‹ Traité pratique sur l'usage et le mode d'application des réactifs chimiques. Fondé sur des expériences, suivi d'instructions, pour l'analyse, des mines métalliques, des métaux, des sols, des engrais, et des eaux minéralesChapitre 191 sur 210 · EXPÉRIENCE CLXXXI · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE CLXXXI

Après avoir fondu à la flamme du chalumeau sur un morceau de charbon , une petite quantité de phosphate de soude, ou de verre de borax, ajoutez-y une très-petite portion d’oxide noir de manganèse , et faites fondre le mélange à la flamme plus intérieure bleue ; le globule prendra une couleur pourpre ou violette. Faites le fondre de nouveau, et, en le maintenant pendant plus long-temps à l’état de fusion, il en résultera que la couleur violette disparaît. Si , alors, on fait fondre le globule, devenu incolore , à la flamme extérieure du chalumeau , la couleur pourpre se reproduira ; mais elle sera, comme auparavant, détruite de nouveau, par une continuation plus prolongée de la chaleur. En mettant sur le globule la plus petite quantité de

DES JlEACTIFS

nitrate de potasse , la couleur se rétablit aussi immédiatement. Si 5 lorsque le globule est sans couleur, on le fait alors fondre dans une cuiller d’argent, ou sur une plaque de fer, ou sur un support métallique quelconque , au lieu de charbon , la couleur violette revient, et elle ne disparaîtra pas , quelque prolongée que puisse être la continuation de la chaleur , et pendant tout aussi long-temps que le globule restera sur le support métallique.

Il est quelques minéraux qui, exposés au dard de la flamme du chalumeau , restent parfaitement infusibles; tandis , que par l’action de celte flamme sur d’autres , ils sont aisément fondus. Elle produit, sur quelques-uns, l’effet d’être volatilisés en partie, d’autres brûlent avec une flamme d’une couleur particulière ; dans certains , comme l’oxide de manganèse , la couleur est changée à différentes températures. Quelques minéraux, lorsqu’ils sont attaqués par la flamme du chalumeau , se gonflent, d’autres décrépitent ou s’exfolient , ou perdent leur couleur ; dans quelques-uns , la fusion est partielle ; quelquefois le résultat est une espèce de cendre ou poudre ; dans beaucoup de cas, c’est un globule vitreux complet , transparent, ou opaque, ou de couleurs diverses. Certains minéraux fournissent vine simple scorie ou fraisil, d’autres produisent un émail, et quelques-uns donnent une fritte. Toutes ces gradations de phénomènes sont autant de moyens de découvrir et d’apprécier les différences, spécialement des minéraux terreux, et elles contribuent aussi à la connaissance et à la détermination de l’espèce particulière du minéral qui les présente.

11 faut un peu d’art^^our entretenir sans interruption , avec la bouche , l’insufflation du chalumeau-. Il n’est pas aisé de le décrire, mais il peut s’acquérir facilement par la pratique et l’habitude. L’acte de la respiration , pendant tout le temps qu’on souffle au chalumeau, ne doit avoir lieu que par les narines, et la force du souffle doit résulter simplement de la compression des joues sur l’air dans la bouche. Les commençans soufflent généralement trop fort, ce qui les oblige à respirer très-souvent. Tout l’art consiste à inspirer* l’air à travers les narines , tandis , que celui contenu dans la bouche, est forcé dépasser à travers le chalumeau; de manière, que l’action des narines, des poumons et de la bouche , ressemble à celle de soufflets doubles; pour remplir cet objet, il n’est pas nécessaire de souffler avec violence, mais seulement avec une force modérée et égale; et, alors, le souffle ne peut jamais manquer à celui qui opère.

Cet art de souffler convenablement , en faisant usage du chalumeau , s’acquicrt dans un instant pour quelques-uns de ceux qui essaient de se servir de cet instrument , tandis , qu’il faut à d’autres beaucoup de temps pour y parvenir. Il peut être utile d’indiquer ici les moyens, suivans, de vaincre les difîicultés qu’on éprouverait à cet égard. Il faut, d’abord, s’accoutumer à respirer librement à bouche fermée ; alors, après avoir fait entrer, au moyen d’une expiration, de l’air dans la bouche jusqu’à ce que les joues soient modérément enflées, on y retient cet air, en se déchargeant du surplus de l’expiration à travers les narines, et Ton fait ainsi deux ou trois inspirations et expirations à tra-

