‹ Traité pratique du naturaliste préparateurChapitre 25 sur 64 · DE LA CH ORTOLOGI E · texte numérisé non relu

DE LA CH ORTOLOGI E

La chortologie est , en histoire naturelle , la partie qui traite spécialement des objets nécessaires aux herborisations, de la récolte des végétaux, des précautions, particulières à chaque espèce, que le naturaliste doit apporter dans cette récolte, des moyens de conserver les végétaux, de les dessécher, de les disposer en herbier et de les collectionner. Tels sont les sujets auxquels est restreinte la chortologie et auxquels, en conséquence, nous restreindrons cette

étude. En effet, nous n’avons aucunement à nous préoccuper ici de la technologie de l’histoire naturelle ni du caractère scientifique des plantes. Ce travail a été déjà fait et admirablement fait par les maîtres de la science. Tournefort, Linné, de Jussieu ont, dans leurs mémorables ouvrages, consigné les savants résultats de leurs fécondes recherches, et leur description détaillée à l’infini rend impossible l’erreur sur le moindre organe des plantes qu'ils ont étudiées. De nos jours, de Candolle, Le Maout, Duchartre et tant d’autres savants ont encore enrichi la science de leurs innombrables observations, et une juste renommée est définitivement acquise à leurs écrits. Notre devoir, en cette occasion, est de consulter les maîtres de 1a. science ; nous citerons leur classification , mais nous n’avons aucun commentaire à donner à propos de leurs descriptions; cela nous écarterait de notre plan et de notre sujet.

Les instruments nécessaires pour une herborisation sont :

Une boîte en fer-blanc.

La longueur de cette boîte est à la disposition de chacun et selon la personne, et selon aussi le caractère de l’herborisation qu’on se propose. Il existe des boîtes depuis 20 centimètres jusqu’à 80 centimètres de long; mais, pour

le véritable amateur, une boîte de 60 à 70 centimètres est d’un très-bon format. Aune des extrémités se trouve adaptée une autre boîte destinée à recevoir les petits échantillons, les cryptogames, etc. Cette boîte est, à ses deux extrémités, munie de deux boucles, dans lesquelles on passe une courroie , de manière que la boîte puisse être portée en sautoir. Cette boîte est celle dont on se sert pour les grandes excursions , et celle que Ton emploie le plus généralement. Néanmoins on peut, dans les herborisations qui n’ont pas grande importance, utiliser un appareil de moindre format, mais qui ne manque point de commodité et' d’élégance, et que l’on a nommé coquette . Cet instrument consiste en deux planches de bois dur, d’une bonne épaisseur, portant 45 centimètres de longueur sur 30 centimètres de largeur. Sur l’épaisseur d’une des deux planches, aux quatre extrémités, est fixé au moyen de clous ou de vis un bout de courroie n’ayant pas plus d’un cinquième de libre et muni d’une forte boucle avec ardillons; à l’autre planche * et aux quatre extrémités correspondant aux boucles , on fixe une courroie ayant de 40 à 50 centimètres de long , munie de trous , de manière à pouvoir serrer à volonté les plantes qui seront mises dans la coquette . Au moment du départ, l’herborisateur met dans la coquette

lé papier gris non collé , destiné à la dessiccation de la plante, et chaque fois que Y on récolte un nouvel échantillon on l’arrange immédiatement. L’herborisation terminée , on boucle un peu plus fort la coquette et, au retour, on l’expose dans uniieu sec et bien aéré, pendant vingtquatre heures. Ce temps écoulé, on change les plantes de papier, on range les rameaux qui ont pris une position mauvaise, et de nouveau Ton expose la coquette à l’air jusqu’à parfaite dessiccation.

Ce procédé présente l’avantage qu’il conserve beaucoup mieux la fraîcheur et les teintes de la plante.

Les autres instruments employés dans les herborisations sont :

Une houlette et, par préférence, un petit piochon muni, à la partie inférieure du manche, d’un crochet destiné à attirer à soi les branches élevées des arbres, et à détacher certaines plantes fixées sur des points où il serait difficile ou impossible d’atteindre ;

Une bonne loupe ;

Une paires de pinces dites brucelles.

Un scalpel ;

Une paire de ciseaux;

Une forte serpette.

