‹ Traité pratique sur l'usage et le mode d'application des réactifs chimiques. Fondé sur des expériences, suivi d'instructions, pour l'analyse, des mines métalliques, des métaux, des sols, des engrais, et des eaux minéralesChapitre 192 sur 210 · ACIDE CARBONIQUE LIQUIDE · texte numérisé non relu

ACIDE CARBONIQUE LIQUIDE

L’eau imprégnée de gaz acide carbonique, étant d’un emploi indispensable dans plusieurs des expériences dont ce traité présente le détail ^et , comme on ne peut pas se procurer promptement ce liquide dans toutes occasions , je crois devoir placer ici la description d’un appareil extemporané , au moyen duquel on peut le préparer facilement.

Cet appareil consiste dans un bassin de poterie commune (PL II y figure tlu milieu), que traverse,

placée sur ses bords, une planche de bois, de douze centimètres de large et d’environ vingt millimètres d’épaisseur , ayant une fente qui se termine par un trou pratiqué au centre de la planche. Ce trou sert à recevoir une bouteille, ou flacon ordinaire, de la capacité d’un litre, a, qu’on renverse dessus, h ^ est un flacon semblable auquel est ajusté un tube de verre recourbé, c , qui, aboutissant, du flacon h, au flacon a, sert à transjporter le gaz du premier à celui-ci. L’une des extrémités du tube c , entre , en traversant son bouchon de liège, dans le flacon b , tandis que l’autre extrémité est introduite dans le flacon a , par le trou sur lequel ce flacon pose. Pour imprégner de l’eau , au moyen de cel appareil, de gaz acide carbonique, ou de tout autre gaz quelconque que ce li({uide n’ail pas la faculté d’absorber, soit le flacon a, entièrement rempli d’eau , fermé avec un bouchon de liège, et renversé le col en bas dans le bassin de terre , aussi préalablement rempli d’eau. Posez ce flacon au centre du trou de la planche , et, alors, débcuchez-le. Ceci étant fait, mettez du marbre blanc, de la pierre calcaire ou craie commune, concassés en morceaux de la grosseur d’un pois, dans le flacon e! ver sez-y par-dessus de l’acide bydro-clilorique ordinaire , étendu de deux ou trois fois son volume d’eau : par l’aclion de cet acide sur le marbre , où , la substance calcaire employée , le gaz acide carbonique en sera séparé , il traversera le tube de verre recourbé, c, entrera dans le flacon a , dont il chassera l’eau , et ce flacon se remplira ainsi de gaz acide carbonique. Il faut le boucher alors dans sa position renversée , avec le col au-dessous de la surface

de l’eau , le retirer ensuite du vase de terre , et y introduire environ un quart de litre d’eau distillée; après l’avoir , alors , bouché de nouveau bien exactement , agitez-le pendant trois à quatre minutes et laissez le tout en repos pendant deux ou trois heures , en agitant souvent le Üaeon. L’eau deviendra ainsi fortement imprégnée de gaz acide carbonique , ou sera convertie en une eau de Seltz artificielle. Il se dégagera , en trèsgrand nombre, des bulles d’air de cette eau , lorsqu’elle sera exposée à ratmosphère , et particulièrement, si on la vide d’un vase dans un autre , ou lorsqu’elle est doucement chauffée. Plus l’eau est froide, et plus elle se chargera de gaz acide carbonique.

Ï1 est évident , qu’il s’échappe une quantité de gaz acide carbonique égale à la portion d’eau introduite dans le flacon , mais c’est un objet peu important. On peut même éviter cette perte, en renversant le flacon rempli de gaz acide carbonique dans une capsule contenant de l’eau distillée, et en le laissant ainsi pendant quelques heures , ou jusqu’à ce qu’il soit monté une quantité suffisante d’eau dans le flacon , et que cette eau se soit imprégnée du gaz.

On peut obtenir du marbre, par ce procédé, de 40 à 45 pour cent de son poids de gaz acide carboiiiijue, de manière, que six grammes produiraient de un et demi à deux décimètres cubes.

LXIV. EAU IMPRÉGNÉE DE GAZ ACIDE HYDRO-SULFURIQUE , ou ACIDE HYDRO-SULFURIQUE LIQUIDE.

Ce liquide , qui n’est point un article de commerce,

DES REACTIFS

HJO

et qu’on ne peut , par conséquent , se procurer par cette voie, est également nécessaire pour procéder à plusieurs des expériences dont il a été précédemment fait mention ; on peut aisément le préparer de la manière qui suit, pour s’en servir immédiatement.

Mettez dans le flacon h ( Pt. 11 , figure du riillieu ) une partie de sulfure d’antimoine du commerce , réduit en poudre grossière , et versez dessus trois ou quatre parties d’acide hydro-chlorique ordinaire, concentré ; en aidant alors l’action de l’acide par une douce chaleur de la lampe à esprit de vin , il y aura dégagement de gaz acide sulfurique , et on pourra le combiner alors avec de l’eau distillée , ainsi qu’on l’a indiqué cidevant , pour opérer le même effet avec celte eau et le gaz acide carbonique ; il faut avoir soin de laisser s’échapper la première portion du gaz mis en liberté, parce qu’il se trouve mêlé avec une portion d’air ordinaire, contenu dans le flacon où le gaz se développe.

On peut, au lieu de sulfure d’antimoine, faire usage de sous-sulfure de fer, il se séparera du gaz acide sulfurique en abondance , et il pourra ensuite être combiné avec de l’eau distillée , ainsi qu’il a déjà été indiqué ; mais le sulfure d’antimoine fournit le gaz le plus pur. L’eau distillée se charge , dans la proportion d’environ les trois quarts de son volume , de gaz acide hydro-sulfurique ; elle acquiert, par sa combinaison avec ce gaz , une saveur douceâtre et très-nauséabonde , et une forte odeur fétide , ressemblant à celle d’œafs pourris, ou à celle qui se répand lorsqu’on lave avec de l’eau un canon de fusil encrassé après avoir tiré. L'eau, imprégnée de gaz aeide, hydro-sulfurique, ne peut pas

se conserver pendant long-temps , lors môme qu’on la tient renfermée dans des flacons boucliés avec des bouchons de liège ; parce que l’hydrogène abandonne le soufre , qui se précipite alors sous la forme d’une poudre blanche ; mais, pour les expériences que nous avons indiquées, l’eau imprégnée de gaz acide hydrosulfurique , lorsqu’on la garde dans . un lieu obscur ou dans un flacon opaque bien bouché , conserve , pendant deux ou trois mois , une force suffisante.

