POUR CONSERVER LES LEPIDOPTERES ET EN FAIRE DE CHARMANTS ALBUMS
Ce procédé de conservation est un charmant passe-temps à la campagne et meme à la ville : car lorsque l’on aura pris l’habitude de manipuler avec dextérité les instruments dont on se sert pour cette préparation , on obtiendra sans nul doute un résultat très- satisfaisant.
Ce procédé consiste à détacher avec des ciseaux excessivement fins les ailes d’un papillon, de manière à ne plus avoir que le corps, lequel sert de modèle pour en faire la reproduction à la gouache.
Avec un compas vous prenez la mesure de la longueur du corps et la grosseur, que vous reportez sur une feuille de papier vélin, vous
tracez au crayon la forme du corps, et à partir du point d’attache de l’aile vous tracez légèrement, à la mine de plomb, remplacement que doivent occuper les ailes, vous passez une légère couche d’eau gommée dans l’intérieur des lignes tracées et vous y appliquez les ailes du papillon, vous recouvrez avec une feuille de papier Joseph, puis d’une seconde feuille de papier collé; on passe légèrement le brunissoir en prenant bien garde de déranger la position des ailes, ou mieux vous mettrez sous presse; le pollen ou écailles du papillon se trouveront fixés sur le papier, et il ne restera plus qu'à peindre à la gouache le corps et les antennes du papillon.
Mais, par ce procédé on n'a en réalité que le dessous des écailles et non la face véritable, et dans beaucoup de lépidoptères, le changement est tel qu’il devient méconnaissable, tel par exemple le papillon adonis dont la couleur bleu céleste est si jolie, et qui étant décalqué, comme il est dit plus haut, n’offre plus à l’œil qu’un papillon noirâtre.
Il est donc utile de faire la contre-épreuve du papillon en reportant sur une autre feuille de papier les plumules retournées du bon côté.
Bien que l’opération offre quelques difficultés dans l’exécution , nous engageons beaucoup les amateurs à ne pas se décourager, car avec un
peu de patience et d’adresse ils pourront obtenir une complète réussite qui les dédommagera grandement de leurs premiers insuccès.
Lorsque vous aurez un papillon préparé par le procédé ci-dessus, vous appliquez sur le papillon une feuille papier à calquer et au moyen d’un crayon de mine de plomb bien tendre vous tracez le contour de l’insecte , puis vous remettez par dessus ce papier un morceau de vélin ou papier de Hollande en ayant grand soin de faire des points de repère faciles à reconnaître et surtout à ajuster.
Une fois vos précautions prises à cet égard, vous retirez votre papier à calquer et celui de Hollande; ce dernier vous le plongez entièrement dans l’eau claire en ayant soin de le retirer tout aussitôt, ensuite mettez-le sur trois ou quatre doubles de papier Joseph afin de l’égoutter promptement ; appliquez votre papier sur lequel vous avez fait le croquis du papillon, mais de manière à ce que le trait fait à la mine de plomb soit contre la face du papier de Hollande, ajoutez sur ce papier quatre ou cinq doubles de papier et une feuille de carton ordinaire, et chargez le tout d’un poids, ou si vous aimez mieux servez-vous d’un brunissoir, mais pour cette opération seulement.
Quand vous vous êtes assuré de la réussite de cette opération, vous prenez du vernis à
l'esprit-de-vin n° 1 , que vous répandez sur une assiette plate ou un morceau de verre, et laissez épaissir de manière à ce que, appliqué sur le papier, il ne déborde pas les lignes tracées à la mine, car au moyen d’un petit pinceau il faut exactement en couvrir l’intérieur du trait, pendant que vous laissez sécher votre vernis au point qu’il ne fasse plus que poisser légèrement au doigt sans pourtant s’y attacher.
Vous mettez flotter sur un vase rempli d'eau claire le papier sur lequel vous avez votre papillon et que vous voulez transposer , en prenant bien soin que le côté ou se trouvent les plumules du papillon ne soit nullement mouillé,
Nous avons obtenu un résultat expéditif et positif et qui met à l’abri de voir submerger le papier ou tout au moins de mouiller les plumules de votre papillon, ce qui arrive assez fréquemment lorsqu’on n’est pas encore bien habitué à cette opération.
