SECTION II
ANÜTOMIE ET PHYSIOLOGIE
DES INFUSOIRES
L’étude des infusoires se partage en deux époques distinctes.
La première, caractérisée par une méthode d’investigation vague et indécise , dura depuis la découverte du microscope jusqu'à l’apparition de l’ouvrage d’Otton-Frédéric Müller. Dans la seconde, celle étude devint plus systématique ; mais , malgré les perfectionnements des insiiuments d’optique , jusqu'à nos jours elle lie fut que peu cultivée, et ne jeta presqu’aucune lumière sur le mode d’organisation de ces animaux singuliers. [
Jusqu’ici tous les auteurs ont considéré les infusoires comme j
•des êti-es ayant la structure la plus simple, dépourvus d’or- >
ganes|internes ; et ne consistant pour ainsi dire que dans une j
masse plus ou moins volumineuse et diversement modelée de | gelée vivante et animée. Pour s’en convaincre , il suffit de ( j jeter un coup d’œil rapide sur leurs écrits. |
Buffon considère les infusoirés comme une simple matière j animée , inais sans organisation particulière , et Linné ne pos- j
sédant pas un bon microscope , et voyant l’abus qu’on en fai- !
sait, dédaigna tous les résultats obtenus à l’aide de cctinstru- j ment. ‘ j
Otton-Frédéric Müller, qui vivait il y a environ soixante ans, procédant avec plus de critique,’ déclara dans la préface' de son ouvrage sur les animaux infusoires (1), qu’il comprenait ;
(1) Vermium lerrestrium et fluviatilium seu animaliuminfudorum, helmin-
HISORIQÜE. -453
SOUS cptte dénominalion tous les animaux aquatiques qui ne pouvaient" se ranger dans les classes établies par Linné , et surtout dans la sixièniè qui embrasse les vers. Il prévoyait bien tout ce que la connaissance de leur o-rganisation présenterait d’important, mais il n’en fit pas la base de son système; et ce n’est pas sans étonnement qu’on le voit classer dans un meme genre des animalcules dont les uns ont une boucbe, des organes de digestion et de génération, et dont les autres n’ont, suivant lui, pas même un lobe intestinal. Ne supposant pas que des animalcules absorbent leur nourriture en l’avalant , il ne porta guère son attention sur leuE structure intérieure, et ne se servit que de leurs formes extérieures pour base de sa classification. Lors de sa mort, arrivée en 1785 , il comptait dans son système deux grands groupes, 17 genres et 378 espèces d’infusoires.
Gmelin , Lamarck et G. Cuvier sè servirent du travail de O. -F. Müller, salis y ajouter de nouvelles observations. En 1802 et en 1805, Girod-Cbantrans, Bosc, Sclirank, ajoutèrent quelques nouvelles espèces au catalogue de celles déjà décrites, et modifièrent Ja classification de cette partie du règne animal, mais toujours en suivant les errements dè Müller.
En 1803, Treviranus reprit dàns sa Biologie la polémique sur la génération spontanée , et à cette occasion il s’occupa des infusoires. 11 cbercba à prouver c[u’il existe des êtres organisés qui ne se forment pas par les voies ordinaires de la génération végétale et oviculaire, et qu’il y a une matière et uu principe vital universellement répandus.
En 1812, M. Dutrocbet publia des observations sur les rotifères (1); elles servirent pouf quelque temps de base à la
Ihicorum et lestaceorum, non marinorum , mccincla historia. Copenhagutc, 1773. 2 vol. in-4. — /inimateula m/'uJoria/Zitoiatt/iaet marina. Hauniæ, 1786, in-4., avec 50 pl.
(1) Ànnalet du muséum d'histoire naturelle^ Paris, 1812, t. XIX. Mémoi-
res pour servir à C histoire anatomique et physiologique des végétaux et des animaux. Paris, 1837, t. II, p. 385 el pl. XXIX.
INFUSOIRES
classification de ces animaux. Lamaick, Savigny, G. Cuvier et Schweigger les adoptèrent, mais on se refusa toujours à classer ces infusoires parmi les mollusques ; et les zoologistes n’abandonnèrent pas l’idée que d’autres animalcules , bien plus simples dans leur structure^ n’offraient réellement aucune organisation intérieure.
En effet , Lamarck (2) divisa les infusoires en deux classes ; dans l’une il rangea ceux auxquels il ne supposa aucune organisation , et dans l’autre il plaça avec les polypes ceux dont la structure lui paraissait plus compliquée. Considérant ces animalcules comme privés de tout organisme, et ne fondant leur classification que sur des modifications extérieures qu’ils présentent , il ne fut pas plus heureux que ses prédécesseurs.
