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DE L'ATELIER

iANS doute, on peut faire de la sculpture partout : « J'aurais fait de la sculpture dans un puits, » disait Rude. On en ferait donc aussi bien dans une mansarde, pourvu qu'on la réduisît à de petites proportions : néanmoins, il n'est pas indifférent de choisir l'orientation de la pièce où l'on doit travailler, et même d'avoir un atelier si l'on peut. Le jour du nord est le seul bon pour le sculpteur, parce qu'il donne à peu près la même lumière aux différentes heures. Puis, le soleil pénétrant peu dans une pièce exposée au nord, la terre glaise sèche moins vite. Rappelons ici que la meilleure disposition d'un vitrage d'atelier est celle qui part à 2m 50 environ du niveau du sol.

Le sol doit être parqueté sur bitume, et non en terre com-

primée ou salpêtre, ce qui gêne pour rouler les selles, les tables à modèle et le matériel de l'atelier. Il est bien entendu que ce parquet ne doit jamais être ciré, mais simplement lavé si l'on ne veut tomber dans l'excès contraire. Le ton des parois de Fatelier le plus généralement adopté est le ton mat rouge dit « sang de bœuf », tel que les fonds des Musées du Louvre, sculpture grecque et assyrienne; ce ton est particulièrement heureux et, discrètement, fait valoir les œuvres qui s'y détachent en silhouette.

Les tablettes, disposées tout autour de l'atelier et destinées à recevoir les plâtres , bas-reliefs , moulages divers qui servent de documents au sculpteur, doivent être assez élevées : ces matériaux, placés trop bas , empêcheraient de voir les contours d'une œuvre importante, une statue grandeur nature, par exemple; et, si cela est impossible par suite du manque d'élévation de l'atelier, on devra placer devant ces plâtres un rideau du ton du fond que l'on baissera en cas de besoin.

Un atelier de sculpteur doit être chauffé, cela est évident, autrement le modèle ne saurait résister, mais, en dehors des séances, les sculpteurs font le moins de feu possible afin d'éviter que les terres en cours d'exécution sèchent trop vite. Le choix d'un bon calorifère dévorant ses gaz et sa poussière n'est pas indifférent. Les bonnes grosses cloches d'autrefois sont encore ce qu'il y a de mieux pour le chauffage d'un atelier. Mais surtout pas de ces appareils à feu lent qui devraient être bannis de la maison des artistes, tant leur chaleur alourdit le cerveau et porte aux migraines les constitutions les plus robustes. Enfin, je le répète, un chauffage continu de jour et de nuit dessèche trop rapidement la terre glaise, ce qui est un souci.

Selle à modeler.

Les selles. — Deux ou trois selles sont nécessaires : pour les bustes et petites figures, des selles à trois pieds, en chêne ou en hêtre, jamais en sapin, dont les emboîtures jouent à l'humidité. Elles doivent être à roulettes, pour la facilité du transport et du déplacement.

La hauteur de la tablette du dessus doit arriver au creux de l'estomac si Ton se place devant. La selle destinée à recevoir une véritable statue

doit être beaucoup plus forte et pouvoir supporter aussi la statue en marbre. Celle-ci ne doit pas être montée sur roulettes, mais le plateau supérieur placé sur un châssis dit chariot auquel sont adaptés des galets en fonte ou en cuivre : ces galets tournent sur deux cercles en fer plat incrustés sur le fond de la selle. On fait, dans ce but, des systèmes tout

en fonte dont le fonctionnement est parfait. Cette selle, dite selle roulante à galets, permet de tourner le sujet, quel que soit son poids, sans le moindre effort, lorsque le mécanisme en est soigneusement entretenu r. Elle doit être de la hauteur d'une table

Dessous au piateau de la selle à ordinaire, galets de sculpteur.

