DES AMPHITHÉÂTRES
En étudiant la ventilation des écoles, nous avons donné (fig. 316) une disposition convenable pour les petits amphithéâtres. Lorsqu'il s'agira de locaux plus considérables, comme le Conservatoire des arts et métiers de Paris, on ne saurait mieux faire que d'imiter les dispositions établies par le général Morin, qui personnifie en France la science de la ventilation et qui est, de tous nos savants, celui qui a fait le plus pour la rendre populaire par ses conseils et par ses nombreux écrits. Ceux qui dans leur jeunesse ont fréquenté les amphithéâtres pour écouter les Dupin, les Pouillet et les Clément Desormes,
se rappelleront encore l'état de l'atmosphère vicié par six ou sept cents auditeurs chez lesquels la propreté est certainement l'exception. Aujourd'hui, il n'est pas de salon à Paris où l'air soit plus pur, la température plus régulière : et combien coûte cet inestimable bienfait? D'après les rapports publiés dans les Annales du Conservatoire, il y a plusieurs cours recevant en moyenne, dans les deux amphithéâtres, deux mille personnes : les frais de chauffage et de ventilation ne s'élèvent qu'à 12 ou 15 francs par jour. Ajoutez-y l'intérêt des appareils et les frais accessoires et déduisez-en le chauffage ordinaire, qui aurait lieu dans tous les cas, il restera à peine une dépense de fir. 10 par auditeur et par jour. Les fig. 332 et 333 donnent une idée géné-
rale de la disposition adoptée pour les deux amphithéâtres dont nous parlons et qui sont séparés par une cour où se trouve la cheminée centrale d'évacuation. Le calorifère, avant l'ouverture des cours, agit comme chauffage seulement et envoie de l'air chaud dans les parties basses de la salle et les pièces contiguës. La ventilation ne fonctionne que pendant les leçons. L'air chaud, changeant alors de destination, monte dans une gaîne spéciale vers les combles, où il se mélange à l'air extérieur pour n'entrer par les ornements du plafond qu'à une température moyenne de 1 8°. De là il descend en contre-bas vers les gradins, où il pénètre dans une gaîne collective qui le dirige vers le foyer d'ap-
pel entretenu au bas de la cheminée commune d'évacuation. Il est inutile d'ajouter que les ouvertures ordinaires à l'extérieur doivent être soigneusement closes par des tambours chauffés et munis de portes ouvrant du'dedans au dehors. Les rentrées d'air chaud ou froid et les gaines d'appel sont réglées et disposées suivant les saisons. C'est, chez nous, la première application en grand aux salles d'assemblées du système de ventilation renversée des mines. Nous l'avons vu employer avec succès dans la Chambre des députés. Il est inutile de dire qu'en été, les mêmes dispositions sont utilisées pour le renouvellement de l'air, uniquement par l'allumage du foyer d'appel.
des ppisons.
De même que les salles d'assemblées, les prisons ne rentrent pas dans le cadre de nos études, mais un examen rapide complétera les principes que nous avons posés pour nos habitations en général.
Après les hôpitaux, les prisons sont les constructions où un encombrement forcé peut amener les maladies les plus graves et où, d'ailleurs, les détenus, quelquefois innocents, sont obligés de passer des mois entiers, des années même, dans des dispositions physiques et morales les plus défavorables. Il est donc de la plus haute importance de ne pas ajouter à leur misère celle d'un air impur comme on en a tant d'exemples.
La première installation importante où fut appliquée la ventilation renversée, imitée depuis au Conservatoire des arts et métiers et à la Chambre des députés, a été faite à Londres, dans la prison cellulaire modèle de Pentonville, et publiée en 1844 par le major Webb. Le plan qu'on se proposait était : 1° de fournir à chaque prisonnier de l'air chaud ou froid en quantité suffisante sans qu'il en sentît le courant; 2° d'effectuer le déplacement d'une quantité égale d'air vicié; 3° enfin d'éviter tout rapport entre les prisonniers par la transmission du son.
Dans ce but, on mit dans les caves des bouilleurs, d'où partaient des tuyaux d'eau chaude circulant sous les planchers et les corridors du rez-de-chaussée (fig. 334). De là des branchements séparés d'air chaud pour chaque cellule aboutissaient dans une grille placée au
plafond pour la mettre hors de la portée des détenus. Au côté opposé se trouvait en contre-bas une bouche d'extraction d'air vicié dirigée par une gaîne distincte vers le collecteur placé sur le toit. Là, on utilisait la fumée des foyers et on allumait des feux réglés suivant les besoins pour faire appel à l'air vicié.
En France, vers 1849, la prison cellulaire de Mazas fut chauffée et ventilée à Paris à peu près par les mêmes principes. Puis, en 1871, des perfectionnements furent apportés par M. d'Hamelincourt, qui ap«
Fig. 334.
pliqua une circulation verticale de tuyaux de vapeur au lieu d'eau chaude pour améliorer la température des cellules. Comme à Pentonville, des branchements particuliers furent établis dans les angles opposés à la bouche d'extraction et un ventilateur à hélice fut ajouté dans la cheminée d'évacuation pour commander à l'appel de l'air vicié.
Cette indication générale suffira pour démontrer les principes généraux appliqués à la ventilation des prisons. Les systèmes employés varient à l'infini suivant les constructions et les besoins, mais leur étude détaillée n'est que l'application des principes généraux que
nous avons posés et elle sort du plan plus modeste de notre travail.