‹ Traité pratique du naturaliste préparateurChapitre 26 sur 64 · FUCUS, CONFERVES, ETC · texte numérisé non relu

FUCUS, CONFERVES, ETC

Ainsi qu’on l’a vu., que de difficultés ne fautil pas surmonter pour préparer d’une façon convenable les plantes ligneuses ! Malgré cela, au bout de quelques années à peine et quelque grandes précautions que l’on ait prises, les plantes recueillies deviennent pour ainsi dire méconnaissables. C’est en vain qu’on y cherche ces couleurs si variées, dont la nature s’est complu à orner les fleurs ; presque toutes n’offrent plus qu’une teinte sombre, uniforme. En outre, en supposant que l’herbier ait été préparé avec les soins les plus minutieux, que d’attentions ne faut-il pas avoir pour sauver ces plantes des ravages que leur font subir les

mites et autres insectes, ennemisqui, par leur petitesse, échappent à notre vue, et contre les ravages desquels nous ne sommes que trop souvent impuissants. Nous savons bien que Ton a préconisé quelques préparations pour sauvegarder les végétaux de la voracité de ces animaux : telles sont la liqueur 'préservatrice de sir Smith , les dissolutions de sels métalliques , comme la bichlorure de mercure et autres, etc. ; mais ces préparations ne préservent pas assez exactement toutes les parties des plantes, et en outre elles exigent une grande précaution lorsqu’on veut manier les végétaux préparés avec leurs secours, sans courir le risque de s’empoisonner.

Les plantes marines, par la composition de leurs tissus imprégnés de sels qui existent dans la mer, font exception à ce que nous venons de dire, et leur conservation étant d’une durée plus grande et offrant après la dessiccation les couleurs qui les ornaient pendant leur vie, nous ont donné l’idée de rechercher le moyen de les conserver, en leur donnant l’aspect qu’elles avaient durant leur séjour dans la mer. Après bien des essais nous nous sommes arrêté à un procédé que nous offrons aux amateurs, pensant leur être utile, en leur évitant bien de ces tâtonnements qui souvent les découragent.

La récolte des plantes marines étant faite, il s’agit de leur faire subir, pour les conserver, trois opérations : le lavage de la plante , son application sur le papier , et sa dessiccation . Tel est le but que nous nous sommes proposé et que nous allons exposer le plus succinctement possible.

I. Du lavage. — Pour assurer la réussite de cette opération, il faut avoir recours à deux instruments essentiels et dont nous allons dire quelques mots.

La cuve . — C’est un instrument en bois, d’une épaisseur convenable, doublé dans son intérieur de plaques de zinc, afin de le prémunir contre l'humidité; il mesure vingt-cinq centimètres de hauteur sur cinquante de longueur et quarante de largeur (fig. 1 , À). A la moitié de

sa hauteur, et sur les côtés de sa lace interne, on aura soin de faire établir des rebords de quelques millimètres pour recevoir une claire-voie, et sur ses côtés A, B, seront établis des robinets pour laisser écouler l’eau contenue dans la cuve1.

La claire-voie . — Elle est constituée par un cadre de bois muni de deux tiges (destinées à la retirer ou à l’introduire), et qui sera reçu sur les rebords de la cuve. Sur ce cadre sera tendue une toile à tamis à mailles assez larges {fi y. 2), à travers lesquelles passeront les ma¬

tières étrangères qui souillent la plante.

Ces deux appareils étant connus, indiquons maintenant la marche à suivre pour procéder au lavage de la plante. On met dans la cuve de

1 II est préférable d’avoir deux ouvertures au lieu d’une, cela permettant à l’eau de s’écouler doucement et sans agiter la vase et les matières déposées au fond de la cuve.

l 'eau ordinaire, de manière à couvrir la clairevoie d’un ou de deux centimètres; puis on descend sur le tamis la plante et avec des pinces dites brucelles, dont nous avons déjà parlé plus haut et dont nous donnerons la figure plus bas, on étend les rameaux de façon qu’ils ne se touchent pas et qu'ils offrent la plus grande surface à l’action de beau ; alors on agite doucement la plante pendant un certain temps, en lui donnant un mouvement de va-et-vient qui entraîne au fond les matières hétérogènes qui la souillent. On laisse reposer l’appareil un quart d’heure, ou plus si cela est nécessaire h on ouvre les deux robinets ; l’eau étant écoulée, on laisse égoutter la plante, puis on enlève la clairevoie et on nettoie la cuve. Ceci terminé, le lavage n’est pas encore complet, car on n’a enlevé que les matières terreuses et les particules salines qui adhéraient à la plante; mais quelquefois ces végétaux sont recouverts par des matières gélatino-albumineuses analogues à du blanc d’œuf et dont on ne les débarrasse que difficilement. Alors pour faire disparaître cet inconvénient, nous soumettons la plante à un nouveau lavage; pour cela nous prenons de beau dans laquelle ont été dissous au préalable vingt grammes d’alun calciné. Par ce moyen, on don-

i Cela varie avec la taille de la plante.

