TRAITÉ PRATIQUE ÜU MICROSCOPE
fois; on ne changea donc point ces lentilles objectives. Nous trouvons la description d’un microscope pareil chez Griendel van Ach (1) et chez Bonani (2), dans la notice qu’il publia, en 1698 , sur les microscopes de sa composition.
Les premiers travaux scientifiques, au moyen du microscdpe composé , furent faits par Hooke et par Stelluti, en 1685 , sur les abeilles ; Hooke étudia principalement les tissus végétaux. Mais les perfectionnements que le microscope aurait pu subir furent arrêtes par l’invention des instruments catoptriques ; on tâchait d’appliquer le même principe des miroiis concaves réfléchissants aux microscopes, et cette application ne pouvait qu’entraver les progrès dans la construction de notre instrument. Robert Barker s’occupait beaucoup de pareils microscopes; mais il ne fut pas plus betireux que Smith qui donna j dans son optique , une desci ipiion détaillée d’un instrument semblable qui , du reste , ne fut jamais construit.
Le microscope composé commençait donc à tomber dans l’oubli , quand rinvetilion du microscope solaire par Lieberkübu , en 1738 ( dont nous parlerons plus tard ), vint donner un nouvel élan aux recbeicbes qui, par les grossissements immenses et p.ir la présentation d’images d’un diamètre colossal, amusaient beaucoup les savants; les recherches de Trembley sur les polypes, les observations de Baker (3), Joblot (4), Adams (5) , etc. j sur les insectes, les sels, les infusoires, etc. , firent naître un vif intérêt , qui, pourtant, fut plutôt excité par la curiosité que par l’amour de la science ; on commençait à faire peu de cas du microscrope et des micrographes, et nous pourrions, au besoin, nous appuyer sur les plaintes de
(1) Micrographia nova, Norimbergac, 1687.
(2j Observalio circa viventia, Romæ, 1691.
(3) The microscope made easy, London, 1743. — Employment for lhe microscope, London, 1753.
^4) Description et usage do plusieurs nouveaux microscopes, Paris, 1/18. — Observations d’hist. nal., Paris 1754.
(5) Microgriipliia illustraia, London, 1746 et 1781.
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Ledermütter (1), qui, peut-être, trouvent encore quelque peu d'êcho de nos jours : « Il y a certains gens , » dit-il , « qui regardent le microscope comme une très pitoyable badinerie d’enfant. J’en ai même ouï soupirer de ce que des personnes , autrement de bon sens et même d’érudition , pouvaient si mal employer leurs heures de loisir. Leurs doigts les décèlent dès que les égards du la politesse les obligent à porter aux yeux seulement un microscope simple ( de Wilson ). Il y en a pour rire de voir l’air gauche dont ils s’y prennent, et au bout du compte, ils conviennent ordinairement qu’il n’est pas aussi aisé et facile de faire des essais microscopiques qu’ils s’étaient figurés. Mais ceux-là ne sont pas des nôtres. »
Mais peut-être les micrographes avaient-ils donné des raisons suffisantes pour motiver cette aversion ; ils avaient en effet, dans leurs recherches , donrié trop d’essor à leur imagination, ils aimaient beaucoup ce que Kepler appelait exspatiationes ingènii. Nous pourrions citer pour exemple les rêves étonnants de Needham (2j sur la force végétative et la vitalité de la nature, les molécules organiques de Buffon, qui confondait des infusoires, formés dans les substances putrides, avec les animalcules spermatiques ; il est même probable, ainsi que Haller l’a déjà dit , qu’il n’a vu ni les uns ni les autres. Les recherches de Hill, en Angleterre, faites en 1770, sur la structure microscopique de différentes espèces des bois, furent entreprises dans une meilleure direction.
Les principaux microscopes construits dans ce temps en Angleterre , furent ceux de Culpeper , Scarlet, Marschal, Wilson, etc.; Gray et Wolfing construisirent des microscopes simples aquatiques , c’est-à-dire , composés de lentilles bi-convexes , qui contenaient , dans leur intérieur , un liquide. On trouve l’énumération des principaux microscopes alors en usage dans Ledermuller (3). Adam le père combinait, en 1771 , le
(1) Amusements microscopiques, Nuremberg, 1764.
(2) Nouvelles découvertes faites par le microscope, Leyde, 1747. Philos.
trans., vol. 43.
(3) Loc. cit., seconde partie.
traité pratique üii microscope.
micTOSCope solaire avec la chambre noire, et en l’éclairant dans la nuit, par une lampe, il gagnait beaucoup de partisans nouveaux au microscope , sans que nous puissions dire que la science ait pour cela fait des progrès. Plus tard, Aepinus , Ziehr, et principalement Martin, ont enseigné la manière d’éclairer des objets opaques au microscope solaire. Georges Adam (l)le fils construisit, en 1774, le microscope lucernale pour les objets opaques. Les idées émises par Delabarre (2) ne firent pas beaucoup avancer le microscope , qui ne fut véritablement perfectionné que par l’adoption de l’achromatisme. Les observations de Monro et ses illusions reconnues par luimême ne pouvaient nullement engager les savants à se servir du microscope composé, et Della-Torre, Fontana, Prochaska faisaient usage de lentilles simples ; mais en forçant les grossissements ils se sont exposés à de nouveaux inconvénients , dont nous aurons occasion de parler plus tard. On voit donc que le microscope composé était tombé dans une défaveur complète , jusqu’au moment où les efforts des savants le firent revivre d’une vie plus positive , plus vraie et plus utile que n’avait été sa jeunesse. Avant de développer cette dernière époque , qu’il nous soit permis de citer quelques paroles de M. Milne Edwards (3) qui a si bien exposé ces changements successifs dans l’usage du microscope : « Vers la fin du siècle dernier le microscope eut le sort de tant d’autres choses nouvelles; après en avoir exagéré l’utilité et s’en être servi pour étayer de folles spéculations de l’esprit , on se jeta dans l’excès contraire, on en exagéra les inconvénients et les dangers, puis on eu négligea presque entièrement l’emploi, et l’on ne parla qu’avec méfiance de la plupart des résultats obtenus à l’aide de son usage. On alla même jusqu’à révoquer en doute l’existence des globules du sang, et l’on attribua à des illusions
(1) Essays on iho microscope, London, 1787.
(2) Mémoire sur les différ. de la conslr. des microscopes, 1777.
(3) Rapport sur une note de M. Mandl. — Compte rendu de l’Académie des sciences, 1838, sem. II, n" 27, p. 11.37.
HISTORIQT.'E.
d’opliqui^ ce que Leemvenhoek et scs successeurs en avaient dit. Pendant quelque temps les decouvertes des microgra])hes furent donc, en quelque sorte , perdues pour la physiologie , etilafallu, pour les faire rentrer dans la science , quelles aient eu la sa ii dion d’observateurs luodernts, dont tous les travaux portaient le cachet de ces esprits rigoureux , qui ne se laissent convaincre qu’après avoir acquis toutes les pieuves nécessaires pour convaincre autrui. Cette réhabilitation du microscope, aux yeux des physiologistes , ne remonte pas à vingt ans, et elle n’est pas un des moindres services que MM. Prévost et Dumas aient rendus .à la science, par la publication de leurs recherches sur le sang. «