La boîte-tournette. — Parmi les selles d'amateur, nous devons parler tout spécialement de la boîte-tournette qui s'adresse tout spécialement aux personnes qui veulent exécuter des médaillons, bustes ou figurines de petite ou de moyenne grandeur. Cette boîte-tournette, comme son nom l'indique, est composée d'un soubassement à tiroir renfermant les matériaux nécessaires au modelage; des compartiments, disposés à l'intérieur de ce tiroir, séparent les outils divers : elle est munie, en outre, de deux poignées latérales, et sur le soubassement élevé de om 06 se trouve une planchette rotative de om 25 sur om 25 qui permet

1. Nous engagerons l'amateur à ne pas graisser le mécanisme des selles roulantes à galets, durant l'exécution d'une figure , tant , dans ces conditions , le moindre mouvement de l'artiste cause un déplacement. Mais on peut le faire lorsque, l'œuvre terminée, on veut la montrer sous tous ses aspects sans obliger le spectateur à se déplacer.

de travailler assis et sans se déplacer. On le voit, cet appareil1, essentiellement pratique surtout pour le modelage en cire et en pâte plastique, est peu encombrant : on le pose sur une table ordinaire, et, lorsque le tiroir à compartiments, qui s'ouvre sur le devant, est fermé, il forme socle pour la pièce en exécution.

Boîte-tournette fermée.

Boîte-tournette ouverte.

Chevalets. — Un chevalet semblable à ceux des peintres, mais plus 1. Modèle de L. Berville, à Paris.

Chevalet.

massif, est nécessaire pour les bas-reliefs et les médaillons : un autre plus léger, ordinaire, pour mettre à hauteur les modèles, croquis, dessins, photographies dont on se sert comme renseignements. Ce dernier est le chevalet courant. L'autre, ai-je dit, doit être plus massif, ne se montant pas à crémaillère mais fait de deux montants, percés de trous à égale distance, sur lesquels on monte selon le besoin la tablette à l'aide de chevilles ajustées simultanément.

Enfin, il est un genre de chevalet tout particulier aux sculpteurs, qu'on nomme chandelier ou porte-modèle, pour supporter les plâtres qui servent de modèles aux commençants. Voici comment il est fait.

Un montant de bois A de om 05 sur om 04. monté sur un empattement B à trois pieds ;

une tablette mobile M de om 50 de large sur om 30 de profondeur; cette tablette mobile monte et descend le long de la tige de bois, on l'arrête à l'aide

Chandelier ou Porte-modèle.

d'une cheville qu'on place successivement dans l'un des trous C C C", etc., dont la série est percée depuis le haut jusqu'à environ om 60 de la base. Lorsque la tablette est bien à la hauteur voulue, on y place le plâtre d'aplomb en le retenant par derrière avec une ficelle passée au trou de la tige montante le plus proche et dans l'œillet de fil de fer ménagé par le mouleur à cet effet.

Caisses. — Autour des selles, il est nécessaire d'avoir de petites caisses de diverses hauteurs et largeurs ; sur le dessus et les côtés, un trou oblong est pratiqué, qui aide à les transporter : le bois de sapin est préférable à cause de sa légèreté ; la solidité dépendra d'une bonne épaisseur, en double feuillet, comme disent les menuisiers.

Caisse.

Ces caisses servent à monter soi-même à mesure que la partie que l'on travaille est plus élevée : au besoin, le sculpteur en place deux l'une sur l'autre. Elles sont bien préférables au marchepied , toujours difficile à manier, et sur lequel l'artiste est un peu préoccupé de son équilibre. Enfin ces caisses peuvent avoir le dessous à jour, mais nous les préférons pleines, c'est-à-dire fermées de tous côtés, sans dessus ni dessous. Des cales et coins de bois, avec un levier en fer, compléteront cet outillage de charpente, pour ainsi dire, afin que l'artiste puisse

au besoin rétablir un niveau , donner une inclinaison à la grande selle surchargée du poids d'une statue.

Compas. — Plusieurs compas sont nécessaires au sculpteur pour mesurer ses proportions : Fun en fer, de moyenne gran-

Compas d'épaisseur.

deur, pour les mesures droites ; un plus petit en cuivre pour les petites longueurs ; enfin un grand compas de bois à pointes de métal recourbées pour les grandes lignes.

CONSEILS PRATIQUES 6l

Un compas tout spécial est le compas double à tiges recourbées et assemblées de telle façon que l'une des ouvertures donne exactement pour mesure la moitié de l'autre. Il sert donc beaucoup pour les portraits à exécuter de taille dite demi-

Compas de éduction de Compas de réduction,

.moitié.

nature. On peut de même faire exécuter sur commande, selon ce que l'on veut faire, des compas de réduction au tiers, au quart, au cinquième, etc. Il existe même à cet effet un compas mobile à coulisse, permettant à l'artiste de fixer lui-même le degré de réduction qu'il veut obtenir : seulement ce compas est moins rigoureusement exact que les réducteurs à pivot fixe.

