‹ Traité pratique sur la régénérationChapitre 1 sur 5 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La responsabilité qui pèse sur les ministres de VEvangileest effrayante. Ils doivent rendre compte à Dieu de leur fidélité envers les âmes confiées à leurs soins. Les devoirs et les périls de leur charge sont réunis et exprimés avec force dans la mission adressée au prophète Ezéchiel :

« Fils d'homme , je t'ai établi pour surveillant à la maison d'Israël; tu écouteras donc la parole de ma bouche , et tu les avertiras de ma part. Quand j'aurai dit au

méchant : Tu mourras de mort , et que tu ne Tauras poiot averti , et que tu ne lui auras point parlé pour l'avertir de se garder de son méchant train , afin de lui sauver la vie , ce méchant-là mourra dans son iniquité, mais je redemanderai son sang de ta main. Que , si tu as averti le méchant , et qu'il ne se soit point détourné de sa méchanceté ni de son méchant train, il mourra dans son iniquité ; mais tu auras délivré ton âme (Ezéch. , III, 17-10 ). »

Les choses étant ainsi , il nous convient défaire du dépôt sublime et accablant qui nous a été confié l'objet de nos réflexions les plus sérieuses. 11 est de notre devoir et de notre intérêt à la fois de rechercher avec tout le soin possible quel chemin nous fournira l'accès le plus facile et le plus efficace aux cœurs des pécheurs , quelles faces de la vérité divine sei^ont les plus convaincantes , quelles formes il convient que cette vérité revête pour faire Timpres* sion la plus puissante et la plus durable ;

en un mot, il faut nous efforcer de remplir notre ministère de telle sorte que nous soyons « une odeur de vie pour la vie » à plusieurs de ceux qui cous entendent , et que nous a délivrions nos âmes » du sang de ceux qui périssent.

Les vérités évangéliques sont d'une importance tellement incontestable, que souvent il me semble qu'il ne serait pas difficile de les placer dans une lumière si claire et si éclatante qu'aucune personne d'une intelligence ordinah*e ne saurait leur résister. Souvent, je suis disposé à me dire: Certainement, s'ils étaient avertis, les pécheurs n'oseraient plus se heurter contre l'épais bouclier du Tout- Puissant ; certainement , le pécheur le plus endurci doit trembler à la pensée de la mort , du jugement , de l'éternité qui s'approche à grands pas , et à laquelle il est impossible d'échapper. Mais , quand nous voyons combien sont nombreux ceux qui peuvent rester insensibles aux menaces les plus effrayantes de la Parole de Dieu , ceux qui

demeurent les mêmes sous les dispensa lions les plus terribles de la Providence , notre pensée se reporte aussitôt à l'insondable profondeur des conseils de Dieu , et nous sommes contraints de nous écrier avec notre Sauveur : « Il est amsi , ô Père, parce que telle a été ta bonne volonté (Luc , X , 21 ) ; » ou avec Fapôlre Paul :

« Si notre Evangile est encore voilé , il ne Test que pour ceux qui périssent , savoir pour les incrédules , dont lo Dieu de ce siècle a aveuglé l'esprit , afin qu'ils ne fussent pas éclairés par la lumière du glorieux Evangile de Christ , qui est l'image de Dieu ( 2 Cor. , IV, 3,4). »

Quoique nous devions Taccepter avec une respectueuse adoration, il nous est impossible de comprendre le conseil secret du Très-Haut. Personne, dans cette vie , et probablement aucune créature , ne sera jamais capable d'expliquer à fond quelle est son influence sur l'état final de chacun. Nous savons, seulement, que ce conseil n'est pas tel qu^il enlève la coulpe du

péché ou qu'il détruise l'efficacité des moyens. Nous devons donc aborder la tâche difficile et ardue que nous nous sommes donnée, en demandant le secours et la bénédiction de Dieu , dans la ferme persuasion qu'il entendra la prière de la foi, et qu'il rendra sa parole « vivante et efficace, et plus pénétrante qu'aucune épée à deux tranchants, atteignant jusqu'à la division de l'âme , de l'esprit, des jointures et des moelles, et jugeant des pensées et des intentions du cœur ( Hébr. , IV, 12).»

Le sujet dont j'ai fait choix , et que je me propose de développer dans le traité suivant , touche à la substance même de la religion , et, heureusement, il est aussi dégagé des entraves de la controverse que quelque autre qu'on puisse nommer. Nous

avons dit que, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.

Ici, les chrétiens de tous les partis, de toutes les confessions , de toutes les dénominations sont ou doivent être d'accord. De

quelque nom qu'on vous appelle , quel que soil le guide que vous professez de suivre, quels que soient les statuts qui vous régissent, si vous n'êtes né de nouveau , vous n'entrerez point dans le royaume de Dieu.

