CHAPITRE II
Dans ce torticolis, la tête est penchée vers l'une des épaules, la face plus ou moins tournée du côté oppose; mais il s'opère toujours en même temps un mouvement de rotation de la tête sur son axe , sans doute à cause de l'attache supérieure du muscle sterno-cléidomastoïdien à l'apophyse mastoïde placée à la base du crâne , et sur un plan plutôt poste'rieur que latéral. 11 résulte de cette direction du muscle que la partie postérieure de la tête se trouve tirée en bas et en dehors sur l'épaule , du côté où existe la rétraction musculaire, tandis que \e menton se trouve entraîné en devant et en dehors vers l'autre épaule. Ainsi donc, dans tous les cas de torticolis latéral antérieur ancien , il existe une torsion de la tête sur son axe , une élévation du menton et un abaissement de l'occiput en sens opposé, c'està-dire que le menton est tourné vers le côté sain, et l'occiput du côté de la difformité. Quand
la lésion existe depuis longtemps , et a acquis un certain degré de développement, les traits du visage sont altérés du côté de la difformité, et quelquefois des deux côtés : du côté opposé à la rétraction, la moitié supérieure de la joue, surtout la pommette, est plus développée que du côté de la maladie, tandis que le bas de la figure du côté malade est de beaucoup plus fort que du côté opposé. Les yeux ne sont plus sur un plan horizontal, ils sont situés obliquement , celui du côté de la difformité est moins élevé que l'autre d'un ou deux centimètres. Il en est de même de la direction de la bouche : les deux commissures des lèvres sont dirigées dans le sens des yeux. On conçoit que cette altération du visage est proportionnée au degré de la rétraction du muscle sterno-mastoïdien. Les phénomènes sont les mêmes, mais en sens opposé, que la difformité ait lieu à droite ou à gauche, que le torticolis soit natif ou consécutif; que le muscle se soit raccourci après une contraction paralytique, un rhumatisme, etc. Je vais rapporter quelques exemples de ce torticolis , qui confirmeront la description que nous venons d'exposer d'une manière trop succincte peutêtre. On verra encore comment les causes agissent en développant cette difformité, qui n'est pas toujours la suite de la rétraction musculaire active, comme on s'est plu à le dire; mais qui est souvent la suite d'une rétraction pas-
sive, occasionnée par la position prolongée de la tête sur Tune des épaules.
J'ai été consulté dans le mois d'août dernier par Alexandre Vaclin, de Belleville, âgé de quatorze ans, doué d'une bonne constitution, quoique petit de taille. Ce jeune homme était atteint d'un torticolis latéral antérieur gauche natif, très-développé. Les deux chefs inférieurs du muscle sterno-mastoïdien gauche étaient trèstendus, mais surtout le chef sternal, qui était plus court que celui du côté opposé de cinq centimètres. Cette affection allait toujours en augmentant, principalement depuis qu'il était en apprentissage chez un marbrier. La moitié supérieure de la joue droite était plus forte que la même partie du côté gauche, tandis que le bas de la figure à gauche était plus développé qu'à droite ; les yeux étaient dirigés obliquement, le droit plus élevé que le gauche de deux centimètres. La bouche se trouvait aussi dans les mêmes rapports d'obliquité que les yeux, c'est-àdire que sa commissure droite était plus élevée que la gauche. Ces différentes altérations donnaient à sa physionomie une expression singulière de finesse, de dédain et de gravité; il avait l'air de se moquer du fâcheux état auquel il était réduit, et de tout ce qu'on pouvait dire de lui, etc.
Le 4 septembre j'ai pratiqué la section de la portion sternale du sterno-mastoïdien , avec
l'aide de mon ami M. le docteur Biechy. Huit jours après cette section la tête était complètement droite : la physionomie avait tout à fait changé, ce n'était plus le même individu ; il lui restait à peine un peu de raideur , causée par le raccourcissement de la portion claviculaire du sterno-mastoidien , raccourcissement que je me proposais de faire disparaître par la section de la portion claviculaire du muscle , mais qui a fini avec le temps par disparaître presque totalement ; pour apercevoir que cette portion du sterno-mastoidien forme encore relief sous la peau, il faut toucher le cou dans cette région.
Cette cure est une des plus belles que j'aie opérées depuis que je m'occupe de sections souscutanées ; elle est d'autant plus remarquable que je n'ai employé pour moyen contentif que le bandage de M. Mayor.
