TRAITÉ PRATIQUE DD MICROSCOPE
nir ces rayons latéraux. Ce meme diaphragme reçoit quelquefois deux fils de soie ou d’araignée en croix pour guider dans l’observation des objets ; le champ se trouve de cette façon partage en quatre parties égales , nous aurons plus tard encore l’occasion de parler des mêmes fils, en expliquant le phénomène de diffraction.
Un des points les plus importants dans l’observation est l’éclairage (Voir sect. III. A.); mais, pour qu’un juste éclairage produise tout son effet, il est avant tout nécessaire que l’œil soit garanti contre tous les rayons qui arrivent de dehors , et qu’il ne reçoive que la lumière arrivant par le tube. Pour atteindre ce but , les microscopes sont pourvus d’écrans , qui consistent dans un large disque de carton percé au centre pour recevoir, dans les microscopes horizontaux , le tube de l’oculaire (fig. 28. A) ; ou bien c’est un écran monté sur un pied et mobile qui se place devant le microscope vertical.
Personne ne doutera que les parties les plus essentielles d’un microscope soient les lentilles; cependant la forme, la commodité du microscope ne sont pas non plus sans importance. Il est nécessaire , avant tout, que l’instrument soit bien établi; la stabilité parfaite est une condition de rigueur. Car si l’instt uiueul est remué parle moindre ébranlement , l’objet n’est pas non plus fixe , l’œil se fatigue considérablement à le chercher, et on conçoit qu’une observation suivie et attentive ne peut pas avoir lieu ; en second lieu , la platine ou le porteobjet sur lequel est placé le verre portant l’objet doit être assez solide pour que les mains y trouvent un point d’appui quand il s’agit de faire glisser les plaques de verre et de chercher l’objet, ou de faire une manipulation quelconque, anatomique ou chimique. Le moyen d’obtenir la parfaite stabilité du microscope est de visser la tige du microscope sur un pied assez large ou assez lourd pour garantir cette qualité ; c’est ainsi que hs microscopes allemands ont un trépied (fig. 5), ceux de Georges (fig. 16) un pied beaucoup plus lourd que tout le reste, et que les microscopes de Charles Chevalier, par exemple, sont vissés sur la boîte même qui renferme toutes les pièces (fig. 28).
CONSTBüCTTON BU MICROSCOPE.
On appelle platine ou porte-objet (fig. 28, a) la pièce servant à recevoir les objets, ou plutôt des plaques de verre qui les portent. Elle doit être percée pour faire arriver la lumière du miroir réfléchissant; il est en outre nécessaire qu’elle soit bien plane et assez large pour pouvoir promener les verres en tout sens avec les doigts ; on la fait beaucoup plus grande et plus large dans les microscopes simples , parce qu’il arrive assez souvent de faire des dissections anatomiques sous ce microscope, et que la platine doit servir, dans ce cas, d’appui pour les mains. On acquiert facilement l’habitude de promener une plaque de verre qui porte les objets sous le microscope , et de parcourir ainsi toute une plaque de verre , et de retrouver ce qu’on cherche ; mais les personnes qui n’ont pas cette habitude , ou qui n’ont pas les mains assez fermes , trop tremblantes , peuvent se servir de ce qu’on nomme un chariot (fig. 27 ); c’est une fausse platine portant deux systèmes de coulisseaux , au moyen desquels deux vis la font mouvoir transversalement et longitudinalement; si on se sert des deux vis à la fois , on fait parcourir à l’objet une direction oblique du champ de vision (Voir 6g. 14 pour les platines à ressort). On peut, en général, séparer le porte-objet du corps de l’instrument, pour faciliter l’emplacement de ce dernier dans la boîte.
Pour l’étude des insectes , on a des petites pinces à ressort (6g. 15 ) , qui tiennent l’objet immobile sous le microscope , et qui elles-mêmes peuvent être üxées sur la platine. On peut écarter les parties de l’objet sous le microscope avec des aiguilles emmanchées. On aura , en général , soin de s’entourer des instruments plus ou moins grands qui peuvent servir pendant l’observation ; ainsi on aura des pinces avec et sans ressort, des couteaux, des ciseaux, des épingles et des lièges pour 6xer l’insecte dessus, des vases en verre pour y placer les lièges et pour faire la dissection sous l’eau , de l’eau distillée pour tremper les objets vus par transparence, des aiguilles très 6nes 6xées sur un petit manche en bois pour écarter les parties des tissus , quelques réactifs très puis pour faire les manipulations chimiques, des verres de montre pour verser des liquides, des crayons bien pointus et du papier pour dessiner, etc.
Tn.VITÉ PRATIQUE DU MICP.OSCOPE.
L’éclairage tles objets se fait ou par transparence ou par réflexion. Dans ce dernier cas, les appareils appliqués sont différents selon la distance focale ; si cette distance est assez grande, on concentre ordinairement un rayon de lumière solaire ou de celle de la lampe, par le moyen d’une large lentille de deux pouces de foyer environ (flg. 19) ; elle tiendra au microscope ou sera portée par un pied particulier. Ce moyen s’applique également bien au microscope simple. Si la distance focale est trop petite, il faut adapter un miroir concave ( miroir de Liebei kubn ) d’un très-court foyer (ûg. 6) ; la lumière arrive alors dans la concavité, et elle est concentrée sur l’objet. Adaptés aux microscopes composés, ces miroirs doivent être percés pour le passage de l’objectif ; ils sont soutenus par un bras tenant à la platine, ou ils sont vissés au microscope même. Un grand miroir placé sous la platine percée renvoie la lumière au petit miroir concentrateur. Pour éclairer les objets, vus par transparence , la lumière réfléchie arrive d’un prisme ou d’un miroir plane ou concave (fig.28,c) à travers la platine percée sur l’objet. Pour que la lumière soit mieux concentrée, on ( SelligTie ) a employé devant le miroir un prisme concentrateur, fixé sur un pied.
