CONGESTION SIMPLE 1D10PA TIQUE
La congestion émotive est momentanée; elle ne tarde pas à se dissiper, quitte à revenir sous l'influence d* une cause de même nature. Les jeunes sujets des deux sexes, les personnes timides, impressionnables, sont très exposés à rougir pour la moindre cause, et, sous ce rapport, certains sujets ont une fâcheuse disposition qui les gêne, les intimide et les fait rougir encore davantage.
Cette congestion simple, émotive, est quelquefois le résultat d'une contraction exagérée du cœur et des vaisseaux, mais plus souvent est sous l'influence directe du système nerveux et du ralentissement de la circulation capillaire; il y a là une paralysie momentanée des nerfs vaso-moteurs qui produit une dilatation des vaisseaux, une stase locale du sang.
La congestion cutanée et particulièrement celle de la face est souvent symptomatique d'une autre affection : elle existe habituellement dans la fièvre, quelles qu'en soient la nature et la cause; tout le monde sait que les fébricitanls ont la figure rouge et congestionnée ; mais celte rougeur se développe plus particulièrement dans certaines maladies, c'est ainsi que les tuberculeux ont souvent les pommettes colorées, surtout au moment des accès de fièvre; et il faut noter, comme une particularité toute spéciale, la rougeur congestive qui survient à la joue, du côté du poumon malade, chez les personnes atteintes de pneumonie. J'ajouterai que la coloration du visage avec dilatation des veines cutanées se rencontre souvent chez les malades atteints de lésions mitrales, el que celte coloration n'est souvent que le premier degré de la cyanose qui se déclarera plus tard, et par les progrès de l'affection organique, aux lèvres, aux joues et aux extrémités du corps.
Cette congestion habituelle du visage avec dilatation des veinules superficielles n'est pas toujours liée à une affection cardiaque, elle peut exister seule, indépendam-
hardy. — Malad. de la peau. te
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ment de toute autre maladie, et comme cette congestion siège au visage, comme elle est souvent associée à quelque variété de l'acné, elle a été décrite comme une des formes de cette dernière maladie et elle a été désignée sous le nom tfacné congestive. Je crois devoir lui consacrer un chapitre spécial.
h Acné congestive ou couperose.
L'acné congestive se rapportant à un trouble dans la circulation capillaire de lu peau du visage, doit être distinguée avec soin des autres variétés d'acné, dont elle diffère essentiellement par son siège an atomique; c'est à elle qu'il faut conserverie nom de couperose employé à tort comme synonyme du mot acné. Elle a été encore désignée sous les noms d'acné rosée, d'acné érylhémateuse. Parmi les auteurs modernes, Devergie est un de ceux qui en ont donné la meilleure description.
Symptômes. — Au début, la maladie s'annonce par des taches rosées ou rouges occupant une place limitée, soit aux joues, soit au nez, soit au front ou au menton, quelquefois détendant à la totalité du visage, même aux oreilles. Ces taches ne se montrent d'abord que par moments dans les circonstances qui favorisent l'aflux du sang à la tête ; nous retrouvons là les caractères de la congestion simple. Mais bientôt les taches deviennent permanentes, la rougeur est plutôt pointillée qu'uniforme, les parties rouges sont unies, luisantes, on y voit quelquefois une légère desquamation; dans certains cas elles semblent un peu gonflées. En même temps le visage est le siège d'une chaleur incommode qui se fait sentir surtout dans les moments où la congestion augmente sous l'influence de quelque circonstance favorable à l'aflux du sang ; chez certaines personnes, il se joint à ce sentiment de chaleur des bourdonnements d'oreille, de la pesanteur de tête,
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des élourdissements qu'on doit rapporter à une congés* tion cérébrale concomittanle. Enfin, à un degré plus avancé, quelques veinules deviennent plus apparentes soit sous forme de points arrondis, plus souvent en figurant de petites lignes rouges, droites ou sinueuses, formant des sortes de bouquets. Cette dilatation variqueuse, qui constitue particulièrement la couperose, coïncide ordinairement avec la rougeur congestive que je viens d'indiquer; quelquefois cependant elle existe seule. Souvent aussi à la rougeur congestive on voit se joindre quelques pustules d'acné simple ou même d'acné indurée, et cette complication assez commune explique comment certains auteurs ont placé la couperose au nombre des affections pustuleuses de la peau.