Mlle L. . . , des environsde Dieppe, âgée de vingthuit ans, grande, robuste, d'une constitution lymphatico-sanguine, est née avec une légère inclinaison de la tête sur l'épaule droite, affection qui a fait des progrès jusqu'à l'âge de quatorze ou quinze ans , mais qui depuis cette époque est restée stationnaire. Cette jeune fille n'éprouvait de sa difformité que des douleurs passagères dans la partie postérieure du cou et dans le haut du dos, quand elle était restée longtemps debout et lorsqu'elle était fatiguée. Voici son état quand elle entra dans mon institut orthopé-
dique, au commencement du mois d'avril 1841 : La tête était fortement inclinée sur l'épaule droite; le muscle sterno-mastoïdien de ce côté ne présentait aucune saillie ; c'était le muscle du côté gauche qui était tendu et très-saillant sous la peau, dans toute sa longueur et principalement dans son chef sternal. Mais, si l'on cherchait à redresser la tête, on voyait tout le muscle sterno-mastoïdien du côté droit se dessiner sous la peau, le chef claviculaire aussi bien que le chef sternal. La tête n'avait point éprouvé de mouvement de rotation sur son axe , mouvement qui reporte le menton sur l'épaule du côté opposé à. l'inclinaison de la tête, et cela, sans doute, à cause de la rétraction de la moitié supérieure du trapèze droit. Tout le côté droit de la face était moins développé que le côté opposé ; l'œil droit, la moitié de la bouche et toute la joue, étaient sur un plan inférieur à ces mêmes parties du côté gauche ; le sterno-mastoïdien n'avait que sept centimètres de longueur du côté droit, tandis qu'il en avait seize du côté gauche ; l'apophyse mastoïde de ce dernier côté était distante du sommet du moignon de l'épaule de 22 centimètres, tandis que celle du côté droit n'était éloignée que de 10 centimètres du moignon de l'épaule droite, etc., etc.; l'épine formait à gauche une longue courbure unique qui comprenait les vertèbres cervicales et les dorsales ; cette courbure présentait au niveau de la cin-
quième vertèbre dorsale une flèche de trois centimètres de profondeur. Il résultait de cette disposition de l'épine que tout le côté gauche de la poitrine était très-proéminent, tandis que le côté droit était concave ; l'épaule gauche était aussi plus élevée que la droite de près de quatre centimètres, etc., etc.
Quelques jours après l'entrée de cette jeune fille dans mon établissement, je pratiquai la section des deux chefs inférieurs du muscle sterno-cléido-mastoïdien, et toujours d'après mon procédé, des parties profondes aux parties superficielles, et en ne faisant qu'une ouverture à la peau pour couper les deux portions du muscle.
Deux jours après cette section , je soumis la malade à l'extension et à la contre-extension sur un plan incliné , c'est-à-dire sur le lit orthopédique. Elle restait plusieurs heures dans la journée et la nuit soumise à l'action de cet appareil. Le reste du jour elle portait notre appareil à torticolis, qui est une simple modification de la machine de Levacher, publiée dans les Mémoires de l'Académie royale de chirurgie. Au bout de quatre mois de traitement , cette malade est sortie de mon établissement complètement redressée, ne conservant plus de son infirmité «ju'une parlie de l'inégalité de développement dans les deux côtés du visage et une légère courbure spinale , mais jouissant de tous les mouvements de la tête et du cou , etc..
C'est dans ces cas de torticolis permanent , ancien , accompagnés d'un haut degré de difformité de la face , qu'il est indispensable de prévenir les malades qu'après le redressement de leur tête , il faudra encore un long espace de temps avant que les deux côtés de leur visage soient semblables , ou à peu près semblables. Nous avons de nos malades guéris depuis plus de quatre ans et qui portent encore les traces, quoîqu'à un degré de plus eu plus moindre , de l'ancienne inégalité de développement de leur figure. Il en est de même pour leur épine dorsale ; quoique la tête soit redressée , la déviation de la colonne vertébrale reste à l'état où elle était si le malade ne continue pas un traitement spécial.
André Desgranges, âgé de quatorze ans, domicilié à Chaillot, chemin de ronde de la barrière des Bassins, n° 6, est atteint d'un torticolis natif latéral antérieur. La mère de ce jeune homme attribue cette difformité à une contusion du cou déterminée par le forceps pendant l'accouchement : l'accoucheur , en appliquant cet instrument , croyait que l'enfant était mort, et par conséquent ne prit pas les précautions usitées en pareil cas pour pratiquer l'opération.
L'enfant, depuis les premiers temps de sa naissance , porte la tête inclinée vers l'épaule gauche, le menton étant dirigé à droite. Les yeux et La bouche sont dirigés obliquement de haut en
bas et de droite à gauche. L'œil droit et la commissure de la bouche de ce côté sont sur un plan plus élevé de 2 centimètres que les mêmes parties du côté gauche ; la joue et la moitié du front du côté droit sont plus forts que du côté gauche. La difformité , qui est très-développée , semble entretenue par le raccourcissement du chef elaviculaire du muscle sterno-mastoïdien. Cette corde musculaire n'a que 6 centimètres de longueur, tandis qu'elle en a 16 à droite. Il existe en dehors de la portion claviculaire du muscle un enfoncement profond , limité en avant par cette portion musculaire du sterno-mastoïdien et la clavicule, qui est plus élevée que celle du côté opposé de 2 centimètres. Le cou à gauche est court et concave, long et convexe à droite ; du milieu du moignon de l'épaule à l'apophyse mastoïde du côté gauche l'intervalle n'est que de 16 centimètres , tandis que cet intervalle est de 22 centimètres à droite. Les deux tiers antérieurs et inférieurs du côté droit de la poitrine sont plus saillants que du côté opposé, etc. 11 existe une légère déviation spinale à double courbure : la supérieure à droite dans la région cervicale, l'inférieure a gauche dans les six premières vertèbres dorsales, etc. J'ai pratiqué, en présence de MM. les docteurs Douglas, du Havre, et Ollilfe , la section des deux chefs inférieurs du muscle sterno-mastoïdien , et huit jours après cette section la tète était droite sur son axe ver-
tical. Le 15 juillet 1843 , six mois après le commencement du traitement, notre jeune homme est complètement redressé , pouvant faire exécuter à son cou tous les mouvements normaux.
