‹ Traité pratique du microscope, et de son emploi dans l'étude des corps organisésChapitre 12 sur 358 · IV · texte numérisé non relu

IV

Avant d’aborder la description des microscopes actuellement en usage , qu’il nous soit permis de dire un mot sur quelques autres espèces de microscopes. Un instrument composé d’un assemblage de miroirs concaves ou convexes, et d’un système d’oculaires , donne l’image au moyen de la réflexion. On l’appelle microscope calo/)lrique ; si l’image de l’objet est obtenue par la réfraction , le microscope est dioptrupic , et il n entre

HISTOniQUK. 17

dans sa construction que des lentilles; la réflexion et la réfraction réunies constituent le microscope catadioptrique ; le dioptrique est à la fois le plus utile et le plus répandu. Newton désespérait de la construction des verres achromatiques , et c’est principalement guidés par ses conseils , cju’on établissait des instruments catoptriques , parce qu’il croyait que l’achromatisme pourrait être seulement atteint par les miroirs. L’instrument le plus simple de ce genre est un miroir concave, qui donne une image très grossie de l’objet placé entre le miroir et le foyer de ce dernier. Si l’on regarde l’image formée de cette manière par une lentille convexe, on aura une nouvelle image grossie davantage, et c’est là l’origine des microscopes catoptriques composés de Ï\1 . Amici, dont nous avons déjà dit quelques mots , et sur lesquels nous aurons plus lard encore l’occasion de revenir.

Le microscope solaire a été imaginé en 1738 ou l739 par Lieherkiihn, de l’académie de Berlin. Il a la plus grande analogie avec la lanterne magique de Kircher, et ses effets peuvent être comptés parmi les plus instructifs de l’optique. On l’applique en général pour les objets transparents , parce cju’il rend moins bien les opaques; on l’appelle aussi quelquefois Mégascope , dans le cas où sa construction permet de regarder de grands objets , par exemple une araignée, etc. On n’en fait plus guère usage pour les recherches scientifiques, et il sert plutôt aux amusements optiques ; car les images obtenues par cet instrument manquent d’une propriété essentielle, c’est-àdire de la netteté , qui se perd d’autant plus que l’image devient plus grande. Voici , au reste , en quoi consiste essentiellement sa construction (fig. 2).

Un tube est inséré dans le trou d’un volet d’une clrambre obscurcie; dans ce tube se trou.vent une ou deux lentilles éclairantes (A) qui concentrent la lumière sur l’objet (ab) ; celui-ci se trouve tout près du foyer court d’une lentille très convexe , qui est véritablement la lentille objective (B) , et qui donne l’image (AB) très brillante sur un grand tableau de toile blanche ou de papier placé à la distance de 1.0, 15, ou 20 pieds. L image paraît d’autant plus faible (jné le grossissement est

18 ÏRAI'l'É PRATlQVJli DU MICROSCOPE.

plus fort , c’esL-à-dire que le tableau de toile s’éloigne davantage ; il est donc très nécessaire que l’image soit bien éclairée. Un miroir plan inobile'C renvoie les rayons du soleil à cet effet sur la lentille éclairanle A, et la direction de ce miroir doit être changée selon que la position du soleil change ; on l’obtient toujours correspondant au soleil , au moyen de Xhéliostale; mais cet instrument augmente considérablement le prix du microscope solaire. Le miroir (C) réfléchit donc la lumière solaire , et dirige dans le tube , parallèlement à son axe , un faisceau qui en doit remplir toute l’étendue ; la lentille éclairante (A) imprime à la lumière de ce faisceau un premier degré de convei'gence. Ou peut encore appliquer une seconde lentille éclairante qu’on appelle le focus , qui fait converger davantage la lumière, et de telle sorte , qu’elle aille faire son foyer à peu près sur l’objet qui est en expérience ; pour remplir cette condition, le focus est mobile. L’objet, convenablement éclairé par le focus , donnera l’imagé amplifiée j pour cela, on fait mouvoir la lentille objective (B), qui se déplace au moyen d’une crémaillère adaptée à sa monture, et d’un pignon; on l’approche et on l’éloigne de l’objet jusqu’à ce qu’on obtienne enfin une image nette et brillante. Dans les anciens microscopes , l’image est toujours entourée de franges colorées , surtout près des bords et près des parties les plus opaques. L’invention des lentilles achromatiques a permis à MM. Vincent et Charles Chevalier de les appliquer au microscope solaire ; pour obtenir de forts grossissements, on peut employer ensemble deux ou même trois de ces lentilles.

L’objet doit être bien ajusté ; les plaques de lames portant les objets se glissent entre deux lames carrées de cuivre, unies aux quatre coins par de petites tiges de même métal ; sur chaque tige est un ressort en spirale. Cet appareil se trouve près de la lentille objective, et sert à fixer convenablement l’objet ; ce système de plaques doit encore tourner autour du tube, pour qu’il soit possible de donner à l’objet toutes les positions sans le déranger, et même sans perdre de vue son image. On peut, de celte manière, très bien observer la circulation du sang dans la queue des lézards ou dans les extrémités des pois-

mSTOIUQUE. 19

sons , ou la circulation des globules du chara. On prendra , en général, les précautions qui sont nécessaires pour les observations , et on préparera les objets de la même manière ; il faut remarquer que l’on n’obtiendra jamais par le miscroscope solaire ce degré de netteté et de clarté qu’on est habitué de trouver dans nos microscopes composés ; mais il offre cet avantage très favorable à l’enseignement, que plusieurs personnes à la fois peuvent regarder l’image formée.

Le Mégascope , inventé par Charles vers 1780 , et le microscope à gaz reposent sur les mêmes principes que le microscope solaire ; enfin , les microscopes à lampes , jadis en usage , sont un assemblage pareil des muoirs concaves.

Nous ajouterons un mot sur les chambres claires. On trouve la première idée de ces instrumens dans Hooke (l);plus tard, nouvellement inventé par Wollaston, en 1807, il est devenu d’un usage général pour le dessin j il fut enfin adapté au microscope par Amici. Celui de ses appareils que M. Amici re garde comme le meilleur est représenté dans la fig. 3. AB est une lame de verre à faces parallèles , au devant de laquelle est disposé un prisme isocèle DEF, dont l’angle E est à peu près un angle droit ; le côté DF est perpendiculaire à la face delalame. Les rayons (GX) de i’objet pénètrent dans le prisme en se réfractant, et le faisceau éprouve successivement deux réflexions totales : l’une sur la base DF du prisme, l’autre sur la face antérieure de AB; l’œil (C) le reçoit et voit son image en CR; en même temps il voit directement au delà du verre un point J très voisin du lieu de l’image , et qui se confond avec elle au fond de l'œil : on peut donc très facilement suivre avec un crayon tous les contours d’un objet vu à la chambre claire, et on aura l’avantage de pouvoir rendre fidèlement les proportions de toutes les parties.

L’usage des micromètres , c’est-à-dire des lames de verre sur lesquelles .se trouvent des lignes tracées à certaines distances pour servir de mesure aux objets observés , fut , jmur la première fois , proposé par Martin (2).

(1) Philos. J rausacl., u“ 38. — (2) System of Optiq., 1740, p. 288.

TUAITi: PUATIQUE DU MICROSCOPK.

Page 1