‹ Traité pratique et descriptif des maladies de la peauChapitre 64 sur 82 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES SYPHILIDES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES SYPHILIDES

peut, dans certains cas, faire reconnattre l'éruption qui lui a donné naissance ; ainsi la disposition des cicatrices fait reconnaître une syphilide tuberculeuse circonscrite, ou une syphilide serpigineuse, par l'étendue de la cicatrice et par sa forme spéciale.

Siège. — Les syphilides peuvent se développer sur toutes les parties du corps; cependant quelques-unes affectionnent un siège spécial. Ainsi fa syphilide papule use occupe surtout la partie postérieure du cou et le tronc; la roséole syphilitique est plus développée à la partie interne des membres qu'à leur partie externe; le psoriasis syphilitique siège. surtout aux mains et aux pieds ; la syphilide pustuleuse superficielle est fréquente au cuir chevelu; les plaques muqueuses de la peau se développent près de l'orifice des muqueuses, là où la peau est plus fine et plus délicate, et dans les endroits où il existe un frottement habituel.

Phénomènes généraux. — Quelquefois l'apparition d'une éruption syphilitique est précédée et accompagnée d'un peu de malaise, de fatigue, d'inappétence et d'un léger mouvement fébrile, mais ces symptômes disparaissent aussitôt que l'éruption est complète. Fréquemment, et particulièrement lorsqu'il s'agit des femmes, avant la manifestation cutanée, les malades se plaignent d'une céphalée bipariétale très douloureuse, s'exaspérant la nuit, et que j'ai déjà mentionnée. Mais souvent on voit les syphilides apparaître en même temps qu'existent toutes les apparences d'une bonne santé ; le patient ne s'aperçoit qu'il a une éruption qu'en s'examinant, et comme cette éruption n'est accompagnée ni de douleur ni de démangeaison, elle peut passer inaperçue, si le malade est peu soigneux de sa personne. Dans certains cas, les syphilides apparaissent chez un individu très anémié; l'anémie n'est pas alors due aux syphilides, mais à la syphilis elle-même; il en est de même pour les

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éruptions qui surviennent dans la cachexie syphilitique et qui ne la produisent pas; cette terrible complication, qui rend le pronostic grave et le traitement difficile, est le résultat des progrès de la syphilis.

Phénomènes concomitants. — En même temps que les manifestations cutanées de la syphilis apparaissent, on voit survenir les autres symptômes de la syphilis, et ces phénomènes concomitants ont une grande valeur dans les cas où le diagnostic est douteux.

Nous avons vu que les accidents dus à la syphilis pouvaient se diviser en trois périodes : l'accident primitif, les accidents secondaires el les accidents tertiaires. On peut de même admettre dans les syphilides une division dont nous reparlerons plus loin, et les séparer, d'après l'époque de leur apparition, en syphilides précoces et -en syphilides tardives; les syphilides précoces coïncideront avec l'engorgement des ganglions inguinaux et cervicaux, avec les plaques muqueuses développées à la vulve, à l'anus, à la gorge, etc., avec la céphalée, avec les douleurs rhumatoïdes dans les membres s' exaspérant le soir dans le lit, avec l'alopécie, etc. Les syphilides tardives se montreront en même temps que les accidents tertiaires, c'est-à-dire avec les douleurs ostéocopes, les ^xostoses, les nécroses, les tumeurs gommeuses, et enfin, dans quelques cas, concurremment avec la cachexie syphilitique.

Marche. — Les syphilides ont généralement une marche lente, comme la plupart des maladies cutanées ; mais elles présentent ce caractère important qui les distingue des autres éruptions, c'est qu'elles se modifient, qu'elles se transforment, une éruption succédant souvent à une autre, soit immédiatement, soit après un intervalle plus ou moins long. Dans quelques cas rares de syphilide tardive, la maladie persiste un certain temps dans le même siège et sous la même forme; mais cela est l'exception,

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caractères généraux des syphilides. 1031

tandis que les scrofulides occupent ordinairement le même siège et présentent la même forme pendant toute leur durée. Quelques syphilides n'ont pas une marche aussi lente que celle que nous avons indiquée plus haut; ce sont surtout les éruptions très précoces qui ont une marche rapide, laquelle fait que quelquefois elles passent inaperçues du malade. Une cause qui rend la durée des syphilides assez longue, c'est que souvent l'éruption se fait par poussées successives, une nouvelle éruption arrivant pendant l'existence de la première, ce qui permet alors de constater sur la même personne la même maladie à différents degrés d'évolution.

Diagnostic des syphilides. — En décrivant les syphilides en général, j'ai dit que leurs caractères communs étaient la coloration rouge brun, la polymorphie^ la configuration arrondie, l'absence de prurit et de douleur, l'aspect spécial des croûtes, des ulcérations et des cicatrices. Aucun de ces caractères pris isolément n'a une valeur pathognomonique absolue et ne suffit pour faire reconnaître avec certitude une syphilide; mais, lorsqu'on en trouve plusieurs réunis, on peut diagnostiquer facilement la nature de l'éruption. Quelques auteurs ont dit que la syphilis était un Prolée% qu'elle pouvait revêtir une foule de formes diverses, et qu'il était impossible de pouvoir lui reconnaître des caractères invariables. Je ne saurais trop m'élever contre cette proposition, qui se transmet de génération en génération, et qui est cause de beaucoup d'erreurs de diagnostic. En effet, si les manifestations cutanées de la syphilis peuvent se montrer sous des formes variées qui peuvent se transformer et se succéder, toutes ces éruptions présentent toujours les mêmes caractères principaux, et, si l'on ne peut les constater tous dans une même éruption, on peut cependant en rencontrer un assez grand nombre pour poser le diagnostic d'une manière scientifique. De plus, en même temps

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que Ton étudiera les caractères objectifs de l'éruption, on ne négligera pas la marche de la maladie, son siège, et surtout on recherchera les phénomènes concomitants.