Voici en quoi consiste cette petite opération, qui toute simple quelle est par elle-même, ne laisse pas que de favoriser considérablement la transposition du lépidoptère.
Au lieu de mettre flotter votre papillon sur l’eau, vous le soumettez à la vapeur en procédant comme suit :
Faites bouillir environ deux litres d’eau ordi-
naire, et lorsque cette eau est en pleine ébullition depuis quelques minutes, jetez-la dans un vase quelconque, tel par exemple qu’une soupière ; vous tendez promptement sur son orifice une toile dont le tissu soit assez fin, ou une gaze, ce qui est préférable, que vous maintenez au col de votre vase au moyen d’un ou deux tours de ficelle, et après avoir tiré l’étoffe de part et d’autre afin d’obtenir une surface plane, vous y déposez le papier sur lequel est le papillon et que l’on doit transposer sur une autre feuille, il est bien entendu que c’est la face antérieure et non pas la face sur laquelle repose le papillon qui doit regarder le fond du vase, car si Ton procédait ainsi toute l'opération serait détruite.
Une fois votre papier posé sur votre toile, vous recouvrez votre papillon d’un double de papier Joseph, et immédiatement vous recouvrez le tout d’un vase creux, tel qu’un bol, un saladier, etc., etc. Il est nécessaire que l’ustensile soit concave, caria vapeur, en se condensant, redescendloin du milieu où repose le papillon , tandis qu’une surface presque plate laisserait tomber des gouttelettes qui endommageraient la préparation.
La vapeur, pénétrant plus facilement les pores du papier que l’eau froide, dissout en ramollissant la colle de gomme qui vous a
servi à fixer une première fois les ailes de votre papillon fi et au bout de dix minutes, temps pendant lequel vous avez préparé vos doubles de papier et votre presse, vous retirez votre couvercle, vous ôtez légèrement et perpendiculairement afin d’éviter le plus léger frottement le papier Joseph qui protégeait la face de votre papillon, vous faites glisser la feuille contenant le papillon sur un carton garni de plusieurs doubles de feuille de papier à dessécher, puis vous prenez la feuille qui a pris l’empreinte du papillon et que vous avez préparée au moyen du vernis à l’esprit-de-vin, vous examinez bien les points de repère afin de déposer exactement votre préparation sur les ailes de votre papillon, car le moindre écartement ferait tout perdre» A ce propos, nous allons donner les détails relatifs à un petit instrument des plus simples et qui assure la réussite, quant à la rectitude de l’application des deux feuilles pour obtenir la transposition du lépidoptère.
C’est une planche légère dont la longueur
1 Lorsque l’on doit transposer un papillon, il ne faut pas se servir de la colle de poisson ; il est préférable de tenir sa gomme plus épaisse et d’y ajouter un peu de sucre candi , ce qui lui donne plus de consistance, mais n’est nullement un obstacle pour la transposition, ces deux substances étant promptement dissoute par 1a, chaleur.
et la largeur, variables au goût de chacun, doivent correspondre aux travaux que Ton désire exécuter. Cette planche est munie de quatre fines tiges ou aiguilles fichées dans le bois et aux quatre angles; lorsqu’on veut faire une transposition, l’on commence par descendre le papier porteur du papillon en le piquant dans ces tiges qui doivent porter un numéro d’ordre que vous répétez sur ladite feuille, ensuite vous y descendez votre papier à calquer, vous y répétez les numéros d’ordre et vous prenez le contour de l’insecte avec votre mine de plomb, vous y descendez ensuite votre papier de Hollande glacé en le numérotant, de même que les précédents, et après avoir chargé d'un poids ou passé au brunissoir, ce qui est préférable pour cette opération, et après que vous vous êtes assuré que le trait du papillon est bien représenté, vous retirez successivement vos trois papiers.
L’on comprendra sans peine ce qu’a d’avantageux cette toute simple machine, car, aussitôt que vous retirerez le papillon de dessus beau ou de la vapeur, vous m’avez plus qu’à enfiler les tiges dans les trous du papier numéroté, puis vous y descendez celui qui doit reproduire le bon côté de binsecte ; n’avant pas d’écartement possible par ce moyen, vous êtes^assuré que le trait, fait à la mine de plomb, de l’insecte, vient s’a-