Prêcher ainsi TEvangile , en expliquant ou en recommandant la vérité divine, est une manière qui me paraît d'autant plus fructueuse qu'elle met très-souvent sous les yeux, ou plutôt qu'elle ne laisse jamais perdre de vue la différence immense, essentielle, qui existe entre les croyants et les incrédules, entre les saints et les pécheurs , entre les héritiers de la gloire et les héritiers de l'enfer. Ils sont mêlés sur la terre. Ils ont des droits communs en tant qu'hommes et que citoyens. L'œil humain ne peut les discerner avec certitude ; car bien que l'image de Dieu resplendisse avec éclat chez quelques-uns, et d'autres portent des signes non-équt'* de leur état de mort , et qu'ainsi I»

de ces deux espèces de person^

nés puisse être déterminée avec peu do chances d'erreur, il y a pourtant, dans les degrés intermédiaires , des multitudes d'âmes dont le caractère réel n'est connu que de Dieu seul. Quoi de plus sérieux et de plus certain que ceci : c^est que tout auditeur de l'ËvaDgile et tout lecteur d'un traité tel que celui-ci , est , ou réconcilié avec Dieu et lobjel de son amour, ou ennemi de Dieu et n'ayant aucune part à sa faveur, et que tqps ceux qui meurent dans cette dernière situation seront les monuments éternels de la colère divine 1 Quelle importante distinction. Et quel est celui qui pourra s'empêcher, de s'écrier :

« Seigneur , tu sais toutes choses : à laquelle de ces deux classes est-ce que j'appartiens ? »

Mais il y a quelque chose de plus important encore , s'il est possible , dans le passage de l'Ecriture que j'ai placé en tête de ce traité. Non-seulement tous les hommes se rattachent maintenant à l'une des deux classes opposées que je viens de signaler j

mais de plus, ils n'ont originairement qu'un seul et même caractère, celui d'être impropres au royaume des cieux ; à moins qu'un changement n'ait été opéré en eux , ils demeurent tels, et si ce changement n'a pas lieu dans l'avenir , ils seront à jamais exclus de la patrie céleste. C'est ce que notre Seigneur déclare très-positivement , et de manière à faire ressortir expressément l'importance qu'il y attache •• « En vérité , en vérité , j« te dis : si quelqu'un n est né de nouveau , il ne peut point voir le royaume de Dieu. » Ces paroles étaient adressées à Nicodème , un des principaux d'entre les Juifs. Ce docteur en Israël était venu de nuit à Jésus. Il paraît avoir été convaincu de la divinité de son ministère ; mais, retenu par un attachement encore puissant à ses intérêts terrestres , il n'osait pas confesser ouvertement sa foi. Notre Seigneur , pour éclairer son esprit par la plus salutaire de toutes les vérités, et aussi pour abattre l'orgueil de sa science par la manière dont il exprime cetle vérité, lui

dît : « Si quelqu'un n'est né de nouveau , il ne peut point voir le foyaume de Dieu. » La réponse de Nicodème , au versel suivant , nous le montre fort étonné.

« Nicodème lui dit : Comment peut naître un bomme quand il est vieux? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère , et naître une seconde fois ? »

Mon intention n'est pas de donner une minutieuse explication de ce passage , ni d'offrir au lecteur une longue dissertation sur les mots qui le composent. Cette ex* pression , le royaume de Dieu y a diverses significations dans l'Ecriture, mais deux principales dans le Nouveau-Testament.

Elle sigpifie:

19 La dispensation évangélique , ou le gouvernement du Messie, en tant que distinct des périodes précédentes ;

2® Le royaume des cieux , où les vrais disciples de Christ seront mis en possession des bénédictions qu'il leur a acquises.

Je choisis la dernière de ces deux acceptions , parce qu'elle est , sinon la seule, au

moins la principale que notre Seigneur ail eu ici en vue. L'une el Tautre , il est vrai , peuvent être comprises, chacune à sa place et pour son but spécial. Une pcofession franche, Tacceptation du signe extérieur de Talliance de grâce étaient nécessaires à un ami secret , à un disciple timide. Mais le droit aux privilèges spirituels de l'Ëvangîle et la promesse de la vie éternelle pouvaient seuls faire sentir le prix de celle profession et la faire désirer. En conséquence, noire Seigneur semble parler a la fois dans sa réponse à Nicodème, el de Tadmission dans l'Eglise visible par le baplème, et de la régénéralion par le Saint-Esprit, a Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te dis : si quelqu'un n'est né d'eau el d'esprit, il ne peut point entrer dans le royaume de Dieu ( Jean ,111,5).))