M. Emile Quesney , âgé de vingt-deux ans , de Rouen, rue du Lieu-de-Santé, n° 1 bis, aujourd'hui d'une forte constitution , est né très-chétif et affligé d'une inclinaison de la tête sur l'épaule droite. Au bout d'un an, sa santé s'est améliorée, mais l'inclinaison a persisté , contre l'attente des parents et du médecin , qui attribuaient la difformité à la faiblesse des muscles du cou. Cette infirmité a toujours persisté , et même a fait des progrès avec l'âge. Voici dans quel état il était, quand il est entré dans mon institut orthopédique, le 28 mai 1842, pour s'y faire traiter :
La tête était inclinée sur l'épaule droite , la face dirigée obliquement à gauche. L'ceil droit était sur un plan inférieur au gauche de plus de trois centimètres, il était aussi moins grand que lui ; la joue gauche , surtout la pommette , était beaucoup plus forte que la droite ; la bouche était dirigée obliquement, la commissure du côté droit se trouvait sur un plan bien inférieur à celle du côté gauche , ce qui donnait une physionomie particulière à ce jeune homme.
Le cou était très-saillant et long à gauche , très-court et concave à droite : le chef sternal du sterno-masloïdien n'avait que huit centime-
très de longueur à droite, tandis qu'il en avait dix-sept à gauche ; la portion claviculaire de ce muscle avait dix centimètres de longueur à droite, et , comme la portion sternale , dix-sept à gauche.
La colonne vertébrale offrait une double courbure permanente , Tune cervicale et l'autre dorsale; c'est-à-dire que les vertèbres cervicales, par le fait de l'inclinaison de la tête à droite, s'étaient déviées à gauche , où elles présentaient une courbure de plus de deux centimètres de flèche; les six premières vertèbres dorsales étaient déviées en sens inverse à droite , et offraient une courbure de quinze millimètres de flèche. Il résultait de ces deux courbures que l'épaule droite était plus forte et plus haute que la gauche , etc.
J'ai commencé le traitement en faisant la section de la portion sternale du muscle sternornastoïdien droit à un centimètre de son insertion au sternum. Aussitôt cette section opérée , le malade , qui nous a dit n'avoir éprouvé aucune douleur, a senti sa tête tout de suite beaucoup plus libre. Du sternum à l'apophyse mastoïde il y avait une distance de treize centimètres. J'ai appliqué un appareil très-simple consistant en une espèce de têtière sur laquelle étaient fixées des courroies qui allaient se croiser sous l'aisselle. Deux ou trois jours après je le fis coucher sur un lit à extension rémittente , sur notre lit
orthopédique. Au bout de deux mois et demi de traitement, le malade est sorti de mon établissement tout à fait guéri de sa difformité.
Cette cure est très-remarquable sous plusieurs rapports : 1° à cause de l'amélioration qui s'est opérée aussitôt après la section de la corde musculaire la plus tendue qui entretenait la difformité ; 2° par le redressement presque total des courbures de l'épine dans l'espace de deux mois, pendant lesquels le malade a été soumis a l'extension sur notre lit orthopédique ; 5° en considérant que ce redressement s'est fait sans la moindre gêne ni la moindre douleur, quoique le malade fût un homme tout à fait développé.
Je bornerai à ces trois cas le nombre des observations du torticolis latéral antérieur natif ou prétendu tel. Je vais maintenant rapporter quelques observations de cette variété du torticolis développé sous l'influence d'autres causes.
Eugénie R., âgée de sept ans, demeurant à Paris , rue Saint-Maur, est d'une constitution éminemment lymphatique. A l'âge de deux ans, cette jeune fille était convalescente d'une rougeole , quand on vit plusieurs ganglions lymphatiques se tuméfier dans le côté gauche de son cou. Ces engorgements persistèrent pendant neuf mois avant de s'abcéder ; durant tout ce temps la petite malade tenait sa tête inclinée du côté opposé pour diminuer la douleur. 11 résulta de cette position forcée un torticolis avec rétrac-
tion du muscle sterno-cléido-mastoïdien droit , affection qui alla en augmentant jusqu'au moment où l'on me consulta , dans les premiers jours de mai 1840. Voici alors dans quel état se trouvait cette enfant :
La portion sternale du muscle sterno-mastoïdien avait une longueur de huit centimètres , tandis que celle du côté opposé en avait douze ; le cou était convexe et long à gauche , concave et court à droite ; le bas de la face était dirigé à gauche , et le haut à droite ; l'épaule droite était plus élevée que la gauche de quatre ou cinq centimètres ; l'épine était aussi déviée h droite dans les six premières vertèbres dorsales , et légèrement à gauche dans les dernières vertèbres de cette région et les deux premières lombaires. La courbure cervicale à gauche n'était que temporaire; quand on portait verticalement la tête avec les mains, elle disparaissait. Les fausses côtes du côté gauche , surtout dans les fibro-cartilages de prolongement , étaient plus saillantes de ce côté que du côté drqit, etc.
