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DES NAVIRES

Parmi les enceintes closes où l'homme doit forcément vivre, un vaisseau est, après la fourmilière ou la ruche d'abeilles, le lieu où sont accumulées en plus grande abondance les causes de viciation de l'air. Ces causes dépendent à la fois des matériaux dont est formé le navire, de la présence des machines à vapeur, des climats brumeux» froids ou brûlants où Ton navigue, de la nature des marchandises renfermées sous les ponts, du nombre des passagers ou même des animaux qu'on transporte, etc. De là sont nés les efforls que les hygiénistes ont faits, de tout temps, pour aérer les vaisseaux et qui deviennent aujourd'hui bien plus nécessaires, puisque en temps de guerre, par exemple, on embarque dans des espaces resserrés un nombre de troupes qui eût exigé autrefois quatre ou cinq fois autant de navires. De plus, les nécessités du combat forcent à réduire la place consacrée aux hommes, pour augmenter la puissance de l'artillerie et des moyens de locomotion. De là un encombrement fatal aux troupes et aux chevaux transportés dans nos guerres lointaines. Nous n'en avons, hélas! que de trop nombreux exemples, surtout en dernier lieu, dans les expéditions de Crimée et du Mexique.

Après le soin de la vie humaine et les besoins de la guerre, l'importance des transports commerciaux est venue attirer très-sérieusement l'attention des constructeurs. La détérioration des cargaisons de grains et des marchandises susceptibles de fermentation pendant la traversée ont prouvé toute l'importance d'une ventilation énergique.

Nous avons vu, en étudiant l'histoire de l'aération, que Haies, en 1741, Duhamel du Monceau, en 1748, et Sutton, en 1749, avaient proposé différents moyens dont le principal consistait à utiliser la chaleur perdue des foyers de cuisine pour faire appel à l'air vicié des cales. Au commencement de ce siècle, le marquis de Chabannes proposa d'appliquer des dispositions fondées sur les mêmes principes (flg. 335), c'est-à-dire des tuyaux partant des différentes parties d'un bâtiment et venant envelopper un tuyau d'appel, surmonté d'une gueule de loup, utilisant la force du vent par entraînement. Ce même moyen a

été proposé à nouveau, sous divers noms, dans les derniers temps, et particulièrement par le docteur Reid, qui a fait de cette question une étude particulière.

En somme, on a eu recours : 1° aux manches à vent en toile ou en fer. Ils rendent de réejs services, mais leur emploi seul ne suffit pas, surtout pour les transports de troupes et dans les traversées sous les tropiques. Ainsi, pour les navires à voiles qui n'ont généralement que ce moyen à leur disposition , si le temps est calme, l'aération cesse au moment où elle est le plus utile. Il en est de même Fi 33^ dans les mauvais temps où l'on est obligé de

fermer toutes les ouvertures. Enfin , le courant injecté par le manche à vent n'agit souvent que sur un point où il est trop vif, tandis qu'il est nul sur d'autres.

2° Dans les traversées des pays chauds, on a eu recours aux mâtures en fer creux, transformées en cheminées d'appel, munies d'ouvertures à la hauteur des divers ponts et utilisant ainsi la force gratuite du soleil, qui augmente son action au moment où l'aération est le plus nécessaire. Mais ce moyen accessoire n'offre ni certitude ni régularité quand il s'agit du transport de passagers nombreux ou de marchandises très-sujettes aux avaries, pendant un long voyage de l'Inde ou de l'Amérique du Sud en Europe.

3° On s'est servi des feux des fourneaux de cuisine, qu'on alimentait par l'air puisé dans les cales, ou bien on entourait la cheminée d'une double enveloppe, afin d'en utiliser la fumée pour l'appel de l'air vicié. Mais pour que ce moyen fût réellement efficace, il faudrait l'accompagner d une distribution convenable de tuyaux d'appel qui, dans certains cas, prendraient trop de place. En outre, l'action des foyers serait souvent trop faible la nuit, au moment où l'aération est le plus utile. Il faudrait donc nécessairement entretenir les feux d'une manière constante.

4° Enfin, on a emprunté aux steamers une faible partie de leur force motrice pour faire agir des ventilateurs mécaniques. On en a obtenu des résultats excellents, par exemple, à bord des monitors américains, où l'intérieur des bâtiments n'est en communication avec l'air extérieur que par la partie centrale et où les fumées de la poudre exigent

des précautions exceptionnelles. Dans ce dernier cas, le système d'appel serait trop lent et demanderait des conduits trop larges, là où la place a une importance capitale. C'est pourquoi dans les grands bâtiments le système par insufflation sera préféré. Il n'exige que des tuyaux de faible diamètre prenant toutes les formes, suivant tous les contours et les anfractuosités de ce dédale qu'onappelle un vaisseau de guerre. Il a en outre cet avantage, de diviser l'air neuf, de le régler par des registres, de le porter aux points où il est nécessaire et à de grandes distances. L'injection pourra se combiner avec l'aspiration produite par les cheminées des machines, par la chaleur perdue des fourneaux de cuisine et par l'action de ventilateurs aspirants terminés par des chapeaux mobiles qui utilisent la marche du navire et la force du vent. Il faudra toujours faire arriver l'air neuf très-divisé de manière à n'être point un danger pour les hommes.

L'injection prendra une importance d'autant plus grande que les navires tendent à se mettre sous l'eau pour éviter les coups et que, d'un autre côté, on a accumulé sous la ligne d'eau des pièces d'artillerie formidables, exigeant un renouvellement d'air considérable. L'aération abondante ne sera pas seulement utile aux hommes, elle préservera la membrure des navires des dégâts de la pourriture sèche ; elle évitera surtout dans les grains ou les autres marchandises susceptibles de fermentation, réchauffement et les autres causes de dépréciation qui compromettent des cargaisons entières.

M. de Montdésir a repris l'idée émise à diverses époques et notamment par M. Sochet, ingénieur de la marine, et par M. Bourdon, ingénieur civil. A l'avenir, toute construction de navire comportera une circulation d'air, mis en mouvement par une machine spéciale, absolument comme la circulation du sang dans le corps humain est activée par les contractions du cœur. Dans les navires à voiles, qui du reste disparaissent tous les jours, on aura un foyer d'appel ou un ventilateur spécial mû par une machine, quand la nature du transport l'exigera. Dans les steamers, qui sont les transports de l'avenir, ou bien on aura une machine servant à activer le foyer des chaudières et en même temps à injecter l'air neuf dans le système aérien du navire ; ou bien on empruntera à la machine elle-même une minime portion de sa force pour ventiler le bâtiment, absolument comme on lui emprunte sa vapeur, pour le chauffer, par des tuyaux qui circulent dans des gaines à double enveloppe, sous les planchers des cabines.

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