PREMIÈRE CLASSE DIFFORMITÉS DE LA PEAU
Dans le langage pathologique ordinaire, on donne le nom de difformités à des altérations dans la forme, dans la direction ou dans la dimension de certains organes ou de certaines parties du corps, altérations souvent congénitales, quelquefois acquises et consécutives à des maladies, mais ayant pour caractère spécial d'être per* manentes, d'être compatibles avec l'intégrité de la santé générale, et de constituer ainsi un état anormal particulier altérant la régularité du corps, mais ne constituant pas, à proprement parler, des maladies : tels sont les gibbosités de la colonne vertébrale, le raccourcisse* ment des membres, l'atrophie ou le développement exagéré de certains organes ou de certaines parties du corps;
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Ce sont là des états analomiques anormaux qui nuisent à la symétrie, à la régularité des formes extérieures, qui peuvent même entraver l'exercice de certaines fondions, mais qui, n'altérant pas habituellement la santé générale, ne peuvent pas être considérés comme des maladies. La peau est soumise à cette loi générale des déviations, et elle peut être le siège de taches, d'excroissances, d'exfoliations permanentes qu'on doit rattacher aux difformités, et qui rentrent dans les dermatoses dyschromateuses et hétéromorphes d'Alibert, dans les anomalies, les hypertrophies, les atrophies, les néoplasies de plusieurs auteurs modernes.
Ces difformités cutanées ne sont habituellement accompagnées d'aucune sensation douloureuse, elles sont seulement apparentes et nuisent à la beauté de la peau. Innées ou acquises, une fois développées, elles deviennent permanentes et sont bien rarement susceptibles de disparaître, à moins qu'on ne puisse les détruire par le caustique ou les enlever par une opération, lorsqu'elles sont limitées à un petit espace.
Ces déviations de l'aspect normal de la peau sont nombreuses ; elles présentent des variétés infinies de siège, de coloration, de forme et d'étendue. Quelquefois elles sont très limitées et dune petite dimension; d'autres fois elles occupent de larges espaces; quelquefois elles sont générales et s'étendent à toute l'enveloppe cutanée ; elles peuvent même atteindre certains points des muqueuses situées à l'intérieur. Le plus souvent ces difformités sont le résultat d'une dévialion dans le développement régulier d'un des éléments de la peau ; quelquefois cependant plusieurs des parties constituantes de l'enveloppe cutanée sont atteintes simultanément, mais il y a toujours un élément qui paraît plus spécialement affecté. C'est d'après ce siège anatomique apparent que nous allons décrire successivement les diverses difformités
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de la peau: quelques-unes n'ont qu'un intérêt de curiosité, nous ne ferons que les indiquer sommairement; mars nous insisterons davantage sur certaines autres déformations qui ont occupé avec raison les dermatologistes par leur gravité, par leur étendue, et aussi par des considérations intéressantes relatives à leur développement, à leur siège anatomique et à leur diagnostic.
§ 1. — Difformités de l'appareil pigmentaire.
Les difformités de l'appareil pigmentaire sont celles qui résultent d'une augmentation ou d'une diminution du pigment cutané normal ; elles sont nombreuses, et comprennent les états de coloration de la peau désignés sous les noms de : naevi pigmentaires, de lentigo, d'éphélides, de mélanodermie et de melasma, de coloration bleue, d'albinisme» de vitiligo et de canitie. Nous allons en faire la description.
f ° Difformité* par excès de plgmeat.
a. Naevi pigmentaires.
Définition. — On donne le nom de nœvif nœvi maternif à des altérations cutanées, ordinairement congénitales, caractérisées, soit par des taches pigmentées, soit par des taches dues à un développement exagéré du tissu vasculaire. Je n'ai à m'occuper ici que des taches pigmentaires, appelées par les anciens spili, et désignées vulgairement sous le nom de signes ou d'envies, à cause de l'opinion erronée de leur cause, attribuée à des impressions éprouvées par la mère enceinte, à l'occasion d'une crainte, d'un dégoût ou d'un désir non satisfait, et manifestées chez les enfants par des taches rappelant par leur apparence l'objet qui avait impressionné la femme.
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30 DIFfOUMlTÉS DE LA PEAU.
Description. — Ces nœvi sont simplement pigmentaires ou hypertrophiques. Dans le premier cas, ils sont constitués par des taches jaunes, brunes ou noires, de petite dimension, arrondies, peu ou point saillantes. Ces taches sont ordinairement glabres; quelquefois elles sont couvertes de quelques poils doux et peu foncés en couleur. Leur siège et leur nombre sont variables : on les rencontre surtout à la figure. Quelquefois il n'y a qu'une ou deux taches; alors, par leur couleur disparate, elles font ressortir avantageusement la couleur blanche de la peau, et ont mérité le nom de grains de beauté qui leur a été quelquefois donné; mais d'autres fois elles sont nombreuses et d'un aspect désagréable. Les nœvi sont ordinairement congénitaux ; il est bien positif cependant, et j'en ai vu des exemples, que quelques-uns se développent après la naissance et même à l'âge adulte. Leur coloration intense dans les premières années qui suivent leur apparition peut s'affaiblir avec l'âge, et les taches ellesmêmes finissent quelquefois par disparaître ; mais ordinairement elles persistent indéfiniment, sans être jamais le siège d'aucune manifestation subjective.
A l'examen histologique, on trouve le nœvus pigmentaire constitué par un amas de granulations pigmentaires situées entre le derme et l'épiderme, et mélangées avec une assez grande quantité de matière amorphe.