Marche. — L'acné congestive débute souvent par l'apparition de quelques pustules d'acné simple, autour d'elles quelques plaques rouges apparaissent au moment de leur développement, puis elles deviennent permanentes en présentant des différences d'intensité dans la coloration. Une fois établie, l'acné congestive a une grande tendance à se perpétuer, et cela est surtout vrai lorsque les veinules de la peau sont devenues dilatées et variqueuses.
Diagnostic. — Le diagnostic de la couperose est facile : le siège exclusif au visage, la coloration d'un rouge vif, l'absence de toute sécrétion, la sensation de chaleur sans démangeaison sont autant de caractères qui permettent de la reconnaître. La sécheresse luisante de la peau, l'absence de pustules et de tubercules la distinguent des autres variétés d'acné. Quant aux affections cutanées d'une autre nature avec lesquelles on pourrait la confondre, je ne vois que l'eczéma qui offre avec elle quelque ressemblance ; le diagnostic pourrait surtout offrir quelque incertitude dans les cas où l'acné érythémateuse s'accompagne d'une légère desquamation ; mais l'absence
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de toute sécrétion séro-purulenle antérieure, de toute démangeaison et la limitation précise de la rougeur sont autant de signes qui devront foire écarter la pensée de l'existence d'un eczéma.
Pronostic. — Nous avons peu de chose à dire du pronostic. La couperose est une maladie sans gravité réelle, mais sa persistance et son siège très apparent en font une difformité désagréable, qui inquiète et désole ceux qui eu sont atteints. Nous avons connu des personnes, et particulièrement des femmes, très affligées de cette rougeur permanente et dont le système nerveux se trouvait par suite assez troublé pour qu'on vit se développer chez elles de l'hyponcondrie et même de la lypémanie.
Étiologie. — La couperose se développe chez les individus des deux sexes> mais elle est plus commune chez les femmes; elle ne survient pas avant l'âge de la puberté; j'en ai rencontré de fréquents exemples chez des jeunes filles ; et à partir de quinze ou seize ans, elle peut débuter à tous les âges. La plupart des auteurs indiquent le moment de la ménopause comme une époque de la vie où la couperose se développe plus particulièrement; mes observations personnelles ne m'ont pas permis de confirmer cette assertion; j'ai vu presque constamment l'acné rosacée débuter avant la cessation des règles, et la ménopause m'a paru plutôt aggraver la maladie que la produire. L'influence du tempérament est peu évidente, cependant la maladie semble plus commune chez les personnes sanguines et nerveuses. Quant aux climats, on a signalé comme fâcheux pour la production de la maladie les pays froids et humides : la couperose est, en effet, fréquente en Angleterre et en Russie. L'hérédité joue un rôle assez important dans l'étiologie de la maladie qui nous occupe; on la voit fréquemment être habituelle dans certaines familles, et particulièrement se transmettre de la mère à lu fille.
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Outre les causes prédisposantes que nous venons de signaler, on a admis encore comme pouvant amener la couperose, un assez grand nombre de circonstances accidentelles; on a surtout cherché à établir que la couperose était consécutive à une autre maladie ; Biett et Cazenave ont professé qu'on devait chercher la cause la plus ordinaire de l'acné rosacée dans les affections de l'estomac, du foie ou de l'utérus; ils ont surtout fait jouer à la dysménorrhée un rôle très important dans la production de la couperose des femmes. J'avoue que, pour ma part, je ne puis accepter ces opinions; j'ai vu très fréquemment des personnes atteintes de couperose jouir de la santé la plus parfaite; et si parfois j'ai rencontré quelques cas de gastralgie ou de troubles menstruels, ces états pathologiques sont si fréquents en dehors de l'acné que je n'ai dû y voir que des coïncidences sans importance. Bazin a professé que l'acné congestive n'était qu'un des symptômes de l'arthritis, et il a cité de nombreux exemples à l'appui de son opinion. Il est vrai que les goutteux disposés aux congestions céphaliques et aux varices sont assez souvent atteints de couperose, mais cette maladie se montre assez souvent en dehors de la goutte et du rhumatisme pour qu'on puisse la considérer, le plus souvent, comme indépendante de ces deux affections. Les seules circonstances se rattachant à la santé habituelle que j'aie rencontrées assez communément pour que je les considère comme se rattachant à la couperose, sont le froid habituel aux pieds et un état de constipation rebelle.