nera une consistance plus grande à cette matière gélatini forme (provenant de l’albumine d’œufs des mollusques ou des zoophy tes) , e t on l’enlèvera facilement avec des pinces, ou avec un morceau d’éponge fixé à une baleine b

IL Application sur le papier. — Le lavage terminé, vient immédiatement l'application de la plante sur le papier; cette application, assez minutieuse, exige beaucoup d’habitude ; aussi engageons-nous fortement les personnes qui désirent collectionner les plantes marines à ne pas se décourager si, dans leurs tentatives, elles échouaient plusieurs fois de suite, car, nous pouvons le dire en toute assurance, avec un peu de patience et de dextérité, elles finiront bien vite par faire de charmantes préparations^ qui les récompenseront amplemen t de leurs peines.

Ici on doit encore recourir à la cuve ainsi qu’à la claire-voie; mais en outre il faudra se procurer un certain nombre de lames de toile gommée, de la grandeur de la claire-voie, de plusieurs plaques de zinc de dimension plus grande et bien planes, de plusieurs feuilles de

1 Nous recommandons tout particulièrement, dans le maniement de la plante avec les brucelles, d’éviter de toucher toutes les parties qui présenteraient des organes de fructification, sous peine de les détruire ou tout au moins de les endommager.

papier épais et collé, d'une pince brucelles a longues branches rondes et sans dents(la pince des chirurgiens pour la torsion des artères peut • en donner une idée assez exacte) et terminée par un bec mousse (fig. 3),

Sur la claire-voie on place une lame de toile gommée, et par-dessus une feuille de papier; on les fixe à l’aide d’épingles, et l’on introduit le tout dans la cuve, qu’on remplit d’eau, en la versant doucement sur un des côtés; alors on fait descendre la plante sur le papier, quand la surface du liquide est tranquille ; puis avec la pince, tenue comme une plume à écrire, on étale un à un, sur le papier, chaque rameau et ramuscule à cerf aine distance les uns des autres. Cette opération une fois terminée, on fait écouler l’eau au moyen des deux robine ts et on laisse égoutter tout b appareil en tenant la cuve un peu inclinée; alors on enlève la claire-voie, on détache doucement les épingles pour éviter de déranger la position donnée aux branches de la plante et on fait glisser la toile gommée munie

du papier porteur du fucus sur une plaque de zinc, sur laquelle on aura mis un cahier de cinq à six feuilles de papier sans colle. Au-dessus de cette plante on applique une autre toile gommée, puis un semblable cahier de papier et enfin une nouvelle plaque de zinc. Ces deux cahiers sont destinés à accélérer la dessiccation de la plante et à empêcher une trop forte pression qui pourrait occasionner un trop grand écrasement des tiges et en outre enlever les caractères des fructifications.

III. Dessiccation et mise en presse. — On porte alors ces deux lames de zinc, sans les déranger, sous la presse (fïg. 4); on place par-des-

sus successivement de nouvelles plantes aux-

quelles on aura fait subir les diverses préparations qui précèdent, en ayant toujours le soin de mettre dessus et dessous une plaque de zinc munie en dedans chacune d'un cahier de papier sans colle (il est bien entendu que le papier devra avoir la même dimension que les plaques de zinc), et on serre alors graduellement les écrous de la presse. L'habitude apprendra aux amateurs le degré dépréssion qu’il faudra faire subir aux plantes.

On devra, au bout de vingt-quatre heures de pression, desserrer les écrous, enlever le papier éponge (papier à filtre), en prenant grand soin de ne toucher ni aux deux bandes de toile cirée, ni à la feuille de papier sur laquelle est placée la plante. Quelques jours de pression suffisent pour fixer la plante et lui donner, ainsi qu'au papier, le temps de sécher. Si parfois quelques ramuscules n'adhéraient pas intimement au papier (ce qui n'arrive que fort rarement), on en serait quitte pour lever la partie non fixée avec un instrument délié comme une aiguille, à faire glisser dessous un pinceau à / aquarelle trempé dans une solution légère de gomme arabique et à remettre en presse pendant quelques heures.

Nous proscrivons ici l'emploi du papier joseph, que quelques personnes seraient tentées de mettre immédiatement sur la plante pour

faciliter sa dessiccation; cette pensée qui est très-bonne dans un sens, à cause de la propriété que possède ce papier d’absober l’eau , est défectueuse dans une autre : car, lorsque la plante sera desséchée, il sera impossible d’enlever ce papier sans entraîner avec lui une grande partie de la plante ; aussi conseillons-nous de ne pas tenter de mettre d’intermédiaire entre la plante et la seconde lame de toile gommée.

