SECTION PREMIERE
HISTORIQUE
Le nom de l’inventeur de l’instrument dont nous voulons tracer l’histoire, et qui est destiné à rendre visibles les objets les plus petits, n’est pas parvenu jusqu’à nous. Il est probable que sa découverte suivit de près celle du télescope , qui eut lieu à la fin du seizième siècle. Borellus (1) attribue l’honneur de l’invention du télescope à un nommé Zacbnrias .lansen, de Middelburg (Pays-Bas), qui, selon cet auteur, le construisit en 1590^ il ajoute que, bientôt après, le même Jansen fit, avec son fils .Tean, le microscope. Borellus s’appuie sur le témoignage de Borelius, ambassadeur de Belgique en France. D’après ce dernier, Jansen ou Hans aurait donné le premier microscope, selon quelques-uns, au prince Maurice de Nassau ; selon les autres à l’archiduc Albert; et l’archiduc l’aurait envoyé à Londres à l’opticien Hrcbbel, où plusieurs voya-
Ue veru Iclcscopii inventorc. Hugac Coiiiil., ICïlo, cnp. 12, et 11.
TRAITE l’RATK^ÜE Dü MlCUOSCOI't.
geurs (1) et Borellus lui-mème le virent plus tard, vers 1619. Huygliens dit, au contraire, dans sa dioptrique, que le microscope était encore entièrement inconnu en 1618, et qu’on n’avait vu qu’en 1621 les premiers instruments de ce genre chez Cornélius Drebbel, à Londres. Enfin quelques-uns, se fondant sur le témoignage du jésuite italien Hyeroninius Sirsalis , l’attribuent à François Fonlana, qui dit lui-mème (2) qu’il avait inventé cet instrument , en 1618, à Naples. Mais cet auteur mérite peu de confiance , et moins encore le témoignage de Sirsalis, qui attribue au même opticien l’invention du télescope.
On donna d’abord différents noms à cet instrument : on l’appela tour à tour engyoscopium (3), dénomination qui lui a été rendue dernièrement en Angleterre par Goring , puis conspicilia, muscaria etpulicaria (4), sm 'i:roscopia (5), puis enfin microscope , nom qui lui est resté de nos jours. On le confondait aussi souvent avec les lentilles qu’on appelait microscopes simples , pour les distinguer des véritables microscopes , composés au moins de deux verres , et appelés pour cela microscopes composés. Au reste, on sait que les anciens connaissaient déjà les lentilles ; c’est ce que nous attestent plusieurs passages de Plutarque, Jamblichus, Agellius, Pisidias , etc.; et Sencca (6) dit assez clairement pour ne laisser aucun doute : « Litleræ quamvis minutes et obscurœ per vitream pilam aqua plénum majores clarioresque cernuntur. » On doit s’étonner que les anciens n’aient pas songé à appliquer seulement les segments en place des globes entiers. Cette idée ne fut réalisée qu’au milieu du onzième siècle par Alhazen ; mais ni lui , ni
(1) Monconnys, Journal des voyages, Lyon, 1666.
(2) Traclatus octo denov. cœl. et terrestr. rerum observ., cap. 1, p. 14b. Conf. Scheiner, Rosa lirsina, lib. 1, c. 30.
3) Borellus, loc. cit., c. b, p. 8.
(4) Ibid. cap. 6, p. 10.
(b, Kircber, De luce et umbra.
(6) Nat. Quæsi., 1. 1, c. 6.
HlSTOlUQUi;.
son coinmentatem- Vitellio (au treizième siècle), ni Roger Bacon (qui mourut en 1294) ne pensèrent à éloigner de l’objet les segments du globe de verre, c’est-à-dire les lentilles; ils contemplaient toujours les lettres en plaçant immédiatement les lentilles sur l’écriture ; et c’est ainsi qu’ils ne songèrent nullement à une des inventions les plus importantes pour le genre humain, l’invention des lunettes, qui n’etil lieu qu’au commencement du dix-septième siècle par les deux enfants d’un opticien , qui s’amusaient à regarder, à travers des lentilles, le coq d’une tour (1).
Les plus célèbres opticiens et savants qui se sont occupés de la construction du microscope au moment de sa découverte ( car dans ce temps les savants faisaient eux-mêpies leurs instruments) sont , en France : Ferrerius Arvennas, Choureus, Guil. Menardus, Siepb. Bressyeus, Clialomonius (sénateur) et M. de Servie ; en Angleterre, M. de Rives, (2) à Londres , et Robert Hooke ; en Italie, François Fontana , Toricellus, Settala, Eustacliius de Divinis (3); en Belgique, Laperliey; à Middlebourg , Drebbel; à Londres, Isaac Voss (4), de Hudd (5), etc. ; en Allemagne, Aibanasius Kircber (6) •, en Italie , Tbeodorus Moretus; à Breslau , l’électeur Titelius , Weicmann , à Ulm (7) ; Wisebus, à Augsbourg , et Mattmüller, à Vienne.