Dans la même année parut le Manuel d’ Histoire Naturelle d’Oken. Guidé par un heureux pressentiment, il établit quélques géni es nouveaux ; mais il ne donna aucune nouvelle observation , et suivant encore de trop près O. -F. Müller, il tomba dans les mêmes erreurs.
En 1817, G. Cuvier divisa les infusoires en deux ordres, les Rotifères et leâ infusoires homogènes, reléguant parmi ces derniers tous les animalcules auxquels il ne reconnaissait ni intestin ni bouche ; or, ces infusoires simples sont précisément ceux chez lesquels Ehrenberg a observé jusqu’à cent vingt estomacs.
En 1816, Nitzsch, professeur ^ Halle, fit connaître l’existence d’un tube intestinal et de trois yeux dans les cercaires proprement dites. Ses observations sur les bacillaires ne furent pas moins importantes, mais il eut l’idée peu heureuse de considérer, comme pouvant appartenir à un même genre, des corps de nature végétale et d’autres appartenant ^u règne animal.
(1) Voyez Histoire nat. des animaux sans vertèbres, deuxième édiliou, augmentée par G.-P. Deshayes elMilne Edwards. Paris, 1837, t. II, iu-S.
(2) Le règne animal distribué d’après son organisation, Paris, 1817, 4 vol, in-8.
HISTOUIQBE. ^2;>
En 1819 et 1820, Scliweigger divisa les zoophytes qui correspondent aux polypes et aux infusoires deLamarck en deux ordres ; le premier renferme les animaux formés d’une seule substance, et le second ceux formés de deux au moins , tels que le corail. Le premier de ces groupes est partagé, en six sous-divisions, dont quatre embrassent les infusoires de Millier, et les deux autres les petits polypes nus et sans consistance. Tous les infusoires de Millier sont encore considérés comme n’ayant aucun organe distinct. La deuxième classe ne renferme que le vibrion du vinaigre que Oken avait décrit, et les cercaires qui, d’après Nitzsch, pre'sentent des yeux et un tube intestinal. La troisième classe présente quelques animalcules poui’vus de cils et qu’il considéra à tort comme n’ayant pas d’organes rotatoires. Enfin la quatrième embrasse les rotifères et les brachions munis d’un bouclier.
Quoique Sebweigger partît d’idées plus justes que ses prédécesseurs, il n’avança en rien nos connaissances sur la constitution organique de ces animaux. Quant à leur nutrition, il dit formellement que les infusoires ne sont formés que d’une matière gélatineuse, sans aucun organe intestinal. Ils ne se nourrissent donc que par l’absoi'ption qui s’opère par leur surface. Et, relativement à leur, propagation , il ajoute: Les infusoires sont de la matière organisée, le détritus de la désorganisation des animaux ou végétaux ; leur propagation ne paraît être qu’une division spontanée des parties internes ou externes de ces animalcules, telles ejue dans les genres paramécie, bacillaii’es, vibrions et volvoces.
En 1820, Goldfuss fit plutôt un pas en arrière qu’en avant; de même que Sebweigger, il méconnut la nature des vésicules intérieures observées sur les paramécies. En 1824,. Nitzsch au contraire guidé par l’analogie de leur structure, réunit les Brachios et les Entomostracés. En 1825, Latreille publia un nouvel ouvrage Systématique (1) dans lequel, à l’exemple de ses prédécesseurs , il considéra les infusoires , qu’il nomme
(t) FamiUet nalurelles du règne animal. Paria , 1825, in-8., p. 550.
INKOSOiriES.
agastriques, comme ayant une structure simple , et comme ne présentant aucune ti'ace du canal intestinal.
M. Bory Saint-Vincent a repris la classification de ces animaux. Les microscopiques (infusoires) sont des animaux sans membres, plus ou moins transparents et invisibles à l’œil nu , auxquels jusqu’à ce jour on n’a pu reçonnaitre même des traces d’yeux; ils peuvent se contracter dans toutes les directions ; ils ont le sens du toucher, n^e se nourrissent que par l’absorption qui a lieu à leur surface. Il paraît qu’ils se propagent ou qu’ils se forment directement de la matière élémentaire ; ils ne vivent que dans l’eau. On voit donc que M. Bory n’a fait que développer d’une autre manière les idées de Müller.