Je n'ignore pas que la régénéralion ou la nouvelle naissance est un sujet fort peu à la mode maintenant , ou du moins que les termes qu'il faut employer pour le traiter sont peu usités ^ c'est néanmoins une doc-

trine d'une indicible importance, ouplulôt c'est le sujet vers lequel tous les autres convergent comme vers leur centre. C'est la grande affaire , en comparaison de laquelle toute autre n'est qu'un rien spécieux.

Qu'importe que vous ayez abondamment de quoi' manger et des vêtements de toute espèce , si vous n'êtes pas né de nouveau ; si , après quelques matins et quelques soirs , dépensés dans une joie frivole , dans les plaisirs et la débauche, vous mourez dans vos péchés, et demeurez en proie au tfialheur? Qu'importe que vous soyez accompli à tout autre égard pour jouer votre rôle dans la vie , si , à la fln , le Juge suprême vous adresse ces redoutables paroles : « Retirez-vous de moi , je ne vous connais point, ouvriers d'iniquité I »

Si un tel sujet nous parait dénué d'à-propos, si nous le négligeons, nous nous décevons misérablement nous-mêmes. Si une nouvelle nature est nécessaire , c'est peine {)erdue qu'essayer de corriger et de refaire l'ancienne. Si la source a été souillée et

demeure telle , quelle Inutile tentative que celle de purifier le ruisseau par quelque mélange ou par quelque addition étrangère! Il n'y a également aucun moyen de remédier aux irrégularités et aux vices des pécheurs, et de les amener à une conformité réelle à la loi de Dieu , jusqu'à ce que leurs cœurs soient changés et renouvelés ; ce qui revient à dire qu'une amélioration partielle est impossible. C'est comme si l'on prétendait relever un vieil édifice en rehaussant ses tours et en badigeonnant ses murailles , tandis que les fondements seraient minés. Voyez ce que le prophète Ëzéchiel dit de ces architectes insensés : « Ils ont abusé mon peuple , en disant : Paix I et il n'y avait point de paix. L'un bâtissait la paroi, et les autres l'enduisaient de mortier mal lié. Dis à ceux qui enduisent la paroi de mortier mal lié, qu'elle tombera ; il y aura une pluie débordée ; et vous , pierres de grêle , vous tomberez sur elle, et un vent de tempête la fendra (Ezéch.,Xllï, 10, 11). »

Mais peut-être a-l-on retenu la siibstance de la doctrine, tandis qu'on trouve ridicule le terme qui Texprime. Nous avons dit que cette expression est figurée, et la même, quant au sens, que celles de repentance ou de conversion. Cela est indubitable , et il serait fort à désirer que plusieurs comprissent pleinement ce qu'implique la repentance qui conduit à la vie.

Je prie donc le lecteur de remarquer que nous avons ici une métaphore d'un usage fréquent dans les saintes Ecritures. Elle me paraît aussi douée d'une convenance et d'une force particulières. Elle est trèspropre à mettre en évidence , et la nature du changement décrit , et les moyens par lesquels il s'opère. Si , en écrivant ou en parlant sur ce sujet, quelques-uns ont introduit ou inventé des expressions qu'ils n'ont pas puisées dans les saintes Ecritures, ou se sont lancés dans un mysticisme inintelligible, il n'y a là rien d'étonnant en soi , ni qui soit de nature à imprimer une tache à la vérité, ou à la

faire tomber dans le discrédit. Il n'y a aucun sujet de la science divine ou humaine sur lequel on n'ait écrit d'une manière faible , inepte ou erronée ; mais cela ne doit exciter aucun dégoût pour la doctrine qu'on a pervertie, ou dont on a abusé. Je demande à Dieu qu'il me donne d'écrire sur cet important sujet d'une manière claire, intelligible etconvaincnnle; d'établir la vérité par des arguments tirés de l'Ecriture et de la raison ; de résoudre d'une manière satisfaisante^ quelques objections qui peuvent paraître inquiétantes ; mais je lui demande , surtout , de parler à la conscience et au cœur avec puissance de persuasion. Je ne courrai point après des expressions d'invention humaine; mais je suis résolu , par la grâce de Dieu , à me servir de celles que je trouverai dans la sainte Ecriture, sans m'en départir jamais.

Et maintenant , je répète ces paroles de l'éminent et prépieux docteur Doddridge :

« Si cette doctrine est généralement ensei- » gnée par mes frères dans le ministère ,

» sous quelque forme que ce soil , je m'en » réjouirai, et pour eux et pour les Irou- » peaux qui leur sont confiés. »

Plan du Traité suivant.

