ENTRETIEN
des cabinets d’histoire naturelle,
Tout, dans îa nature, est condamné à une destruction plus ou moins rapide, et malgré tous les soins que Ton apportera dans les préparations taxidermiques, les pièces d’histoire naturelle subiront cette inévitable loi; car la nature tend toujours à reprendre ses droits ; il faut donc accorder des soins intelligents et presque continus aux pièces zoologiques, pour les préserver le plus longtemps possible de leur perte ou des détériorations.
Le soleil, la grande lumière, Thumidité, les insectes, sont autant de causes de destruction qu’il faut éviter avec soin et combattre sans cesse. Outre la perte matérielle, que de regrets doit avoir le naturaliste, lorsqu’il voit tomber
en poussière une pièce qu’il a eu grand’peine à acquérir à un prix élevé, ou qu'il a tuée ou prise lui-même, pièce souvent tellement rare, que l’on ne peut pas remplacer, et à laquelle si on la remplace, on ne peut plus rattacher des souvenirs qui, parfois, nous sont bien chers.
Une des premières conditions de bonne conservation d’un cabinet d’histoire naturelle est d’avoir un appartement exempt d'humidité, et dont les fenêtres prendront le jour au levant ou au couchant, et, dans le cas contraire, de préférence au nord qu’au midi ; les vitrines doivent être fermées hermétiquement, et les fenêtres munies de volets intérieurs ou d’épais rideaux.
Nous croyons de toute inutilité de donner des renseignements pour la confection des vitrines ; ceci est relatif à la disposition du local, des ressources dont on peut disposer, et surtout du goût particulier de l’amateur.
Pour prévenir l’humidité dans les vitrines, on met dans des soucoupes de la chaux éteinte ou du muriate de chaux ; la chaux, par sa nature absorbante , attire à elle et s’approprie l’humidité qui serait venue attaquer vos animaux ; il est nécessaire de changer cette chaux assez souvent si le cabinet est un peu humide, et surtout dans les saisons de pluie.
Les pièces d’histoire naturelle, quelles qu’elles
soient, ne doivent être renfermées qu5 après leur entière dessiccation, car l’humidité qu'occasionne le préservatif dont on s'est servi pour la préparation répandrait dans les armoires une odeur qu’on ne peut pas confondre avec les émanations putrides, mais qui n’en est pas moins désagréable, et qui, souvent, entraîne en outre la moisissure de la pièce que l’on a resserrée trop tôt. Rappelons-le, toutes les préparations taxidermiques gagnent à une prompte dessiccation; mais il faut qu’elle soit produite naturellement , c’est-à-dire par un courant d’air vif et sec.
On s’aperçoit qu’une collection est attaquée parles insectes lorsqu’une poussière jaunâtre t est répandue sur le juchoir, ou le matin que l’on découvre des peaux de larves, et que, en passant la main sur le plumage, il se détache des plumes coupées dans leur continuité par la voracité des insectes.
On retire des vitrines toutes les pièces ainsi attaquées, et on les porte dans son laboratoire; on commence par épousseter vivement avec un bon plumeau, on soulève doucement les ailes des oiseaux, car les dermestes ont une prédilection particulière pour ces lieux, et on imbibe fortement toutes ces parties avec de l’essence de térébenthine, ainsi que toutes les autres parties de l’oiseau ou du mammifère, puis vous
l’enterrez dans du plâtre. Au bout de dix à quinze minutes, vous retirez votre animal et vous continuez à le sécher en frottant légèrement avec la main pleine de plâtre, dans le sens des barbes ou du poil ; lorsque le plâtre n’adhère plus avec la robe de l’animal, on est assuré qu’il est sec ; on prend une petite badine, on en frappe légèrement l’animal afin de ne pas le déformer, puis, avec le plumeau, on achève d’en enlever tout le plâtre ; si c’est un oiseau , on soulève les plumes avec les brucelles , On lisse et l’on remet en place celles qui auraient pu se déranger pendant l’opération ; on revernit le bec et les tarses de l’oiseau, ainsi que le patin oujuchoir. Si c’est un mammifère, on le peigne avec un démêloir et on brosse ensuite»
Lorsqu’il sera nécessaire de dépercher l’oiseau, ou d’enlever le mammifère de son patin., il ne faut pas hésiter, car, souvent, c’est sous a plante des pieds que les dermestes déposent leurs œufs.
Ce moyen suffit lorsqu’il n’y a que quelques pièces d’ attaquées ; mais si on avait négligé, pendant toute une saison, de visiter son cabinet, ou si, par l’introduction d’une pièce que l’on aura achetée toute préparée, on venait à infecter sa collection, etc., etc, ce moyen pourrait encore être employé, mais il deviendrait long et dispendieux. Il ne faut traiter par ce
procédé que les pièces les plus fortement endommagées et procéder comme il suit : c’est le système que nous employons pour l’entretien de divers établissements publics dont nous sommes préparateur.