Les nœvi pigmentaires hypertrophiques ne sont plus de simples taches; ce sont des saillies plus ou moins élevées, plus où moins étendues, figurant, par leur forme et par leur couleur, un grain de café, une couenne de lard, une araignée, une patte ou un morceau de peau d'animal velu, comparaison d'autant plus frappante, que ces petites tumeurs sont souvent surmontées de poils noirs, durs et touffus. Cette variété de ncevi peut se rencontrer sur toutes les parties du corps; elles se voient surtout à la face, au cou et au front. Le plus souvent ces
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excroissances sont uniques ou en petit nombre. Preaçoe constamment congénitales, elles augmentent ordinairement d'étendue et de volume proportionnellement à l'accroissement de la région sur laquelle elles sont développées ; puis elles restent stationnaires, et quelquefois s'affaissent et se flétrissent dans un âge plus avancé. Lorsqu'elles existent à la face ou au cou, elles constituent une difformité d'un aspect désagréable. Dans les auteurs, dans les recueils périodiques, on trouve plu* sieurs exemples de ces nœvi hypertrophiques assez développés pour donner à la peau un aspect répugnant: telle est cette histoire citée par Alibert d'un Italien qui, séduit par la beauté du visage et la grâce d'une jeune femme, l'épousa, et se trouva singulièrement effrayé en s'apercevant, le soir de son mariage, que sa nouvelle épouse présentait sur la presque totalité de l'enveloppe cutanée des taches noires, velues, qui faisaient ressembler sou corps à celui d'un chien barbet.
. Ces nœvi hypertrophiques sont complètement indolents et ne troublent en rien la santé générale. Je dois noter cependant que j'ai rencontré assez souvent ces nœvi en grand nombre chez des personnes présentant quelque autre difformité congénitale ou quelque arrêt de développement, particulièrement chez les idiots, chez les hydrocéphales, ou chez les sujets présentant quelque anomalie innée pouvant se rapporter au système nerveux. J'ai occasion de voir souvent une femme de vingt-huit ans, qui n'a jamais été réglée, qui est petite, qui a un développement incomplet de l'intelligence, et qui a le corps couvert de ncevi hypertrophiques noirs, saillants et velus.
Structure. — Anatomiquement, les nœvi hypertrophie ques sont constitués par du tissu conjonctif enchevêtré, de consistance fibreuse, contenant des granulations pigmentaires et delà matière amorphe. Je ne crois pas devoir rattacher aux nœvi ces tumeurs décrites paj\ Waltl?er
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(de Landshut), par Schuls (de Berlin), par Laboulbène et par 0. Larcher et indiquées sous le nom de nœvi lipomatodes. La constitution adipeuse de ces productions, leur accroissement progressif, leur apparence pédiculée, me paraissent devoir les faire rattacner aux lipomes.
Le diagnostic des nœvi est ordinairement facile. Leur apparition congénitale, leur aspect spécial, les distinguent des autres altérations de la peau caractérisées par des taches pigmentées; il ne pourrait y avoir difficulté que pour différencier les nœvi pigmentaires du lenligo et des éphélides. Mais dans le lentigo les taches sont plus nombreuses, moins foncées de couleur, plus plates et bien plus rapprochées les unes des autres; elles s'effacent habituellement l'hiver pour revenir pendant Télé. Dans les éphélides, les taches sont plus larges, nullement saillantes, et autour de l'endroit où le pigment existe en excès il se trouve une zone décolorée, due à l'absence de la matière colorante de la peau.
La thérapeutique des nœvi est à peu près nulle; on ne peut les détruire qu'en les enlevant avec l'instrument ou avec un caustique, et alors il reste une cicatrice souvent plus désagréable que la tache enlevée. Cependant dans le cas d'un nœvus hypertrophique apportant une déformation trop grande à la figure ou au cou, on pourrait l'enlever avec le bistouri, ou le détruire, en se servant préférablement d'un caustique alcalin, et particulièrement du caustique de Vienne, qui laisse des cicatrices peu apparentes. Pour les nœvi pigmentaires, on peut les cacher avec une couche de sous-nitrate de bismuth ou de blanc de céruse délayés avec de l'eau, ou même, comme on l'a fait quelquefois avec succès, on peut les annihiler par le tatouage pratiqué à l'aide d'une aiguille trempée dans un mélange d'oxyde de zinc ou de magnésie et d'une petite quantité de minium ; mais la nuance exacte est difficile à obtenir.
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b. Lentigo.
Définition. — On désigne sous le nom de lentigo des (aches pigmentaires d'une forme arrondie, d'une petite dimension et d'une couleur d'un gris jaunâtre; vulgairement on les appelle taches de rousseur. L'existence de ces taches a été indiquée par les plus anciens auteurs ; les dermatologistes modernes ont cherché à les faire rentrer dans leurs classifications : c'est ainsi que Willan et Bateman, qui ont eu d'ailleurs le tort de confondre le lentigo et les éphélides, placent le lentigo dans leur ordre des affections maculeuses de la peau, tandis qu'Âlibert, l'indiquant sous le nom de panne lenticulaire^ le place dans le groupe des dermatoses dyschromateuses. Tout le monde est à peu près d'accord aujourd'hui pour ne pas voir dans le lentigo une maladie réelle, mais pour le placer parmi les difformités de la peau. Comme les taches pigmentaires et comme les éphélides, le lentigo est constitué anatomiquement par une accumulation de pigment dans des points circonscrits; très petites dans le lentigo, ces taches sont plus larges dans l'éphélide. Dans ces points, le corps muqueux contient à sa face profonde des granulations pigmentaires plus nombreuses et plus serrées.
Description. — Les taches de lentigo sont ordinairement petites, régulièrement arrondies, d'une teinte grise ou jaune ; quelques-unes sont quelquefois plus foncées, et peuvent aller jusqu'à la coloration noire (Unligines nigrœ) ; elles ne présentent aucune saillie. Le plus ordinairement elles sont disséminées dans une région et parfaitement distinctes les unes des autres; quelquefois cependant elles sont plus nombreuses, plus rapprochées, et elles s'agminent de manière à se confondre. Ces taches peuvent se rencontrer sur toutes
hardt. — Malad. de la peau. 3
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les parties du corps, mais elles sont surtout apparentes sur les parties découvertes, au visage, à la face dorsale des mains, au cou ; cependant il en existe aussi fréquemment à la poitrine et aux jambes. L'exposition au soleil paraît en augmenter la coloration, car les taches de Rousseur sont bien plus marquées, pendant l'été, sur la figure et sur les mains ; chez certaines personnes, elles ne se montrent même que pendant la saison chaude, et elles disparaissent complètement pendant l'hiver.