Parmi les causes accidentelles, je pourrais signaler les excès de table, l'abus des boissons alcooliques et un travail assidu, la tête inclinée en avant, tel que le travail de cabinet ou le travail à l'aiguille; du reste, comme le froid aux pieds et la constipation habituelle, ces habitudes produisent une congestion céphalique, et nous n'hésitons pas à rattacher la couperose à cette congestion ; aussi
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nous considérons, comme pouvant produire cetle maladie, tout ce qui favorisera l'afflux du sang vers les parties supérieures du coips. On peut comprendre ainsi comment le travail de la digestion, comment le séjour dans un lieu très chaud augmentent la rougeur chez les personnes atteintes de couperose; l'action de la chaleur est surtout fAcheuse lorsqu'on a été exposé auparavant au froid ou au vent; la réaction amène au visage une congestion sanguine, qui se manifeste par une vive coloration du teint. La violence du vent au bord de la mer et sur des plateaux élevés rend l'habitation de ces endroits mauvaise pour les gens disposés à la couperose ou déjà atteints de cette maladie.
On a accusé les cosmétiques appliqués sur la figure de produire la couperose ; je ne crois pas ces applications innocentes, certaines substances sont irritantes et peuvent amener des érythèmes et des eczémas, d'autres sont toxiques et peuvent altérer la santé à la suite de leur absorption par la peau, mais je ne pense pas qu'elles soient susceptibles de causer la couperose. Ce qui a pu faire croire à cette influence fâcheuse des cosmétiques, c'est qu'on voit fréquemment, en effet, des personnes atteintes d'acné se couvrir le visage d'une couche de blanc, mais elles le font seulement dans le but de masquer la coloration trop vive du visage et déjà développée ; et, d'un autre côté, on ne voit pas la couperose plus commune chez les gens, tels que les acteurs et les actrices, qui, par profession, se couvrent habituellement la figure de divers cosmétiques, souvent assez grossiers.
Traitement. — D'après des idées théoriques sur la nature de la couperose, qu'on considérait comme l'expression d'une affection générale, on l'a combattue longtemps à l'aide des purgatifs répétés, des boissons araères, des sudorifiques, des jus d'herbes, et de toutes les préparations qui font partie de la médication dite dépurante;
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je dois me hâter d'affirmer que tous ces remèdes sont au moins inutiles. Ni les anliscorbuliques, ni les sudoriûques, ni l'iodure de potassium, ni les sulfureux, ni l'arsenic n'ont d'action sur la couperose. Les moyens hygiéniques consistant dans de légers laxatifs destinés à entretenir la liberté du ventre, dans des bains émollients, alcalins ou sulfureux, dans l'abstinence des boissons alcooliques, dans la privation du travail prolongé, dans les précautions contre le froid des pieds, dans les tentatives pour rétablir le cours régulier des règles chez les femmes, tous moyens vantés principalement par Biett et Cazenave, ont une certaine action pour empêcher quelquefois le progrès de la maladie, mais ce ne sont que des adjuvants d'une médication plus active ; et, sans les négliger, je suis loin d'y attacher la même importance que les auteurs que je viens de citer. Pour moi, d'après l'expérience que m'a donnée l'observation d'un grand nombre de faits, dans le traitement de la couperose, je place au premier rang les moyens locaux, et j'ai employé souvent avec succès et dans des cas intenses, des lotions, des pommades et des douches appliquées sur les parties malades. Les lotions que je préfère sont les lotions d'eau chaude à une température aussi élevée que les malades peuvent la supporter; ces lotions, répétées matin et soir et faites rapidement pendant une minute environ, amènent d'abord de la chaleur et de la rougeur au visage, mais bientôt l'afflux du sang cesse et, par une réaction contraire à celle que provoque l'action de l'eau froide, les parties touchées par l'eau chaude pâlissent et se refroidissent pour quelque temps. On conçoit ainsi que des lotions habituelles puissent, au bout d'un certain temps, diminuer le mouvement congestionnel qui a lieu vers, la tète. Ces lotions sont quelquefois d'eau pure, d'autres fois on y joint quelques gouttes de teinture de benjoin, quelques gouttes d'une liqueur aromatique,
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telle que l'eau de Cologne, ou bien même une légère dose d'une solution de sublimé (pour un verre d'eau chaude, une cuillerée à café d'une solution de 1 gramme de sublimé dans 150 grammes d'eau). On peut encore employer les eaux sulfureuses artificielles, mais elles sont moins efficaces que les solutions mercurielles. Ces lotions prescrites dans le début de la maladie, m'ont suffi souvent pour arrêter les progrès du mal et pour rendre au teint son aspect normal. Mais, le plus ordinairement, lorsque la rougeur est vive, lorsque la maladie date déjà de plusieurs mois ou de plusieurs années, il faut joindre aux lotions des onctions de pommades mercurielles : on se sert, dans ce but, d'onguent mercuriel très étendu d'un corps gras, de pommade au proto-chlorure, à l'oxyde rouge, ou proto-iodure, au bi-iodure de mercure, en employant ces sels à petites doses.