Partant d’un point de vue plus physiologique , le professeur Baer de Kœnigsberg a émis des idées qui n’ont pas été sans une heureuse influence sur la classification des infusoires , mais vagues et purement systématiques ; en les généralisant trop, ce naturaliste a été conduit à supprimer complètement le groupe des infusoires, et à ne considérer ces êtres que comme les prototypes incomplets des autres classes d’animaux avec lesquels ils les a rangés.
Une année après lui, Leukart publia un petit traité dans lequel il suit les mêmes idées des prototypes qui enfin furent complètement introduites dans la science par Reichenbach , ces auteurs n’admettant plus de groupe particulier formé par les infusoires.
Les premiers travaux de M. Ehrenberg ont été publiés à partir de 1830, dans les Mémoires de V Académie des sciences de Berlin^ et ûs servirent en quelque sorte d’introduction à l’ouvrage dont nous présentons l’extrait. Dès le commencement , il insista sur l’organisation intérieure des infusoires ; à l’aide des substances colorées organiques, il est parvenu à reconnaître un organe nutritif composé ché* presque tous les infusoires. Trembley et Gleichen firent des essais analogues sur les- polypes , mais leurs expériences furent peu scientifiques. Aucune absorption de matière colorée n’a lieu par la surface de l’animalcule ; mais après un séjour de quelque temps dans une eau colorée, le corps de l’animalcule
DK k’iNFKUENCE DU FROID, ETC. -i27
reste diaphane , tandis que les estomacs sont remplis de matières colorées. Pour obtenir dés résultats heureux, il ne faut pas se servir de l’indigo ou d’autres couleurs végétales falsifiées avec de la cérüse, mais des substances parfaitement pures; en peu de minutes on voit alors les vorticelles se remplir de ces substances, et l’on reconnaît un certain nombre d estomacs.
Avant d’entrer dans la description détaillée des familles et des genres , il sera intéressant de jeter un coup d’œil rapide sur quelques questions générales touchant l’anatomie et la physiologie des infusoires. . ' ^
I. DE l’influence DÜ FBOID, DE LA CHALEURj DE l’ÉIîECTRICITÉ , ETC., SUR LES INFUSOIRES.
Les recherches de Ehrenberg, d’accord avec célles de Spallanzani , prouvent que le froid est en général dangereux pour les infusoires, principalement pour les rotatoires ; il est plus pernicieux encore pour les animaux vivants que pour les œufs; mais l’eau dégelée peut se trouver nouvellement peupléè par un individu échappé à la mort et portantle germe de générations futures. Les animaux meurent en général dans la glacé après un temps plus ou moins court (1/4 — 2 heures) ; mais il paraît que dans le premier moment que l’eau se congèle, chaque animalcule est entouré d’un petit espace , non rempli de glace, et qui paraît être causé par sa propre chaleur. Le dégel subit produit toujours un effet funeste aux infusoires. Ils se trouvent, dans l’hiver, à la surface inférieme de la couche de glace qui recouvre les eaux.
La chaleur instantanée tue les animalcules infusoires les œufs et les animaux périssent également; plusieurs espèces, cependant, supportent une chaleur de 45 à 50 degrés ; cette chaleur est moins pemicieuse quand elle a lieu graduellement.
La lumière est favorable à la production des infusoires , mais elle n’est pas absolument nécessaire 5 Car ces animaux se trouvent même dans des mines très profondes (par exemple Schlangenberg, Fribourg). La lumière trop vive est défavorable. Les infusoires se trouvent quelquefois dans les eaux vers le nord ; mais tine circonstance particulière peut influer
INFUSOIRES
sur leur situation ; la chaleur fait développer des courants de gaz différents qui entraînent les infusoires, de sorte qu’ils sont plutôt groupés du côté de la chaleur que du côté de la lumière. La différence entre le jour et la nuit n’existe pas pour les infusoires?.
L’ étincelle électrique agit d’une manière différente, selon sa force et selon les espèces des infusoires ; en général les animaux qui se trouvent dans le courant sont tués , sinon parla première étincelle, au moins par la seconde ; mais il faut qu’ils se trouvent., ainsi que nous le disions, dans le courant. Les animalcules deviennent difformes, se fondent, tombent de leurs pédicules, etc. .
Nous parlerons de la phosphorescence des infusoires dans la description de la douzième famÊlle (1). Les animaux qui se trouvent dans le courant d’une pile galvanique ou d’un appareil magnéto-électrique sont tués instantanément ; mais il faut pour cçla que la décomposition de l’eau ait lieu et que les fils se soient rapprochés de 1 à 3 lignes de distance. Tous les animalcules qui s’approchent alors sont comme frappés de la foudre.