L’objet peut être amené au foyer par un mouvement, soit du porte-objet, soit du corps de l’instrument ; dans ce dernier cas, le corps du microscope s’élève ou s’abaisse dans le canon par frottement, où il est rendu mobile au moyen d’une vis qui pi oduit les grands mouvements (flg. 28, B); une seconde vis(C), se trouvant en général au bout inferieur du corps de 1 instrument, effectue les mouvements lents. Si le porte-objet est mobile, son déplacement est toujours provoqué par une ou deux vis.
Les objets se placent sur des lames de verre, qu’on met sur la platine percée; les lames de verre sont des plaques oblongues, à parois parallèles , qu’on aura soin de choisir toujours pures, sans taches et sans rayures , ainsi que nous l’exposerons encore plus tard dans le chapitre .mr les causes d'erreurs ; on sera aussi pourvu de lames tres-minces, carrées, de la largeui de la plaque de verre, qu’on place sur l’objet, qui lui-même
CONSTP.DCriON TJÜ MICROSCOPE.
najje dans une {joulte d’eau pure ; ces lames doivent être trèsminces, pour que leur poids n’altère en rien la structure de l’objet. Les lames de verre soufflé ne sont guère applicables, parce qu’elles sont impures, pleines de stries, et à surfaces inégales. Les plaques de verre sont place'es sur la platine percée, et elles peuvent y être fixées soit à l’aide de deux petites brandies en cuivre, soit par la pression de deux ressorts, dans le cas où le porte-objet se compose de deux plaques en cuivre, entre lesquelles la lame de verre est glissée (fig. 13, 14).
Au-dessous de la platine se trouve un disque mobile percé de trous de divens diamètres, faisant fonction de diaphragme (fig. 20 et 24). Le centre de chaque trou pouvant être amené dans l’axe vertical de l’instrument , leur ouverture ne laisse arriver sur les objets que la quantité désirée de rayons réfle'cbis par le miroir, quantité convenable pour bien éclairer les objets; des microscopes simples très-anciens se trouvent déjà pourvus d’un écran de ce genre. Toutefois, avant les perfectionnements que reçut le microscope par l’emploi des lentilles achromatiques, on négligeait de se servir des diaphragmes extérieurs. Ce furent MM. Lebaillif et Babinet qui en firent de nouveau sentir les avantages, et depuis dix à douze ans , on a adapté sous le porte-objet des microscopes d’abord un cône de métal noirci, dont le sommet, tronqué inférieurement, est fermé par un disque tournant, percé de trous de différentes largeurs; plus lard , on a appliqué tout simplement des disques percés tournants, qu’au besoin on peut tout-à-fait éloigner de l’axe de l’instrument. Avec le système d’éclairage que AI. Dujardin a inventé , le diaphragme, au lieu d’être adapté sous la platine, est placé à une certaine distance au-devant du miroir réfléchissant ; c’est alors un écran carré, large de quatre à cinq pouces, porté sur un pied solide, et susceptible de s’élever plus ou moins; cet écran est percé d’un trou devant lequel tourne un disque circulaire percé de trous de plus en plus petits.
On joint souvent aux microscopes un certain nombre d’objets conservés, dont nous enseignerons plus tard (sect. IfI,B) le mode de préparation ; ils peuvent servir ])our teste-objcl, nom donné par les Anglais, c’est-à-dire pour objet de compa-
raison, d'épreuve ; on a de cette sorte de suite un objet sous la main pour apprécier la bonté du microscope ; mais le plus souvent ils ne servent qu’à la curiosité.
On appelle champ de vision tout l’espace qu’on aperçoit en regardant à travers l’oculaire; on le divise quelquefois en quatre parties à l’aide d’une croix de fils d’araigne'e, suspendue au diaphragme de l’oculaire, pour se mieux guider dans les observations, et pour retrouver facilement l’objet déjà examiné. Il faut que le champ soit également éclairé partout; ce qui arrivera si les lentilles sont bien centrées , et si la lumière est également répartie partout ; les bords du champ doivent apparaître sans couleur.
Il est nécessaire que les images des objets examinés aient toute la clarté et la netteté possibles. Nous regrettons de ne posséder encore jusqu’à présent aucun moyen de pouvoir mesurer rigoureusement ces qualités si précieuses et si importantes ; il faut s’en rapporter toujours à l’individualité de l’observateur, qui ne peut juger qu’en ayant les microscopes les uns à côté des autres. Même en procédant à cet examen avec la plus grande bonne foi et sans aucune idée conçue d’avance , il arrive pourtant que souvental ne peut aussi bien voir et examiner l’objet avec un microscope étranger qu’il ne le fait avec celui auquel il est accoutumé. C’est à peu près la gêne que nous éprouvons dans un habit neuf ; mais cette gêne disparaît naturellement pour ceux qui font continuellement usage du microscope.
On appelle clarté la quantité de lumière répandue sur toute l’image, et nettetéle degré de précision des contours et autres parties de l’image. L’une et l’autre qualités ne sont pas hées invariablement ensemble ; une lumière trop vive , par exemple, provoque une trop grande clarté, et détruit la netlete de l’image, parce qu'elle rend impossible la connaissance exacte des contours, qui sont alors trop faiblement marqués ^ il faut y remédie)' par l’application des diaphragmes. Une lumière ti’op faible , par exemple dans les grossissements trop forts, détruit la clarté et rend en même temps les bords diffus, mal dessinés, c’est-à-dire prive l’image de sa netteté.