De toutes les presses connues, celle dont nous donnons la figure est la plus commode et celle dont nous avons retiré le plus de services, quoique sa dimension soit assez gênante pour voyager; on ne peut cependant pas s’en passer; aussi, en la faisant confectionner, faut-il recommander à l’ouvrier de la faire de façon que, démontée, elle occupe le moins d’espace possible. Quant à la pression obtenue à faide de poids, elle est tellement défectueuse que nous pensons que personne ne songera à y recourir1.

1 Explication des figures.

Fig. 1.— Appareil complet pour le lavage des plantes marines. — A. la cuve; B, la claire-voie; a, b , ouvertures faites à la cuve pour Técoulement de l’eau, et oii doivent être des robinets ; c, c, tiges pour soulever la claire-voie.

Fig. 2. — La cloire-voie. — A, le cadre sur lequel est tendue la toile à tamis B ; c, F , comme dans 1a. figure précédente.

Bien que ce mode de préparation soit Je seul qui offre du succès pour obtenir de belles préparations et que les instruments nécessaires à ce travail soient d’une dépense minime, nous n’ignorons pas que beaucoup d’amateurs, incomplètement voués à l’étude de labotanique, hésiteraient devant l’achat de ces instruments; puis comme nous avons pris à tâche de créer un divertissement pour les nombreux malades qui vont à chaque retour de l’été prendre les bains de mer, nous allons donner un moyen expéditif et à la portée de tous et qui n’entraîne aucuns frais; grâce à ce moyen, l’on pourra rapporter de l’Océan ou de la Méditerranée, des souvenirs d’autant plus précieux qu’ils seront le fruit du travail. Hâtons-nous de dire que ces préparations seront loin d’approcher de celles préparées par le système cité en tête de ce chapitre; souvent (pour ne pas dire toujours) le papier est crispé et les ramuscules de la plante sont confus. On comprendra sans peine que n’ayant pas les instruments nécessaires à cette préparation, l’on obtienne un résultat bien inférieur.

Une fois que la cueillette est faite ou dès que

Fig. 3.— -Pince dite brucelles.

Fig . 4. —Presse.

Nota. Ces divers instruments se trouvent chez l'auteur, ainsi que des collections de plantes marines.

les pêcheurs côtiers vous auront approvisionné (T algues, de fucus ou d’autres végétaux tapissant les roches marines ou qui nagent au gré des eaux de l’Océan, il est nécessaire, aussitôt rentré, de déposer le tout dans un vase rempli d’eau douce, pour empêcher la dessiccation ; d’autre part pour débarrasser la plante des coquilles, des parties salines et terreuses qui la souillent. Vous agitez ensuite 1a. masse dans le liquide, puis à l’aide des brucelles vous saisissez un des individus et vous lui faites subir doucement un second lavage spécial»

Vous prenez ensuite une assiette, Un plat ou un vase analogue dans le fond duquel vous placez une feuille d’épais papier bien collé; vous couvrez ce papier d’une couche d’eau et vous déposez la plante sur sa surface. Alors, armé d’une aiguille à tricoter, de vos brucelles, ou mieux encore d’un très-fin ébauchoir en buis, vous étendez tous les ramuscules de votre plante de manière que toutes les ramifications se dessinent parfaitement sur le papier; puis à l’aide d’une petite seringue, d’un siphon, d’un tube en verre même, vous aspirez le liquide de manière à laisser la plante à sec; enfin avec l’ ébauchoir vous replacez immédiatement les parties du végétal qui auraient pu se déranger pendant cette dernière opération. Le papier porteur de la plante est ensuite posé sur un car-

ton recouvert de plusieurs feuilles de papier non collé, puis la surface de la plante est soumise à la pression d’un morceau de toile cirée, qui doit y être déposé avec le soin le plus minutieux; cette toile est ensuite recouverte par trois ou quatre autres feuilles de papier également non collé. Le tout est aussitôt enfermé dans un carton et mis sous presse jusqu’à parfaite dessiccation.

Ce procédé, qui se fait remarquer par son extrême simplicité, pourrait être très-profitablement appliqué par les voyageurs qui n’auront seulement qu’à prendre la précaution de ne pas mettre en presse trop fortement, afin que les organes de la fructification soient conservés intacts et ne soient pas écrasés ; mais dès qu’ils seront arrivés au lieu de leur destination ou dès qu^ils en auront le loisir, ils devront recourir à notre première méthode, ce qui leur sera d’autant plus facile que les plantes marines présentent cet avantage précieux que même après plusieurs années de dessiccation elles peuvent reprendre leur élasticité primitive, pourvu qu’on les mette directement en contact soit avec de l’eau, soit avec de la vapeur.

Page 1