Le lentigo n'est accompagné d'aucune espèce de sensation morbide. Boerhaave et Lorry disent que les individus atteints de lentigo exhalent une odeur fade et désagréable, surtout lorsqu'ils ont chaud. Lorry surtout insiste sur cette odeur spéciale de la sueur, qu'il compare à celle du bouc ; il avance même qu'il a vu des femmes tomber en syncope en se trouvant exposées à cette odeur. Mais il y a là une simple coïncidence : cette mauvaise odeur, étrangère au lentigo, se rencontre chez les individus à poils roux, chez lesquels, en effet, la sueur est très odorante, et chez lesquels aussi on rencontre fréquemment des taches de rousseur.
Le lentigo est bien rarement congénital ; il apparaît ordinairement pour la première fois dans les premières années de la vie; chez quelques individus, il ne se rencontre qu'au moment de la puberté. Une fois développé, il persiste habituellement, en présentant «les alternatives d'intensité en rapport avec les saisons; dans quelques cas rares, les taches disparaissent complètement vers le milieu de l'âge adulte.
Diagnostic. — Le lentigo est facile à reconnaître, et l'on peut le distinguer très aisément des autres taches cutanées ; sa forme arrondie, ses petites dimensions, empêcheront de le confondre avec les éphélides, constituées par des taches larges et irrégulières ; et l'on a de la peine à comprendre que WillanetBateman aient appliqué
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le même nom à ces éern altérations, si différentes, du pigmentée la peau. Il est quelquefois plus difficile de différencier les taches du lentigo des macules qui succèdent à quelques éruptions syphilitique», et surtout des taches de purpura arrivées à la coloration mu i liée : toutefois, dans les macules syphilitiques, la coloration est ordinairement plus foncée; les taches ont été précédées d'une autre lésion cutanée, elles sont quelquefois accompagnées d'une cicatrice qu'elles recouvrent; elles n'ont pas toujours existé, et elles ne se montrent pas dans les mêmes lieux d'élection que les Caches de rousseur. Quant aux macules du purpura qui ont déjà quelques jours de durée, leur couleur rouillée ressemble assez aux taches de rousseur, mais leur dimension est habituellement un peu plus grande ; elles se distinguent par leur apparition rapide, leur peu de durée et par leurs diverses nuances de coloration, qui varient successivement, et en quelques jours, du rouge vif au gris clair, et surtout par le mélange habituel de taches, dont les diverses couleurs attestent une époque de développement différente.
Etiologie. — Le lentigo est constitué par des dépôts de pigment accumulé, de manière à produire des taches arrondies. Cette distribution inégale de la matière colorante de la peau se rencontre presque exclusivement chez les sujets lymphatiques, à peau blanche, et principalement chez les individus roux; c'est chez ces derniers que les taches de lentigo sont le plus nombreuses et le plus apparentes. Comme je l'ai déjà dit, c'est ordinairement dans la première enfance qu'a lieu la première apparition des taches, laquelle apparition se fait ordinairement sans aucun phénomène particulier et concomitant; néanmoins Gordon a décrit un lentigo critique qui surviendrait après nue fièvre, et qui, d'après cet auteur, serait le résultat d'une sorte de dépuration morbide (Âlibert). J'ai eu occasion de voir cette année un cas de lentigo très intense
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qui était survenu rapidement en quelques jours, chez une jeune fille de dix-huit ans, après une maladie fébrile indéterminée, ayant duré quinze jours : dans cette observation qui se rapproche évidemment des cas cités par Gordon, les taches étaient nombreuses ; la plupart avaient la dimension et la coloration grise des taches du lentigo ordinaire, mais quelques-unes, situées principalement au cou, au tronc et à la partie supérieure des cuisses, c'est-à-dire dans les parties habituellement couvertes par les vêtements, avaient la grandeur d'une pièce de cinquante centimes, et présentaient une coloration d'un gris foncé, presque noir.
Traitement. — On ne connaît contre le lentigo aucun moyen de traitement efficace. On a bien conseillé les lotions avec une solution de sublimé, les applications de teinture d'iode ou d'huile de cade pure; les onctions avec quelques pommades corrosives, telles que la pommade épispastique, la pommade oxygénée à base d'acide nitrique; un industriel vend une eau antéphélique empruntée à mon formulaire habituel, et qui contient principalement du sublimé. Mais toutes ces lotions et ces frictions, qui ont pour résultat d'excorier la peau en enlevant l'épiderme, n'ont aucune efficacité; si avec quelques liquides ou quelques pommades irritantes, on voit quelquefois les taches de lentigo s'effacer pendant quelques jours, elles ne tardent pas à reparaître lorsque la peau revient à son état normal. Il n'existe donc, jusqu'à présent, aucun moyen curatif à opposer au lentigo; la seule chose qu'on doit conseiller aux femmes atteintes de cette difformité cutanée, et qui veulent conserver leur beauté dans son intégrité, c'est de s'exposer le moins possible au grand air et au soleil, et, principalement pendant la saison du printemps et de l'été, de garantir leur teint et leurs mains au moyen de chapeaux à larges bords, de voiles épais et de gants très montants.
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c. Éphélides.