. Chapitre I. — Quelques observations générales sur la métaphore employée par Tapôtre saint Jean , quand il dit : « Si quelqu'un n^est ni de nouveau , » et sur les expressions identiques ou semblables contenues dans d'autres portions de la Parole de Dieu.

Chapitre 11. — En quoi consiste proprement le changement en question; quels sont les principaux signes auxquels on peut le reconnaître et les principaux effets qui en découlent.

Chapitre 111. — De quelle mani^re ou par quels moyens il s'opère ordinairement.

Chapitre IV. — Quelques exhortations à l'adresse de diverses sortes de personnes.

le commencement de noire existence.

D'autres expressions , telles que : être créés dans le Christ Jésus , et être faits de nouvelles créatures , semblent nous conduire à cette dernière signification.

Dans les deux cas , nous pouvons apprendre toute la grandeur du changement en question. Nous devons être entièrement différents de. ce que nous étions auparavant , comme une créature diffère d'une autre créature, ou comme ce qui parvient à l'existence à une certaine époque n'e$t pas , ne peut pas être semblable à ce qui existait auparavant.

Cette vérité peut être appuyée de nombre d'autres passages de l'Ecriture sainte et découle, d'ailleurs, de plusieurs des enseignements contenus dans la Parole de Dieu. Par exemple, cette parole compare notre état naturelle la mort, et notre salut à un retour à la vie. Ainsi l'apôtre Paul, écrivant aux Epbésiens, dit : « 11 vous a vivifiés , vous qui étiez morts dans vos fautes et dans vos

péchés ; » el un peu plus loin , il ajoute :

« Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, par sa grande charité de laquelle il nous a aimés, lors, dis-je, que nous étions morts en nos fautes, il nous a vivifiés ensemble avec Christ (Eph., 11, 1, 4, 5).»

C'est dans le même esprit que TapAtre saint Jean dit : « Nous savons que nous sommes transférés de la mort à la vie (1 Jean, III, 14). » Ce changement est quelquefois dépeint comme un passage des ténèbres à la lumière, de telle sorte qu'il est impossible de concevoir entre deux objets une opposition plus éclatante. « Vous étiez autrefois ténèbres , mais maintenant vous êtes lumière au Seigneur (Eph., V, 8). » Chacun sait combien il serait facile de multiplier les citations de cette espèce. J'y renonce donc , et je me borne à exprimer le vœu que nous conservions tous une profonde impression de la signification et de Timportanco de la régénération pour nos

âmes.

11 ne sera pas inulile, cependant , de faire remarquer avec quelle évidence la vérité qui nous occupe ressort du pouvoir que l'Ecriture nous dit être exercé pour faire passer un pécheur de l'état de nature à l'état de grâce. Ce passé nous est constamment décrit comme l'œuvre de Dieu , comme l'effet de sa puissance j et même de l'excellente grandeur de sa puissance. « Vous êtes sauvés par la grâce , par la foi ; et cela ne vient point de nous , c'est le don de Dieu ( Eph. ^ H, 8). Employez- vous à votre salut avec crainte et tremblement; car c'est Dieu qui produit en vous, avec efficace, et le vouloir et l'exécution, selon son bon plaisir [ Phil. , II , 12 ). Je ne cesse point de rendre grâces pour vous dans

mes prières afin que vous sachiez

quelle est l'excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons selon l'efficace de la puissance de sa force , laquelle il a déployée avec efficace en Christ quand il Ta ressusi ité des morts

(Eph., ly 15-20).» Un agent divin scraii-il donc nécessaire pour accomplir une œuvre de nulle imporlanci3 t Celle œuvre serait-elle attribuée a la puissance de Dieu, si elle n'était vraiment grande?

Je supplie donc quiconque lit ces lignes de considérer attentivement combien cette vérité est importante et solidement établie. Il est évident que la régénération , qu'on l'appelle repen tance, conversion, ou de quelqu'autre nom que ce soit , est une transformation nécessaire à tout homme qui vient au monde. C'est ce que déclare notre Sauveur, lorsqu'il affirme qu'il nous faut être « nés de nouveau. »

Cela ressort encore de beaucoup d'autres expressions bibliques , et c'est la conséquence obligée de plusieurs des enseignements les plus essentiels de l'Evangile.

Les choses étant ainsi , quelle ne doit pas être l'anxiété de nombre de personnes quant h l'état de leurs âmes 1 Combien est frivole et de nulle valeur ce que la multitude appelle religion, surtout de nos

jours, où TËglise étant en paix et en prospérité , on n*est pas contraint par le danger à peser chaque chose avec Valtenlion qu'elle exige 1 Quelques formes froides, une certaine honnêteté extérieure, quelques faibles désirs plutôt que des efforts , voilà tout ce qu'on met en œuvre pour assurer son bonheur éternel.