La cave à terre. — On nomme ainsi une grande caisse ordinairement carrée , mais dont cependant la forme dépend de la place qu'on peut lui donner dans l'atelier, pour qu'elle embarrasse le moins possible. Cette caisse est garnie intérieurement de zinc appliqué aux parois, ainsi que le couvercle; elle doit toujours être tenue hermétiquement fermée. A côté de la cave à terre, un seau ordinaire en zinc, enfin une éponge.

Les niveaux et le fil à plomb. — Ce dernier, surtout, vrai maître

de l'artiste, qui ne doit jamais le quitter. Il peut être en cuivre terminé par une pointe, ou si vous n'en avez, vous faites un parfait fil à plomb en roulant une boulette de terre au bout d'un fil. Cette boulette, en séchant, adhère au fil et est d'un poids suffisant. Le niveau de maçon en bois ou en fer, fait d'un triangle au sommet duquel est attaché un fil à plomb passant par le milieu noté de la traverse, sert à établir votre fond sur un plan rigoureusement horizontal, de telle sorte que vos aplombs soient justes. Il sera fort avantageusement remplacé par le niveau d'eau à bulle d'air.

Fils à plomb.

Niveau de maçon.

Les ébauchoirs. — Le nombre des ébauchoirs, ainsi que leur forme, est illimité : ils varient selon le besoin, mais on peut dire que ceux qui sont le plus en usage sont ceux qui, soit en petit, soit en grand, affectent la forme du doigt ou mieux du pouce. Ils sont d'ordinaire en buis ou en ébène. Il en est aussi en os ou ivoire, mais ces derniers plus particulièrement pour

Ébauchoirs.

le travail de la cire, celle-ci y adhérant moins que sur les autres ébauchoirs. On emploie aussi l'ébauchoir en fer dit gradine, lorsque la terre glaise, ayant séché, a durci. La gradine est un ébauchoir à dents plus particulièrement en usage pour travailler le plâtre.

La mirette, dont le corps est en bois, a les extrémités formées de boucles de fil de fer, l'une triangulaire, l'autre plus ou moins arrondie ; elle sert dans les grandes figures pour fouiller

les creux et les draperies, ce que les sculpteurs appellent les noirs; elles sont alors dentelées ou torses ce qui donne au travail un aspect agréable et de la fermeté au modelé, dont on n'aura plus qu'à atténuer la sécheresse par un travail définitif au pouce.

Mirettes.

Plateaux et armatures. — On emploie, pour masser ou monter un buste ou une statue, des plateaux sur lesquels on ajuste, au moyen de vis, l'armature de fer : ces plateaux en sapin ou en chêne, emboîtés par les deux bouts ou tout au moins consolidés par deux fortes traverses placées en dessous; l'armature se compose d'une barre de fer, proportionnée à l'objet que l'on veut exécuter; elle se fixe au plateau par le moyen d'un empattement à trois branches que l'on assujettit à l'aide de vis à têtes rondes. Si l'armature est destinée à supporter une statue, on en fait contourner le fer de façon qu'il passe par le milieu du torse, quel que soit d'ailleurs le mouvement de la figure ; si l'armature doit supporter un buste, vous placerez, à l'aide de fil de fer étamé ou galvanisé, une traverse soit en bois, soit en fer plat, et cela , à la hauteur où vous supposerez que seront les clavi-

cules. Ayez soin de faire peindre vos armatures au minium ou de les enduire à chaud d'une résine, afin d'éviter l'oxydation qui formerait au bout de peu de temps des taches de rouille, traversant la terre de part en part, d'un aspect toujours désagréable ; pour les petites choses, vos armatures seront en fort

Armature d'une figure assise. Armature d'un buste.

laiton; dans les grandes figures, on peut se servir avec avantage de tuyaux de plomb pour le cou, les bras et même les jambes. Ces tuyaux doivent être bien attachés à l'armature du milieu à l'aide de fil de fer galvanisé. L'avantage du plomb consiste en ce que l'on peut au besoin changer ou modifier le mouvement des membres.

