EXPÉRIENCE LXXIII
Faites chauffer, jusqu’à ébullition j un mélange d’un ou deux décigrammes d’acide arsenieux (arsenic blanc) avec 240 grammes d’eau distillée, ou de pluie; ajoutez-y , alors, 6 ou 12 centigrammes de sous-carbonate de potasse ou de soude ; mettez quelques cuillerées à bouche de cette dissolution dans un verre, et présentez seulement, à la surface du liquide, un petit morceau de sous -nitrate d’argent sec : il se manifestera aussitôt un précipité jaune , provenant du point de contact du sous-nitrate d’argent avec la liqueur, et il se rassemblera, vers le fond du verre , en un dépôt floconneux et abondant. Le docteur Marcet a fait dernièrement connaître les modifications suivantes, dont ce réactif était susceptible dans son emploi.
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EXPÉPaENGE LXXIY.
^ Après avoir filtré le liquide , qu’on soupçonne contenir l’arsenic, on applique, à sa surface, l’une des extrémités d’une baguette de verre, mouillée avec de l’ammoniaque liquide; on plonge ensuite, dans le mélange, l’autre extrémité de la baguette, qui a été aussi mouillée avec une dissolution de nitrate d’argent : il se manifestera, au point de contact, l’apparence d’un précipité, qui se déposera peu à peu au fond du vase. Ce précipité étant soluble dans l’ammoniaque , il est nécessaire d’apporter la plus grande attention à ne pas introduire dans le mélange un excès de cet alcali.
On pourrait objecter, à ce mode d’emploi du nitrate d’argent, pour reconnaître la présence de l’arsenic, que l’acide hydro-chlorique agit aussi sur ce réactif; mais il est facile d’obvier à cet, effet et de détruire cette objec» tion; car, en ajoutant un peu d’acide hydro-chlorique au liquide , dans lequel on soupçonne la présence de l’arsenic, et, en y versant ensuite, avec les plus grandes précautions, le nitrate d’argent, jusqu’à cessation de précipité , tout l’acide hydro-chlorique sera séparé ; et alors, l’addition d’ammoniaque liquide produira le précipité jaune sous sa forme caractéristique.
M. Hume a particulièrement fixé son attention sur la nature de ce réactif, et nous lui sommes redevables de quelques remarques intéressantes concernant la manière de l’employer. Nous allons transcrire ici un essai de M. Hume, par ce moyen.
«Dissolvez, dit-il, quelques centigrammes, six, par
» exemple, de nitrate d’argent, appelé ordinairemeiii «caustique lunaire, dans environ neuf ou dix fois son «poids d’eau distillée ; ajoutez , à cette dissolution , de ))i’animoniaque liquide , goutte à goutte , jusqu’à »ce qu’il se forme un précipité. Continuez à ajouter’ «ainsi l’ammoniaque, avec précaution, en agitant de «temps en temps le flacon , jusqu’à ce que le précipité «soit disparu , et la dissolution redevenue transpa- » rente, ou à peu près telle, un grand excès d’ammo- »niaque n’étant pas nécessaire, si même un excès quel- ' «conque l’est; car, la dissolution d’ammoniaque étant «plus légère que l’eau , il est probable, que la portion «superflue de cette dissolution resterait sur la surface «du liquide , à laquelle on l’a appliquée comme réactif. «On a ainsi un liquide pur et simple, qui, si on le «garde dans un flacon bouché à l’émeri, ne s’altérera » pas aisément , et pourra , par conséquent , toujo urs ser- «virau besoin. Son emploi est aussi également simple; j'car, il se borne à tremper un morceau de verre dans «celte liqueur , pour l’appliquer ensuite à la surface 3 de la dissolution, qui 'contient de l’arsenic. Si la sub- « stance, que l’on supposerait contenir ce poison , était «à l’état solide, comme en état de mélange avec du «sucre, de la farine, du pain, de la viande, ou toute «autre espèce quelconque d’aliment, on commencerait • par verser de l’eau bouillante sur le corps suspect; et, «après avoir filtré la dissolution, on y appliquerait, «étant refroidie, le liquide réactif, avec un morceau de «verre , comme il a déjà été dit. On peut aisément «se procurer le morceau de verre dans la boutique » d’un vitrier; ou, si l’on n’en a pas sous la main , il suf-
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J tira de verser, du flacon, dans la liqueur , quelques » gouttes du réactif; ce qui n’exige pas une très-grande » précaution , au moyen de ce qu’il ne peut résulter assez » d’incertitude d’un léger excès d’alcali, non plus que » de la liqueur réactif elle-même. » I
M. Hume observe en outre, « que l’eflet du réactif » devient plus ou moins sensible , en raison de ce que le î) liquide, qui contient l’arsenic, est plus ou moins étendu.