On peut se procurer le sous-sulfure de fer, en fondant ensemble , dans un creuset couvert , pendant quelques minutes , trois parties de limaille de fer et une partie de fleur de soufre ; ou bien , encore, on obtient ce soussulfure, en remplissant à moitié un creuset avec des pyrites ferrugineuses ordinaires , en les y recouvrant avec la moitié de leur poids de limaille de fer, en mettant par-dessus une couche de poussière de charbon, et en exposant, alors, le tout pendant une demi-heure à la ciialeur d’un rouge obscur.

ANALYSE

VV'VV\'VVVVWV'WVVV'VVV'V\'VVV\VVA'VV'WV\'VW'\'W\WVVVVWVV\'V'VVVV''i‘VVVVVWWW\'\'\'y'VWVV\A'\.'VV

ANALYSE DES EAUX MINÉRALES (i).

L’analyse des eaux minérales a été considérée , de tout temps 5 comme une opération difficile. On a fait usage , pour reconnaître les diderentes substances qu'elles contiennent, et pour en déterminer les proportions , d’un grand nombre de méthodes , qui sont , pour la plupart , susceptibles d’erreurs. Cette diversité de moyens d’analyse est, elle- même , une source de discordance dans les résultats ; et , pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec des recherches de cette nature, c’est souvent une chose difficile que de déterminer quel est le procédé le mieux approprié à la découverte d’une composition particulière. Il suit de là, qu’il serait avantageux d’avoir une formule générale, s’il était possible de la donner, applicable à l’analyse de toutes les eaux. Le docteur Murray a proposé un procédé, qui paraît susceptible d’être très-généralement employé. Ce procédé est simple , d’une exécution assez facile , et il ne présente de causes quelconques d’erreur , que celles qu’il est aisé de prévenir. Les principes sur lesquels celle méthode est fondée , ^ et les détails du procédé, lui-même, sont l’objet des observations qui suivent.

(i) C’est à M. J. Murray, M. D., que nous sommes redevables de cette méthode d’analyser des eaux minérales. Transactions of khe royal society of Ediivbury fi ; vol. n , pag, 22.5.

DES EAÜX MINÉRALES. igj

Deux moyens d’analyse ont été employés dans la recherche de la composition des eaux minérales. Celui qu’on peut appeler la métfiocle directe, par lequel on obtient, par évaporation, aidée par l’application subséquente de dissolvans, ou quelquefois de précipitans^ certains sels conmposés; et celui, pouvant être désigné comme méthode indirecte^ qui fait connaître, par l’emploi de réactifs , les principes de ces sels , c’est-àdire , les acides et les bases dont ils sont formés , dont on évalue en outre les quantités , et d’où l’on peut conclure j et les sels particuliers, et les proportions de ces sels.

Les chimistes ont toujours considéré la première de ces méthodes, comme fournissant le document le plus essentielle! le plus certain ; et , sans négliger la seconde, ils s’en sont ordinairement servi , comme d’un moyen subordonné à l’autre. Les sels obtenus par évaporation, cnt été généralement considérés comme les ingrédiens réels, et l’on imagina, par conséquent, que rien de plus n’était nécessaire pour l’exactitude de l’analyse, que de les avoir purs, et d’en estimer avec précision les quantités. Au contraire, lorsque ce sont les élémens seulement qu’on est parvenu à connaître, on jugea, qu’on n’acquerrait point de notion relativement à la composition réelle; car, il restait encore à déterminer suivant quel mode ces élémens étaient combinés, ce que l’on supposa ne pouvoir être déduit que des composés effectivement obtenus. On n’eut donc recours à cette méthode, lorsqu’on l’employa dans la vue d’évaluer les quantités, que pour obvier aux difficultés particulières, qui pouvaient se présenter dans l’exécution de l’autre, ou pour ajouter à l’exactitude des propor-

lions, ou, tout £iu plus, lorsque la composition étant très-simple, ne consiste principalement que dans un genre de sels.

Une autre circonstance , qui contribua à faire donner la préférence à la méthode directe d’analyse , ce fut l’incertitude en ce qui concernait la détermination des proportions des élémens de sels composés. Cette incertitude était telle , que même, d’après la détermination la plus exacte des quantités absolues des acides et des bases existantes dans une eau minérale, il eût été difficile, ou presque impraticable, d’assigner la composition précise, et les proportions effectives des sels composés; de là, par conséquent , la nécessité de les obtenir par la méthode directe.

L’état présent de la science porte à d’autres considérations.

Si l’on pouvait justement conclure, que les sels, obtenus d’une eau minérale par évaporation , ou tout autre procédé analogue, en sont réellement les ingrédiens , il ne devrait rester aucun doute sur la supériorité de la méthode directe d’analyse, et même, sur l’absolue nécessité d’en faire usage. Mais il n’est pas besoin de grandes explications pour prouver que cette conclusion n’est pas incontestablement vraie. La concentration, par évaporation, doit, dans un grand nombre de cas, changer l’état de combinaison ; d’où il suit , que les sels obtenus sont souvent des produits de l’opération , et non les ingrédiens primitifs. Ce n’est pas leur état actuel qui peut fixer sur cette incertitude, et faire connaître la composition réelle. On^ n’acquiert donc pas , relativement à cette composition , plus de notion , en se pro-

DES i: AUX MINÉRALES. 1^5

curant les sels , que par la decouverte de leurs élémens; car, ceux-ci étant connus, et leurs quantités déterminées, on peut, en partant du principe, quel qu’il puisse être , d’après lequel on déduit les modes affectifs de combinaison , assigner, avec une égale facilité, les quantités des composés binaires que ces élémens forment.

La connaissance, qu’on a aujourd’hui des proportions exactes des principes constituans de la plupart des sels composés, nous met aussi en état d’en déterminer la formation par les élémens , avec autant de précision , qu’en obtenant ces composés eux-mêmes; et, s’il avait pu être commis quelque erreur dans l’évaluation de ces proportions , en poursuivant ces recherches , on ne pourrait manquer de la découvrir promptement.