Ce mot éphélides n'a pas été entendu de la même ma* nière par les différents auteurs qui se sont occupés de dermatologie, et une confusion regrettable a régné pendant longtemps entre la coloration anormale, qui constitue la véritable éphélide, et le lentigo, dont nous venons de parler, le pityriasis versicolor et même le purpura. Aujourd'hui on doit réserver le nom d'éphélidesà des taches grises ou brunes, circonscrites, plus ou moins étendues, plus ou moins régulières, mais non uniformément arrondies, ne présentant ni desquamation ni démangeaisons, et déterminées par l'accumulation anormale du pigment cutané dans diverses régions. Cette définition se rapproche de celle donnée par Hippocrate, qui appelle *P>jAfc les taches survenant chez certaines femmes par le fait de la grossesse, et qui applique le même nom à celles produites par les rayons solaires. •
Description. — Les taches qui constituent les éphélides sont d'une couleur brune variant de nuances et d'intensité ; ordinairement elles sont d'un gris un peu foncé, tirant sur le jaune et représentant la coloration désignée sous le nom de pain d'épice ; quelquefois elles sont d'un gris un peu cendré ; dans d'autres cas, elles sont d'une couleur plus foncée se rapprochant du noir, et alors elles se confondent avec les colorations qu'on a désignées sous le nom de melasma. Leur étendue est également variable, depuis la dimension d'une pièce de cinquante centimes jusqu'à celle de la paume de la main et plus; leur forme est quelquefois à peu près arrondie, d'autres fois elle est inégale. Les contours sont rarement réguliers ; le plus souvent ils sont sinueux ou frangés, mais toujours bien accusés. La limite des taches est d'ailleurs souvent indiquée par une décoloration de la peau, qui se remarque
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tout autour de la surface plus foncée, et qui s'eftace en s'éloignant. Cette zone de décoloration rend encore plus sensible la tache éphélique, et semble indiquer que dans «ces cas il n'y a pas, à proprement parler, une augmentation réelle de la quantité de pigment, mais seulement un déplacement de la matière colorante de la peau, abandonnant certaines parties pour se porter en excès dans d'autres, ainsi que cela arrive d'ailleurs habituellement dans le vitiligo. Ces taches sont complètement indolentes et ne donnent lieu à aucune sensation, ni de chaleur ni de démangeaison ; leur surface est lisse, et ce n'est qu'exceptionnellement et, le plus souvent, par l'effet d'un topique appliqué dans un but thérapeutique, qu'on peut y apercevoir une légère desquamation épidermique.
Siège. — Les éphélides peuvent se développer sur les diverses régions du corps, mais on les rencontre cependant de préférence sur le visage, sur la poitrine et sur le dos des mains. A la face, au iront, sur les pommettes des joues, ces taches se montrent, sous la forme de plaques irrégulièrement arrondies, et elles figurent quelquefois une sorte de moustache sur la lèvre supérieure; souvent elles existent des deux côtés symétriquement. On en voit encore au cou et à la poitrine ; dans ces régions elles se développent surtout sur les parties découvertes ; et chez les personnes exposées longtemps à l'air, on voit souvent les éphélides avoir pour limite lapartie de la peau recouverte habituellement par les vêtements et soustraite au contact de l'air extérieur et des rayons du soleil. Sur le dos des mains on aperçoit fréquemment des taches éphélitiques de forme à peu près arrondie et d'une couleur foncée se rapprochant du brun ou même du noir. Ces taches se développent presque exclusivement chez, les vieillards, et leur coloration augmente souvent avec les années; on les a désignées sous le nom asseg malheu-
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reux de taches de mort: elles ne se rapportent à aucun état morbide particulier.
Marche. — Une fois développées, les épbélides persistent souvent d'une manière indéfinie; elles peuvent cependant disparaître complètement, et c'est ce qui arrive surtout pour les épbélides de la grossesse, lesquelles s' effacent souvent dans les premières semaines qui suivent l'accouchement. Sans disparaître complètement, quelques taches diminuent d'intensité avec le temps et deviennent moins apparentes. Lorsque les éphélides sont permanentes, elles peuvent présenter d'ailleurs des variations dans l'intensité de la coloration ; elles pâlissent habituellement pendant l'hiver pour devenir plus foncées pendant Télé. Ces différences sont expliquées par l'exposition à l'air extérieur et au soleil, plus prolongée et plus active pendant les saisons chaudes.
Diagnostic. — Les éphélides sont caractérisées, ainsi que nous l'avons déjà dit, par leur coloration grise ou brune, par leur absence de saillie et de desquamation, parleur indolence. On pourrait toutefois les confondre avec le lentigo, avec les nœvi pigmentaires et avec certaines variétés de pityriasis. Mai s dans le lentigo les taches sont petites, régulièrement arrondies, et ordinairement en très grand nombre. Les nœvi pigmentaires sont souvent congénitaux; ils sont d'une couleur plus foncée, ils sont habituellement plus ou moins saillants, et ils sont fréquemment recouverts par un bouquet de poils ; dans les cas douteux, on pourrait les distinguer des éphélides par l'absence à leur contour de la décoloration vitiligineuse qui se rencontre ordinairement autour de la tache éphélique. Le pityriasis, et particulièrement le pityriasis versicolor et le pityriasis nigra, ont été quelquefois confondus avec les éphélides. Un peu d'attention per* mettra d'éviter cette erreur : dans le pityriasis, on rencontre, sur les taches, des lamelles épidermiques, qu'on
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peut rendre plus apparentes par le grattage, ce qui n'existe pas dans les éphélides;et, le plus souvent aussi, le malade ressent quelques démangeaisons qui lie sont pas observées dans les éphélides. On devra également distinguer les éphélides de la mélanodermie partielle constituée par des taches noires bien plus foncées et bien plus étendues que celles qu'on rencontre dans les éphélides. La mélanodermie peut, d'ailleurs, coïncider avec les éphélides, ainsi qu'on le voit surtout chez les femmes enceintes présentant souvent le masque éphélitique au visage, et les taches mélaniques au mamelon et à la ligne blanche devenue d'un noir plus ou moins foncé.