La terre glaise, son entretien, les linges, cages, globes de verre, vaporisateur. — La meilleure terre glaise et celle le plus en usage chez les sculpteurs, surtout pour les grandes figures, est la

Karl Robert. — La Sculpture. r

terre dite de Vaugirard ; elle est grasse et se lie parfaitement : bien liée, elle ne se déforme pas en séchant, et le retrait qu'elle éprouve n'est pas tout à fait d'un vingtième, ce qui est peu sensible.

On se sert aussi de terre rouge composée d'argile et de sable fin, et teintée avec l'ocre; mais, si cette terre est agréable à cause de sa ressemblance avec la terre cuite, elle a l'inconvénient d'être courte, c'est-à-dire plus sèche au toucher. Elle a la qualité de diminuer moins que la terre de Vaugirard ou terre grise; on pourra donc lui donner la préférence pour les estampages et dans le cas où le modèle est un original destiné à être soumis directement à la cuisson. Enfin, on emploie beaucoup depuis quelque temps, avec d'excellents résultats, la nouvelle pâte plastique.

Cette pâte ne durcit pas comme la cire et ne sèche pas comme la terre; le travail peut donc rester en chantier à l'air, sans aucun entretien, et être repris même après plusieurs années; ce qui donne à l'atelier du sculpteur un aspect plus agréable que les ébauches en terre recouvertes de linges mouillés.

Outre cette propriété essentielle, l'inaltérabilité, cette pâte a l'avantage de se travailler avec une grande facilité : elle ne s'attache pas aux doigts, elle est moelleuse et offre cependant une certaine résistance à la pression du doigt ; aussi permet-elle les plus grandes finesses, les effets les plus imprévus. Aucun affaissement de la masse n'est à redouter.

Les moulages en plâtre faits sur cette pâte sont étonnants de netteté, de finesse et de fermeté; ils ne nécessitent ni matière grasse , ni savon pour se détacher, et ne laissent pas sur l'original cette poussière blanche qui se produit toujours sur la cire ou la terre.

Pour entretenir la terre glaise ordinaire en état d'humidité suffisante pour le travail, on se sert d'une pompe spéciale qui projette en pluie fine de l'eau à la surface, et l'on se sert

Pompe d'arrosage.

aussi de linges, vieille toile, ou soie si l'on peut, la soie ayant l'avantage de ne point se pourrir. On les trempe dans le seau à eau en ayant soin de les essorer en les tordant jusqu'à ce que l'eau soit complètement partie, afin d'éviter le trop grand poids du linge, ce qui déformerait le travail. Il faut aussi éviter le plus possible le frottement du linge contre la terre, surtout dans les parties fines d'exécution, particulièrement les saillies, que l'on protège en éloignant les linges à l'aide de grandes épingles fichées de part en part.

La couverte de caoutchouc est également employée pour couvrir les grandes figures, mais, vu son poids, il est nécessaire de planter de part en part des bâtons supports afin d'éviter la pression du caoutchouc contre la terre, ce qui déformerait le modelé. Enfin, pour les statuettes et sculptures de petite dimension, la cage ou le globe de verre est le meilleur préservatif contre la dessication de la terre glaise au contact de l'air.

La cire. — Pour les compositions de petites proportions, celles que de préférence on exécute assis, posées sur une table et montées sur petite selle tournette, on emploie la cire à modeler. Néanmoins, dans ces derniers temps, certains artistes

ont fait de grandes statues en cire polychrome, lesquelles étaient fondues et coulées dans des moules, puis retouchées.

Notre avis est qu'on la doit exclusivement réserver pour des œuvres de très petites dimensions, telles que médailles ou esquisses qu'on veut pousser un peu loin comme exécution. En ce sens, quelques artistes en ont fait de très remarquables et il nous en reste qui remontent à la Renaissance : mais ces œuvres sont si fragiles qu'il semble miraculeux qu'elles aient pu parvenir jusqu'à nous, même à l'abri de la cage de verre qui les protège. Avec la nouvelle pâte plastique, l'usage de la cire est appelé à disparaître : pourtant il y a intérêt, ce nous semble, à en indiquer la composition.

Pour un kilog. , on dosera ainsi :

Cire jaune 710 grammes.

Poix de Bretagne 165 —

Graisse de porc 85 —

Essence de térébenthine 40 —

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