Lorsqu’on cherchant à reconnaître la composition d’une eau minérale, on la détermine par la découverte des acides et des bases qu’elle contient, ce moyen d’opérer est, en général, d’une exécution plus facile, et il présente plus d’exactitude, que celui d’établir la composition d’après les sels composés obtenus isolément. Rien n’est plus difficile que d’effectuer la séparation entière de sels par cristallisation, même en s’aidant, comme on le fait ordinairement , de l’action d’alcool , soit comme dissolvant , soit comme précipitant , ou, en employant l’action de l’eau comme dissolvant à différentes températures ; dans le plus grand nombre de cas , l’objet de cette séparation ne peut être complètement rempli , et il doit en résulter un défaut d’exactitude dans l’analyse. L’autre méthode n’est pas susceptible d’une semblable difficulté. Les élémens étant décou-

ïgG ANALYSE

verts , et leurs quantités estimées , en général , d’aprèg leur précipitation en composés insolubles , leur séparation entière est aisément effectuée. Rien n’est plus facile , par exemple , que d’évaluer la quantité totale d’acide sulfurique, au moyen de la précipitation par la barite , ou celle de la chaux, en précipitant par l’oxalate d’ammoniaque. Cette méthode a , de plus , un avantage particulier sous le rapport de l’exactitude; c’est que, si l’on commet quelque erreur dans l’évaluation d’un des principes quelconques, on la découvre dans la suite des inductions qu’on en tire, relativement aux combinaisons binaires, puisque, si tous les élémens ne sont pas entre eux dans le rapport nécessaire pour produire l’état de neutralisation, l’excédant, ou ce qui manque, devient apparent; et, par conséquent, l’erreur est reconnue. La méthode indirecte a donc, alors, tout avantage sur l’autre, tant, sous le rapport de l’exactitude, que sous celui de la facilité d’exécution.

Un autre avantage dérive encore de cette manière de voir, si elle èst juste; c’est celui de prévenir la discussion de questions, qu’autrement il faudrait prendre en considération , et qu’il doit être souvent difficile de décider , si même elles sont de nature à être résolues. L’évaporation , ou toute autre opération analytique quelconque, au moyen desquelles on essaie d’obtenir les sels qui existent dans une eau minérale, pouvant influer sur l’état ou combinaison, il s’ensuit, qu’on aura souvent des résultats discordans, suivant les méthodes employées. Les proportions, au moins, seront différentes, et quelquefois même on trouvera, par une méthode, des produits qui ne s’obtiennent point par une autre. C’est ce

DES EAEX MIXER AIES. I97

iTjuî arrivera plus particulièrement, dans le cas d’une eau dont la composition est compliquée. Les eaux de Glieltenliam, par exemple, ont, dans diverses analyses, offert des résultats très-différens ; et, dans la supposition que les sels obtenus sont les ingrédiens réels, cette diversité de résultats , qu’il faut attribuer à de l’inexactitude , donne nécessairement lieu à un ample sujet de discussion. De même aussi , la question de savoir, si l’eau de mer contient du sulfate de soude avec du sulfate de magnésie, a fourni souvent matière à controverse. Cependant , des diseussions de ee genre sont superflues. Les sels, qu’on se procure, ne sont pas nécessairement les ingrédiens réels, mais ils sont, en partie au moins, des produits de l’opération, qui, p^r conséquent, peuvent être obtenus ou non, ou, dans des proportions différentes, suivant la méthode que l’on emploie. Ainsi, tout ce qu’il est possible de faire avec précision , c’est d’estimer les élémens , et d’en établir alors les combinaisons binaires , conformément à la manière de voir la plus probable, quelle qu’elle puisse être, sur la composition réelle.

On a rangé les eaux minérales sous les quatre classes , de carbonatées, de sulfureuses, de ferrées, et de satines. Mais toutes ces eaux sont, ou salines, ou peuvent être ramenées à cette division. Dans les eaux de la première classe, l’acide carbonique , qui est en excès, peut être chassé par la chaleur, et sa quantité évaluée. Le gaz aeide hydro-sulfurique est expulsé de la même manière’, ou décomposé ; et le fer peut être découvert par les réactifs qui lui sont propres , et , séparé par des méthodes convenables. Dans tous ces cas, l’eau

ANALYSE

iy8

reste avec son imprégnation saline quelconque , et , par conséquent, dans la suite de son analyse, elle est essentiellement la même qu’une eau purement saline ; la seule précaution à prendre, est celle d’avoir observé ces principes dégagés, et de ne point introduire d’ingrédient nouveau , par les méthodes dont on fait usage.

Les sels, que contiennent ordinairement les eaux minérales, sont des carbonates, des sulfates et des hydroeblorates , de chaux , de magnésie et de soude. Il faut donc, en procédant à l’analyse , se procurer d’abord, par l’application des réactifs ordinaires, une connaissance générale de la composition probable. On découvre la présence des acides sulfurique et carbonique, par la barite ; celles, de l’acide bydro-cblorique, par le nitrate d’argent; de la chaux, par l’acide oxalique; de la magnésie, par l’ammoniaque; et celle de tout sel neutre alcalin quelconque , par évaporation. Il y aura aussi de l’avantage à recueillir les produits d’évaporation , à en reconnaître les quantités, sans s’attacher, par une attention minutieuse, à la précision; l’objet étant simplement de faciliter, par ces essais préliminaires, la plus grande exactitude de l’analyse.

Supposons cela fait, et que la composition de l’eau soit de l’espèce la plus compliquée, c’est-à-dire, que par l’effet des réactifs, ou par évaporation, elle ait fourni des carbonates, sulfates, et hydro-chlorates de chaux, de magnésie , et de soude ; il faut , en général , procéder , ainsi qu’il suit, pour reconnaître les ingrédiens , et en déterrniner les proportions.

Faites réduire l’eau par évaporation, autant que cela se peut, sans qu’il en résulte aucun précipité sensible ,

DES EAUX MINERALES. 1 99

OU cristallisation. Par celte concentration, l’action des réactifs à employer, est rendue plus certaine et pluscomplète; par elle, aussi, tout acide carbonique libre est dégagé.

Ajoutez, à l’eau, ainsi concentrée , une dissolution saturée d’hydro-chlorate de barite , pendant tout aussi long-temps qu’elle donne lieu à précipité, en faisant attention de n’en pas employer un excès. Par une expérience préliminaire , assurez-vous si ce précipité fait ou non effervescence avec de l’acide hydro-chlorique étendu, et s’y dissout en totalité. S’il en est ainsi, le précipité est nécessairement du carbonate de barite, dontle poids, après qu’il a été séché , donne la quantité d’acide carbonique ; cent parties contenant vingt-deux parties d’acide. Si le précipité ne fait point effervescence , c’est du sulfate de barite, dont le poids donne, de la même manière , l’acide sulfurique ; cent parties de ce précipité , chauffé au rouge obscur , contiennent trentequatre parties d’acide. Si le précipité fait effervescence , et qu’il soit en partie dissous, il consiste, à la fois, en carbonate et en sulfate. Pour reconnaître les proportions de ces sels , on fait sécher le précipité à une chaleur un peu inférieure au rouge, et on le pèse; on le soumet ensuite à l’action d’acide hydro-chlorique étendu; et, après l’avoir lavé avec de l’eau , on le sèche à une chaleur semblable. Dans cet état, son poids représentera la proportion de sulfate de barite ; et ce qu’il se trouvera avoir perdu de son premier poids , celle du carbonate de cette base.