La faiblesse et l'insuffisance de ces choses peuvent-elles paraîtra avec plus d'évidence que lorsqu'on envisage la vraie piété comme une nouvelle création et une seconde naissance. Si les écrivains sacrés se sont exprimés avec justesse ou avec vérité, il est pénible de penser à la funeste illusion dans laquelle vivent la plupart de nos compagnons de péché.

Un changement aussi grand qu'une nouvelle naissance pourrait-il avoir lieu et ne se manifester cependant par aucun effet ?

Quelque grand changement est-il survenu dans vos affaires temporelles ; avezvous passé des richesses à la pauvreté , ou de la pauvreté aux richesses : tous

eeux qui vous entourent l'ont promptement discerné. Un changement pareil a-t-il eu lieu dans votre santé : il vous a été impossible de le cacher. Quelque chose de semblable s'est-il opéré dans vos facultés intellectuelles y avez - vous passé de Tignorance à la science : on s'en est bien vite aperçu. Comment donc ne discernerait-on pas cet autre changement qui se fait quand nous passons du péché à la sainteté? Je sais que les Ikunmes sont (rès-iugénieux à justifier leur conduite , et qu'ils réussissent facilement à se faire illusion, lis nous diront que la piété est une chose cachée connue de Celui-là seul qui sonde les secrets de tous les cœurs. En un mot , c'est là cerlainement une grande vérité.

La vraie piété ne consiste pas dans une vaine ostentation ; se défiant d'elle-même, elle- craint de trop promettre , de peur d'être prise en défaut. Il faut remarquer cependant que , quelque secret que soit le principe intérieur de noire vie , il doit

nécessairement se manifester dans \ù pratique. L'une des deux tables de la loi morale ne renferme que des préceptes relatifs à nos devoirs envers le prochain : ainsi j quiconque est né de bouveau et renouvelé dans Fesprit de sob entendement , sera tout autre qu'il n'était auparavant dans sa conduite envers ses semblables.

Il est vrai que des prétentîons^ hypocrites à une sainteté extraordinaire sont très-coupables en elles-mêmes et souverainement odieuses aux regards de Dieu.

Mais notre siècle ne montre pas la moindre tendance à cet extrême. 11 y règne quelque chose de non moins absurde et de beaucoup plus dangereux pour l'humanité en général ; je veux parler des exi^ gences de beaucoup de gens qui prétendent qu'on doit toujours , par un effort extraordinaire de charité, supposer la réalité de la piété du cœur , tandis que la vie n'en offre pas le moindre symptôme. Plusieurs vont même encore plus

loin el insistent pour qu on juge favorablement d'autrui , non-seulement sans raison , mais en dépit des preuves contraires. Souvent si quelqu'un , s'appuyant sur les signes les plus évidents d'impiété ;* exprime un jugement défavorable au prochain , il s'entend répondre : Qu'avez-vous à faire de. juger le cœur? On est étonné de voir quelle consolation intérieure les pécheurs peuvent tirer de celte prétention è rindulgence de leurs semblables. Qu'on me permette de suppliét* tous ceux que cela éoncerne , de prendre garde que non-seulement Dieu ne peut être trompé, et qu'il ne le sera pas ; mais aussi qu'en réalité le pécheur ne trompe d'ordinaire personne que lui-même. Toute affection humaine , si elle est forte et vivante, se manifeste par ses effets propres ; des affections religieuses comme de toute autre , il est vrai de dire qu'on connaît l'arbre à ses fruits.

Mais si ceux dont le changement n'est pas visible aux yeux des hommes ont su- Jet d'être inquiets sur eux-mêmes , à plus

forte raison doit - il en être ainsi pour ceux qui , s'ils étaient sincères , devraient avouer que leurs coeurs sont entièrement étrangers à tout changement semblable. Je ne veux pas dire que chacun doit pouvoir décrire le temps et la manière de sa conversion. Elle s'opère souvent d'une façon si lente et si graduelle qu'on ne peut la circonscrire dans une période précise , déterminée. Mais, à coup sûr, ceux qui ne se sont aperçus d'aucun changement dans la direction de leurs affections et dans les objets auxquels elles se rattachent , doivent douter qu'ils soient nés de nouveau ; il doit leur être impossible aussi de saisir le sens propre d'une expression aussi énergique que celle 4e nouvelle naissance. Un auteur distingué a fait cette observation , que ceux qui ne peuvent se rappeler le temps où ils étaient ignorants ont raison de conclure qu'ils le sont encore, parce que, quelque lents et insensibles qu'aient été leurs pas dans la voie du progrès, ce progrès doit fina-

lemenl se manifester clairemeot par ses effets y comparés avec ceux d'une intelligence sans culture. De même, quiconque ne peut se souvenir du temps où il servait dans son ignorance aux convoitises qui l'attiraient , a sujet d'en conclure qu'aucun changement méritant le nom de régénération n'a encore eu lieu chez lui.