Le 1er juin suivant, 1840, je fis la section sous-cutanée de la portionsternale du muscle sterno-masloïdien. Au bout de trois semaines la tête avait repris la position normale et le cou était libre d'exécuter tous les mouvements naturels. 11 n'existait plus de traces des courbures cervicale et lombaire ; celle des vertèbres dorsales avait plus d'à moi lié disparu.
DESCRIPTION DU TOHTICOLIS. 493
S. R., fille d'un peintre en bâtiments , demeurant rue Hauteville , âgée de treize ans , d'une constitution lymphatico-sanguine, avait éprouvé à l'âge de deux ans une gastro-entéro-céphalite et beaucoup de convulsions. Pendant la convalescence de cette grave maladie , qui avait mis sa vie en grand danger de mort , il lui survint au côté droit du cou un engorgement glanduleux très-douloureux , qui finit par s'abcéder au bout de trois ou quatre mois. Pendant ces trois ou quatre mois que cette inflammation des ganglions lymphatiques du cou avait mis à se développer, et pendant cinq ou six semaines qu'elle avait suppuré , la tête avait été tenue inclinée vers l'épaule gauche; il en était résulté une rétraction permanente du muscle sterno-cléidomastoidien de ce côté, la face étant un peu dirigée à droite. On employa depuis l'âge de trois ans jusqu'au moment où on me consulta , en 1839 , plusieurs bandages et appareils pour redresser la tête, mais toujours inutilement. Enfin, le 8 avril, on me consulta pour cette petite malade; et, après l'avoir soigneusement examinée , je conseillai la section sous-cutanée des deux chefs inférieurs du muscle sterno-cléido-mastoidien gauche , car ce muscle était fortement rétracté, surtout son chef sternal. Ma proposition fut acceptée , et cette jeune malade entra dans mon établissement orthopédique quelques jours après
m'avoir consulté. Voici alors dans quel état elle se trouvait:
La tête , qui était fortement inclinée sur l'épaule gauche , avait éprouvé , comme cela arrive presque toujours , un mouvement de rotation au moyen duquel la face se trouvait dirigée à gauche, l'occiput à droite. Il existait chez cette jeune fille cette obliquité des yeux et de la bouche que j'ai déjà signalée plus haut dans d'autres observations, etc. , etc. , et cette altération des traits du visage qui modifie si profondément la physionomie des malades. Le cou , du côté gauche , était court et concave , le sterno-mastoïdien de ce côté n'avait que six centimètres et demi, tandis que celui du côté droit en avait plus de treize , etc.
Le 17 du même mois (avril) , je pratiquai la section sous-cutanée du chef sternal du muscle sterno-cléido-mastoïdien ; la malade nous dit aussitôt qu'elle sentait son cou déjà bien plus libre , qu'elle éprouvait une sensation de bien-être qui lui donnait l'espoir d'une guérison complète. J'appliquai mon appareil ordinaire , et j'eus la satisfaction de voir son cou se redresser en moins d'un mois ; mais , au bout de quinze jours , je fus obligé de faire la section du chef claviculaire du muscle slerno-mastoïdien , qui faisait assez fortement saillie sous la peau , et limitait les mouvements de flexion de la tête du côté droit. Je fus aussi obligé pendant trois mois de faire coucher
ma jeune malade sur un lit orthopédique , pour redresser une légère courbure latérale qui existait dans la moite supérieure de la région dorsale de Tépine ; une courbure qui existait dans la région cervicale et en sens inverse de celle du dos, c'est-à-dire à droite, avait disparu avec la difformité qui l'avait déterminée , et cela contre mon attente : car, vu l'ancienneté de la maladie, je la regardais comme permanente.
Je vais rapporter un cas très-curieux de torticolis qui a été successivement latéral antérieur droit et latéral antérieur gauche. Le premier avait eu lieu pendant le travail inflammatoire des ganglions lymphatiques du côté gauche du cou , et le second s'était développé pendant la cicatrisation de l'énorme plaie qui avait succédé à la fonte purulente de ces engorgements glanduleux. Le bandage qu'on avait appliqué pendant fort longtemps pour mettre ce côté gauche du cou dans un état de relâchement , avait bien certainement guéri le premier torticolis et favorisé le développement du second.