La plante doit être cueillie le plus près possible du sol et lorsque le volume de la racine

le permet, il ne faut pas négliger de r extraire, et, pour avoir un herbier complet, il faut autant que possible pouvoir représenter les plantes en divers échantillons, l’un avec les fleurs, l’autre avec les fruits, l’autre avec les racines, et enfin, lorsque les sexes sont distincts, ne pas manquer de les joindre à la plante.

La récolte terminée et lorsqu’on est rentré chez soi, on doit procéder immédiatement à la dessiccation des plantes recueillies. Pour cela, on se procurera du papier gris non collé et assez fort. Dans le milieu de chacune des doubles feuilles de ce papier on met une des plantes, en ayant bien soin de lui donner une tournure convenable , puis l’on enferme ce papier porteur de la plante entre deux cahiers de même papier, et bon recommence le même procédé pour chacune des plantes que Ton a récoltées.

Ces cahiers de papier sont destinés à absorber l’humidité que la plante exsude pendant la dessiccation.

Ces cahiers de papier sont mis ensuite sous une presse (v. page 171).

Il faut avoir soin, le premier jour, que la pression ne soit pas trop forte, et ne l’accroître qu’avec une progression bien calculée. Le lendemain, vous retirez de dessous presse et vous

placez la plante dans de nouvelles feuilles de papier, en ayant soin de faire sécher le papier qui a servi la veille et qui , ainsi , pourra resservir le lendemain, tout en évitant dans le laboratoire un inopportun encombrement de papiers.

Dans les contrées humides et dans les saisons pluvieuses, il est indispensable d’accélérer le plus possible la dessiccation; on y parvient en divisant sa récolte par petits paquets de 15 à 20 plantes, en interposant entre chaque sujet cinq à six feuilles de papier non collé et en les pressant entre deux châssis garnis d’un grillage de bois ou fil de fer et serrées par des courroies ou par des cordes. On expose ces paquets à un courant d’air et les plantes sèchent très- rapidement.

Les plantes aqueuses et bulbeuses, telles que les orchis , etc., continuent de végéter dans l’herbier longtemps après qu’on les y a placées. Pour prévenir cet inconvénient et l’humidité qui en est le résultat sans compter la moisissure qui peut en provenir et gâter tout un herbier, il suffit de plonger les plantes aqueuses et bulbeuses dans de l’eau bouillante et de les y maintenir pendant une demi-minute; on peut encore leur faire prendre un bain pendant trois ou quatre heures dans de l’alcool saturé de bichlorure de mercure. Si la plante a été plongée

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dans l'eau, on ressuiera soigneusement au s@£tir du bain et, enveloppée de papier gris, on l'exposera dans un courant d'air.

Si la plante a été baignée dans l'alcool, il suffit de l’exposer dans un lieu bien sec, sa dessiccation est très-prompte.

Un autre procédé pour anéantir la vie dans une plante est de se procurer du sable fin et bien sec. Vous mettrez le sable dans un vase quelconque que vous placerez sur le feu ; vous remuerez vivement ce sable avec une spatule de bois jusqu'à ce qu’il soit débarrassé de toute humidité et qu’il atteigne un degré de chaleur équivalant à l’eau bouillante; vous ensevelissez alors votre plante dans le sable brûlant pendant une demiheure.

Ce procédé détruit absolument toute vitalité dans les plantes ; en outre il présente cet avantage précieux que le sable brûlant absorbe l’humidité de la plante au lieu de lui en donner.

Les descriptions seraient insuffisantes à expliquer comment Ton reconnaîtra que la dessiccation est arrivée à son complément , la pratique l’enseignera bien mieux, et plus vite, et plus sûrement, cette dessiccation se trouvant subordonnée à mille circonstances imprévues, notamment à l’état de l’atmosphère et du lieu oû l’on prépare son herbier ; quand elle est complète, il ne reste plus qu’à préserver les plantes,

caries collections de plantes terrestres en herbier sont susceptibles de devenir la pâture des insectes, et plusieurs mites du genre Acarus ies dévorent très-rapidement, et souventles organes les plus précieux pour l’étude sont totalement détruits.

Pour remédier à ce grave inconvénient, voici ce qui se pratique : Dans un litre d’alcool on fait dissoudre 31 gram. 25 de sublimé corrosif (deuto-chlorure de mercure), puis on immerge laplante desséchée dans cette solution . L’effet du poison est tel, qu’il éloigne et donne la mort à tous les insectes qui tentent d’attaquer la plante.