Par celte opération, les acides , carbonique et sulfurique, sont séparés en totalité, et tous les sels contenus

A N A LYSE

dans i’eau, sont convertis en hydro-chlorates. Il reste donc, d’abord, à découvrir et à évaluer les quantités des bases présentes; et alors, pour compléter l’analyse, à trouver la quantité d’acide hydro-chlorique que l’eau minérale contenait dans l’origine: on y parvient ainsi qu’il suit.

Ajoutez , à la liqueur claire, une dissolution saturée d’oxaiate d’ammoniaque , pendant tout aussi long-temps qu’il s’y manifeste du trouble. La chaux sera précipitée à l’état d’oxaiate de cette base. Après ayoir lavé le précipité,] on [peut le faire sécher ; mais, comme son exposition , à une chaleur rouge , donne lieu à décomposition, il est à peine possible de l’amener à un état uniforme de dessiccation avec assez d’exactitude, pour permettre d’évaluer la quantité de chaux , d’après son poids. Il faut donc calciner le précipité à une chaleur faiblement ronge , ce qui le convertit en carbonate de chaux, dont cent parties en représentent , cinquante -six de chaux. Mais comme une portion d’acide carbonique peut être chassée par la chaleur, si on la pousse à un trop haut degré, ou que le carbonate peut avoir retenu de l’eau, si la chaleur n’est pas assez élevée , il convient de le convertir en sulfate, par une addition d’acide sulfurique avec un léger excès, et d’exposer ensuite le sel, ainsi formé, à une pleine chaleur rouge. Il restera du sulfate de chaux /bien desséché , dont loo parties en contiennent, suivant le docteur Murray, 4*?^ de chaux.

La seule source d’erreur, dont cette conduite de l’analyse soit susceptible, est celle qui résultera deM’em-^ ploi , dans la première opération , de plus de barite , que n’en pouvait exiger la précipitation des acides

DES EAt'X MINÉ HALES.

sulfurique et carbonique. La barite en excès se précipitera dans l’opération suivante , à l’état d’oxalate de barite sera ensuite convertie en carbonate et sulfate, et ainsi la proportion de chaux sera , en apparence , trop grande. On obvie, par conséquent, à cette cause d’erreur , en évitant , avec soin , d’employer un excès de barite. Pour rendre , aussi complet que possible , l’effet de la précipitation de la chaux par l’oxalate d’ammoniaque , il faudrait réduire l’eau considérablement par évaporation, tout en évitant de donner lieu à séparation d’aucun de ses ingrédiens.

L’opération , qui suit, dans la continuation de l’analyse , doit avoir pour objet de séparer la magnésie ; et, à cet égard, il se présente quelque difficulté , qui dérive particulièrement du plan de la présente formule. Le principe , sur lequel cette formule est fondée , est , d’abord , de séparer tous les acides , l’acide hydro-chlorique excepté ; et, en second lieu , de séparer les bases , ou autrement , d’en évaluer les quantités. Si l’on peut obtenir séparément la chaux et la magnésie , par précipitation , il n’en est point ainsi de la soude. Il faut donc conduire le procédé de manière à laisser à la fin cet alcali à l’état d’hydro -chlorate de soude. Il s’ensuit , qu’il est nécessaire, ou de se débarrasser de tout produit nouveau , introduit dans les opérations antécédentes de l’analyse, ou bien , s’il en reste de ce genre, d’être en état d’en déterminer la quantité avec précision. En décomposai! tl’hydro-chlorate de chaux, par l’oxalate d’ammoniaque, on substitue de l’hydro-chîorate d’ammoniaque , qui peut être ensuite dégagé par la chaleur. L’objet est donc de décomposer l’hydro - chlorate de magnésie,

A ?i A LYSE

et de séparer la magnésie , soit , par quelque méthode semblable, ou , si cela ne se peut pas, du moins , par quelque autre, au moyen de laquelle, l’hydro-chlorate substitué puisse être évalué exactement; et c’est, dans la manière de satisfaire à l’une, ou à l’autre de ces conditions, queconsisteladifficultédont il vient d’être parlé.

La décomposition du sel magnésien , par l’ammoniaque, aurait le premier avantage, puisque l’hydrochlorate d’ammoniaque serait chassé par la chaleur à la fin du procédé; mais cette décomposition, ainsi que cela est bien connu , ne s’opère qu’en partie. Le sous - carbonate d’ammoniaque donne lieu à une précipitation de magnésie plus abondante ; mais son action n’est également que partielle , puisqu’après qu’on en a ajouté une certaine quantité , il se forme un sel ternaire soluble. Il semblait probable, qu’on pouvait obvier à cet inconvénient, en ajoutant le sous-carbonate d’ammoniaque, jusqu’à cessation totale de précipité , en évaporant, alors jusqu’à siccité, la liqueur filtrée , en chassant , au moyen de la chaleur , l’hydrochlorate d’ammoniaque, et tout excès d’ammoniaque , en faisant redissoudre, et, enfin, en ajoutant une nouvelle portion de sous-carbonate d’ammoniaque, pour décomposer le sel de magnésie restant. En procédant de cette manière, le docteur Murray, trouva , que la seconde addition donnait lieu à un précipité abondant, et il s’assura , que même , à la quatrième , il s’en produisait un en petite quantité. Mais, après tout, la décomposition n’était pas parfaitement opérée ; car la quantité de magnésie obtenue, n’était point égale à celle qu’on se procurait par d'autres méthodes.

DES EAUX MINÉRALES. 2o5

On s’est ordinairement servi du sous-carbonate de potasse, ou de soude, pour précipiter la magnésie, de ses combinaisons salines. La précipitation , cependant , n’est que partielle , à moins qu’on n’emploie le précipitant en excès, et même alors, elle n’est peut-être pas tout-à-fait complète ; et , comme cet excès ne peut pas être facilement apprécié , il en résulte , pour l’évaluation de la quantité d’hydro-chlorate de soude à la fm de l’opération , une cause d’erreur , contre laquelle il n'est pas aisé d être en garde.