Le sujet de cette observation était une jeune fille de Rouen , âgée de vingt-deux ans , d'une constitution éminemment lymphatique , qui avait été atteinte à l'âge de huit ans d'une énorme tuméfaction des ganglions lymphatiques du côté gauche du cou , tuméfaction qui avait existé pendant près de trois ans sans s'abcéder ; mais des applications excitantes, telles que
cataplasmes de farine de seigle et d'ognons de lis , frictions ammoniacales , de teinture d'iode , de pommades d'iodure de potassium , etc., etc. , avaient fini par provoquer une inflammation aiguë des tumeurs glanduleuses , du tissu cellulaire et de la peau , et une suppuration trèsabondante , qui avaient duré longtemps. Une grande portion de la peau avait été dénudée et même détruite ; la cicatrisation de la peau avait été plus de deux ans à se développer, etc. Et , comme je l'ai déjà dit , pour que la cicatrisation eût lieu , il avait fallu tenir la tête inclinée du côté de la fonte purulente , ce qui avait déterminé le relâchement du muscle sterno - cléidomastoïdien , muscle qui avait fini par se rétracter d'une manière permanente ; il avait dû aussi, de même que la peau , participer a l'état inflammatoire qui avait occupé tout le côté gauche du cou. Aussi, quand on me consulta pour cette jeune fille , en 1841, ces deux muscles étaient-ils fortement rétractés : le sterno-mastoïdien était moitié plus court que celui du côté opposé , la portion claviculaire était particulièrement tendue ; le peaucier présentait plusieurs cordes rigides sous la peau : il était adhérent dans une assez grande étendue à la peau; la cicatrice , d'une forme très-irrégulière , dure , entrait pour beaucoup dans le maintien forcé de l'inclinaison de la tête à gauche , etc.
Comme la difformité était très-développée , et
que le côté du cou vers lequel la tête était inclinée présentait une large cicatrice, dure, etc., je prévins la malade et ses parents que le redressement serait long, qu'il faudrait bien certainement faire la section sous-cutanée des deux portions inférieures du muscle sterno-mastoïdien ainsi que des cordes formées par le peaucier et qui se dessinaient sous la peau ; que , de plus, il faudrait qu'elle portât pendant cinq ou six mois un appareil durant le jour, et la nuit, qu'elle couchât sur un lit à extension pour redresser une assez forte courbure spinale , qui comprenait les vertèbres cervicales et les quatre ou cinq premières dorsales. La longueur du temps que je demandais et le lit orthopédique effrayèrent la malade , qui n'a pas voulu entreprendre le traitement. J'avouerai que je n'en fus pas fâché, car je regardais ce cas comme fort difficile , à cause surtout de la cicatrice qui avait contracté des adhérences avec les parties subjacentes.
Je pourrais rapporter un beaucoup plus grand nombre d'observations de torticolis développés pendant le cours des subinflammations des ganglions lymphatiques d'un des côtés du cou , subinflammations qui , par la douleur qu'elles occasionnaient quand le malade voulait tenir sa tête dans la rectitude normale , le forçaient a l'incliner du côté opposé. Comme ces engorgements sont longtemps à se terminer , il résulte de cette position forcée de la tête une rétraction
passive du muscle s terno-cléido- mastoïdien du côté où la tête est inclinée , rétraction qui devient permanente au bout de quelques mois. J'ai vu plus de quarante sujets atteints de torticolis à la suite de ces engorgements des ganglions lymphatiques d'un des côtés du cou. Je vais maintenant rapporter quelques observations de torticolis dépendant d'autres causes.
M1!e Marie Voisin , âgée de seize ans , de Bourbon-l'Archambault , d'une constitution lymphatico-sanguine , née forte , s'est bien portée jusqu'à l'âge de huit ans. A cette époque elle s'éveilla un matin avec une vive douleur dans la partie latérale et postérieure du cou du côté droit , qui la força à avoir la tête inclinée de ce côté pendant plus de six mois que durèrent ces douleurs. Après la disparition de ces douleurs , il lui fut impossible de redresser sa tête ; elle sentait son cou bridé de ce côté, et deux cordes se dessinaient fortement sous la peau : c'étaient les chefs inférieurs du sterno-mastoïdien. Cette affection , le médecin de la malade la regarda comme rhumatismale, et je crois avec raison , car cette jeune fille couchait, quand elle fui atteinte de ces douleurs, depuis un an dans un rez-de-chaussée frais et même un peu humide. 11 est inutile de dire que pendant près de huit ans, c'est-à-dire depuis le développement de la difformité jusqu'au moment où l'on me consulta, on a essayé bien des moyens tant médicaux que
mécaniques pour chercher à la guérir, ou du moins à diminuer la difformité, mais inutilement. Voici dans quel état elle se trouvait à son entrée dans mon établissement orthopédique au mois d'avril 1840.
La tête était fortement inclinée sur l'épaule droite, et la face, comme presque toujours, dirigée obliquement à gauche. Le muscle sternocléido - mastoïdien droit était moitié moins long que celui du côté gauche, et, à la partie inférieure, on sentait sous la peau deux cordes très-tendues formées par les chefs inférieurs de ce muscle. Les yeux et la bouche étaient dirigés obliquement de haut en bas et de gauche à droite ; la pommette gauche était beaucoup plus saillante que la droite , et la colonne vertébrale offrait une double courbure : la supérieure gauche formée par cinq vertèbres cervicales , les troisième, quatrième , cinquième , sixième et septième ; l'inférieure aussi par cinq vertèbres dorsales à partir de la deuxième jusqu'à la sixième; l'épaule droite et la partie supérieure de la poitrine de ce côté étaient très-saillantes. Le 6 avril, je pratiquai, avec l'aide de mon ami M. le docteur Batissier, la section sous-cutanée des deux chefs inférieurs du muscle sterno-cléido- mastoïdien raccourci , et aussitôt cette section opérée , la tête s'est trouvée très-notablement redressée , la malade a éprouvé un sentiment de bien-être instantané
et a beaucoup plus de facilité dans les mouvements du cou.