On citera peut-être, comme exception, le cas de plusieurs qui ont été formés de si bonne heure au service de Dieu par une éducation pieuse bénie d'en -haut et qui ont été si heureusement préservés d'entrer dans les sentiers pernicieux du vice, qu'on ne peut concevoir qu'ils se rappellent le temps où ils étaient ennemis de Dieu. Mais celle objection n'a aucune force. Les personnes ainsi décrites ont , en général , une telle délicatesse de conscience , un senlimenl si profond de la laideur du péché , que , plus que toutes autres , elles apercevront et confesseront Us premières la corrup-

lion de leur cœur et cette « loi de leurs membres qui combat contre la loi de Dieu dans leur entendement. » Mieux que toutes autres , elles connaîtront Taccroissèment du nouvel homme et la mortification de rancien^ elles déploreront souvent la foKe et la vanité de leur jeunesse dans des actions que la plupart eussent estimées parfaitement innocentes.

Ce que j'ai dit dans cette section a pour but exprès de réveiller tant de formalistes qui j assurés et insouciants, n'ont qu'une foi générale dans la Parole de Dieu. Naître de nouveau doit être un grand chasgemeat. Supposerez-vous que vous l'avez subi, non-seulement sans vous en être aperçus, mais encore sans le connaître ou sans pouvoir en discerner les effets.

Sect. II. — Cette expression : « Si quelqu'un n^est né de nouveau y » et dautres sembla-* bles^ impliquent que le changement ici désigné n'est pas sùnplement partiel ^ mais total.

Une nouvelle naissance emporte évi-

demment un changement absolu. Ce changement doit s'opérer dans l'homme tout entier, non-seulement à certains égards , mais à tous sans exception. La vérité de cette remarque ressort du sujet même qui en est Tobjet. Cette remarque elle-même est de la plus haute importance , et mérite la plus sérieuse attention de la part de ceux qui désirent ne pas se faire illusion quant à cette importante question.

Les ruses de Satan sont innombrables.

S'il ne peut retenir les pécheurs dans une sécurité et un aveuglement absolus, ce qu'il s'efforce tout d'abord de faire , il use de toutes sortes d'expédients pour corrompre leurs idées sur la religion, soit en leur présentant des apparences pour des réalités , soit en substituant une partie au tout. Le danger que je signale ici est d'autant plus à craindre que je surs persuadé que la majorité des auditeurs ordinaires de l'Evangile y sont particulièrement exposés. La plus grande partie de ceux qui ne parviennent pas à la vie éternelle , quoiqu'ils jouissent

de la prédication de la Parole el qu'ils participent aux sacrements , périssent par des méprises de ce genre, il y en a peu parmi eux , si même il s'en trouve un seul , qui n'aient jamais ressenti quelque impression sérieuse, qui n'aient jamais fait quelques pas vers la piété. Us sont encore moins nombreux, ceux qui sont incrédules par raisonnement, et qui appuient leur conduite profane sur des principes irréligieux. L'immense majorité des hommes fait telle action et s'abstient de telle autre, pour imposer silence aux reproches intérieurs de la conscience^ et pour sedotiner quelque roeeau cassé sur lequel elle puisse faire reposer ses espérances pour l'éternité.

Ce que j'ai fait remarquer ci-dessus sur l'étendue du changement en question , et par suite sur la nécessité de ne pas en supposer légèrement l'existence, est de nature à donner, en général, l'éveil aux personnes dont je viens de faire mention.

J'ajoute, cependant, quelque chose d'en-

core plus alarmaat pour elles ; c'est que , quelque notable que soit le changement qui s'est opéré en elles, s'il n'est que partiel, ce n'est pas celui qui est nécessaire au salut. D'une période de la vie à une autre, il peut s'opérer chez plusieurs un changement vraiment considérable, sensible non* seulement pour ceux qui en sont les objets, mais encore pour les autres; changement qui , cependant , ne sauve pas , parce qu'il n'est pas général , ou parce qu'il n'est pas durable. Que le changement en question doive être complet, c'est ce qui ressort de renseignement constant des saintes Ecritures. Ainsi le Psalmiste dit : « Je ne rougirai point de honte quand je regarderai à tous tes commandements (Ps.