Dans quelques cas difficiles, on ne peut, même en se servant de tous ces caractères, arriver à un diagnostic certain. Alors il faut consulter les antécédents du malade, sans cependant leur donner trop de valeur, car un malade peut avoir eu un chancre mou qui n'a été suivi d'aucun accident secondaire et présenter plus lard une éruption darlreuse ou scrofuleuse sans rapport avec la première ulcération. D'autres personnes, au contraire, ont la syphilis, elles ont eu des accidents syphilitiques, et l'on ne peut avoir, de leur part, que des dénégations formelles, soit qu'elles veuillent tromper, soit qu'elles se trompent elles-mêmes; aussi ne doit-on avoir qu'une confiance assez bornée dans les renseignements fournis par les malades. Dans ces cas difficiles, où le diagnostic est douteux, on a encore pour ressource d'étudier les effets du traitement; et, dans ce cas, on doit prescrire un traitement antisyphilitique qui modifiera rapidement, d'une façon favorable, l'éruption, si elle est de nature syphilitique, tandis qu'il sera nul ou qu'il augmentera, au contraire, la gravité de l'éruption, si elle est due à une autre cause.

Anatomie pathologique des syphilides. — Les syphilides ne présentent aucun caractère anatomique spécial qui permette de les différencier. Dans les éruptions superficielles, c'est-à-dire dans les éruptions exanthématiques, papuleuses, vésiculeuses et pustuleuses, l'étude histologique fait reconnaître l'existence de proliférations cellulaires dans le corps muqueux, le développement hypertrophique des papilles, la présence de sérosité, de cellules migratrices venant des vaisseaux et même de quelques globules rouges expliquant la coloration foncée des éruptions. Les vaisseaux capillaires du chorion et

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du corps muqueux sont ou congestionnés ou oblitérés par suite de l'altération de leur paroi interne; les diverses couches épidermiques sont épaissies et le plus souvent soulevées par Texsudat sous-jacent, de manière à former des papules, des vésicules ou des pustules, suivant la quantité ou la qualité de cet exsudât. Mais il n'y a rien là de spécial à la syphilis, et il serait impossible, au microscope, de distinguer la saillie d'une syphilide papuleuse, de la papule d'un psoriasis commun. On ne trouve en effet dans les éruptions syphilitiques superficielles que des proliférations cellulaires, des œdèmes sous-épidermiques et des altérations vasculaires appartenant à toute lésion cutanée inflammatoire.

Quant aux syphilides profondes, pour les tubercules, on rencontre les mêmes lésions que pour les éruptions superficielles, avec cette différence que les proliférations cellulaires s'étendent au derme au lieu de se borner au corps muqueux et aux papilles; l'obstruction vasculaire est plus étendue et plus complète, ce qui explique la terminaison fréquente par ulcération. La tendance à la destruction des tissus s'accentue eucore davantage dans les gommes, l'infiltration cellulaire envahit alors souvent de larges surfaces du derme et du tissu cellulo-adipeux sous-cutané. Au début, à l'état de crudité, on voit ces tumeurs, du volume d'un pois à une mandarine, constituées par un amas de petites cellules pressées les unes contre les autres au milieu de la couche profonde du derme et de la couche adipeuse sous-culanée; ces cellules séparent les faisceaux du tissu conjonctif dermique et remplacent les gouttelettes huileuses de la graisse; en même temps les vaisseaux sont oblitérés par des cellules lymphatiques et par des altérations de l'endothélium, et la circulation sanguine se trouve entravée ou suspendue. J'ajoute qu'au milieu de ces cellules embryonnaires on a rencontré quelquefois de véritables cellules géantes,

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analogues à celles qu'on trouve dans les tubercules. Plus tard et par suite de la pression réciproque de ces divers éléments qui s'étouffent et aussi par le fait des oblitérations vasculaires, il se produit une dégénérescence granulo-graisseuse, des mortifications cellulaires, et il se fait un ramollissement central; la tumeur se rapproche de la surface extérieure de la peau, l'épiderme est soulevé, distendu, et il se forme une ulcération à forme ordinairement arrondie, à travers laquelle s'écoule un mélange de liquide gommeux, de pus et de tissu mortifié; celte ouverture est assez petite et conduit dans une sorte de cratère rempli de productions bourbillonneuses. Enfin, lorsque toutes ces productions mortifiées ou graisseuses ont été évacuées et souvent aussi sous l'influence salutaire d'un agent thérapeutique, il se forme à l'intérieur de la cavité des bourgeons charnus qui l'oblitèrent et qui deviennent la based'une cicatrice. Dans celte description écourtée des lésions histologiques de la gomme, on voit qu'il n'y a rien là de spécial et que la nature des éléments morbides ainsi que le processus rapprochent singulièrement les gommes syphilitiques des productions scrofuleusesou tuberculeuses.

Division des syphilides.

Le diagnostic des syphilides, en général, est de la plus haute importance, et toutes les fois qu'on est en présence d'une éruption cutanée, il est indispensable de penser à la nature de la maladie et de poser la question de la syphilis. Reconnaître et nommer les différentes variétés de syphilides n'est pas aussi indispensable, dès le moment que l'on a reconnu la nature de l'éruption; il est quelquefois d'ailleurs très difficile de le faire, parce que les espèces sont souvent mélangées ensemble, et qu'elles ne présentent pas toujours des caractères bien tranchés.

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