Pendant huit jours, je me contentai de faire porter à mon opérée mon appareil à inclinaison et à rotations ; au bout de ce temps, la tête et le cou étaient presque complètement droits , mais la courbure dorsale de l'épine était à peu près dans le même état qu'avant l'opération ; alors je la soumis à l'extension parallèle et verticale sur notre lit orthopédique. Au bout de cinq mois de traitement elle était tout à fait redressée.
J'ai été consulté en 1856 par une dame anglaise âgée de cinquante-deux ans , pour un torticolis très-développé existant depuis près de quinze ans , et occasionné par un rhumatisme du muscle sterno-mastoïdien du côté droit, ainsi que de la moitié supérieure du muscle trapèze de ce côté , affection qui l'avait fait beaucoup souffrir pendant cinq mois. Les deux chefs inférieurs du muscle sterno-mastoïdien rétracté, ainsi que la portion supérieure du trapèze , étaient fortement tendus. La face élait presque complètement tournée vers l'épaule gauche , et le menton beaucoup plus relevé que d'ordinaire. Les traits du visage étaient moins altérés que dans les cas de torticolis latéral antérieur , sans rétraction du trapèze , etc. Je conseillai à cette dame l'emploi des machines appropriées pendant quelques mois , et, en cas de non réussiic par ces moyens , la section des muscles rétrac-
tés. Ma proposition ne fat pas agréée , car je n'ai pas revu cette malade.
En 1826, MM. Dupuytren et Nauche nous adressèrent, à notre établissement orthopédique de Chaillot, un jeune homme de quatorze ans , des environs de Lyon, atteint d'un torticolis latéral antérieur droit , qui s'était développé en même temps qu'une déviation spinale gauche. Ce jeune homme , d'une constitution éminemment lymphatique et nerveuse , avait vu sa double difformité apparaître à la suite d'un engorgement parotidien du côté gauche , qui s'était développé vers la terminaison d'une fièvre inflammatoire. Voici l'état de notre malade.
La tête inclinée, à droite et en avant , avait subi un mouvement de rotation sur son axe , qui avait porté le menton sur la clavicule gauche et dirigé l'occiput sur l'épaule droite. Il lui était impossible de redresser la tête et de la reporter à gauche : toute tentative un peu forte pour obtenir ce résultat donnait lieu à de vives douleurs, et Ton voyait alors les deux chefs inférieurs du muscle sterno-cléido-mastoïdien gauche se dessiner fortement sous la peau.
La colonne vertébrale présentait une triple courbure : la supérieure , formée par les troisième et quatrième vertèbres cervicales , était dirigée à droite ; !a moyenne , formée par les quatre dernières vertèbres du cou , inclinait à gauche ; l'inférieure était formée par les six ou
sept premières dorsales , et dirigée , comme la première , à droite ; de manière que l'épaule droite était plus saillante et plus haute que la gauche. La première courbure qui s'était développée était bien certainement la courbure moyenne ; la gauche , les deux autres , la supérieure et l'inférieure , n'étaient bien évidemment que des courbures d'équilibre , de balancement. L'inclinaison de la tête à droite avait d'abord fait dévier la région cervicale de l'épine à gauche , et le malade , par des efforts instinctifs pour reporter sa tête à gauche , avait fini par faire revenir les premières vertèbres cervicales adroite, etc. Ces trois courbures étaient permanentes : que le malade fût debout ou couché , elles existaient toujours.
La ténotomie n'existant pas encore , nous soumîmes le malade à l'usage d'un fauteuil et d'un lit à extension oscillatoire. Au bout de trois mois la tête était presque complètement redressée , les courbures de l'épine sensiblement améliorées. Le 24 mars 1827 le malade quitta notre établissement pour retourner auprès de ses parents et continuer chez eux le traitement suivi dans notre maison. Six mois après avoir quitte notre établissement, il nous écrivait que sa guérison était complète.
J'ai eu plusieurs fois occasion de voir des malades atteints d'inclinaison de la tête sur le sternum , avec rétraction permanente des deux mus-
DESCRIPTION DU TOKTICOLIS. 505
des sternorcléido-mastoïdiens. Je rapporterai les observations faites sur quatre de ces malades. Chez deux , le torticolis antérieur avait eu pour cause la myopie , et l'habitude qu'ils avaient prise , par suite de cette infirmité , de porter la tête penchée sur la partie antérieure de la poitrine. Un autre malade avait contracté sa difformité pendant le cours d'une subinflammation de la région cervicale de l'épine. Enfin , notre quatrième malade avait vu son infirmité se développer après un accident très-grave qu'il avait éprouvé à l'âge de dix-huit ans.
