De V automatisme du développement
Au point où nous sommes arrivé, nous pouvons maintenant aborder avec fruit la question de l'automatisme du développement et montrer quelle valeur on doit accorder à cette manière de procéder.
Le développement automatique est celui qui permettrait de développer un cliché quelconque sans faire aucune des modifications que nous avons indiquées précédemment. Avec cette manière de faire, le temps de pose n'aurait plus aucune impor-
(^) DkyxmE, La FliotograpJiie^ Traité théorique et pratique. 2 volumes grand in-8, avec 234 figures et 4 planches spécimens; 1886-1888 (Paris, Gauthier-Villars et Fils). — De Ghapel d'Espinassoux, Traité pratique de la détermination du temps de pose. Grand in-8, avec nombreuses Tables; 1890. (Paris, Gautiiicr-Viliars et Filo).
tance. Pour celui qui a pris la peine de lire cet Ouvrage, ce procédé paraîtra a priori cjuelque peu extraordinaire. En effet, si, comme nous croyons Tavoir prouvé, le bain révélateur doit être modifié suivant les intensités lumineuses qui ont agi, on doit penser, par réciproque, qu'avec un bain toujours le même, les temps de pose devront varier précisément dans le même rapport que les intensités lumineuses. Donc, dans ce cas, la détermination du temps de pose deviendrait absolument prépondérante. De quel côté est la vérité? Voilà ce qu'il nous faut examiner. Prenons un bain dit automatique, dont la formule est fixe, invariable, et faisons un cliché que, par hypothèse, nous supposons parfait sous tous les rapports. Le temps de pose a été d'une seconde et il a fallu cinq minutes de développement. Ce temps de pose correspond précisément au temps normal de pose nécessaire avec le bain employé. Le temps qu'il a fallu pour développer (cinq minutes dans l'expérience) constitue ce qu'on pourrait appeler le temps normal de développement, 11 est absolument certain que tous les clichés faits dans les mêmes conditions et pendant le même temps normal de pose viendront également bien en un temps qui sera justement égal au temps normal de développement. Voilà du véritable automatisme, celui qui montre le rapport qu'il y a entre l'intensité lumineuse de Fobjet, le temps de pose, la formule du bain et la durée
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d'action de celui-ci. Si l'on pouvait déterminer exactement l'intensité lumineuse et en déduire la connaissance du temps normal de pose nécessaire, l'automatisme serait possible. C'est-à-dire que l'on pourrait développer dans un bain toujours le même, et en un temps toujours le même, des clichés quels qu'ils soient. Les temps d'exposition de ces différents clichés, proportionnels aux différences d'intensité de l'objet, correspondraient en effet tous au temps normal qui est nécessaire pour donner un bon résultat avec le bain automatique. Mais, en pratique, les choses ne se passeront pas ainsi. Si le temps normal de poseT^^ pas été atteint, l'action de la lumière aura été insuffisante, et l'on ne pourra évidemment pas obtenir le même résultat pendant le temps normal du développement. L'image manquant de pose sera certainement incomplète, même si l'on poussait davantage le développement. Au contraire, le temps normal d^ exposition a-t-il été dépassé, la réduction opérée parla lumière sera plus considérable et l'image sera terminée en un temps moindre que celui du développement normal. En résumé, le temps normal de pose qui correspond à une action déterminée de la lumière pendant un temps connu, action qui est nécessaire pour donner un bon résultat, représente une somme de lumière qu'il serait possible de mesurer. Si cette somme de lumière n'est pas atteinte, lorsque l'on reste en dessous du temps normal de pose^V\mdi^e
pourra apparaître, mais elle sera incomplète; si, au contraire, on dépasse cette limite, la somme de lumière étant plus considérable que celle qui est nécessaire, les voiles sont à craindre. Toute variation du temps de pose, si l'on suppose le bain identique, aura donc pour effet une différence en plus ou en moins dans la valeur de l'image.
Un bain de composition donnée ne peut développer bien que le clicKé ayant la pose normale correspondante. Or, comme le temps de pose normal est fonction directe de l'intensité lumineuse de l'objet à reproduire, il s'ensuit qu'avec un bain automatique la question de la durée d'exposition devient prédominante.
Pour ne rappeler qu'un exemple, ceux qui ont pratiqué le coUodion humide se souviennent parfaitement que la détermination du temps de pose demandait à être faite avec assez de précision. Lorsqu'on versait le révélateur sur la plaque, si la pose avait été bonne, l'image venait de suite avec toute la perfection voulue; y avait-il insuffisance, elle manquait de détails; y avait-il excès, elle se voilait.
Une autre qualité des bains automatiques serait de permettre le développement successif de plusieurs clichés. Ce résultat peut s'obtenir très certainement ; mais, comme nous l'avons déjà dit, le caractère de chaque cliché varie, parce qu'il est traité dans un bain dont la composition se modifie
après chaque développement successif. Cette manière de faire est très séduisante au premier abord ; mais, devant les résultats obtenus qui donnent des clichés de plus en plus durs et heurtés, nous doutons qu'elle satisfasse les opérateurs sérieux.