» Il a été reconnu, que le phosphate de soude donne lieu, »avec ce réactif, à un changement semblable à celui «produit par l’arsenic; et , qu’on peut être amené à de «fausses conclusions , lorsqu’on opère, de la même ma- » nière, avec deux dissolutions , de phosphate de soude , et » d'arsénite de potasse. Un morceau de nitrate d’argent »sec, appliqué, pour un moment, à la surface deTunou »de l’autre des liquides, manifesterait certainement le î) précipité jaime et abondant; et, un spectateur de ces «effets, sentirait nécessairement diminuer sa confiance «relativement aux avantages annoncés en faveur du sel «d’argent réactif.
«Prenons- une position opposée, dans ce moyen : «Soient deux vaisseaux de verre, contenant, l’un une «dissolution de phosphate de soude, l’autre une disso- «lution simple d’oxide d’arsenic, l’une et l’autre de ces «dissolutions ayant été faites, comme il en doit être ainsi «pour toutes les expériences, avec de l’eau distillée. En «appliquant, alors, le nitrate d’argent sec, comme il «est dit ci-devant, à la dissolution du phosphate de «soude , le même précipité jaune se manifestera; mais «un effet semblable n’aura pas lieu avec la dissolution «d’arsenic. Il convient de se servir, dansées expériences^
DES RÉ ACTIF JJ
»de deux morceaux séparément de sous-nitrate d’argent, «afin d’éviter toute erreur; car, il ne faudrait pas mettre »en contact avec la dissolution arsenicale, le morceau »qui aurait été trempé dans celle du phosphate. Une «légère opaeité dans la dissolution simple d’arsenic, par »le contact du sous-nitrate, ne doit pas être considérée «comme provenant d’une union quelconque avec l’ar- »senic. Celui qui opère étant convaincu qu’il n’y a point «encore de précipité jawne produit, s’il prend alors un «morceau de papier brouillard, légèrement humecté «d’une dissolution d’ammoniaque, et, que le tenant «près de la surface du liquide arsenical, il remue en «même temps le vaisseau, de manière à produire une «ondulation, il se formera à l’instant un précipité jaune «abondant, qui sera l’indicateur de la présence de l’arssenic.
» Ces expériences peuvent être rendues plus claires » encore, et conlirmées par un grand nombre d’autres , «qui leur servent d’appui, ainsi que par plus d’une mé- «thode. Je me bornerai à ne faire ici mention que de «l’une d’elles, dont nous sommes redevables au docteur » Ayrîon Paris.
«Soient faites les deux expériences parallèles, que «nous venons de présenter, sur deux morceaux de «papier à écrire bien net; ou autrement, si après avoir «étendu, sur l’un de ces morceaux de papier, un peu «d’arsénite d’argent, récemment préparé, etsur l’autre, «du phosphate d’argent, on laisse sécher ces papiers, » le phosphate d’argent prendra par degrés une couleur noire, ou à peu près telle; tandis, que l’arsénite d’ar- ♦gent passera, de sa couleur originale, jaune vif, à une
teinte de jaune, à peu près couleur de èiehe. Lorsque »ces deux expériences sont faites avec une adresse et » une précision convenables, iUe présente une autre par y> ticularité distinctive, qu’il convient défaire remarquer. » Procédez ainsi qu'il suit : Mettez, environ 4 grammes, ou «plus, de la dissolution de phosphate de soude sur un » morceau de papier à écrire ; et, pour ne pas perdre de » temps, autant d’arsénite de potasse sur un autre mor- »ceau de papier. En présentant alors séparément à cha- » cun de ces papiers , un petit morceau de nitrate d’ar- ))gent sec , et, en l’y promenant en tous sens, de ma- »nière à disperser la couleur : la première apparence,
» qu’on remarque est, que l’arsénite d’argent prend un > aspect floconneux ^ la couleur se caillant, s’accumu- »lant et se réunissant en taches, comme si c’était un » chlorure d’argent; tandis, que le phosphate offre
»à la vue une couleur homogène, entièrement diffé- » rente dans sa contexture, étant parfaitement unie et «égale, comme, .si elle avait été mise sur le papier avec »une brosse; il y a aussi, d’abord, une différence évi- » dente dans la couleur. »