Au reste, le microscope composé ne devint pas de suite d’un usage général ; on ne s’en servit que pour amusement ; et même plus tard , plusieurs observateurs se sont opposés à son appbcaiion , avant que l’achromatisme fût introduit dans la
(1) Voir Borellus, loc. cit. ; Smith, Optique; Pristloy, History of Liglit; Jones, Appendix to an essay, etc.
(2) Monconnys, loc. cit., t. II, p. 11.
(3) Transact. philos., 1. 111, n° 42, p, 842.
(4) Monconnys, loc. cit., t. U, p. 133.
(3) Ibid., p. 161.
(6) Kircher, Tractatus do peste, sect. 1, cap 7, § 2, p. 70. De luce et uuib.
(7) Monconnys, loc. cit., t. U, p. 320 et 328.
traité PRAXIQUl; DU MICROSCOPE.
construction de cet iiisliuinent. Les microscopes donnaient des images irisees sur les contours, et l’on n’obtenait un peu de netteté qu’en rétrécissant beaucoup le cliamp,eten se bornant à des grossissements peu considérables. Aussi parmi les anciennes observations, les seules réellement bonnes furent faites avec le microscope simple. Leeuwenboék faisait toutes ses recherches au microscope simple , ainsi que le raconte Backer (1), qui avait chez lui les vingt six microscopes que Leeuwenlîoék avait légués à la Société royale. Ce n’étaient point des globules de verre , mais des lentilles bi-convexes ; elles grossissaient jusqu’à cent soixante fois.
Leeuwenboék était, comme ses lentilles, simple, clair et net. Cet auteur, père de la micrographie, qui faisait des découvertes d’heure en heure, qui a vu le premier la structure intime d’un grand nombre des tissus animaux et végétaux , n’exaltait jamais ses observations , ne se perdait que rarement dans ses vues théoriques, racontait fidèlement ce qu’il avait observé, avouait franchement ses fautes , et reconnaissait combien il restait encore à faire. Il faisait, il perfectionnait lui-même ses lentilles, et il pourrait même, sous ce point de vue, servir de modèle à quelques observateurs modernes, qui ne connaissent pas même la construction de l’instrument qui leur doit servir pour leurs ti’avaux. Les l’echerches de Leeuwenboék étaient étendues; il a vu et, pour ainsi dire, découvert les globules du sang ( car Malpighi les croyait globules huileux) ; il a décrit leur forme dans les différentes classes d’animaux; il a vu la circulation au microscope ; il a découvert les animalcules spermatiques ; il a vu la fécule , les globules du ferment ; il a étudié la structure intime des muscles, des nerfs, des tendons, des os, des tissus végétaux ; et pourtant il conserva toujours sa modestie , il resta modère dans ses réponses à ses adversaires. Il annonça toutes ses recherches a la société royale de Londres, et elles furent publiées plus tard en quatre volumes (2). Animés par de pareils succès. Délia Torre , Pio-
(1) The microscope rnade essay, London, 1743. {'!} 0[>era omnia, Lugdani BalaToruiii , 1722.
HISTORIQUE. 5
chaska, Fontana, et plusieurs autres observateurs se servirent de lentilles simples comme Leeuwenhoëk, Swammerdam, Malpighi.
Le microscope composé devint d’un usage plus répandu vers 1650. Les physiciens qui vivaient au dix-septième siècle, par exemple, Hevelius (1), Borellus (2) , Deschartes , Kircher (3) , Kohlliausius , Scheiner (4; , Jahn (5) , Schraderus (6) , etc. , exposaient dans leurs ouvrages la théorie du microscope et sa construction. Hooke , Divini et Bonani se servaient des premiers microscopes composés de quelque valeur.
La forme la plus simple d’un microscope composé consiste en deux verres éloignés l’un de l’autre ; mais l’image qui se forme de cette manière est trop incomplète pour pouvoir satisfaire les observateurs , et on dut songer à y remédier en interposant un troisième verre près l’oculaire , perfectionnement qui doit tout son développement à Ramsden (7). Le microscope dont Hooke (8) faisait usage , consistait déjà eu trois lentilles, montées sur quatre tubes de tirage; le microscope entier avait sept pouces de longueur et trois pouces de diamètre; Hooke éloignait à volonté la troisième lentille. Le microscope deEustachio Divini se composait de quatre lentilles piano-convexes , et la lentille oculaire avait un diamètre de plus de trois pouces ; le tube avait , dans toute sa longueur, seize pouces; le grossissement obtenu par l’oculaire le plus faible était de 41 fois, celui de l’oculaire le plus fort de 143
(1) Selenographia, Gedani, 1647.
(2) Tractalus de parandis conspiciliis, Hagac Comilis, 1656.
(3) De luce et umbra. Ed. orig. 1644. Amslelodami, 1671. Liber X, Mag. ps. 2, cap. 8, p. 730.
(4) Rosa ursina.
(3) Oculus artificialis, Ilerbipoli, 1686.
(b) Diss. epist. do inicroscopii usu.
(7) Philos. Transact., 1783.
(8) Micrographia, London, 1667.