La méthode , que propose le docteur Wollaston , est beaucoup plus parfaite. Elle consiste à précipiter la magnésie de sa dissolution, en ajoutant, d’abord, du carbonate d’ammoniaque , et, alors, du phosphate de soude , de manière à former le phosphate insoluble ammoniaco-magnésien. La magnésie paraît être ainsi précipitée en totalité; et, par conséquent, ce moyen de déterminer la quantité de cette base, ne semble pas susceptible d’objection. Cependant, il n'est pas tout-àfait d’accord avec le but de la présente formule. La soude du phosphate de cette base, sert à neutraliser l’acide hydro-chlorique de l’hydro-chlorate de magnésie ; et, par conséquent, il se forme de l’hydro-chlorate de soude, qui reste avec le muriate de soude de l’eau , et dont il devient alors nécessaire de déterminer, avec exactitude, le montant. C’est ce qui peut se faire, d’après la quantité de phosphate de magnésie obtenue , comme donnant la portion équivalente d’hydro-chlorate de soude, soit au moyen des équivalons des acides, soit par les équivalons des bases ; mais encore cela rend-il la méthode un peu compliquée, et susceptible de

AK ALtSE

quelque erreur, si, afin de précipiter la magnésie eis totalité, on ajoute un excès quelconque de phosphate de soude , ce qu’il est difficile d’éviter ; cet excès , qui reste avec l’hydro-chlorate de soude, en rend l’évaluation inexacte. Indépendamment de ces circonstances , il serait préférable de mettre de l’uniformité dans l’opération, en employant quelque méthode, au moyen de laquelle , le produit, dans cette opération , aussi bien que dans celles qui l’ont précédées, est séparé, ne laissant, à la fin de l’analyse, que l’hydro -chlorate de soude.

Il semblait probable, qu’on aurait pu y parvenir , en employant l’acide phosphorique avec le carbonate d’ammoniaque, pour former le phosphate triple d’ammoniaque et de magnésie , avec un excès d’ammoniaque tel , qu’il pût suffire à la fois , pour la formation de ce composé , et pour neutraliser l’acide hydro-chlorique de l’hydro-chlorate de magnésie. L’hydro-chlorate d’ammoniaque serait ainsi substitué , comme dans l’opération précédente de la précipitation de la chaux , et cet hydro-chlorate serait, à la fin , chassé par la chaleur , laissant l’hydro-chlorate de soude seul. Le docteur Murray trouva, en conséquence, que lorsqu’on variait ainsi le procédé , la liqueur devenue claire après la précipitation, n’était pas troublée par une addition, soit de phosphate de soude avec ammoniaque, soit de sous-carbonate de soude ; ce qui prouve , que la séparation de la magnésie avait été complète. Pour établir d’une manière plus certaine combien celte séparation est exacte, par ce moyen, on fit aussi les expériences qui suivent.

DES EADX MINÉRALES. 3o5

Après avoir fait dissovidre, dans 480 parties d'eau^ à la température de 38° centigrades , 20 parties d’hydrochlorate de soude (sel gemme pur), qui avait été chauffé au rouge, et 10 parties d hydro-chlorate de magnésie critallisé ; on fit emploi du phosphate de soude et du carbonate d’ammoniaque, pour précipiter la magnésie, suivant le mode proposé par le docteurWollaston ; c’està-dire, qu’on ajouta d abord une dissolution du carbonate d’âmmoniaque, et ensuite, une dissolution dephosphate^de soude pendant aussi long-temps qu il y eut manifestation de précipité, en ayant soin de conserver, dans la liqueur, un léger excès de l’ammoniaque. Le précipité , après avoir été lavé, séché, et alors exposé pendant une heure à une chaleur rouge, donna 5,4 parties de phosphate de magnésie, représentant 2,1 5 parties de magnésie. En évaporant ensuite la liqueur filtrée, on obtint de l’hydro-chloratc de soude, qui, après avoir été chauffé au rouge, pesait 26,7 parties. Le phosphate de magnésie consistant, sur 100 parties, dans 39,7 de magnésie, et 60, 3 d’acide phosphorique; il s’ensuit, que 5,4 parties de ce sel équivalent à 6,4 parties d’hydrochlorate de soude; et, en les déduisant des 25,7 parties de cet hydro-chlorate obtenues, le surplus, de 19,3 parties , représentera ce qui en a été primitivement dissous.

On prépara une dissolution, qui était parfaitement la même , et on y ajouta , comme auparavant , une dissolution de carbonate d’ammoniaque. On y versa alors une forte dissolution d’acide phosphorique , jusqu’à cessation de toute apparence de précipité , avec la précaution de maintenir toujours un excès de car-

ANALYSE

bonate d’ammoniaque dans la liqueur. Le précipité , lavé et séché, donna, après avoir été exposé à une chaleur rouge , 5,5 parties de phosphate de magnésie , équivalant à 2,19 parties de magnésie. On évapora la liqueur filtrée ; et, la matière solide , après avoir été soumise à une chaleur , élevée par degrés , jusqu’au rouge , donnait exaotement , étant refroidie , le poids de 20 parties.

Dans l’une et l’autre de ces expériences , la quantité d’hydro-chlorate de soude s’obtient d’une manière exacte , ou, tout aussi approximative qu’on peut s’y attendre. Ces expériences s’accordent, également , tout autant qu’il est possible de le désirer , même en répétant l’expérience, dans la quantité de magnésie qu’elles indiquent. Pour reconnaître, jusqu’où pouvait aller celte correspondance avec la quantité réelle , le docteur Murray convertit ïo parties d’hydro-chlorate de magnésie cristallisé j en sulfate , au moyen d’une addition d’acide sulfurique , et il exposa ce sulfate à une faible chaleur rouge; le produit fut de 6,4 parties, équivalant à 2,1 5 parties de magnésie. Ce résultat peut être considéré comme une coïncidence parfaite , et comme établissant l’exactitude des autres résultats.

D’après celte dernière expérience, 100 parties d’hydro-chlorate de magnésie cristallisé , donneraient 64 parties de sulfate réel de magnésie , formées de 21 , 5 parties de magnésie et de [\‘i , 7 parties d’acide sulfurique. Cette quantité d’acide sulfurique équivaut à 29, 4 parties d’acide hydro-chlorique, d’où il suit, que 100 parties d’hydro-chlorate de magnésie cristallisé , consistent dans 21,3 parties de magnésie, 29, 4 parties d’acide hydro-chlorique, et 49 5 5 parties d’eau.

D E s F. A t X M 1 N E IV A L E S. 20^

Ainsi, il paraît, qu’on peut employer l’acide phosphorique avec un excès d’ammoniaque , pour préeipiter la magnésie de ses combinaisons salines; et, dans un procédé , tel que celui-ci, cet emploi présente l’avantage , que l’hydro-chlorate d’ammoniaque formé , peut être ensuite volatilisé par la chaleur ; et qu’il est, par conséquent, facile de reconnaître la quantité de tout ingrédient résidu quelconque. Le phosphate neutre d’ammoniaque aurait aussi cet avantage ; mais il ne réussit pas , le phosphate de magnésie n’étant pas suffisamment insoluble. En ajoutant une dissolution de phosphate d’ammoniaque à une dissolution de sulfate de magnésie, le mélange devint trouble dans une minute ou deux, et , dans peu de temps , il se déposa , au fond et sur les parois du vase, un précipité en grains cristallins; mais ce précipité n’était pas considérable, et il n’augmenta point. Cependant , le phosphate d’ammoniaque, avec un excès d’ammoniaque, ou, avec addition préalable de carbonate d’ammoniaque, peut être employé pour en obtenir le même effet que de l’acide phosphorique. En se servant de l’acide phosphorique , sous une quelconque de ces formes, pour atteindre ce but , il est nécessaire de s’assurer qu’il est entièrement libre de toute imprégnation de chaux.