Pronostic. — Les éphélides ne sont pas, à proprement parler, une maladie ; elles ne causent aucune douleur aux personnes qui en sont atteintes, mais elles constituent une difformité désagréable lorsqu'elles existent sur des parties découvertes, au visage ou au cou principalement ; et, en dehors de la grossesse, leur guérison n'est pas ordinaire, elles persistent souvent d'une manière indéfinie, et deviennent surtout apparentes pendant l'été.
Étiologie. — Très rare chez les enfants, les éphélides ont été surtout observées dans l'âge adulte et dans la vieillesse; elles sont plus communes chez la femme que chez l'homme, et chez les femmes elles se développent fréquemment pendant la grossesse, en commençant à paraître le plus ordinairement à partir du quatrième ou du cinquième mois, et en augmentant d'intensité jusqu'à l'accouchement. L'action de l'air extérieur, du vent, et surtout du soleil, produit sur la peau de certaines personnes, aux endroits découverts, une augmentation de coloration qu'on désigne ordinairement sous le nom de hâle. Les mêmes causes peuvent amener de véritables éphélides, et j'ai vu plusieurs fois ces taches apparaître après un coup de soleil ou pendant un séjour au bord de la mer> sous l'influence du vent, qui est ordinairement
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très vif sur les côtes. On voit également des taches pigmentaires, analogues aux éphélides, se développer sur certaines régions exposées aux rayons d'un foyer incandescent: chez les femmes qui se servent de chaufferettes contenant des charbons ardents, on observe quelquefois des taches jaunâtres ou violacées, irrégulières, frangées, souvent allongées et suivant le trajet des veines superficielles, lesquelles semblent formées par une accumulation de pigment mélangé à une certaine quantité de matière colorante du sang. Ces taches ont reçu le nom d'éphélides inégales.
Enfin, comme cause d'une espèce d'éphélides toute particulière, je signalerai l'infection syphilitique, laquelle peut produire, à la seconde période de la maladie, des taches pigmentaires d'un gris clair, irrégulières, de la dimension d'une pièce de cinquante centimes ou de deux francs, semées sur une partie de la peau décolorée et plus blanche que le reste du corps. J'ai décrit ces taches pour la première fois en 1853, sous le nom de syphilide pigmentaire; elles se développent principalement chez les femmes, et surtout chez les femmes brunes à peau blanche ; on les rencontre aussi chez quelques hommes d'un tempérament lymphatique présentant une peau blanche qui se rapproche de celle de la femme. On les trouve le plus fréquemment au cou, soit sur les parties latérales seulement, soit tout autour, de manière à figurer une sorte de collier, auquel j'ai donné familièrement le nom de collier de Vénus. On peut les rencontrer aussi, mais beaucoup plus rarement, à la (ace, aux aisselles, aux aines et à la poitrine. Les éphélides syphilitiques ne sont pas influencées par le traitement spécifique; elles persistent ordinairement pendant un long espace de temps, pendant plusieurs mois, et même deux ou trois ans, mais elles finissent par s'effacer graduellement et par disparaître complètement.
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Traitement. — Les éphélides offrent une grande résistance aux moyens thérapeutiques à l'aide desquels on cherche à les faire disparaître, et, le plus ordinairement même, elles constituent des taches indélébiles. On doit savoir, d'abord, que tous les remèdes internes sont sans influence sur ces altérations maculeuses de la peau ; les seuls moyens qui ont réussi quelquefois sont des moyens locaux. Je signalerai les lotions, ou mieux les douches appliquées sur les régions malades avec des solutions alcalines de borate ou de sous-carbonate de soude, ou avec des eaux sulfureuses naturelles ou artificielles. J'ai vu quelques cas de guérison obtenue par les eaux de Bagnères de Luchon et de Barèges , administrées en douches. Je me suis servi également, avec quelque avantage, d'onctions avec une pommade à l'acide nitrique (axonge, 30 grammes; acide nitrique, 1 gramme), d'application de teinture d'iode pure ou affaiblie par addition d'alcool. Mais le moyen qui m'a paru le moins infidèle <x>nsiste dans l'emploi de lotions avec une solution de sublimé, ou, mieux encore, avec un mélange de sublime, de sulfate de zinc et d'acétate de plomb (eau distillée, 250 grammes; sublimé, 1 gramme; sulfate de zinc, acétate de plomb ââ, 2 grammes; alcool q. s.). Cette liqueur est employée pure ou coupée avec de l'eau chaude, suivant la susceptibilité de la peau; elle détermine un peu de rougeur, une légère desquamation, et quelquefois, au bout d'un temps assez long, la disparition des taches. Le lait antéphélique, qui se vend comme un remède secret contre les taches maculeuses de la peau, et qui m'a été emprunté, dans un but de spéculation commerciale, est composé, à peu de chose près, d'après la formule que je viens d'indiquer; on peut donc se servir de cette préparation, qui compte quelques succès. Mais, quel que soit le moyen employé, souvent la guérison n'est qu'ap*parente, et les taches, qui ont semblé s'eflacer sous
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l'influence des lotions et après une desquamation superficielle, ne tardent pas à reparaître et à présenter la même coloration qu'auparavant; le plus ordinairement même elles ne sont attaquées en rien par les lotions ou les douches, et elles persistent avec une ténacité désespérante.
d. Mélanodermie.
On peut employer le terme de mélanodermie pour désigner toutes les colorations de la peau constituées par un excès de pigment formé, soit dans les cellules du corps muqueux, soit autour de ces cellules, et alors les nœvi pigmentaires, le lentigo, les éphélides, ne sont que des mélanodermies partielles et circonscrites. Mais habituellement ce mot s'applique d'une manière plus spéciale à des taches brunes ou noires étendues et diffuses, et occupant des surfaces plus ou moins larges.
