‹ Traité pratique du microscope, et de son emploi dans l'étude des corps organisésChapitre 48 sur 358 · Sédiments salins · texte numérisé non relu

Sédiments salins

L’acidité est l’état physiologique de l’ui ine au moment de l’émission; les urines acides sont donc beaucoup plus communes que les alcalines. Leurs dépôts, ordinairement colores en jaune rougeâtre ou en rose plus ou moins foncé, sont cristallisés ou pulvérulents ; les premiers sont composés à'acide urique qui, se déposant dans l’urine, est toujours cristallisé, le plus souvent sous la forme de lames rhomboïdales , parfaitement transparentes, quoique souvent fort épaisses (fig. 84, 85), ou groupées en rosaces ou autrement (6g. 83), et de couleur jaune; dans celles-ci, l’acide n’est probablement pas pur. On voit de ces cristaux ayant depuis -rrr, jusqu’à f; de mill. et plus; ils sont solubles avec effervescence dans l’acide nitrique concentré ; insolubles dans l’acide bydrochlorique (et l’ammoniaque, ce qui les distingue de la cystine). On n’est pas encore d’accord sur l’état dans lequel se trouve l’acide urique dans l’urine. Berzélius, Thénard, etc. , pensent qu’il y existe libre, et Prout est d’avis qu’il y est, en général, combiné à l’une des bases, soude, chaux, et surtout ammoniaque. Cette opinion de Prout, adoptée par M. Donné , paraît aussi à M. Rayer la plus probable.

Beaucoup de personnes laissent déposer des sédiments pulvérulents qui sont dus, le plus souvent, à Vurate d'ammoniaque^ qui se présente dans l’urine à l’état amorphe (fig. 82), ou selon ftl.Raycfr, quelquefois sous forme de globules noirâtres, surmontés ou non d’aiguilles (fig. 95), et mêlés parfois de quelques cristaux d’acide urique pur. Le plus souvent, ce sédiment a une teinte jaune ou rougeâtre, qu’il doit à une matière colorante, unie à l’acide urique, lequel est parfaitement blanc lorsqu'il est pur. Il est rare d’observer des sédiments d’acide urique ou d’urates, blancs ou d’un blanc grisâtre. M. Rayer a vu cependant plusieurs urines acides qui en fournissaient de semblables, et dans lesquels on distinguait, au microscope, des cristaux d’acide urique ou des poudres amorphes, qui se transformaient en cristaux d’acide urique par l’additioti de

UlîlNE.

l’acide nitrique étendu. Il suffit de la moindre circonstance,

d’une tasse de café, par exemple, quand on n enapas 1 habitude,

pour amener un sédiment presque entièrement forme cl urate d’ammoniaque. Il est, ainsi que 1 acide urique, soluble avec effervescence dans les acides concentrés.

Voici comment on parvient à distinguer 1 acide urique de l’urate d’ammoniaque , indépendamment de la disposition cristalline : l’un et l’autre se dissolvent, ainsi que nous le disions, avec eflervescence dans l’acide nitrique concentré; mais si l’on agite avec un acide faible quelconque, par exem[)le avec l’acide nitrique ou bydrocblorique étendu de 8 à 10 parties d’eau, l’action est bien différente , suivant que l’on opère sur l’acide urique ou sur l’urate d’ammoniaque : l’acide faible est sans effet sur le premier, tandis qu’il décompose le sel, en dégage l’acide urique, que l’on voit en quelques minutes cristalliser sous ses yeux en petits losanges, d’abord presque imperceptibles, mais s’accroissant à vue d’œil, et présentant bientôt une foule de lames rbomboïdales parfaitement transparentes et caractéristiques.

L’urate d’ammoniaque est, en outre, entièrement soluble à la température de 30 ou 40 degrés dans l’urine où il s’est déposé, tandis que l’acide, une fois précipité de l’urine, ne s’y dissout plus d’une manière sensible, même à l’aide de la chaleur. Il se trouve toujours une quantité notable d’urate d’ammoniaque dans les urines.

Le phosphate de chaux se présente le plus souvent sous forme pulvérulente dans les dépôts de l’urine; mais il pourrait y être cristallisé sous les formes que nous pi'ésentons dans la fig. 86. Il serait possible de le confondre au premier abord avec l’urate d’ammoniaque, s’il se trouve à l’état amorphe ; mais il est beaucoup plus soluble que ce dernier dans les acides, il ne fait pas effervescence avec eux ; l’ammoniaque le précipite de cette dissolution, sous l’apparence d’une matière blanche et amorphe; ce réactif, au contraire, ajouté à une dissolution d’urate, reproduit des lames rbomboïdales transparentes, ou de petits cristaux grenus.

]'oxalale de chaux sc présente sous forme de cristaux grenu.s

insolubles dans l’acide acétique , solubles dans les acides minéraux, d’où l’ammoniaque précipite le sel sous sa première forin e

Les cristaux du sel marin (6g. 87) sont solubles dans l’eau; on les reconnaît facilement à leurs formes octaédriques, dont les faces présentent des espèces d’escaliers. La présence de l’urée apporte des modi6cations dans la cristallisation de ce sel, ainsi que dans celle de plusieurs autres. Il faut évaporer l’urine en partie pour voir ces cristaux (pag. 158).

La crsline est une substance qui ne se rencontre que très rarement dans les urines. M. le docteur Civiale a eu la bonté de nous procurer les urines d’un malade qu’il avait opéré d’un calcul composé de cystine. Il s’agissait de constater un point fort intéressant, savoir si ces urines contenaient encore de la cystine ; nous avons communiqué nos observations à la société philomatique dans le mois de mai de 1838 (1); nous avons constaté la présence de cette substance curieuse.

Pour nous faciliter l’analyse , et pour pouvoir en même temps opérer d’une manière plus sûre, nous nous étions procuré, grâce à l’obligeance de M. Civiale, un morceau du calcul de cysiine du même malade, et nous avons fait nos expériences conjointement sur cette substance et sur les cristaux observés dans les urines.

Je constatai, dans ces urines, des cristaux fort réguliers, hexagones, gi is ou jaunâtres (6g. 88), variant de grandeur et d’épaisseur. Pour connaître ensuite la cristallisation du calcul, j’employai préalablement un moyen fort grossier: c’était d’examiner des fragments de ce calcul ; mais je n’aperçus que des formes cristallines (6g 89) fort peu distinctes. Il fallait donc dissoudre et faire cristalliser ensuite le calcul ; Berzélius conseille de dissoudre la substance dans la potasse caustique, et de verser de l’acide acétique dans la di.ssolution bouillante, pour obtenir des cristaux purs; la cystine cristallise alors, dit-il, en lames hexagones, incolores et transparentes.

(1) L’Institut, 1838, n°231.

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