DÉFINITION
On donne le nom de. Réactifs chimiques, à celles des substances, qui, étant mises en contact avec d’autres corps dont la nature ou la composition est inconnue , exercent sur eux une action 'prompte et vive , et leur font éprouver des changemens assez sensibles , pour qu’on puisse en inférer quelle doit être leur constitution.
Il est évident , pour tous ceux qui sont familiarisés avec la pratique de la chimie , que cette classe de corps est d’une grande importance , et que son utilité est très-étendue , puisqu’elle sert comme de boussole pour guider dans la recherche des parties constituantes de corps composés ; et, au moyen de ce que les différences , qui existent dans les affinités chimiques des corps entre eux, rendent souvent facile la séparation de ces parties par l’application d’autres substances ; il s’en suit, que c’est sur la considération des effets de l’action de tous les réactifs employés en chimie , qu’est fondée l’analyse , par celte science , des corps dont on cherche à connaître la nature.
On parvient rarement, cependant, à séparer les parties constituantes d’un composé , sans en opérer en même temps l’union avec un autre corps; et, c’est en examinant celle combinaison nouvelle , qu’on est conduit à la connaissance de la constitution du corps soumis à l’analyse. Ainsi, lorsqu’on emploie un réactif, il arrive fréquemment , que par son action sur le corps avec lequel il a été mis en contact , il se combine avec quelque partie constituante de ce corps ; et , qu’il en résulte un composé , dont les caractères indiquent la nature de cette partie qui est entrée en combinaison , parce que les composés , que forment les principaux réactifs avec différentes bases, sont bien connus. Cette méthode est , en réalité , plus souvent employée dans l’examen chimique des corps , que les procédés simples de décomposition. Quelquefois le réactif déplace du corps, dont on recherche la composition , certaines parties constituantes , ou principes seulement , que , dans cet état isolé , et ainsi dégagés de leurs combinaisons, on peut examiner plus facilement, et avec plus d’exactitude.
Il arrive souvent aussi, que le réactif, dont on fait usage , est lui-même décomposé. Celte circonstance rend les phénomènes et les produits plus compliqués ; mais , d’après les caractères qu’on reconnaît à ces produits , et leur manière d’agir sur d’autres corps , il devient possible de se former un jugement sur la nature des parties composantes du corps analysé. Les anciens chimistes avaient apporté peu d’attention [à ce dernier fait , et c’est une des principales causes qui rendirent leurs travaux défectueux ; parce qu’ils rap-
portaient aux corps, souniis par eux à l’analyse, beaucoup de phénomènes , qui étaient uniquement dus à la décomposition des réactifs dont ils faisaient usage dans leurs opérations.
La plupart des réactifs, auxquels on a recours dans les procédés de chimie , font connaître les parties constituantes des corps , en donnant lieu : soit à un précipité , à un nuage sensible, à un changement de couleur-, à une effervescence , ou , soit enfin , en occasionant telles autres altérations évidentes de propriétés , que l’expérience a prouvé être des indications de la présence ou de l’absence de certains corps.
Supposons, par exemple, qu’en faisant tomber une goutte d’acide hydro-chlorique sur un minéral , ou toute autre substance quelconque , dont la nature ou la constitution est inconnue , il se produise une effervescence : 011 conclura de ce phénomène, que le minéral est un carbonate, c’est-à-dire, qu’il contient de l’acide carbonique. Si une goutte du même acide hydro-chlorique , versée dans une dissolution par l’acide nitrique du même minéral , produit un précipité blanc: on en pourra alors inférer que le corps inconnu contient de l’argent ou du plomb. Admettons que ces deux métaux soient présens: il suffira, pour les séparer l’un de l’autre ,'de verser sur le précipité une certaine quantité d’ammoniaque liquide ; l’argent sera dissous, et le plomb restera. En poussant encore plus loin cciUe recherche au moyen de réactifs , supposons que le sulfate de fer donne lieu , dans la dissolution nitrique du minéral soumis à l’examen , à un précipité brun : cet effet annoncera la présence de l’or. Ce sera celle du
DES REACTIFS
cuivre , si l’ammoniaque liquide colore cette dissolution nitrique en un beau bleu ; et , si la teinture de noix de galle la fait passer au noir , cette couleur indiquera le fer.
On concevra facilement, qu’il est possible de faire usage , comme réactifs , d’une grande variété de substances , pourvu que leurs actions chimiques soient bien établies ; et «jue, même , il n’est pas de composé dont un chimiste habile ne puisse se servir avec avantage dans ses opérations analytiques. Cependant on a appris , par une longue suite de recherches et par l’expérience , à faire choix de quelques corps particuliers seulement, dont les effets sont rapides, et l’application facile. C’est à ces corps qu’on est convenu de donner le nom de réactifs.
