, dont la moulure du chambranle supérieur serait écartée de quelques centimètres du mur. Un autre moyen consiste à mettre les chambres de chaleur des cheminées en communication avec la gaine A du calorifère (fig. 324).

En hiver, les bouches introduiront de l'air chauffé, soit par le calorifère, soit par les cheminées elles-mêmes, qui sont les ventilateurs par excellence. En été, la gaîne d'air chaud A deviendra une gaîne d'air frais puisé dans les caves, et l'air vicié sera évacué au point B par une gaîne latérale où l'on allumera quelques becs de gaz, ou bien Ton y fera circuler des tuyaux d'eau chaude comme on le fait en grand pour les hôpitaux. Jl va sans dire que la gaîne B sera placée à l'opposé de la gaîne d'arrivée.

Fig. 324.

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