En 1838, je fus consulté pour un jeune homme de seize ans, de Lille, d'une constitution éminemment lymphatique , myope , qui était atteint d'un torticolis antérieur très-développé. Le père du malade attribuait la difformité de son fils à un travail trop assidu pendant lequel , la tête étant forcément portée en avant, le menton touchait le sternum. La répétition trop fréquente, presque continuelle , de l'inclinaison de la tête en avant, due à l'état de myopie de l'individu , avait fini par mettre dans un état de relâchement les muscles extenseurs de la tête , et par entraîner le raccourcissement permanent des muscles sterno-mastoïdiens : de là était venu un torticolis antérieur très-gênant et très-disgracieux. La difformité était telle , quand on me présenta le malade , qu'il ne pouvait plus redresser complètement la tête, même en em-
ployant ses deux mains; dès qu'il retirait ses deux mains, la tête reprenait sa position vicieuse. La respiration et la digestion étaient très-gênées. Le malade ne pouvait prendre ses repas qu'en ayant la tête relevée au moyen d'un bandeau dont les chefs se croisaient derrière les épaules. Quand on redressait la tête , on voyait les deux sterno-mastoïdiens fortement rétractés , raccourcis à la partie antérieure du cou , mais cependant susceptibles d'un certain allongement. Que fallait-il faire en ce cas? Je conseillai l'emploi d'une espèce de minerve qu'on pouvait à volonté faire agir, de manière à donner au cou l'extension la plus complète. Au bout de quelques mois , le malade était presque guéri. Je conseillai alors de remplacer l'appareil exlensif par un col dur et haut , et surtout de faire porter des lunettes appropriées à l'état de myopie et capables de rendre la vue plus longue. Je conseillai aussi des frictions excitantes sur la partie postérieure du cou , etc. , etc. Ces moyens , employés avec persévérance pendant six mois , finirent par guérir complètement notre intéressant malade.
J'ai été consulté , en 1835 ou 1856 , pour une jeune fille de six ans , de Bolbec , qui offrait , comme notre jeune homme, une chute de la tête sur la partie antérieure de la poitrine. H rxislait déjà chez elle un commencement de raccourcissement des muscles sterno - masloï-
diens. Cette maladie était venue à la suite d'une subinflammation des moyens d'union des vertèbres cervicales , subinflammation qui s'était étendue jusqu'au tissu cellulaire et aux ganglions lymphatiques de la partie postérieure du cou , et qui avait comme paralysé les muscles de cette région. Comme cette petite fille était éminemment lymphatique, pour ne pas dire scrofuleuse , je prescrivis un traitement ad hoc : des aliments succulents , des tisanes amères , de bon vin , alternativement l'huile de foie de morue et le protoïodure de fer, le lactate de fer, l'iodure de potassium , etc. ; les frictions sur le cou avec les pommades de bromure de fer, de protoïodure de plomb, etc., en même temps que l'usage des bains salés et d'une espèce de minerve destinée à tenir la tête droite. Après avoir eu recours pendant quelque temps à ces différents moyens notre jeune malade se trouva beaucoup mieux.
Nous croyons que c'est ici le lieu de parler d'un malade fort intéressant que nous avons guéri d'un double torticolis beaucoup plus promptement que nous ne l'avions pensé d'abord.
M. Henrique Vellozod'Oliveira , âgé de trentetrois ans , né au Brésil , président du tribunal d'appel de la province de Fernambouc , ancien lieutenant criminel de Rio-Janeiro , était d'un tempérament bilioso-nerveux , et s'était assex
bien porté jusqu'à l'âge de dix-huit ans, époque à laquelle il fit une chute de cheval , qui détermina une paralysie partielle des quatre membres , mais plus prononcée dans les membres inférieurs ; cette paralysie était accompagnée d'une grande difficulté dans la déglutition et dans la respiration. Pendant plus d'un an il éprouva de violentes douleurs dans les intestins et des alternatives de constipation et de dévoiement. Durant les six mois qui suivirent cette chute , il ne pouvait se tenir qu'à genoux , les coudes appuyés sur les cuisses ; à peine lui étaitil possible de rester une heure de suite dans son lit ; plusieurs domestiques étaient occupés à le lever et à le coucher cinq ou six fois pendant la nuit. Dans l'espace de trois ans , il fut impossible de lui passer un habit ; ses membres supérieurs étaient d'une raideur presque tétanique. Au bout de ce temps, après avoir suivi les traitements les plus divers, les membres devinrent libres, la déglutition et la respiration plus faciles, et les douleurs abdominales disparurent ; mais l'inflexion de la tête sur le sternum ne put être guérie , malgré les secousses violentes qui lui furent données pendant six mois par un rebouteur trèsrenommé alors à Rio-Janeiro. A vingt-trois ans , il étudia le droit et devint par la suite magistrat , quoique atteint d'un torticolis antérieur, qui alla en augmentant jusqu'à l'âge de trente-trois ans , époque à laquelle il se décida à venir en
Europe pour s'y faire traiter de sa difformité , qu'il appelait, lui, une bosse, parce que son épine dorsale était déviée en arrière. Il débarqua en Angleterre , où il consulta les premiers chirurgiens de ce pays , qui lui conseillèrent de venir en France pour s'y faire traiter. L'un d'eux , M. Lawrence, lui suggéra de s'adresser à moi. Voici dans quel état je le trouvai : la tête était fortement inclinée en avant ; le menton , quand il ne soutenait pas sa tête avec une de ses mains , était appuyé sur le sternum ; il était impossible de reporter la tête dans la direction normale ; les portions sternales des muscles sterno-mastoïdiens étaient fortement rétractées , ainsi que les muscles peauciers , qui dessinaient des brides sous la peau. Les régions cervicale et dorsale de l'épine étaient déviées en arrière , ce qui lui faisait paraître le dos rond et le portait à croire qu'il était bossu. La respiration, la circulation et surtout la déglutition, étaient très-gênées; la parole même était fort difficile.