L’aiV atmosphérique est nécessaire à la vie des infusoires , principalement des rotatoires ; on doit donc bien faire attention à laisser toujours un petit espace libre au-dessous du bouchon, dans le flacon qui contient les infusoires. Les infusoires petits s’en passent plus facilement; les individus du genre chlamidomonas vivent cinq jours sous une couche d’huile. Les infusoires ne vivent sous la cloche pneumatique que tant qu’il existe encore une petite quantité d’air; les animalcules plus grands meurent bientôt.
U oxygène ne produit point d’effet visible sur les infusoires. Un tiers dé azote au-dessus de deux tiers d’eau qui contenait des infusoires ne fut point changé dans ses propriétés chimiques; les infusoires mouraient après 20 jours. Un quart
(1) Morren, Messager des sciences de Gand, vol. VI, 1830. — Bulletin des sciences naturelles do jFérussac, vol. XXYII, p. 203.
DE l’influence du raoiD, etc. 421)
à'hydrûgènc au-dessus de 3/4 d’eau tuait les animalcules après 17 heures.
Toutes les substances chimiques qui ne changent point la composition de l’eau, n’exercent pas non plus d’iufluence sur les infusoires, même les podsons les plus forts, s’ils ne soirt que mécaniquement mêlés à l’eau. Les infusoires de l’eau douce sont tués par une goutte d’eau de mer, qui contient pourtant une gi-ande quantité d’infusoires. La strychnine tue les animaux, ainsi que la putréfaction de l’eau, en provoquant une expansion. La rhubarbe est avalée sans produire d’effet. L’arsenic fut avale' -par l’/Tyi/atina senfa , qui ne mourut que longtemps après. Le calomel, le sublimé, le camphre, ne provoquent la mort qu’apiès quelques heures. Le vin , le rhum ainsi que le sucre tuent beaucoup d’infusoires qui se trouvent dans les eaux potables.
Les infusions de*s matières animales ou végétales (faites pour la première fois sur le poivre, par Leeuwenhoëk , qùi vit les premiers animalcules le 24 avril 1676) , devaient toujours démontrer la génération spontanée. Mais il n’est pas néces saire d’admettre cette hypothèse pour expliquer l’immense formation d’êtres , les nouvelles observations ayant démontré presque partout l’origine des œufs. Dans l’espace de peu jours il peut naître plusieurs millions d’individus,' soit par des. œufs, soit par division. Une observation directe démontre qu’en mettant en expérience un rotifère, on peut obtenir , au dixième jour, un million d’êtres , quatre millions le onzième, et seize millions le seizième jour. La progression est plus rapide encore chez les infusoires polygastriques. Le premier million est obtenu, eh effet, dès le septième jour. Il est même probable qu’en opérant dans des circonstances plus favorables, le nombre des êtres què l’on obtient sei'àit plus considérable encore. Une alimentation substantielle et de bonne qualité est une des conditiofts essentielles à ce développement rapide ; cette circonstance favorise la production des animalcules dans les infusions, qui contiennent les débris des substances végétales et animales. On conçoit facilement que l’air, toujours chargé de poussière, peut porter une quantité immense d’œufs
IM-USOIHES.
"Î30 IM-USOIHES.
qui , déposés dans des circonstances favorables , donnent lieu aux êtres nouveaux.
Les memes infusions ne donnent pas toujours naissance aux mêmes infusoires. Les formes les plus répandues, parmi les 722 espèces qui sont décrites dans la première section , sont les suivantes :
* Amphileptus fasciola.
Bacterium triloculare.
Bodo saltans.
* — socialis.
**Chilodon cucullulus.
Chilomonas paramecium.
* Chlamidomonas pulvisculus.
Coleps hirtus.
**Colpoda cucullus.
**Cyclidium glaucoma.
* Euploles charoD.
Glaucoma scintUlans.
* Leucophrys carnium.
* — pyriformis.
* Menas crepusculum.
— gliscens.
— ' guttula.
— terme.
"*^Oxytricha pellionella.
**■ Paramecium aurelia.
— chrysalis.
colpoda.
* Paramecium milium.
* Polytoma uvella.
* Spirillum undula.
— yolutans.
* Stylonichia pustulata.
— mylilus.
** Trachelius lamella.
Trichoda pura.
Trichodina grandinella.
* Uvella glaucopa.
* Vibrio lineola.
** ■ — rugufa.
■ — tremulans.
Vorlicella convallaria.
* — microstoma.