Ce procédé est excellent sans doute , mais il est dangereux et les frais qu’il occasionne sont trop considérables. En effet, avec un litre d’alcool sublimé, on ne peut empoisonner que quatre-vingts plantes environ, et comme l’alcool revient au plus bas prix à 2 fr. 50 le litre et le sublimé à 90 cent, les 31 gram. 25, l’empoisonnement de quatre-vingts plantes revient donc à 3 fr. 40 cent.

Aussi conseillonsmous de ne pas immerger la plante en entier dans le liquide , mais de se servir d’un petit pinceau et d’en passer une couche sur chaque plante; par là on diminuera le danger qui existe toujours à manipuler des poisons violents, et on fera une notable économie du liquide.

M. P. Ch. Joubert, ex-employé au Muséum d’histoire naturelle de Paris , nous a communiqué un procédé qui nous parait devoir présenter quelques avantages réels.

« Ce procédé est fondé sur la faculté de succion que possèdent les plantes. Tout le monde connaît les belles expériences de Haies, et chacun a pu s’assurer qu’une plante placée dans un vase plein d’eau aspirait bientôt tout le liquide et se l’appropriait. Ce premier principe posé, voici comment nous opérons.

« Nous prenons 31,25 de deuto-chlorure de mercure, puis 31,25 d’hydrochlorate d’ammoniaque; nous mêlons, et nous avons un sel connu sous le nom de sel alembroth ou sel de la sagesse , qui n’est autre chose qu’un muriate ammoniaco - mercuriel soluble. Ce sel, jeté dans un litre d’eau , compose le liquide dont nous nous servons. Des plantes nouvellement cueillies, mises pendant 12 heures, comme on pourrait le faire d’un bouquet, dans de l’eau saturée dudit sel, sont empoisonnées jusque dans leurs plus petites parties.

« Pour nous assurer de ce dernier fait, nous avons laissé tremper un Pavot en fructification dans du sel alembroth en liqueur; puis, ayant ouvert une des capsules , nous en avons retiré les graines , que nous avons traitées par l’eau chaude, de manière à faire dissoudre une partie

lie (}u sublimé contenu clans les semences; versant ensuite dans cette eau de Tiodure de potassium, nous avons obtenu un beau précipité de couleur de brique, preuve incontestable de la présence du mercure.

« L’hydrochlorate d’ammoniaque ne sert donc qu'à faciliter la dissolution du deutochlorure de mercure : car, cette dernière substance n’é tant soluble que dans 21 fois son poids d'eau, on conçoit que le poison ne serait pas assez concentré pour opérer l’effet qu'on pourrait en attendre.

« Si nous envisageons maintenant la question au point de vue pécuniaire , nous avons aussi un fort beau résultat. Supposons 5,000 plantes à empoisonner, et voyons le prix de revient de chacun des procédés. D’abord , dans l’un et l’autre cas, il faut, terme moyen, 1 litre de liquide pour 80 plantes : donc il faudrait 62 litres d’alcool pour les 5,000 plantes, ce qui fait 155 fr. ; puis 31,25 de sublimé par litre, ce qui fait 62 fois 31 ,25, équivalant à 55 fr. 80 c. Total, 210 fr. 80 c. — -Quant au second système, il ne nous faut que 62 fois 31,25 de sublimé, équivalant à 55 fr. 80 c., et 62 fois 31 ,25 d'hydrochlorate, équivalant à 9,30. Total, 65 fr. 10 c. La différence des deux sommes en faveur de notre méthode est donc de 145 fr. 70 c. »

Néanmoins , nous ne pensons pas qu’on

puisse remplacer l’alcool sublimé, dans l’empoisonnement des plantes sèches, par le sei aiembroth en liqueur, car l’évaporation de l’eau n'est pas assez prompte pour ne pas occasionner la fermentation, et, par contre-coup, la moisissure, inconvénient qui n’a pas lieu avec notre alcool , appliqué aux plantes vivantes , puisque l’évaporation en est presque instantanée.

Une fois l’empoisonnement de vos plantes terminé, il ne reste plus qu’à agencer l’herbier; pour cela, on met une plante dans le milieu d’une feuille de papier collé gris ou blanc, et avec cette plante une étiquette portant la détermination scientifique. On groupe les familles ensemble et pour en faciliter la recherche lorsqu’il y a lieu , on colle une étiquette au bas de la première feuille qui contient le commencement d’une famille : ces étiquettes sont dé diverses coulèurs et portent, en demi-ronde, le nom de la famille.