LES REACTIFS

vers elles , sans rien laisser échapper de l’air qui est dans la bouche. Lorsque, par l’exercice, on s’esi rendu facile cette manière de respirer par le nez seulement, il faut, lorsqu’on veut faire des essais au chalumeau , introduire l’extrémité du tube de cet instrument dans la bouche en le saisissant avec les lèvres, et en tenant dirigée ^ sur la flamme, l’autre extrémité en pointe déliée à très-petite ouverture , par où doit sortir le jet d’air. Après avoir, alors, rempli par respiration , sa poitrine d’air , qu’on fait entrer dans la bouche avec gonllement des joues , on continue de respirer aisément par les narines jusqu’à ce que l’air ait été chassé en presque totalité , de la bouche , à travers le tube; on le renouvelle, alors, comme auparavant, et, après quelques jours de pratique , les muscles de la bouehe s’étant accoutumés à ce nouveau mode d’action, on pourra entretenir, pendant une demi-heure , un courant d’air uniforme , non interrompu , sans éprouver aucune autre incommodité que la fatigue des lèvres.

La meilleure espèce de llamme pour l’effet du chalumeau , est celle que produit une bougie, ou une chandelle, à très-grosse mèche, qui puisse être entretenue mouchée médiocrement bas, et un peu écartée du jet d’air. On peut se servir aussi de la lampe à esprit de vin; elle donne une llamme parfaitement claire, sans fumée , mais faible, en comparaison de celle d’une bougie. Quoique l’emploi d’une bougie soit ce qui convient le mieux, on peut très-bien se servir aussi d’une chandelle. La chandelle devrait être mouchée plus court, et la mèche recourbée vers l’objet , de manière qu’une

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|)artie de cette mèche soit dans une position horizontale. Le coui'ant d’air doit être dirigé en soufflant sur cette portion horizontale de la mèche 5 aussi près que possible , sans la frapper. Si la flamme est inégale et irrégulière, c’est une preuve que le trou de la pointe du chalumeau n’est pas rond ou uni ; et , si la flamme présente à travers elle une cavité , on peut en induire que l’ouverture de cette pointe est trop large. Lorsque cette ouverture est de figure convenable, et régulièrement proportionnée, la flamme consiste dans un beau dard lumineux bleu pointu, ou cône, entouré d’une autre hanime, d’une apparence plus faible et moins distincte. Une flamme trop grande obéit difficilement au jet qui la presse ; si la flamme est trop petite, elle ne produit qu’un faible effet.

En faisant usage du chalumeau, il faut avoir égard aux considérations suivantes : L’extrémité de la pointe de cet instrument doit entrer juste dans la flamme, et alors le courant d’air chassera un cône, ou dard de flamme, du côté opposé. Si le courant est bien dirigé , ce dard , ou cône , sera distinct et bien terminé. Il convient de faire attention à ce que le courant d’air ne frappe contre aucune partie de la mèche, car alors il serait interrompu , et divisé en plusieurs parties. Le jet, ou souffle d’air, doit être porté un peu au-dessus de la mèche; et, comme il ne serait pas suffisant pour que le eourant agît sur la flamme, à moins qu’elle ne fut considérable, ce qu’on peut faire de mieux, par cette raison , est d’ouvrir la mèche, parce qu’alors, elle présente la surface la plus large, et produit la plus grande flamme. Il faut, dans ce cas, diriger le courant d’air à

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travers le canal ou l’ouverture, entre la mèche, de manière à produire un cône le plus parfait et le plus brillant, s’inclinant sous un angle d’environ quarante-cinq degrés.

Le cône varie en intensité dans les differentes parties de la flamme ; cette intensité est la plus forte, à l’extrémité du point bleu de la flamme.

Lorsqu’on soumet un corps quelconque à l’action du chalumeau, il huit avoir grand soin de ne le chauffer que par degrés, en dirigeant très-lentement la flamme vers ce corps, dans le commencement, non directement sur lui, mais un peu au-dessus, et en l’approchant ainsi de plus en plus |)rès avec la flamme , jusqu’à ce qu’il devienne rouge de feu. Lorsque c’est une substance minérale qu’il s’agit d’essayer, il ue faut pas opérer d’abord immédiatement sur elle avec le chalumeau , parce que les minéraux ne sont pas toujours homogènes, ou de ia même espèce dans toutes leurs parties , quoiqu’ils puissent paraître tels à la vue. Il faut donc avoir recours à la iou})ô i afin de pouvoir découvrir les particuics hétérogènes, s’il y en a; dans ce cas, on doit les séparer, et essayer ciiaf|ue partie par elie-méine, pour éviter que les effets résullans de deux objets differens , examinés ensemble, ne puissent être attribués à un seul.

