CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES SYPHILIDES
tologie, et tous les médecins les regardent comme les maladies cutanées les mieux connues relativement au diagnostic et au traitement. En effet, ces éruptions se montrent avec des caractères si tranchés, que le diagnostic offre peu de difficulté au médecin possédant quelques connaissances en pathologie cutanée, et le traitement est bien tracé comme celui de toutes les maladies que Ton traite habituellement avec des spécifiques.
Dans notre étude sur les manifestations cutanées de la syphilis, nous allons d'abord exposer les caractères généraux qui donnent aux syphilides, quels que soient leur forme et leur siège, une physionomie particulière qui les fait facilement distinguer, dans la plupart des cas, des autres éruptions cutanées; puis, nous entrerons dans Félude des variétés particulières, des espèces, et nous finirons par quelques indications thérapeutiques applicables spécialement aux éruptions syphilitiques.
Caractères généraux des syphilides.
Nous avons dit que les éruptions syphilitiques se présentaient avec des caractères généraux si tranchés, que dans la plupart des cas on les reconnaissait facilement. Ces caractères, communs à toutes les variétés de syphilides, doivent être recherchés dans l'association et le mélange de plusieurs espèces, dans la coloration et la forme des éruptions, dans les phénomènes secondaires (squames, croûtes, ulcérations et cicatrices), dans le siège habituel, dans les phénomènes locaux et généraux, dans les affections concomitantes, et enfin dans la marche de ces maladies cutanées, laquelle offre elle-même quelque chose de spécial.
Polymorphie. — Un caractère très important des éruptions syphilitiques, et surtout des éruptions qui surviennent dans la seconde période de la maladie, c'est de se
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présenter en même temps sous plusieurs formes élémentaires réunies ; on rencontre simultanément sur le même individu des taches exanthématiques, des papules, des squames ou des pustules. J'ai proposé le mot de polymorphie, pour exprimer ce mélange de plusieurs espèces.
Coloration. — La couleur des syphilides est toute particulière et spéciale, et malgré les descriptions et les comparaisons qu'on en a données, il est difficile de l'indiquer d'une manière exacte; aussi a-t-on pris l'habitude de l'appeler la coloration syphilitique. Pour rendre cette couleur, les anciens auteurs avaient fait différentes comparaisons; ainsi Fallope la comparait à la couleur du maigre de jambon, et cette comparaison est très juste, elle rappelle la couleur rouge sombre des syphilides, qui n'ont ni la teinte violacée des scrofulides, ni la teinte rouge vif des exanthèmes. Swcdiaur, ayant comparé cette coloration au cuivre rouge, lui donba le nom de coloration cuivrée; ce nom, quoique moins juste que celui de Fallope, est resté, et aujourd'hui l'expression de teinte cuivrée amène aussitôt l'idée d'une éruption syphilitique. Cette coloration n'est pas toujours aussi tranchée; ainsi, dans les syphilides récentes, on rencontre une couleur rose, puis rouge, et c'est surtout plus tard que se montre la teinte spécifique. Dans quelques cas, dans les syphilides papuleuse ou tuberculeuse disséminée, la coloration prend une teinte brune très foncée. Lorsque la lésion élémentaire est constituée par une saillie pleine, par une papule ou par un tubercule, la coloration spécifique se voit sur toute la saillie ; lorsque, au contraire, l'éruption est formée par des pustules, des vésicules ou des ulcérations, la couleur n'existe qu'autour de la lésion cutanée, souvent même elle ne se montre qu'autour d'un groupe de vésicules ou de pustules réunies. Plus tard, lorsque la lésion s'affaisse et disparait, lorsque l'ulcéra-
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lion se cicatrise, la coloration spéciale se retrouve à la place occupée auparavant par la lésion éruptive.
Forme. — Les éléments éruptifs des syphilides affectent, en général, une forme circulaire ou semi-circulaire ainsi on voit les éruptions disposées en cercles complets, ou en segments de cercle plus ou moins étendus. Cette disposition des éruptions est peu marquée dans les syphilides précoces, mais elle est très fréquente dans les syphilides appartenant à un âge avancé de la maladie. Cette forme est un très bon caractère diagnostique, mais il ne suffit pas à lui seul pour faire reconnaître une syphilide, car on retrouve d'autres éruptions qui affectent la même forme : ainsi le psoriasis, l'herpès circiné, etc., peuvent présenter la même disposition.
Absence de douleur et de démangeaison. — Ce caractère, tout négatif, est un des meilleurs pour reconnaître les syphilides, et toutes les fois que Ton est en présence d'une éruption ne présentant ni prurit, ni douleur, on doit penser à une éruption syphilitique, et, par contre, toutes les fois qu'une syphilide évidente est accompagnée d'un prurit même modéré, il faut rechercher s'il n'y a pas une complication qui expliquerait ce dernier phénomène. C'est en agissant ainsi que j'ai trouvé plusieurs fois que ce prurit dépendait soit delà gale, soit d'une urticaire, soit d'une affection dartreuse. Nous devons dire cependant que les syphilides du cuir chevelu sont quelquefois prurigineuses, et qu'il n'est pas très rare de rencontrer, au début de quelques syphilides, une légère démangeaison, laquelle disparaît habituellement au bout de peu de temps.
Phénomènes secondaires de Véruption. — A mesure que les syphilides se développent, elles se modifient dans leur aspect, et elles présentent des phénomènes consécutifs, qui offrent eux-mêmes des caractères particuliers dus à leur nature, caractères qu'on retrouve dans les
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squames, dans les croûtes, dans les ulcérations et dans les cicatrices.
Les squames sont blanchâtres, superficielles, elles ne recouvrent quelquefois qu'incomplètement la saillie éruptive; elles se distinguent de celles du psoriasis, qui sont plus épaisses, moins adhérentes, et imbriquées en plusieurs couches. Bielt attachait une grande valeur nu liséré épidermique blanchâtre, en forme de collerette, qui circonscrit les squames; ce signe est simplement dû à un détachement de l'épiderme autour de la lésion éruptive.
Les croûtes, qui succèdent à la rupture des pustules syphilitiques ou â l'ulcération des tubercules, présentent une coloration d'un vert noir, tout à fait spéciale. Ces croûtes sont épaisses, inégales, très adhérentes, comme enchâssées dans la peau qui les entoure; leur surface est stratifiée, et quelquefois elle présente des éminences, des aspérités, qui la font ressembler à un coquillage, à une écaille d'huître.
Les ulcérations, qui succèdent à une syphilide, présentent aussi des caractères particuliers. Elles sont arrondies; leurs bords sont nets et taillés à pic, ils ne sont pas décollés; le fond est grisâtre et comme revêtu d'une pseudo-membrane; le pus est sanieux, fétide et très plastique. Souvent, autour de l'ulcération, on trouve une auréole présentant la teinte brune caractéristique.
Les cicatrices qui succèdent aux ulcérations, sont arrondies et moins grandes que l'ulcération ; le centre présente une dépression en rapport avec la perle de substance; la peau est ridée, ou unie et très fine. Cette cicatrice présente, dans les premiers temps, une coloration d'un brun violet, souvent plus marquée qu'elle ne l'était autour des ulcérations ; puis cette coloration disparaît peu à peu, pour faire place à la teinte blanche commune à toutes les cicatrices. La forme des cicatrices
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