Dans les pays ou le teint est ordinairement blanc, on rencontre quelques personnes qui présentent sur toute la surface cutanée une teinte brune congénitale, quelquefois très foncée; on a voulu considérer cet état comme analogue à l'albinisme, en sens inverse. Mais chez les albinos, il y a des troubles fonctionnels particuliers dépendant de l'absence du pigment, tandis que chez les individus à peau brune, il n'y a rien autre chose que la teinte foncée de la peau et du système pileux; on ne doit donc pas admettre un mélanisme comme il existe un albinisme.
La véritable mélanodermie, appelée encore chloasma, tne/a*ma, sans qu'on puisse donner une définition différentielle exacte de ces trois termes, est ordinairement acquise et non congénitale; tantôt elle est idiopathique, tantôt elle est symptomatique.
Au premier rang des mélanodermies idiopathiques je
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placerai le hâle, cette coloration brune des parties cutanées découvertes, et particulièrement du visage, du cou, des poignets et des mains, qui se développe par l'effet prolongé du soleil, du vent, du froid, et qu'on observe plus particulièrement chez les gens qui travaillent en plein air, tels que les matelots, les paysans, les cochers. Cette pigmentation est ordinairement permanente; mais elle peut disparaître cependant, si les gens qui en sont atteints cessent pendant un certain temps d'être soumis à l'action du soleil et de l'air. Le hâle peut d'ailleurs n'être que momentané chez les personnes qui s'exposent au grand air accidentellement et pendant un temps limité, telles que les voyageurs, les soldats en campagne, les chasseurs, etc. Dans ces différents cas, le hâle, qu'on ne doit pas confondre avec le coup de soleil (érythème solaire), est constitué par une simple modification de la couleur de la peau, devenue plus foncée, sans desquamation, sans aucune altération des sécrétions ni de la sensibilité de la peau.
Il en est de même des pigmentations locales qui se développent dans des régions où la peau est le siège de pressions prolongées, comme cela arrive à la taille par la pression des ceintures et des corsets, aux jambes par l'usage des jarretières, aux lombes chez les gens qui portent des bandages herniaires, etc. De même l'habitude de se gratter au même endroit peut amener une coloration brune de la place fréquemment excitée. Des pigmentations semblables peuvent se développer à la suite de l'application de topiques irritants, de sinapismes, de vésicatoires, de teinture d'iode, de thapsia et autres vésicants. Dans ces circonstances, ces taches ne sont ordinairement que momentanées ; mais chez certaines personnes, par une disposition spéciale de la peau, et plus particulièrement chez les gens à teint brun, elles peuvent persister indéfiniment. Cette possibilité doit rend re prudent dans l'emploi
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de ces topiques irritants chez les femmes, à moins d'indications urgentes, lorsqu'il s'agit de les appliquer sur des régions qu'il ne faut pas déparer. On voit de même des taches pigmentaires se développer à la suite d'érosions cutanées, de plaies, d'ulcérations. Les cicatrices qui succèdent aux lésions cutanées de la syphilis, et particulièrement aux ulcérations, sont ordinairement fortement pigmentées et peuvent servir rétrospectivement au diagnostic de la maladie passée. Quel que soit d'ailleurs la cause de ces pigmentations consécutives, elles sont particulièrement prononcées aux jambes.
Les mélanodermies symptomatiques sont plus intéressantes à étudier que celles que je viens de mentionner. Quelquefois elles peuvent dépendre d'une cause locale, d'une hypérémie habituelle consécutive à une gêne dans la circulation du sang, ainsi que cela peut arriver aux membres inférieurs devenus d'une teinte noire ou brune chez quelques personnes atteintes de varices. Dans la grossesse, non seulement on voit fréquemment se développer à la figure des éphélides, mais il existe une disposition aux dépôts pigmentaires qui se manifeste sous la forme de taches brunes aux seins, à la ligne blanche, aux parties génitales et à différents points des parois abdominales. Chez quelques femmes atteintes de maladies utérines ou ovariques, avec dysménorrhée, on peut observer une teinte grise de la face ; dans la chlorose avec aménorrhée, les femmes présentent souvent aux joues, et surtout sur la lèvre supérieure, en guise de moustaches, des taches d'un gris jaunâtre signalées avec raison par Noël Gueneau de Mussy dans sa clinique médicale. Dans certaines maladies de la peau accompagnées de vives démangeaisons, on observe souvent une teinte brune très prononcée de la peau dans les régions affectées. Dans le prurigo et particulièrement dans le prurigo pédiculaire, ainsi que l'a très
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bien établi M. Fabre de Gommentry (Des mélanodermies, 1872), ta peau revêt dans la région dorsale, à la nuque, au cou et quelquefois à la poitrine une coloration noire dont l'intensité est en rapport avec la durée de la maladie. À la suite de certaines autres maladies prurigineuses de la peau, de l'eczéma, du pemphigus, on voit quelquefois des taches brunes, d'une durée plus ou moins longue et parfois indéfinie, remplacer l'éruption disparue.
Mais le plus ordinairement la mélanodermie est symptomatique d'une maladie générale, et alors elle s'étend sur d'assez larges surfaces et elle se présente sous la forme diffuse. Telle est la coloration brune qui se développe quelquefois sur tout le corps, mais plus particulièrement au visage, au tronc, aux parties génitales, aux mains, et qui se manifeste presque constamment aussi sous forme de taches noires à la surface de la membrane muqueuse buccale et sur la conjonctive, dans cet état morbide spécial connu sous le nom de maladie bronzée, de maladie d'Addison, et qui se trouve lié le plus souvent à une altération des capsules surrénales. Ce n'est pas le lieu de décrire ici cette maladie ; j'indiquerai seulement que dans cette affection à forme cachectique, la coloration de la peau ne s'accompagne ni de cuissons, ni de démangeaisons, et que, dans la pratique, ce caractère négatif est très important pour empêcher de rattacher i la maladie d'Addison les mélanodermies consécutives au prurigo ou à d'autres maladies cutanées.