La siibslance sur laquelle la flamme agit , doit être proportionnée à la dimension de cette flamme. Si l’ouverture de la pointe du chalumeau est du diamètre d’une épingle ordinaire, le fragment de ia substance qu’on essaye ne doit pas excéder la grosseur d’un grain de poivre, flour que cette substance soit maintenue pendant qu’on l’examine au chalumeau , on lui donne pour

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support un morceau de charbon de bois d’orme ou de peuplier, bien brûlé, et compacte. On fait avec un couteau un petit creux dans le charbon, et c’est là cju’on place la substance. Le charbon brûle lui-méme tout au tour de ce creux, qui s’agrandit ainsi; et il en résulte, que la chaleur, est maintenue tout autour de la substance, d’une manière beaucoup plus uniforme , que lorsqu’on fait usage d’un support de métal. Il ne faut cependant pas négliger de prendre, en meme temps, en considération l’elfet chimique, que produit le charbon en ignition, particulièrement pour la réduction des oxides métalliques, et la désoxigénation des acides fixes; de sorte, par exemple, qu’un petit morceau d'oxide de cuivre, d’oxide de plomb, ou d’oxide d’étain, chauffé au rouge par le chalumeau , sur un support de charbon , est promptement réduit à l’état métallique; de môme aussi on réduit aisément des fragmens de pierre d’étain mine d’étain), de mine de plomb commune, ougalène, de cuivre rubis, etc., en les chauffant sur un support de charbon.

Lorsqu’on ne peut opérer que sur de très-petites portions de substances légères et cassantes , elles peuvent être enlevées, par le courant de la flamme, de dessus le charbon. On peut remédier à cet inconvénient, en faisant un creux profond dans le charbon où l’on doit placer la substance, et en la recouvrant ensuite avec un autre morceau de charbon , qui la garantit en partie de cet effet de la flamme. La meilleure manière d’opérer dans quelques expériences de réductions, consiste à lier ensemble deux morceaux plats de charbon , à pratiquer dans celui des morceaux qui doit recouvrir l’autre, une entaille, dans le milieu de laquelle on forme une cavité,.

DES EÉACTIFS

pour contenir la substance à examiner. Au moyen dû cette disposition , la llamme peut être chassée à travers Fentalile, ou conduit, entre les deux morceaux de charbon , et la substance se trouve ainsi exposée, dans la cavité, à une chaleur violente, comme elle le serait dans un fourneau clos.

Ceux des corps sur lesquels le charbon agit chimiquement, mais auxquels, en les traitant au chalumeau, on veut éviter de faire éprouver de semblables changemens , peuvent être placés dans une petite cuiller

d’or, d’argent, ou de platine, d’un peu moins de 6 millimètres de diamètre, garnie èn conséquence d’un manche de bois convenablement fixé. L’emploi de cuillers d’argent, ou d’or, est préférable, lorsqu’il s’agit de produire des fusions avec des flux alcalins, fusions pour lesquelles les cuillers de platine ne conviendraient nullement. Les premières , cependant , présentent l’inconvénient capital qu’on ne peut leur faire subir que la chaleur d’un rouge obscur, sans risquer de les fondre; tandis, que les cuillers de platine sont parfaitement infusibles par la flamme du chalumeau.

On se sert aussi, avec beaucoup d’avantage, d’une petite pince, toute de platine, pour exposer des fragmens de pierres au dard de la flamme du chalumeau , parce que, non-seulement on peut tenir ces corps avec cet instrument, sans qu’il se fonde ou s’oxide, mais encore, parce qu’en le tenant avec les doigts pendant l’essai , il ne s’échauffe pas trop, à i;aison de ce que le platine est mauvais conducteur du calorique. Les pinces de ce métal sont d’un emploi convenable aussi, pour remuer, eu retirer, des flux en fusion, le petit bouton du produit.

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iJn fil de platine aplati est aussi d’un usage très-avantageux, pour exposer, àTaction de la flamme du chaiumeau, des fragmens de substances infusibles. Le fragment, peut être l’acilement assujetti entre un morceau du fil recourbé autour de lui, et tenu fermement ainsi dans toute direction quelconque à volonté.

Lue feuille de platine est également d’une très-grande utilité, lorsqu’on expose , à la flamme du chalumeau, de ces substances qui se divisent aisément, et qui, soumises au dard de celte flamme sur un charbon, ou tenues avec la pince de platine, ou placées sur la cuiller ou assujetties entre un fil de ce métal, sont dispersées. Toute substance quelconque , enveloppée dans un morceau de feuille de platine, peut être aisément maintenue en masse pendant l’essai ; et, par conséquent , cette feuille est ce qui convient le mieux pour les substances pulvérulentes. On peut aussi employer, à l’occasion , des filamens de cvanite ou d’asbeste.

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