‹ Traité pratique du microscope, et de son emploi dans l'étude des corps organisésChapitre 43 sur 358 · XIII. Pus et mucus · texte numérisé non relu

XIII. Pus et mucus

Depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours le pus fut constamment un de ces produits morbides qui attirèrent vivement l’attention des médecins. Ce fut d’abord pour le diagnostic des maladies de poitrine qu’on s’efforça d’acquérir des signes certains au moyen desquels on prit distinguer le pus du mucus. L’importance qu’on attachait à ces recherches tenait à l’opinion que le pus ne devait paraître que dans la véritable phthisie provenant de la destruction des poumons et de la fonte des tubercules, au lieu que le mucus devait être un signe certain de l’existence d’une simple inflammation de la membrane muqueuse des bronches.

Ces recherches furent suivies avec d’autant plus de zèle et de persévérance que le pus ine'ritait encore , sous plusieurs autres points de vue, l’attention des médecins qui s’attachaient à recueillir les résultats obtenus par les nécroscopies. Beaucoup d’autopsies , dans différentes maladies suivies de mort, comme, par exemple , dans des suppurations de divers organes , etc., faisaient découvrir inopinément des dépôts de pus dans des organes éloignés du foyer de la suppuration , dépôts qui , pendant la vie , ne s’étaient manifestés par aucun signe.

Pour expliquer ces métastases, les uns pensaient que le pus était déposé dans le système circulatoire, mêlé avec le sang, porté avec lui au cœur, et enfin introduit dans les artères , chargées de le déposer dans différents autres organes; d’autres préférèrent admettre la formatioii de la matière purulente

TRAITlî PRATIQUE DU MICROSCOPE.

dans les organes, au lieu de supposer qu’elle y eût été déposée.

Or, la simple inspection microscopique aurait pu éclaircir la question si débattue de l’absorption purulente, et celle de la différence entre le pus et le mucus.

Lep«j(l) observé sous le microscope offre des globules nageant dans un fluide; lorsqu’on abandonne le pus très liquide à lui -meme , on le voit souvent se séparer S])ontanément en sédiment et en liquide surnageant ; dans ce cas, le sédiment est composé de globules, et le sérum surnageant n’en contient que très peu. Nous allons voir ce que chaque partie offre de remarquable.

Les globules du pus ont la forme mamelonnée; ils offrent presque l’aspect d’ün paquet de globules très petits, réunis ou collés les uns contre les autres (fig. 72). Leur épaisseur offre des différences, de sorte que leur forme varie entre la lenticulaire et la sphérique; ils sont plus ou moins transparents, et si les uns se trouvent sur les autres, on peut distinguer leurs contours relatifs. Dans le cas où il s’en trouve un grand nombre pressés les uns contre les autres , les contours ne se voient pas bien ; il en résulte des espèces de grumeaux.

Ces globules ne perdent que lentement leur forme; on peut les conserver pour un temps plus ou moins long, selon la température, la quantité plus ou moins grande de sels dissous dans le sérum. Nous avons conservé du pus pendant plusieurs mois, et nous pouvions encore voir beaucoup de globules intacts au milieu des débris de globules dissous ; toutefois, ils s’altèrent quelquefois très vite, et si l’on veut faire des recherches sur le pus, il est plus convenable d’examiner le pus récemment sécrété à la siirlace d’un ulcère , que celui qui a séjourné pendant quelque temps dans un abcès. Le pus sortant d’un abcès qu’on vient d’ouvrir contient toujours quelques globules plus ou moins altérés par leur séjour prolonge dans un liquide alcalin.

(1) Aüaiomie microscopique, par M. Mandl (quatrième livraison), II' série, deuxième livraison, Paris, Baillière, 1839.

pus ET MUCUS.

La grandeur des globules du pus varie entre -t5> et nu de millimètre. Celte seule mesure aurait pu décider la question de l’absorption purulente, parce que jamais des globules de cette grandeur ne peuvent passer à travers les parois des vaisseaux.

Nous avons encore observé souvent parmi les globules du pus une autre espèce de très petites molécules , ayant rk à sfo de millimètre ; ces molécules proviennent d’une partie de l’albumine précipitée par les sels qui se trouvent dans la partie liquide du pus , que nous appelons son sérum. On voit enfin souvent nager parmi les globules du pus , plusieurs globules huileux (stéarine et oléine) qui peuvent s’y tiouver accidentellement i par exemple , si le pus est recueilli dans une place où le tissu adipeux se trouve lésé.

Après que les globules ont séjourné pendant un temps plus ou moins prolongé dans l’eau , ou après la réaction de l’acide acétique, on voit se former dans ces globules un grand noyau, ou deux, trois, ou même quatre petits. Ceux-ci nous paraissent donc tout-à-fait secondaires, produits par des altérations survenues dans les globules , et parfaitement e'trangers à leur forme primitive (fig. 74).

Les tissus différents fournissent tous du pus composé des mêmes globules microscopiques. Leur forme ne change en rien; mais on trouve parmi les globules de quelques espèces de pus, des dépôts plus ou moins abondants de matières étrangères qui, mêlées dans le liquide comme une poudre très fine, rendent quelquefois moins net l’aspect des globules purulents. C’est ainsi que le pus des bubons contient une masse granuleuse , visqueuse ; celui des syphilitiques les animalcules que M. Donné a découverts; le pus des abcès scrofuleux contient des grumeaux sans organisation , pareils à ceux de la masse tuberculeuse, etc.

Les globules du mucus et des épanchements diflérents sont tout-à-fait pareils à ceux du pus ; mais comme ces globules sont compressibles, et conséquemment variables dans leurs formes, les globules du mucus qui nagent dans un fluide vi.squeux sont souvent déformés , allongés , et conséquemment d’une

traité PllATIQUn DU MICROSCOPE.

lorme plus ou moins elliptique (fig. 7.3). Le mucus est constamment charge de débris de l’épithélium , qui se détachent continuellement de la surface des muqueuses, et qui sont évacués ensemble avec les mucosités. Celui de la langue fera voir les morceaux d’épithélium qu’on trouve aussi dans la salive (fig. 75), et celui de la base des dents des filaments longs, très fins (fig. 76).

D’après ce que nous venons de dire, il n’existe donc aucun caractère essentiel distinctif entre le pus et le mucus ; car on conçoit que les débris de l’épithélium cessent d’être caractéristiques, sitôt qu’il y a mélange du yms et du mucus, comme dans les crachats des phthisiques. Mais l’observateur habitué à de pareilles recherches, pourra distinguer, à l’aide du microscope , le pus du mucus aussi bien qu’on le fait à l’œil nu.

On avait émis l’opinion de la transformation des noyaux des globules sanguins en globules du pus ; nous nous sommes prononcé dès les premiers moments contre une telle transfoi-mation , appuyant notre opinion sur les recherches que nous avons exposées dans notre mémoire cité, et auquel nous renvoyons nos lecteurs. Nous ferons seulement encore remarquer que nous démontrons dans ce mémoire la parfaite identité des globules du pus et des globules fibrineux du sang, d’après leur forme , leurs caractères chimiques et le mode de leur formation, ainsi que nous la comprenons. Si l’on recueille la sérosité provenant d’une ampoule provoquée par un vésicatoire, on verra souvent au milieu de ce liquide se former, après quelques moments , un caillot qui est composé de globules fibrineux (c’est-à-dire pareils à ceux du pus, de la fibrine du sang, etc ). Or, ce caillot est de la fibrine , parce qu’il se coagule par lui-même, sans se dissoudre à une température plus élevée , et on le voit composé de globules purulents très bien formés.

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