A côté de la maladie d'Addison, je signalerai une coloration brune toute spéciale de la peau qui a été observée dans certains cas de fièvre intermittente, laquelle, coïncidant avec une teinte noire de la plupart des organes, paraît due principalement, d'après les observations de Virchow, de Planer, de Frerichs, à la présence dans le sang de corpuscules pigmentaires. Dans l'éléphantiasis
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des Grecs, dans la sclérodermie, dans la pellagre, on observe des taches brunes plus ou moins foncées et qui se développent souvent même avant la période cachectique et ultime de ces affections. On a rapproché de ces cas les taches pigmentaires grises que j'ai décrites sous le nom de syphilide pigmentaire, qui apparaissent au cou, aux aisselles et plus rarement dans d'autres régions, presque exclusivement chez les femmes, et qui persistent pendant des mots et des années sans être influencées par le traitement spécifique ; mais ces taches appartiennent bien plutôt aux éphélides. Enfin, comme se rattachant bien positivement à la cachexie, je signalerai la teinte brune foncée qui se manifeste au visage et quelquefois à la poitrine, dans quelques affections chroniques, et particulièrement chez les malades épuisés par des suppurations prolongées et chez les tuberculeux arrivés i la dernière période de la phthisie pulmonaire. Dans toutes ces diverses circonstances de mélanodermies symptomatiques, comment expliquer cette accumulation de pigment dans les cellules du corps muqueux ? Probablement par une altération du sang. Chez les malades atteints de fièvre intermittente et affectés de mélanodermie, on a trouvé dans le sang des corpuscules pigmentaires, un nombre de globules blancs plus considérable qu'à l'état normal, et quelques globules rouges altérés: mais dans ces cas tout l'organisme est imprégné de pigment; on en trouve dans la plupart des organes, et l'on ne peut véritablement pas confondre cette véritable mélanémie avec les faits de simple mélanodermie dans lesquels la coloration brune se borne à une certaine étendue de la peau, et dans lesquels le sang a été trouvé dans ses conditions normales. Dans ces nigrities localisées, il serait plus rationnel de croire aune altération des nerfs cutanés. Cette lésion, constituée par une atrophie et une segmentation des filets nerveux de la peau des
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mains, a été reconnue récemment par le docteur Dejérine dans un cas de mélanodermie pellagreuse observée dans mon service à l'hôpital de la Charité (1881). Sans vouloir ici trop généraliser, on peut penser qu'il doit en être de même dans les mélanodermies lépreuses et dans quelques autres.
Le diagnostic de la mélanodermie est en général facile. C'est surtout avec l'ictère très foncé et l'ictère noir qu'il est essentiel de la distinguer; outre la coloration toujours un peu jaune ou verdâtre de la peau et des muqueuses, l'extension de la teinte brune à la totalité des téguments, et surtout l'examen des urines contenant de la matière colorante de la bile, ainsi que la couleur grise des selles, permettront de reconnaître la coloration ictérique.
On pourrait encore confondre la mélanodermie avec la teinte bleuâtre que prennent la peau et les muqueuses sous l'influence de l'administration prolongée du nitrate d'argent, affection qui a été désignée par certains auteurs sous le nom tfargyrie, et qui est due à la présence dans les tissus de particules d'argent réduit. La couleur bleue grisâtre de la peau, et surtout la notion de l'administration antérieure du nitrate d'argent, feraient reconnaître cette coloration particulière, d'ailleurs permanente et indélébile. Lorsque le nitrate d'argent a été administré à l'intérieur, comme dans le cas d'épilepsie, de dysenterie, de maladies de la moelle épinière, la coloration ardoisée est générale; elle peut n'être que locale lorsqu'elle est consécutive à des cautérisations répétées un grand nombre de fois sur un même endroit, ainsi que cela a lieu pour les yeux ou pour toute autre région du corps.
Relativement à la mélanodermie symptomatique, la véritable difficulté du diagnostic consiste dans la recherche de la cause morbide sous l'influence de laquelle s'est produite la coloration cutanée ; et je dois dire que les
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solutions de ce problème se trouvent bien moins dans le siège et dans la nuance de celle coloration que dans la considération des troubles fonctionnels antérieurs ou concomitants.
Je n'ai rien à dire du traitement de la mélanodermie en dehors de ce que j'ai indiqué à propos du lentigo et des éphélides. Dans les mélanodermies symptomatiqnes, il n'y a rien à faire directement contre la teinte noire de la peau, la thérapeutique doit s'adresser à la maladie principale. S'il s'agit de la teinte brune que prend la peau dans le prurigo et dans quelques affections cutanées, cette teinte peut disparaître avec la maladie de la peau et avec le temps; mais, le plus ordinairement, la mélanodermie est liée à une maladie chronique rebelle, et les moyens topiques qu'on a vantés, tels que les lotions alcalines, les lotions savonneuses, les lotions de sublimé, n'ont aucun résultat satisfaisant. Dans les cas de mélanodermie locale et idiopathique, on a conseillé de détruire les couches profondes du corps muqueux cutané, où réside l'excès de pigment, à l'aide de vésicants et de caustiques affaiblis: je n'ai jamais vu un bon effet résulter de l'emploi de ces moyens ; souvent même il arrive qu'une augmentation de la teinte brune succède à ces applications irritantes que je crois devoir proscrire absolument.