On conçoit qu'avec une difformité semblable , ce malade ait voulu à toute force s'en débarrasser. Après un examen attentif, je lui dis que je pensais qu'il faudrait faire la section des deux chefs sternaux des muscles sterno-mastoïdiens ; mais qu'avant d'en venir à cette opération , il faudrait qu'il fût soumis pendant un mois ou deux à l'extension sur un lit orthopédique , parce que , dans l'état actuel des choses , il était
très-difïicile de faire la section sous-cutanée des deux cordes musculaires qui tenaient la tête inclinée en avant , et que le décubitus sur l'appareil orthopédique était nécessaire pour redresser son épine. Ma proposition fut acceptée et le traitement commença ; mais quel fut mon étonnement, quand, après quinze jours de l'usage du lit à tension rémittente , je le vis pouvoir tenir sa tête assez relevée pour que son menton se trouvât éloigné du sternum de sept à huit centimètres , et les progrès de son redressement s'opérer avec une telle rapidité , qu'en trois mois il fut tout à fait redressé !
Cette curieuse observation a été pour moi un grand enseignement , et depuis , je me suis moins hâté de pratiquer la section des muscles sternomastoïdiens. Plusieurs fois , quand le torticolis n'était pas très-développé et très-ancien , j'ai guéri des malades avec l'extension rémittente sur le lit orthopédique pendant la nuit, et l'usage d'une espèce de minerve pendant le jour, etc.
On rencontre quelquefois des cas de torticolis dépendant de la paralysie des muscles d'un des côtés du cou ; alors la tête est inclinée vers le côté sain, c'est-à-dire du côté non paralysé. J'ai vu trois malades atteints de ce torticolis; chez ces trois malades, qui étaient hémiplégiques du côté gauche, la tète était fortement penchée sur l'épaule droite , le muscle stcrnocléido-mastoidien de ce côté raccourci et très-
dur, tandis que le même muscie, du côté opposé, était comme atrophié. Chez l'un de ces malades, la moitié supérieure du trapèze était aussi fortement rétractée ; chez cet individu , qui était âgé de vingt-deux ans , l'épaule droite était attirée en haut et en arrière par le trapèze.
En 1828, j'ai été consulté pour une jeune fille de quinze ou seize ans , d'une constitution éminemment lymphatique , atteinte d'une double rétraction des moitiés supérieures des deux muscles trapèzes, affection qui s'était développée pendant le cours d'une rougeole compliquée de gastro-entéro-céphalique. Les parents de cette malade me dirent que pendant plus de quinze jours leur fille avait éprouvé un violent tremblement des muscles du dos et une grande raideur des membres , surtout des supérieurs , raideur qui avait cédé à l'emploi des bains, et ensuite d'un vésicatoire appliqué sur toute la longueur du rachis , mais qu'il avait été impossible de faire disparaître la raideur du cou et le renversement de la tête en arrière.
L'attitude de cette malade était très-singulière ; elle avait la tête fortement portée en arrière , ainsi que les bras , qui se trouvaient attirés par les omoplates , lesquelles chevauchaient l'une sur l'autre , et dont les deux épines touchaient presque l'occiput. Vue par derrière, cette jeune fille ne présentait aucune apparence de cou , le tronc et la tête semblaient se conti-
510 DESCRIPTION DU TORTOCOLIS.
nuer sans ligne de démarcation , etc. , etc. Quoique cette difformité fût très-gênante et très-disgracieuse , cependant la santé était assez bonne et l'embonpoint développé.
Pendant l'année 1840 , on nous a présenté à l'hôpital Saint-Antoine une jeune fille de treize ans , nommée Rocheux , atteinte d'un torticolis latéral postérieur gauche , déterminé par la rétraction du muscle trapèze de ce côté , survenue pendant des convulsions que cette jeune fille avait éprouvées à l'âge de deux ans , durant révulsion difficile de deux molaires qui étaient sorties en même temps. Dans ce cas , tout le muscle trapèze était rétracté ainsi que le rhomboïde , car l'omoplate était fortement attirée vers la colonne vertébrale , déviée de ce côté , qu'elle recouvrait dans le haut de la région dorsale. L'os de l'épaule n'avait point éprouvé ce mouvement d'ascension , qui aurait certainement eu lieu si la moitié inférieure du muscle trapèze n'avait point été rétractée. — La difformité de cette jeune fille était très-grande et très-gênante. Son bras gauche , porté en arrière , était moins développé que le droit ; ce membre ne jouissait que de mouvements très-limités.
Nous avons encore vu au Bureau central une jeune fille atteinte d'une difformité à peu près semblable à celle de la jeune Rocheux.
Nous terminerons ici les observations de torticolis que nous avons eu occasion de voir dans
notre pratique. Nous croyons en avoir donné un assez grand nombre pour faire comprendre la nature de cette intéressante maladie qui n'avait été jusqu'à ce jour qu'entrevue , et expliquer les diverses formes sous lesquelles elle se présente.