CHAMBRE CLAIRE
soit à la netteté de l’image. Dans ce cas, on fera mieux d’éclairer le papier, soit en plaçant le microscope de façon que les rayons du soleil y tombent, soit en plaçant de côté une lampe, une bougie qui éclaircit suffisamment le papier. Si, au contfaire, le crayon apparaît d’une manière bien distincte et si l’Image de l’objet est trop faible , fera disparaîtse cet inconvénient en augmentant la lumière qui tombe sur l’objet; ou, si cela est impraticable, en diminuant celle du papier ; on y parvient soit à l’aide de la main gauche, ou d’un écran quelconque, soit à l’aide d’un papier d’une couleur foncée, par exemple du papier végétal placé sur un fond noir.
Une autre circonstance très importante est la juste position de l’œil. Devant le miroir percé se trouve l’arête ou sommet de l’angle aigu du prisme ; la position de l’œil, c’est-à-dire de la pupille, doit être telle, qu’elle soit partagée en deux segments par ce sommet. Une position trop élevée ou trop abaissée de la pupille fait éprouver des altérations à la netteté de l’image ; mais si l’œil se trouve dans la position nécessaire, et si le jour, est convenablement réparti, l’image et l’instrument destinés à en tracer Tes contours, seront bien visibles tous deux. L’œil doit rester immobile devant la chambre claire ; car s’il fait un mouvement quelconque, d’avant en arrière ou latéralement, la ligne tracée ne répondr a plus à l’image.
On peut aussi bien des.siner à la lumière du soleil qu’à celle de la lampe ; si l’on avait à retracer un anrple con,tour, il faudrait faire le dessin à plusieurs reprises en faisant avancer l’objet et le papier qui reçoit le dessin ; avec un peu d’habitude on y parvient facilement. En général, il faut remarquer qu’on aùra toujours besoin d’un ou deux jours pour vaincre les difficultés que présente le premier usage de la chambre claire ; mais on y parviendra toujonrs facilement.. Si on ne voit pas tout le champ du microscope à la fois , la position un peu plus ou moins inclinée de l’œil fait découvrir les autres parties cachées.
Nous avons dit que le papier sera placé sur le tiroir de la boîte du microscope ; mais on conçoit facilement que l’image, et conséquemment le déssin , sera d’autant plus grand, que
l6ü TKAIXÉ PhATJyUK DU MIUIIOSCOPE.
le papier se trouvera dans une position plus éloignée de k cliainbie claire, et d autant plus petit, qu’il se rapprocliera davantage , parce que les rayons sortant de la chambre claire forment un faisceau pyramidal dont le sommet se trouve dans le prisme, et la base sur le papier (fig. 22). Peu importe la distance à laquelle on met le papier, pourvu qu’on voie l’image d’une manière claire ét nette ; mais la distance la plus convenable sera celle de la vision distincte, parce qu’à cet éloignement l’image paraît le mieux dessinée. Toutefois, on peut aussi dessiner à toute autre distance^ mais peut-être alors sera-t-on forcé de faire usage de bésicles. On voit donc qu’avec les mêmes lentilles on peut obtenir des dessins de différentes grandeurs ; mais les grossissements obteiiuspar un éloignement du papier ne peuvent que nuire à la clarté et à la netteté des contours, sans rien ajouter à la connaissance des détails de l’image; on fera donc mieux, ainsi que. nous le disions déjà, de placer le papier au point de la vision distincte, qui est ordinairement la distance de la surface du tiroir à l’ocidaire : âistance qui varie pourtant, selon la grandeur du microscope.
Quelques-uns dé nos lecteurs s’étonneront peut-être de nous entendre dire que l’on peut obtenir avec les mêmes lèntilles des grossissements différents, s’imaginant sans'doute que chaque lentille a une force grossissante déterminée. Or, rien précisément de plus relatif que le pouvoir grossissant des lentilles, il dépend beaucoup de l’observateur; car, qu’est-ce, en effet, que le pouvoir grossissant de la lentille ? Ce n’est autre chose que l’angle de vision sous lequel la lentille fait paraître l’image deT’objet; mais cet angle dépend de la lentille, et en outre , de l’observateur; c’est-à-dire., de son angle de vision naturel : ainsi donc , selon les changements de celui-ci, selon la vue plus ou moins courte ou longue, l’angle de la vision sous lequel apparaît l’image formée par la lentille, c’est-à-dire sa grandeur, changera aussi. On voit donc que le grossissement avec les mêmes lentilles varie selon les observateurs , et qu’il n’y aurait rien de plus absurde que de parler d’un grossissement de deux cents, trois cents fois , etc., si l’on ne supposait toujours un obseï valeur dont la vision distiuclc a lieu à une
CHAMBUE CLAIUE.
distance de huit pouces (voir le chap. 5 pour la inanicre de calculer le grossissement d’apres la distance focale de la lenldle et la vue de l’observateur).
Si donc l’on désire faire un dessin à la chambre claire et si l’on veut avoir l’objet conforme à sa vue, il faut placer le papier à la dislance de la vision distincte. Ainsi, les personnes à courte vue seront forcées de rapprocher beaucoup plus le papier que les personnes à longue vue; il s'ensuivra que leurs desins seront plus petits, ce qui correspond à l’état naturel de leur vue. Ils pourront, par l’éloignement du papier, obtenir un grossissement plus grand , mais ce dessin , à la chambre claire , ne représenterait plus la véritable image correspondant à leur vue.
Ainsi donc la manière de faire connaître le véritable grossissement appliqué est de donner un dessin fait à la distance de la vision distincte de l’observateur ou d’ajouter à ces dessins un micromètre dessiné à la même distance. Si l’on ajoute la valeur de celte distance, aucun doute ne peut plus exister sur la force des lentilles employées par l’observateur.
Celte manière de dessiner que nous appliquons constamment, est beaucoup préférable à celle qui était jadis en usage, et qui consistait à fixer avec un œil l’objet dans le microscope, à regarder avec l’autre le papier, et à tracer le dessin. A part la fatigue des yeux et la difficulté de l’exécution, on doit remarquer que presque chaque personne voit la même image avec une grandeur différente, de sorte que chacun représenterait plutôt son impression individuelle que les proportions réelles; cette méthode n’offre pas non plus de garantie pour la fidélité, soit de la forme , soit de, la grandeur proportionnelle des parties; plusieurs observateurs ont même préféré regarder d’abord l’objet, et le dessiner ensuite , en regardant alternativement l’image et le dessin; on voit qu’on est alors réduit à se fier entièrement à l’habileté de l’observateur , qui , assurément, ne peut être acquise dans une journée. Nous avons déjà mentionné la méthode de dessiner à l’aide du miroir de Soeminering, en parlant des microscopes de Vienne ; c’est un Iniroir en acier, incliné sous un angle de degrés vcrsl’ocu-