CXIX, 6). » L'apôtre saint Jacques déclare que « quiconque aura gardé toute la loi , s'il vient à pécher en un seul point, il est coupable de tous (Jacq. , Il , 10;. »

Ici, l'Ecriture est si péremptoire qu'il est inutile d'insister. Dieu veut être sans rival, et son empire sur le cœur ne souffre poini

de partage. Cependant , je suis persuadé qu'il sera trës-utile de montrer à ce sujet en peu de mots par quels moyens un changement partiel s'opère quelquefois et en quoi il diffère d'un changement radical, qui est nécessaire pour le salut.

lo Un changement partiel sous le rapport des mœurs est quelquefois amené par un changement naturel ou accidentel dans l'âge, le tempérament ou la situation. Les hommes sont portés à des péchés différents dans les différentes phases de leur existence. Les uns, en cédant le terrain , sont ainsi remplacés par d'autres. 11 est vrai que quelques personnes font preuve d'une dépravation extraordinaire , et paraissent , comme Achab, s'être vendues à l'iniquité»

en sorte qu'elles sont esclaves de presque tous les mauvais penchants auxquels la nature humaine est disposée. Le monde luimême 9 cependant , tient en général pour des monstres ceux qui persévèrent tant qu'ils le peuvent dans la carrière de tous les vices , et qui brûlent de convoitise lors*

qu'ils Ae le peuvent plus. Mais il arrive souvent que la l^èreté, la folîe et même la Ucence effrénée de la jeunesse font place aux projets ambitieux d'un âge plus mûr et aux agitations d'une vie active ; ceux-ci sont remplacés à leur tour par Taoïsme , par la sordide avarice de la vieillesse.

Dans plus d'un cas les péchés changent, mais la disposition au péché et l'aversion popr Dieu ne changent pas. Un péché peut aisément en supplanter un autre dans un cœur entièrement étranger à la ^râce qui régénère. G)mblen il est donc facile de se tromper dans les conclusicHis qu'on tire d'un changement , même remarquable , effectué che? tel ou tel, qui demeure cependant sous l'empire de péchés jd'une autre espèce que ceux par lesquels il était auparavant dominé! Peu importe quel est celui des commandements de Dieu que l'on transgresse , puisqu'ils sont tous .d'une égale et indispensable obligation \ Peu importe qu'on se défasse d'un mal , ^i on en contracte un autre également in^

\étéré et aussi certainement mortel I Que gagnait le pharisien à ne pas commettre d'extorsions comme le péager : son orgueil le rendait encore plus odieux et plus détestable devant Dieu.

Je puis ajouter ici , que , outre un changement inévitable de tempérament, un changement de position , d'occupation, de liaisons, peut quelquefois sevrer un homme d'un péché et le faire tomber dans un autre. Si la tentation est éloignée, le feu s'éteint faute de bois. De^ même , l'inclination au péché peut être occasionnellement quelque peu affaiblie, ou la commission du péché rendue impossible. Il est facile de voir qu'un tel <;hangement ne saurait être d'aucun prix devant Dieu ; et même, à proprement parler , un tel changement est plus apparent que réel. C'est une différence d'effet produit par de nouvelles circonstances , sans que la cause ait le moins du monde changé. Aucun de mes lecteurs ne peutil s'appliquer cette réflexion? N'y en at-il

aueuQ qui ait cessé de pécher à certain»

égards parce qu'il avait commencé de pécher à d'autres? aucun qui se berce dans leS' illusions que nous venons de combattre , et qui se console en pensant que maintenant il méprise sincèrement et de tout son coeur certains péchés, certaines folies qu'il aimait autrefois 7 Prenez garde que cela ne soit entièrement dû à votre expérience de la vie , ou à un changement de circonstances et de situation. A l'heure qu'il est , ne vivez- vous pas pour vousmêmes autant qu'auparavant? n'êtes-vous pas aussi éloignés que précédemment d'une vie d'amour pour Dieu et de communion avec lui? NWbliez pas que, bien que votre conduite puisse être plus prudente et plus sage, votre caractère plus respectable selon le monde qu'il ne l'était auparavant, cette amélioration n'est point une preuve que vous soyez régénérés , et que , « si quelqu'un n'est né de nouveau , il ne peut voir le royaume de Dieu. »