Il y a un autre avantage attaché à cette méthode , c’est que , si même on ajoutait un léger excès d’acide phosphorique , l’erreur, pouvant en résulter, doit être très-peu de chose ; car l’effet de cet excès sera seulement de décomposer une petite portion de l’hydrochlorate de soude primitif ; et , comme la différence entre les proportions, suivant lesquelles les acides,

ANALYSE

phosphoriqiie, el hydro*chlorique^ se combinent avec la soude 5 èst très-peu considérable , on peut négliger ^ comme de nulle importance , toute différence de poids provenant de cette substitution ; quelque grande quelle soit supposée avoir lieu.

Dans la vue de s’assurer , en les comparant entre elles 5 de l’exactitude de diverses méthodes , le docteur Murray soumit à l’analyse , par du sous-carbonate d’ammoniaque ^ une dissolution semblable d’bydrochlorate de magnésie et d’hydro-clilorate de soude. Cette dissolution saline, ayant été chauffée à 38 degrés centigrades, on y ajouta, jusqu’à excès , une dissolution , préparée en faisant dissoudre du carbonate d’ammoniaque dans de l’eau d’ammoniaque pure. Il y eut production d'un précipité abondant , qu’on recueillit sur un filtre; et la liqueur filtrée ayant été évaporée à siccité , la masse saline fut exposée à la chaleur , tant qu’il s’en exhala des vapeurs. En faisant redissoudre celte matière , il en resta une petite portion , qui ne fut point attaquée; et, en ajoutant de nouveau du souscarbonate d’ammoniaque à la dissolution filtrée , le précipité produit était moins abondant que d’abord. Cela fut répété une troisième , et même une quatrième fois, après quoi la liqueur ne fut plus rendue trouble. Le poids de l’hydro-chlorate de soude , obtenu par évaporation , et exposé ensuite à une chaleur rouge , était de 20,5 parties. Tout le précipité lavé, ayant été chauffé avec de l’acide sulfurique , donna parties de sulfate sec de magnésie, quantité inférieure à celle obtenue par les autres méthodes, ce qui est évidemment dû à ce que faction du carbonate d’ammoniaque , comme

2og

DES EiUX MINÉUALES.

précipitant , est moins parfaite. En faisant l’anaîyse d’eau de mer par le sous-carbonate d’ammoniaque , on trouva un déficit semblable dans la proportion de magnésie ; tandis , qu’au contraire , en analysant cette même eau par le phosphate de soude et le carbonate d’ammoniaque , on obtint une plus grande quantité d’hydro - chlorate de soude que par les autres méthodes 5 par la raison , probablement , qu’il est difficile d’éviter un excès de phosphate de soude en précipitant la magnésie.

Pour appliquer , albrs , celte méthode à la formule dont il s’agit : fdtrez la liqueur après la précipitation de i’oxalate de chaux ^ et après l’avoir chauft'ée à 38° centigrades, et, s’il est nécessaire, l’avoir fait réduire par évaporation , ajoutez -y une dissolution de carbonate d’ammoniaque ; versez immédiatement après , dans ce mélange , une forte dissolution d’acide phosphorique , ou de phosphate d’ammoniaque , en continuant cette addition avec de nouvelles portions de carbonate d’ammoniaque , s’il est nécessaire , de manière à maintenir la liqueur avec un excès d’ammoniaque , pendant tout aussi long-temps qu’il y a manifestation de précipité. Lavez le précipité, et faitesle sécher à une chaleur qui n’excède pas 38° centigrades. C’est le phosphate d’ammoniaque et de magnésie , contenant 0,19 de cette terre; mais, pour plus d’exactitude , il vaut mieux convertir ce sel en phosphate de magnésie , en le calcinant pendant une heure, à une chaleur rouge : cent parties de ce sel, alors, en contiennent quarante de magnésie.

Faites évaporer, jusqu’à siccité, la liqueur qui

reste après les opérations précédentes , et le résidu étant desséché , chauffez -le pendant tout aussi longtemps qu’il s’en exhale des vapeurs, en poussant, vers la fin , la chaleur jusqu’au rouge. La matière résidu est de l’hydro-chlorate de soude, dont loo parties consistent dans 55,5 parties de soude et 4^,7 parties d’acide hydro- chlorique. Il ne faut pas, cependant , considérer cette quantité comme étant nécessairement la quantité d’hydro-chlorate de soude contenue dans l’eau ; car, avant ^la combinaison de la soude avec l’acide hydro-chlorique , il pouvait y avoir présence de cet alcali , uni , par exemple , avec de l’acide sulfurique ou de l’acide carbonique ; et , d’après la nature de l’analyse, cette. soude, séparée dans la suite des opérations , ou plutôt , dès les premières, de ces acides , par l’hydro-chlorate de barite , se serait combinée avec l’acide hydro-chlorique. L’hydrochlorate de soude, obtenu , ne donne donc pas la quantité primitive d’acide hydro-chlorique ; mais il fait connaître la quantité de soude , puisqu’il n’a été enlevé ni introduit aucune portion quelconque de cette base.

Quant à l’acide hydro-chlorique , il peut y en avoir eu plus ou moins qu’il n’en existe dans l’hydro-chlorate de soude obtenu. Si la quantité de soude , qui était contenue dans l’eau , excédait la proportion d’acide hydro-chlorique qu’elle pouvait neutraliser, cet excès de soude se serait combiné avec l’acide sulfurique ou avec l’acide carbonique, et ces acides ayant été ensuite enlevés par l’hydro-chlorate de barite, ils auraient été remplacés par l’acide hydro-chlorique, qui serait resté, à l’état d’hydro-chlorate de soude ; et l’on porterait

trop haut la proportion de ce sel , si , en le considérant comme un ingrédient primitif, on l’évaluait d’après la quantité qu’on en obtient. D’un autre côté, s’il existait dans l’eau plus d’acide hydro-chlorique , que la soude qui y est présente n’en pouvait neutraliser , cet excès s’étant combiné avec les autres bases, soit la chaux, soit la magnésie , se porterait sur l’ammoniaque , comme dans le procédé , au moyen duquel ces terres sont précipitées, et, ensuite, serait dégagé à l’état d’hydro-chlorale d’ammoniaque ; si , alors , on évaluait la quantité primitive d’acide hydro-chlorique , d’après le poids de l’hydro-chlorate de soude obtenu, cette quantité serait portée au-dessous de ce qu’elle était réellement.

