GUÉRIS PAR LA SECTION DU TENDON D'ACHILLE
« Messieurs ,
« Vous nous avez chargés, MM. Husson, Sanson et moi, de vous rendre compte de trois observalions de pieds-bots guéris par la section du tendon d'Achille ; elles vous ont été adressées , le 12 janvier 1836, par M. Duval. Ce médecin ne s'est hâté de vous communiquer un aussi petit nombre d'observations que pour prendre date relativement à une opération , qui , avant lui , n'avait pas été pratiquée à Paris : l'ayant souvent renouvelée depuis l'époque précitée , et toujours avec le même succès , il se trouve maintenant riche
(1) Cette date, déjà ancienne, explique le petit nombre des observations mentionnées dans le rapport qui va suivre. La présentation des cas dont il s'agit a eu lien eu janvier 1830, et notre. première opération est du 23 octobre 1X35 ; il ne pouvait pas en • core y avoir abondance de guérison. (Note de l'auteur.)
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d'un bien plus grand nombre de faits du même genre.
« Vous savez tous, Messieurs, qu'il existe trois espèces de pieds-bots : une dans laquelle le pied semble avoir été tordu en dedans , et son adduction portée au-delà de ses limites ordinaires; c'est le pied-bot latéral interne que les anciens appelaient variis, le plus fréquent de tous. L'autre , dans laquelle le pied est tourné dans le sens de l'abduction , c'est le pied-bot latéral externe ou valgus. Dans la troisième espèce enfin , la situation du pied est celle d'une forte extension ; c'est le pied-bot qu'on appelle équin (1).
« Vous savez également, Messieurs, que depuis un temps immémorial on s'est attaché à redresser les pieds-bots par des moyens mécaniques fort diversifiés ; qu'on a employé des attelles unies par des bandes roulées; qu'on a fait usage de bottines, de chaussures à tuteurs ; que, pendant longtemps , à Paris, deux orthopédistes sans litres , Tiphaine et Verdier, vers le dixhuitième siècle , employèrent des machines à leviers et à ressorts compliqués qui jouirent de quelque réputation , mais dont ils firent un secret ; que Jakson en Angleterre , vers la même époque , inventa des moyens analogues , restés
(1) On a vu au commencement du traite qu'à ces trois divisions connues nous avons dû en ajouter deux autres, la strêplnjpopodie , déviation en dessous, et la strëphanopodie, déviation en haut. « (Note de l'auteur.)
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tout aussi mystérieux ; que Venel , médecin suisse, imagina une machine simple et ingénieuse à laquelle on dut un grand nombre de guérisons , machine dont notre honorable collègue M. Capuron a donné une description dans la Gazette de santé du mois d'août 1834 ; que le célèbre Scarpa , qui connut et décrivit mieux qu'aucun de ses devanciers la difformité qui nous occupe , imagina un appareil fort peu employé en France , quoique feu notre collègue Léveillé l'y ait fait connaître en 1824 , appareil sur le mérite duquel notre célèbre Boyer garda le silence, mais auquel il en substitua un beaucoup plus simple ; enfin que Jaccard et Louis d'Yvernois continuèrent la pratique heureuse de Venel , et usèrent de son ingénieuse machine en
la modifiant un peu.
« Cependant , avec toutes ces ingénieuses inventions , les chirurgiens étaient loin de guérir tous les pieds-bots; un grand nombre résistaient à leurs efforts. Ces pieds-bots incurables , observés dans les pays étrangers comme en France , firent naître à l'Allemand Thilénius l'idée de conseiller et de faire exécuter la section du tendon d'Achille. Il s'agissait d'un pied-bot équin fort difforme ; le malade avait huit ans : l'opération fut heureuse , à ce qu'il paraît. Ceci se passait en 1785 ; au moins c'est à cette époque que Thilénius a public la relation de cette cure.
" Plus tard, en 180!>, un autre Allemand, Mi-
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chaelis de Marbourg , lequel cite Thilénius et la guérison à lui due , pratiqua cette opération quatre fois , et toujours avec bonheur.
« Delpech, en 1816, à l'exemple des deux hommes que nous venons de citer , et qu'il cite luimême avec loyauté , pratiqua , assure-t-il , la même opération sur un enfant de neuf ans, qui lui dut une prompte guérison.
« Stromeyer imita Delpech , en 1854 , et eut lieu de s'en applaudir.
« Les choses en étaient là , et beaucoup des hommes qui suivent les progrès de la science doutaient encore de ces cures étonnantes, quand M. le docteur Vincent Duval, directeur des traitements orthopédiques des hôpitaux de Paris , exécuta la section du tendon d'Achille : sa première tentative remonte au 23 octcbre 1855. Personne encore n'avait pratiqué cette opération dans la capitale (1). Le premier malade opéré par M. Duval était âgé de douze ans et demi : il était affecté d'un pied-bot équin , et avait été adressé à ce médecin par l'un de vos commissaires, M. Sanson , chirurgien de l'Hôtel-Dieu. Le succès fut tel qu'il dépassa les espérances des parents du jeune malade , comme les prévisions de l'opérateur ; le traitement dura quarante jours.
a Le malade qui fait le sujet de la deuxième
(1) Voici un point sur lequel nous insistons particulièrement, car nous savons qu'on ne demanderait pas mieux que de pouvoir nous nier aujourd'hui cette priorité. (Note de l'auteur.)
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opération était âgé de huit ans , affecté d'un pied- bot latéral interne ; et celui de la troisième, âgé de sept ans, offrait la double variété du pied-bot équin et du pied-bot en dedans, portés à leur plus haut degré de développement.
« Dans ces trois cas, ce n'est qu'après de nombreuses tentatives de réduction par les moyens mécaniques , que la section a été opérée ; toujours le bourrelet de substance intermédiaire aux deux extrémités du tendon s'est laissé suffisamment allonger, et au bout de trente jours le pied a formé un angle droit avec la jambe.
« Depuis cette opération, M. Duval a opéré grand nombre de pieds-bots, soit à Paris, soit ailleurs, et toujours avec un égal succès. C'est un fait que vos commissaires peuvent attester. L'un d'eux , le rapporteur de votre commission , a été témoin de plusieurs de ces opérations. Une de ces opérations , exécutée à Versailles sur une jeune fille , en présence de plusieurs médecins , au nombre desquels se trouvait l'auteur d'excellents travaux sur les difformités , a été faite dans des circonstances si défavorables, que, d'un commun accord , les assistants exprimèrent cette opinion , que , lors même que cette opération ne réussirait pas, on ne devrait en tirer aucune induction défavorable à la méthode. La jeune fille était scrofuleuse dans son enfance ; sa jambe présentait plusieurs cicatrices. Cependant, Messieurs, vous pouvez juger par vos