Je donne la préférence au proto-iodure de mercure, que j'incorpore à de l'onguent rosat ou à tout autre corps gras, d'abord dans une très faible proportion (onguent rosat, 15 grammes; proto-iodure de mercure, 10 ou 15 centigrammes), puis j'augmente graduellement la dose du sel mercuriel jusqu'à un soixantième, en continuant ainsi ce traitement local pendant plusieurs mois, et vers la fin, en éloignant les applications de pommade avant de les cesser tout à fait. Au lieu de proto-iodure, on pourrait employer aussi bienl'iodure de chlorure mercureux, vanté par Sellier et F. Rochard; à dose égale, les effets sont à peu près lés mêmes, mais j'ai l'habitude de me servir du proto-iodure, parce qu'il se trouve partout, tandis que le sel de Boutigny est plus rare et peut ne pas être bien préparé. L'application de ces pommades à la dose que j'ai indiquée donne lieu d'abord à une rougeur, quelquefois assez vive, et à un sentiment de chaleur de la partie de la peau qui a été touchée; mais ces phénomènes de réaction durent peu et s'effacent au
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bout de quelques jours, malgré la continuation de la pommade, pour reparaître chaque fois qu'on augmente la dose du sel mercuriel. Au bout d'un certain temps la peau pâlit, la rougeur disparaît ; mais, pendant tout le traitement, la peau reste rugueuse et quelquefois couverte d'une crasse grisâtre qui disparait dès qu'on cesse les onctions.
Ce traitement local parait véritablement agir comme un moyen substitutif, en déterminant, à la place d'une congestion inflammatoire chronique qui n'a pas de tendance à guérir, une irritation artificielle aiguë de la peau, qui remplace la maladie primitive et qui disparaît elle-même dès qu'elle n'est plus entretenue par les applications de pommade. Quelle que soit l'explication, l'effet de ce traitement est souvent heureux, et j'ai eu de nombreuses occasions de l'employer avec succès. Je lui donne de beaucoup la préférence sur le traitement de Rochard, consistant dans l'emploi d'une pommade contenant 75 centigrammes d'iodure de chlorure de mercure pour 30 grammes d'axonge ; cette pommade détermine une vive douleur, et son application est suivie de la formation d'une croûte grise épaisse, qui couvre le visage d'une manière très fâcheuse, tandis que, d'après mon procédé, il n'y a pas de douleur et la pommade plus faible ne donne lieu qu'à une légère rougeur peu appréciable et peu durable.
J'ai encore employé souvent avec avantage des lotions astringentes avec des solutions d'extrait de saturne ou de sulfate de zinc; mais, dans ce sens, ce qui m'a le mieux réussi, ce sont des lavages avec un verre d'eau tiède additionné d'une cuillerée à bouche d'une solution de 10 grammes d'alun dans 300 grammes d'eau aromatisée de quelques grammes de teinture de benjoin ou d'alcool camphré.
Enfin, dans les cas rebelles et anciens d'acné conges-
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tive, on peut encore employer les douches de vapeurs ou d'eaux sulfureuses dirigées sur les parties malades, lesquelles, en déterminant une stimulation momentanée, diminuent quelquefois la rougeur et la congestion habituelles du visage. L'action est ici la même que celle des lotions chaudes et des pommades irritantes. Une semblable stimulation salutaire peut encore être demandée aux eaux minérales chaudes naturelles : on conseillera surtout les eaux sulfureuses de Barèges, de Bagnères-de- Luchon, d'Àx, etc., qu'on administrera en bains et en douches faibles sur le visage ; les eaux de Louèche, qui produisent une violente poussée, ont également été utiles, principalement dans les cas graves* Je signalerai encore les eaux de Schlangenhad, dans le duché de Nassau, qui jouissent d'une grande réputation, un peu exagérée, dans le traitement de la couperose. Mais je dirai surtout, en terminant, que toutes ces eaux minérales sont meilleures pour consolider une guérison que pour l'effectuer réellement.