Pour en trouver la véritable quantité , il est donc nécessaire d’avoir recours à une autre opération. On combine , conformément aux proportions connues de leurs composés binaires, les quantités de bases et d’acides qu’on a pu se procurer, en s’en tenant, relativement à l’acide hydro chlorique , à la quantité qui en existe dans l’hydro-chlorate de soude obtenu , s’il y a eu une portion quelconque d’acide hydro-chlorique enlevée, les bases seront en excès, et la quantité de cet acide, nécessaire pour produire la neutralisation, sera la quantité perdue ; d’un autre côté , s’il y a eu de l’acide hydro-chlorique introduit, et s’il en reste au delà de ce qu’il en était primitivement contenu dans l’eau , cette quantité sera en excès relativement à ce qui est nécessaire pour produire la neutralisation.

Le procédé consiste donc simplement à former, avec les élémens obtenus par l’analyse, des combinaisons

ANALYSE

binaires dans les proportions connues, suivant lesquelles ces élémens s’unissent ; on reconnaîtra alors ce qui manque d’acide liydro-chlorique ou ce dont il est en excès ; et en retranchant cet excès de la quantité d’acide hydro-chlorique contenu dans Thydro-chlorate de soude , ou bien , en y ajoutant ce qui manque , on aura la véritable proportion d’acide hydro-chlorique.

Il y a , cependant , un défaut dans cette méthode ; si l’on a commis quelque erreur dans le cours des opérations antécédentes de l’analyse , soit dans l’estimation de bases , soit dans celle des acides, cette erreur restera cachée par l’espèce de compensation qui a lieu ea adaptant ainsi la proportion d’acide hydro-chlorique aux résultats , tels qu’ils ont été obtenus ; et, en même temps, on fera une évaluation inexacte de la quantité d’acide hydro-chlorique lui-même. Lors donc qu’on pourra craindre de s’être trompé, on, si, indépendamment de cette circonstance , on veut s’assurer d’une exactitude parfaite , il peut être convenable d’estimer directement la quantité d’acide hydro-chlorique dans une portion donnée de l’eau, en se débarassant, au moyen de la barite , de tout acide sulfurique ou de tout acide carbonique , et en précipitant, alors, l’acide hydro-chlorique par le nitrate d’argent, ou le nitrate de plomb. On déterminera ainsi la quantité réelle de cet acide avec une précision parfaite ; et , d’après le résultat , on pourra se rectifier sur toutes les autres opérations de l’analyse , parce qu’il ferait reconnaître toute erreur quelconque commise dans l’estimation des autres ingrédiens ; car leur quantité doit être, relalativement à celle de Tacide, telle qu’elle a été déter-

DES EAtJX MINÉRALES. 2l5

minée, dans la proportion qui correspond à l’état de neutralisation.

C’est en opérant ainsi , qu’on découvre les différens acides et les différentes bases, et qu’on en détermine les quantités. Pour compléter l’analyse , il reste à établir l’état de combinaison , dans lequel ces acides et les bases existent. On admettra, probablement, qu’il faut le faire , en partant d’un principe différent que celui d’après lequel on a , jusqu’à présent , déduit la composition d’eaux minérales. Les composés , qui peuvent être obtenus par l’analyse directe, ne sont pas à considérer, comme étant nécessairement les ingrédiens réels; et , en les établissant comme tels, on donnerait souvent une idée fausse de la véritable composition. Il est deux points de vue , d’où l’on peut inférer l'état de combinaison dans une dissolution saline, et d’après lesquels, par conséquent, on peut assigner à une eau minérale sa composition. Il est permis de supposer que les acides et les bases forment des combinaisons simultanées ; ou bien , si ce sont des combinaisons binaires , ce, qu’à cet égard, on peut conclure , comme de plus probable , c’est que les combinaisons sont celles qui forment les composés les plus solubles , leur séparation en composés moins solubles , au moyen de l’évaporation, résultant de l’influence de la force de cohésion. Dans l’un et l’autre de ces cas, il est évident, qu’il convient d’établir, d’abord, comme les résultats de l’analyse, les quantités d’acides et de bases obtenues. Dans la première supposition , celle de leur existence en combinaison simultanée, c’est tout ce qu’il y a à faire. Dans l’autre supposition , les quantités établies

AN ALYSJE

d’acides et de bases fournissent les moyens d’en inférer les proportions des composés binaires ; et l’on peut , sans aucun inconvénient, ajouter la composition conformément aux produits de l’évaporation. On peut donc toujours présenter les résultats de l’analyse d’une eau minérale de ces trois manières : i® les quantités des acides et des bases ; 2” les quantités des composés binaires , comme déduites du principe que les cornposés les plus solubles sont les ingrédiens ; ce qui aura , en même temps , l’avantage de présenter la composition la plus active qui puisse être assignée; et, en conséquence , de mieux rendre compte de toutes les vertus médicinales que l’eau peut posséder; 5® les quantités des composés binaires , telles qu’on les obtient par l’évaporation , ou par foute autre opération analytique directe. Les résultats seront ainsi présentés sous chaque point de vue.

Il est évident que ce procédé , ainsi décrit par le

docteur Murray, a été adapté à la composition la plus

compliquée qui se rencontre ordinairement, et que,

par conséquent , il peut être modifié suivant les ingré- /

diens. Si, par exemple, [il n’y a pas présence de chaux, alors on ne fait pas emploi d’oxalate d’ammoniaque ; et, U en est ainsi des autres ingrédiens. On a supposé aussi que les précautions d’usage, qui se présentent d’elles-mêmes , ont été observées, telles que celles de n’employer aucun des précipilans en excès , et d’amener les produits à un état uniforme de dessiccation , etc.

A l’égard des autres ingrédiens, soit ceux qui ne sont pas salins, soit ceux qui sont plus rarement présens,

DES EADX MINÉRALES.