73. — - En résumé, les développements à forme automatique ne pourront donner de bons résultats que lorsque l'on pourra réaliser des expositions sensiblement identiques : c'est ce qui se présente dans l'atelier du photographe qui, connaissant son éclairage à chaque heure de la journée et dans chaque saison, peut arriver, avec un peu d'expérience, à obtenir des clichés également exposés. Le développement automatique lui sera donc très précieux et d'un usage fort commode. C'est du reste parce qu'il emploie un bain de fer toujours identique, qu'il préfère en général ce développement à celui à l'acide pyrogallique.
74. — En ce qui concerne l'obtention des clichés instantanés, ils pourront rendre certains services, car, dans ce genre de travail, il n'y a guère de modifications à introduire dans le développement. Il suffit d'avoir un bain assez énergique : si la lumière était suffisante, on aura un bon cliché; sinon, il sera plus ou moins médiocre. Au cas où l'on voudrait développer plusieurs clichés successivement, il ne faudra pas oublier que le bain s'ap-
pauvrit à chaque plaque développée et qu'il se charge de plus en plus de bromure ; on devra donc le raviver de temps en temps par l'addition de bain neuf ou, si l'on emploie des solutions séparées, de nouvelles quantités et du réducteur et de l'alcali.
Pour résumer tout ce que le lecteur trouvera dans ce travail, nous avons cru utile de dresser le Tableau suivant, dans lequel nous examinerons les hypothèses les plus fréquentes de la pratique et les diverses modifications qu'il faudra accomplir dans les différentes opérations nécessaires pour l'obtention du négatif.
75» — Explication du Tableau 76.
I. Sujet normal, — Nous entendons par sujet normal un sujet bien en valeurs, ne présentant pas d'oppositions exagérées (68). Dans ce cas, il n'y a qu'à se rapprocher le plus possible de la pose normale pour ne pas modifier le caractère du sujet par une pose ou trop courte ou trop longue. Il sera toujours avantageux, néanmoins, de donner une légère surexposition (71) pour être sûr de dépasser le temps normal de pose* Le bain sera composé d'une cuillerée d'acide pyrogallique (H,
(*) Les quantités que nous donnons ici, à titre d'exemple, correspondent à ce qui est nécessaire pour le développement d'une plaque de format i3 x i8.
de la quantité ordinaire de sulfite de soude, et d'une quantité de bromure qui devra être d'autant plus forte que l'on pensera avoir dépassé le temps normal de pose (67, 69, 70). Mais, dans le cas présent, il ne faut pas exagérer la quantité de ce produit, afin d'éviter la dureté qui en pourrait être la conséquence. On ajoutera l'alcali par petites quantités (5 à 6 gouttes) et l'on cherchera d'abord les détails. Lorsqu'on sera arrivé à ce résultat, on terminera par une ou plusieurs additions d'acide pyrogallique, s'il est nécessaire, afin d'obtenir l'intensité générale voulue. Mais, en général, dans un sujet normal, l'intensité viendra avec les détails.
IL Sujet à oppositions, — Nous avons vu que^ dans ce cas, il fallait allonger la pose, et ceci d'autant plus que les oppositions étaient plus grandes (71). Le bain sera composé d'un quart ou d'une demi-cuillerée d'acide pjrogallique , de la quantité ordinaire de sulfite de soude et de quelques gouttes de bromure seulement. L'excès de bromure donnerait, en elTet, les oppositions que l'on veut éviter (69, 70). On augmentera légèrement la quantité d'eau (66). On mènera le développement lentement, par des additions successives d'alcali, et l'on ne poussera à l'intensité que lorsque tous les détails seront obtenus (68).
IIL Sujet monotone. — Nous entendons par
sujet mono Ion e un sujet plat et sans valeurs, dans lequel les oppositions sont peu marquées. Il faudra, dans ce cas particulier, prendre une pose courte, afin de faire ressortir les différences de Toriginal, si faibles qu'elles soient. Le bain devra être concentré et par l'augmentation des constituants et la diminution de la quantité d'eau (66). On mettra deux cuillerées d'acide pyrogallique, toujours la même quantité de sulfite et une quantité plus forte de bromure. Nous avons vu, en effet, que l'augmentation de ce produit augmentait les oppositions (67). Son emploi est donc tout indiqué dans le cas présent. On mettra peu d'alcali et l'on continuera le développement sans nouvelle addition de carbonate jusqu'à ce que les contrastes soient bien visibles. A ce moment seulement, si certaines parties manquent de détails, on pourra employer l'alcali, mais toujours avec prudence, car un excès pourrait amener un grisé général de l'image et redonner un cliché monotone, ce que Von voulait éviter d'ailleurs (68).
IV. Sujet insta?itané (Pleine pose). — Nous entendons parler ici des clichés effectués dans les meilleures conditions de lumière. Avec les préparations actuelles, dans la belle saison et avec les appareils à main en particulier, on peut obtenir des clichés irréprochables. L'exposition est courte évidemment, mais suffisante pour donner un ex-