C’est ordinairement pendant les grandes vacances que nous procédons à l’exécution de ce travail. Nous prenons trente ou quarante coupelles en terre cuite dans chacune desquelles nous déposons un morceau de soufre de 4 à 5 grammes ; toutes les vitrines sont ouvertes, on met une ou deux coupelles sur chaque rayon en ménageant une place assez large autour de la coupelle pour éviter les accidents. Ces dispositions ainsi prises, on commence par une armoire, on verse quelques gouttes d’alcool dans chaque coupelle, afin de pouvoir allumer rapidement le soufre qu’elle contient, en com- * mençant par ceux des rayons supérieurs, on ferme la vitrine, et on procède de même, et avec grande célérité à toutes les autres vitrines. Pour ce travail il est indispensable d’avoir au moins un aide.
On ouvre toutes grandes les fenêtres du cabinet, et si quelques ouvertures des vitrines laissaient par trop s’épancher à l’intérieur les gaz sulfuriques, on les boucherait en appliquant de petites bandelettes de papier que l’on a soin de tenir toutes prêtes et encollées.
Un va d’une vitrine à une autre pour stlf* veiller la combustion , et lorsque toutes les coupelles qui sont dans les armoires sont éteintes,, on en dispose quatre ou six comme les précédentes, on les met dans un vase large et qui offre toute sécurité pendant que le soufre brûlera, car, celui-ci, on ne peut le surveiller. On ferme les fenêtres, on tire les rideaux, on allume les coupelles et on ferme la porte du cabinet que Ton calfeutre même, s'il est nécessaire.
On laisse s'écouler huit ou dix jours avant d’entrer dans le cabinet, au bout de ce temps, on ouvre premièrement les fenêtres de l’appartement, ensuite celles de toutes les vitrines; on commence par passer une couche de benzine rectifiée sur les tarses et les becs des oiseaux, et sur les parties charnues des mammifères ; sur les reptiles, les poissons, les crustacés ; quand cette opération est terminée, vous revenez à la vitrine par où vous avez commencé, vous épousetez soigneusement chaque pièce les unes après les autres, vous passez une couche de vernis blanc n° 1 sur les parties qui ont déjà reçu de la benzine, vous revernissez vos patins ou vos juchoirs, et lorsque vous avez remis chaque pièce ainsi traitée dans sa place respective, vous nettoyez les glaces avec un peu d’eau alcoolisée et vous refermez votre vitrine pour
procéder de même et successivement à toutes les autres.
Il ne vous reste plus qu'à épousseter et traiter de même les grosses pièces qui se trouvent ordinairement en dehors des vitrines, appendues au mur ou suspendues au plafond ; ce procédé est excellent : les gaz que dégage le soufre en brûlant pénètrent toutes lesparties des animaux qui composent le cabinet, deviennent même un préservatif pour le bois et détruiront les insectes, leurs œufs, ou leurs larves, qui auraient puéchapperà votre vue.
Malgré l'efficacité de ce système, nous n’ignorons pas qu’il devient impraticable pour certaines personnes ; un commerçant ne peut dans ses magasins se servir des gaz sulfureux pour protéger ses collections ; un amateur délicat ne voudra pas s’exposer à respirer une telle odeur, il faut donc revenir au premier système décrit plus haut, ou laisser évaporer des essences de serpolet, de lavande, etc.
Ainsi qu’on l’a vu, la benzine est souvent employée dans les préparations taxidermiques et l’entretien des pièces d’histoire naturelle, mais il est nécessaire qu’elle soit de bonne qualité, qu’elle enlève bien toute la graisse qui souille souvent la robe d’un mammifère ou le brillant plumage d’un oiseau, etc.; aussi nous ne saurions trop recommander la benzine rectifiée que
fabrique M. Barral, pharmacien, rue du Faubourg-Saint-Denis, 80, à Paris.
La benzine de cet habile chimiste a toutes les propriétés voulues pour arriver à un bon résultat.
Les amateurs qui désireraient faire réparer et préserver leurs cabinets peuvent en confiance s’adresser à nous; nous pouvons nous en charger, nous traiterons de gré à gré pour tout ou partie, suivant les besoins de J a collection, ou l’idée de l’amateur . Tous les renseignements qu’on désirera obtenir à cet égard doivent nous être adressés franco, toute lettre non affranchie étant rigoureusement refusée; nous nous empresserons de donner les détails que comporterait la demande.