îl sera, en général, préférable, lorsque, par l’emploi de réactifs , ou par des résultats ayant lieu dans l’analyse elle-même, leur présence a été indiquée, de ne pas combiner la recherche , pour les découvrir, avec le procédé général ci-dessus décrit, mais d’opérer sur des portions séparées de l’eau , et de faire la déduction nécessaire pour leurs quanptés , en estimant les autres ingrédiens. La quantité de fer , par exemple , contenue dans une portion donnée de l’eau , peut être trouvée par la méthode la plus appropriée. On découvrira la silice par la consistance gélatineuse qu’elle prend à la suite de l’évaporation, et parce qu’elle forme un résidu insoluble dans les acides, mais que dissout une dissolution de potasse. On peut reconnaître la présence de l’alumine dans l’application préliminaire de réactifs , par le précipité que l’eau fournit avec le r carbonate d’ammoniaque, précipité qui n’est pas so- ^ lubie, ou ne l’est qu’en partie dans le vinaigre distillé , étendu, mais qui se dissout en le faisant bouillir dans une dissolution de potasse; on découvre encore l’alumine par le succinate de soude, qui la précipite de l’eau suffisamment évaporée; ou enfin , en donnant suite au procédé lui-même, l’alumine restera en dissolution après la précipitation de la chaux par l’acide oxalique, et on pourra la reconnaître, par l’apparence trouble que produira le carbonate d’ammoniaque , ajouté avant d’avoir fait emploi de ' l’acide phosphorique pour découvrir la magnésie. On peut en évaluer la quantité, d’après le précipité , qu’elle fournit par le carbonate d’ammoniaque, ou par d’autres méthodes employées ordinairement. La silice se précipitera aussi

ANALYSÉ

fi f(j

quand le procédé sera parvenu au même point ; oti peut en opérer la séparation d’avec l’alumine, en soumettant les précipités, complètement desséchés à l’action de l’acide suUurique étendu. La potasse , si elle est présente, ce qui arrive très-rarement, reste à la fm , à l’état d’hydro - chlorate de potasse. L’hydro chlorate de platine en indiquera la présence , et l’hydro- chlorate de potasse pourra être séparé de l’hydro-cidorate de soude par la cristallisation.

L’analyse d’eaux minérales peut, en partie, être conduite d’une autre manière, qui , un peu moins exacte peut-être, est simple et d’une exécution facile; on peut donc l’employer à l’occasion comme une variation du procédé. Nous allons en présenter succinctement l’exposé.

L’eau étant évaporée en partie, les acides, sulfurique' et carbonique , s’ils sont présens, ayant été séparés par l’addition de barite , et la conversion de tous les sels en hydro-chlorates ayant été effectuée de la manière déjà décrite, on peut évaporer la liqueur jusqu’à siccité, en évitant un excès de chaleur, qui pourrait décomposer l’hydro -chlorate de magnésie, s’il y en avait; on ajoute alors à la masse desséchée six fois son poids d’alcool rectifié, dont la pesanteur spécifique soit au moins de o,855; l’on maintient ainsi le mélange pendant vingt -quatre heures sans y appliquer la chaleur, en l’agitant de temps en temps. De cette manière, les hydro-chlorates de chaux et de magnésie seront dissous , tandis que l’hydro-chlorate de soude restera insoluble. Pour se débarrasser plus complètement ^es hydro-chlorates de chaux et de magnésie ,

DES EAUX MINERALES. 31^

décantez la liqueur, ajoutez au résidu environ deux, fois son poids du même alcool , et laissez reposer pendant quelques heures, en ayant soin d’agiter fréquemment le mélange. Cette liqueur étant aussi décantée , lavez la matière insoluble avec un peu d’alcool , que vous ajoutez aux premières liqueurs.

Quoique l’hydro-cblorate de soude soit par lui-même insoluble, ou presque insoluble, dans l’alcool de cette pesanteur spécifique, cependant, lorsqu’il est accompagné d’hydro-chlorate de chaux ou d’hydro-chlorate de magnésie , il s’en dissout un peu. Il faut donc , pour se mettre en garde contre cette cause d’erreur, évaporer ou distiller la dissolution alcoolique jusqu’à siccité, et faire agir de nouveau, sur la masse desséchée, l’alcool, en quantité moindre qu’auparavant : tout l’hydro-chlorate de soude , (jui avait été dissous , restera alors insoluble, et pourra être réuni à l’autre portion, ou , du moins, la quantité de cet hydro - chlorate dissous, doit être extrêmement petite. Une légère trace d’hydro-chlorate de chaux, ou d’hydro-chlorate de magnésie, peut adhérer à l’hydrochlorate de soude; mais la quantité en est à peine appréciable , lorsqu’on a employé une quantité suffisante d’alcool ; et les faibles erreurs dues à ces deux circonstances se compensant mutuellement , servent d’autant à donner un résultat , qui se rapproche de plus près de la vérité.

Après avoir enlevé l’alcool à la dissolution , par évaporation, ou par distillation, versez, de l’acide sulfurique, sur la matière solide, de manière à chasser tout l’acide hydro-chlorique , et exposez ensuite le résidu à une chaleur approchant du rouge, pour lui enlever

tout excès d’acide sulfurique. En lavant, avec un peu d’eau , le sulfate de magnésie sera dissous , le sulfate de chaux restera insoluble , et les quantités de chacun de ces sels, après les avoir chauffés au rouge faible, donneront les proportions de chaux, et de magnésie. La quantité de soude sera déterminée par le poids de l’hydro-chlorate de soude chauffé au rouge ; et l’on évaluera les quantités des acides de la même manière que dans la formule générale.

^ Cette méthode est également propre à découvrir les autres ingrédiens, qui se présentent plus rarement dans les eaux minérales. Ainsi l’alumine restera à l’état de sulfate d’alumine, avec le sulfate de magnésie, et on peut la découvrir, en la précipitant par le bi-carbonale d’ammoniaque. La silice restera avec i’hydro-chlorate de soude, après l’action de l’alcool, et on l’obtiendra en faisant dissoudre ce sel dans l’eau : la présence du fer se manifestera par la couleur qu’il donnera aux liqueurs concentrées , ou, aux résidus desséchés à une époque ou l’autre de l’opération.

Telle est la méthode, que le docteur Murray recommande pour l’examen des eaux minérales. On peut appliquer un procédé semblable à l’analyse des minéraux terreux. Lorsque leur composition est telle qu’ils peuvent être dissous, en totalité, ou à peu près, par un acide, c’est-à-dire, lorsqu’ils consistent principalement en chaux, en magnésie et en alumine , l’emploi de cette méthode d’analyse est évidemment suffisante. Si ces minéraux exigent préalablement l’action d un alcali, à raison de ce que la terre siliceuse y est prédominante , alors, après en avoir séparé celte terre, on neutralise

DES EAUX MINERALES.

l’excès d’alcali par de l’acide hydro -chlorique, et l’on peut conduire les autres opérations de l’analyse, avec toute modification que la composition particulière pourra exiger. Gomme les quantités des ingrédiens peuvent être estimées avec autant de précision, cette méthode peut être plus particulièrement employée avec avantage, quand on ne peut soumettre, à l’analyse, qu^une petite quantité du minéral; car, lorsqu’on en fait usage, on peut se borner, pour l’essai, à opérer sur un demigramme.

1 \V\ W'i'V'X WWW VWW'VWVVt/VVWWV WVVV'VW'VV'WVWIW'V W\ W-V WVV'WWW wwv wv wvw v^.v»

Page 1