Il est, néanmoins, deux circonstances dans lesquelles il devient nécessaire que l’emploi des substances , comme réactifs , soit fait avec soin et circonspection ; l’une de ces circonstances", est celle, où le même réactif produit souvent un effet apparent semblable sur deux , trois ,* ou un plus grand nombre de matières différentes , contenues dans le composé auquel il est présenté ; dans l’autre circonstance , le réactif peut donner lieu à plusieurs de ces effets , avec une seule et même substance. Mais il est possible de remédier à l’un et à l’autre de ces inconvéniens, en employant divers réactifs , en comparant leurs effets , et en aidant leur action par d’autres opérations , calculées de manière à rendre les résultats non équivoques.
Cette méthode étant la seule par laquelle l’emploi des réactifs chimiques est beaucoup plus sûr et plus
avantageux, nous n’indiquerons pas d’une manière précise certains réactifs spécifiques pour certaines substances particulières seulement, sous toutes les circonstances ; nous recueillerons les faits, en les recherchant dans la réunion des effets produits par l’action de divers réactifs, appliqués dans des circonstances différentes. Il est donc évident, que certains corps ont la propriété de dénoter la présence d’autres corps dans des composés , et de les séparer de ces composés dont ils font partie. Il s’ensuit , que le grand objet de toute recherche analytique, est celui de trouver un corps x capable de séparer
un corps a d’un autre corps b ; et celui-là sera le chimiste le plus habile dans l’art de l’analyse , qui pourra résoudre ce problème dans la plus grande variété de circonstances.
Ce fut l’illustre Boyle , qui le premier fit connaître , en ifiGS , l’application et l’importance des substances employées comme réactifs. On savait , à la vérité , longtemps avant lui , que la couleur bleue de la fleur de la violette était rendue rouge par l’acide sulfurique , le suc de citron et le vinaigre ; mais ce philosophe prouva, que la propriété de cette coloration en rouge appartient à tous les acides, et qu’elle est un des principaux caractères de cette classe de corps. Boyle observa aussi le premier , que les alcalis changeaient en vert la couleur bleue des végétaux. Il fait mention de l’effet de l’alcali volatil ( ammoniaque ) , qui produit , avec les dissolutions de cuivre , un liquide bleu , transparent ; et il remarque, que la couleur des feuilles de rose est détruite par les vapeurs du soufre brûlant ( acide sulfureux ) , mais qu’elle est avivée par l’acide sulfurique.
DES RÉ ACTIFS
Enfin, ce savant donne rénumération des faits suivans savoir: l’infusion rouge du bois de Brésil devient jaune par l’action des acides , et les alcalis rétablissent la couleur originale de la teinture ; l’argent est précipité de ses dissolutions par le sel commun ( hydro-chlorate de soude ) , et par l’acide sulfurique; et, en exposant ce précipité aux rayons du soleil, ou à la simple lumière du jour , il noircit ; le sulfate de mercure ac({uiert une couleur jaune par raffusion d’eau bouillante; les alcalis fixes occasionent un précipité orangé dans les dissolutions du mercure par l’acide nitrique ; tous les sulfates quelconques teignent en noir les métaux et dissolutions méiallianes.
Boyle signale aussi les effets de l’eau de chaux , de X l'acétate de plomb, comme réactifs, appliqués à des corps divers ; et il décrit les composés , à la formation desquels l’emploi de ces réactifs donne lieu.
Bientôt après, en i6G5, Dominique Duclos employa la teinture de noix de galle , le sulfate de fer , et la teinture de tournesol, comme réactifs, dans l’analyse de quelques-unes des eaux minérales de France ; et il fit des remarques critiques utiles , sur la couleur dorée , que les eaux sulfureuses donnent à l’argent , ainsi que sur d’autres réactifs , qui avaient été employés d’abord par Boyle , et dont il avait recommandé l’usage.
Il parut, en i685 , (pielques instructions nouvelles de Boyle , sur les réactifs , dont il avait indiqué vingt-deux ans auparavant l’emploi; et, il y insistait fortement sur celui de sa liqueur fumante (sous-hydrosulfate sulfuré ) ou sulfure hydrogéné d’ammoniaque) ,
comme iln moyen avantageux dans l’analyse des eaux minérales. Il y indique aussi comme tels, les dissolutions de sel commun (hydro-chlorate de soude) , de sel ammoniac ( hydro - chlorate d’ammoniaque ) , d’acides nitrique, et hydro - chlorique , et d’ammoniaque. Il préconise ces substances, comme des réactifs qui méritent d’être pris en considération par le chimiste.
En 1726, Boulduc indiqua l’alcool, comme un réactif dont on pouvait se servir avec avantage dans l’analyse des eaux minérales. Depuis cette époque , on fit emploi des réactifs chimiques ; mais les conséquences qu’on déduisit de leurs elFets , furent pendant longtemps inexactes et erronées.
Cependant, les travaux des chimistes modernes ont considérablement ajouté à la liste de ces corps ; et c’est principalement à Bergman , Scheele , Rirwan et Westrumb, que nous devons la connaissance des actions particulières d’un grand nombre de réactifs , ainsi que des moyens de les employer avec succès dans les recherches variées de la chimie.
Les réactifs les plus essentiels de ceux dont on lait actuellement usage en chimie , sont les suivans.