A défaut d'une médication curative, on peut chercher à masquer par des cosmétiques les taches noires placées dans des endroits apparents, et particulièrement au visage. On trouve dans les magasins de parfumerie un grand nombre d'eaux, de pommades, de poudres ayant pour but de rendre à la peau sa couleur normale ; ces préparations, qui renferment presque toutes du carbonate de plomb, ne sont pas toujours inoffensives; on devrait alors donner la préférence aux topiques composés avec du sous-nitrate ou du sous- carbonate de bismuth, employés, soit en poudre (sous-nitrate de bismuth, poudre
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d'amidon ou de talc porphyrisés, parties égales ; poudre d'iris, un vingtième), soit en liquide (sous-carbonate de bismuth, 20 grammes; talc pulvérisé, 40 grammes; eau de rose, 100 grammes; glycérine, 20 grammes), appliqués sur la peau à l'aide d'un pinceau. On a cherché encore à masquer les taches pigmentaires à l'aide du tatouage, mais jusqu'à présent on n'a réussi qu'à substituer une tache blanche ou grise à une tache bleue ou noire.
e. Coloration bleuâtre de la peau: Cynose. — Argyrie.
Sous l'influence de la stase du sang veineux dans les capillaires de la peau, les téguments peuvent prendre une teinte bleuâtre, violacée, particulièrement prononcée au visage et aux extrémités : c'est la cyanose, qu'on observe dans les affections cardiaques, dans quelques maladies pulmonaires avec gêne considérable de la circulation ; qu'on rencontre surtout à un degré plus prononcé et dans une étendue bien plus considérable dans les difformités du cœur avec communication des cavités droites et gauches amenant le mélange du sang veineux et artériel. Cette coloration se retrouve encore d'une manière momentanée dans les accès d'asthme, dans les accès de suffocation qui viennent compliquer l'emphysème et certaines affections pulmonaires, et dans les diverses espèces d'asphyxie. Elle est en rapport avec la gêne de l'hématose et avec le défaut d'oxygénation du sang. C'est également à une altération spéciale du sang qu'il faut attribuer la teinte cyanique, observée chez les cholériques, à la première période de la maladie. Dans tous ces cas la teinte bleuâtre de la peau est symptomatique et je ne dois que la signaler ici.
D'une tout autre nature est la coloration bleuâtre, ardoisée, qui suit l'administration prolongée du nitrate
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d'argent à l'intérieur, affection que les Allemands ont proposé de nommer argyrie, et dont le premier cas a été rapporté par Fourcroy, puis par de Bulini, qui en cita quatre observations (thèses de Montpellier, 1815); plus tard de nouveaux travaux eurent lieu sur ce sujet, et des autopsies faites par Brandes, Frommann, Charcot et autres, démontrèrent que la coloration bleue observée à la peau pouvait se rencontrer dans les organes intérieurs et dans presque tous les tissus, particulièrement dans les reins, dans le pancréas, dans les intestins, dans les os et dans les plexus choroïdes. Cette coloration spéciale de la peau parait due au dépôt de l'argent dans le corps muqueux, mais on ne sait pas encore à l'état de quelle combinaison chimique il s'y trouve : Patterson admettant qu'il s'y dépose à l'état d'argent métallique, Brandes à l'étal d'oxyde, et Krahmer prétendant l'avoir trouvé sous forme d'albuminate.
La couleur de la peau, dans l'argyrie, est ardoisée, quelquefois un peu brune et rappelant la couleur du bronze; elle est ordinairement générale, mais elle est plus prononcée dans les parties du corps qui sont soumises à l'action de la lumière; les membranes des yeux, les lèvres, la face interne des joues, sont ordinairement atteintes. Krahmer a vu, chez le même sujet, la coloration bleue occuper la muqueuse buccale, la vulve et l'entrée du vagin. Duguet a signalé même comme un phénomène initial de l'argyrie un liséré bleuâtre, observé aux gencives, près du collet de la dent, analogue à celui des saturnins et précédant la coloration cutanée.
La maladie n'est constituée que par la couleur bleuâtre plus ou moins foncée de la peau; il n'y a ni cuisson, ni démangeaison. Cette coloration persiste indéfiniment; jusqu'à présent on n'a pas cité d'exemples de sa disparition.
Le nitrate est de toutes les préparations d'argent le mé-
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dicament qui a donné lieu le plus souvent à l'argyrie ; toutefois le même résultat a été obtenu par l'administration du chlorure, de l'iodure et de l'oxyde d'argent. Ce n'est ordinairement qu'après une administration prolongée du nitrate qu'on voit se développer la coloration de la peau, après plusieurs mois, et après l'absorption d'une dose assez forte du médicament, que Krahmer a cru devoir fixer arbitrairement à 30 grammes au minimum. Je crois, sous ce rapport, à l'influence d'une disposition particulière inhérente à certains individus; j'ajoute que j'ai vu des malades soumis pendant longtemps à l'action du nitrate d'argent et échapper à la coloration. L'administration du médicament doit avoir lieu à l'intérieur ; cependant Krishaber a cité un cas d'argyrie consécutif à des cautérisations avec le nitrate d'argent longtemps répétées sur le pharynx. Dans ces cas d'applications locales, continuées sur le même point, on a constaté plus souvent une coloration bornée à l'endroit touché; j'en ai vu plusieurs exemples sur des yeux à la suite de collyres au nitrate d'argent. Dans leur traduction du Traité des maladies de la peau par Kaposi, Besnier et Doyon citent le fait d'un prêtre atteint de coloration bleuâtre et persistante de toute la région de la barbe, à la suite d'applications répétées d'une solution de nitrate d'argent, dans le but de combattre un eczéma pilaire, qui d'ailleurs ne fut pas guéri par ce moyen.
On a employé vainement, pour faire disparaître l'argyrie, des médications internes et externes variées, et particulièrement à l'intérieur, l'iodure de potassium, à l'extérieur les lotions alcalines ou acidulées. Comme je l'ai dit, la coloration persiste indéfiniment. Le seul moyen prophylactique qu'on ne doit jamais négliger, c'est de s'abstenir de l'administration trop prolongée des sels d'argent : lorsque ce médicament est indiqué et lorsqu'on croira devoir le prescrire dans une maladie chronique
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