Puis l’on sépare les trois grands embranchements et l’on dispose les plantes ainsi accommodées dans les boites-cattons à herbier sur lesquelles sont indiques chacun des trois embranchements.

Lorsqu’on ne possède pas de boîte-carton à herbier, voici comment on procède : Pour évitëf de briser les plantes , on prend deux feüillël de carton qui doivent servir de macu-

lateur, c'est-à-dire qui doivent protéger les feuilles de la pression directe de la ficelle; on ficelle en croix et on recouvre les trois paquets d’une bande de papier de couleurs diverses avec les noms des trois embranchements.

Nous conseillons de sacrifier le cordeau ou la ficelle toutes les fois qu’on pourra les remplacer par des courroies ou sangles. Ce moyen est plus dispendieux, il est vrai, mais la dépense est bien compensée par la propreté, la facilité, la célérité avec lesquelles on ouvre et ferme un paquet. De plus, les plantes sont moins sujettes à être brisées et le papier risque moins d’être froissé ou déchiré.

Nous venons de décrire la confection des herbiers ordinaires, tels qu’on les trouve communément dans le commerce; mais pour l'amateur zélé, notamment pour les dames herborisatrices, il faut que l'album soit coquet, luxueux, et néanmoins qu’il satisfasse à tout ce que réclame l’étude de chacune des multiples parties d'une plante. Il est donc indispensable d’indiquer une méthode appropriée au goût de l'amateur éclairé et au zèle délicat et patient des herborisatrices. Cette méthode, la voici :

Tout d’abord on procède comme il a été dit, quant à ce qui concerne la dessiccation et

rempoisonnement : seulement, on a besoin de tourner une partie de la plante en sens inverse, et si la tige est trop ligneuse, on fait une incision tout le long pour en extraire cette partie ; on prend du beau papier glacé, on y applique la plante, et, avec de petites bandelettes de papier gommé, on fixe la tige principale et les ramuscules sur la feuille. L'étiquette subit la même préparation et est fixée au bas de la feuille et à droite.

Un herbier ainsi préparé réclame beaucoup plus de temps et des soins plus minutieux ; mais il se distingue par la fraîcheur et un charme de coup d’œil que ne présentent jamais les herbiers confectionnés par fautre procédé. Un semblable herbier est tout à fait digne de figurer auprès du travail élégant d’une dame dans un salon ou dans un boudoir.

L’étiquette doit porter le nom latin de la plante, son nom français, le nom d’auteur, les divers noms sous lesquels on la désigne dans les pays où elle a été recueillie, ses propriétés, les lieux et l’époque où elle a été récoltée ; si c’est au bord d’un ruisseau, dans un pré, dans un champ, dans un jardin, ou sur une montagne qu’elle a été trouvée ; si le lieu de récolte est humide, sec, cultivé, aride, etc. Enfin aucun détail ne doit être négligé et il est profitable de tout mentionner.

Un herbier enrichi de ces minutieuses et compendieuses descriptions a toujours un prix supérieur à la valeur précaire d’un herbier confectionné en toute hâte et peu enrichi de détails descriptifs.

On comprend que pour rassembler sur une

étiquette toutes les multiples indications, il est nécessaire de se servir de signes et d’abréviatiens; il sera donc utile que nous en tracions ici un tableau.

Iles signes et abréviations à t’usàge de la Botàni^üë.

?— Point de doute.

R. — Rare.

RR. Très-rare.

* Exotique.

S. ch.. Serre chaude.

S. temp., Serre tempérée.

Ànnuei.

© Bisannuel.

% Yivace.

5 Sous-arbrisseau.

5 Arbuste.

5 Arbre.

$ Stamino-pistillé.

Ç Pistillé.

ç? Staminé.

Svnon., Synonymes.

Vulg., Vulgairement.

Exemples d'abréviations des noms d'auteurs :

L., Linné; Jus., Jussieu; Desf., Desfontaines ; De. C. , De Candolle; Vill. , Villars ; Willd. , Willdenow; Pers., Persoon; Rich., Richard; Le M., I^e Maout; Dec., Decaisne , Mont., Montagne ; Duch., Düchartre, etc.

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