2o Quelquefois de fortes coavictions, ac^

cidentellemeDt prodoileSy soit par la Parole de Dieu , soit par la consîdéraiion des œuvres de la Provid^ice, amènent un changement partiel du caractère. On pourrait citer comrare exemples certains auditeurs de FEvangile dans l'esprit desquels naissent des convictions de péché qui sont très-fortes pendant quelque temips et produisent des effets permanents , quoiqu'e fmparfaits. Il tfest pas jusqu'à un Félix (AcL , XXIY) qui ne tremble quelquefois à la p^sée du jugenfentà venir. 11 est trèiSHcertaîn qu'une* Conscience réveillée par la Parole de Dietf peut s'abstenir de pécher et s'exciter k faccoùipfisâement du devoir, ïorê même* qu'elle est , au fond , dans l'esclavage du" péché. Comme l'Esprit , chez les fidèles ,* combat contre la chair , et la chair contre' FEsprit , de même la conscience, ce reprê-- Sentant de Dieu dans les Cœlirs d^es infidèles, les pousse, jusqu'à un certaine point , à la pratique du devoir , quoiqu'ellcT Soit incapable de changer intérieurement et foncièrement le cœur. Elle peut détom^-^

ûer de péchés auxquels on est moins fortement attaché , sans pouvoir éteindre une convoitise caressée ou détrôner une idole Savorite. Hérode nous en présente un exemple remarquable dans sa conduite avec Jean-Baptiste. L'évangéliste Marc nous dit qu'Hérode « craignait Jean ,< sachant que c'était un homme juste et saint; qu'il le considérait^ qu'il faisait même beaucoup de choses selon ses avis , et qu'il l'écoiitait avec plaisir (Marc, VI , 20). » 11 faisait beaucoup de ces choses qui étaient le moins contraires au penchant de ses* affections* corrompues ; mais il est évident qu'il n'y avait pas en hn de changement complet ; car , lorsqu'il fut surpris touchant sa convoitise favorite, la répréhension ne servit qu'à enflammer sa colère, à tel point qu'il Ata la vie à celui qui l'avait réprimandé.

Nous lisons qu'Achab , roi d'Israël, duquel il est dit qu'il fit plus que tous ceux qui avaient été avant lui pour provoquer à la colère le Seigneur Dieu d'Israël , s'humilia

— kh —

eeptndatA soas h nmace do eaammL divin , et réussit , psr si rcpmlaiioe , h a if icii dr e le coup temp a n à dont flalhil être frappé.

Vinnoiiibrabies pfmresscrfptiBWCseC une expérieoee journalière doqs amëneiit donc à reconnaître que la Farole et la Providence de Dieu peuvent susciter diex plusieurs des convictions temporaires. II faut reconnaître encore que ces convictions produisent des effets imparfeits qui duareni 8onva[it un temps considérable, ou qin méine aont permanents , quoiqoJUs ne soient que partiels. Beaucoup de pédieurs, quoique irrégénérés, n'osent cependant pas retourner à la vie licencieuse ^autrefois. H y a certains péchés pour lesquels ils n'osent plus avoir d'indu^ence, parce qu'ils en ont sévèrement éprouvé les pàiibles effets.

Nous avons, dans les Juifs, un exemple national très-remarquable de cette sorte dé réforme imparfaite. Ils forent d'abord honteusement et étonnamment portés à Tîdo)ètri(>; et cela malgré des châtiments

répétés, jusqu'à la terrible désolation de la captivité de Babylone. Dès-lors, cependant, malgré leurs grands péchés à d'au** très égards, ils ne retombèrent jamais dans ridolâtrie, et ils ont conservé jusqu'à nos jours la plus profonde aversion pour ce crime capital.

Beaucoup de personnes en sont au même point. Elles ne commettent plus certains péchés qui oppressaient leur conscience, ou pour lesquels la Providence leur a infligé de sévères corrections ; mais elles s'adonnent à un ou plusieurs autres péchés qu'on pourrait appeler leur « ini« quité propre, » et auxquels elles ne veulent pas renoncer. Ne trouve-t-on pas divers degrés de dépravation et d'endurcissement chez les pécheurs, aussi bien que divers degrés de sainteté, d'obéissance et de soumission chez les enfants de Dieu?

Et quoiqu'il y ait généralement chez les premiers un progrès dans le mal , comme chez les seconds un progrès dans le bien , cependant il peut encore y avoir quelques

péchés spéciaux que les pécheurs n'osai commettre , et quelques devoirs particu'lîers dont ils s'acquittent avec soin. Un caractère ainsi partagé entre le bien et le mal est souvent ce qui aveugle leurs esprits, et ce qui les retient, par une sécurité fausse, dans un éloignement habi-^ tuel du cœur de la vie et de la puissance de la vraie religion. Ne sont-ils pas nombreux , ces chrétiens qui n'ont que l'a^^i*ence de la piété, et que rien ne peut amener à déposer cette apparence , bien ^'ils soient totalement étrangers à là communion avec Dieu? N'y en a-t-il pas beaucoup qu'il serait injuste de flétrir eil leur attribuant de grands péchés, tels que jurements , débauches ou convoitises impures, et dont cependant les cœurs sont attachés au monde , qu'ils aiment , qu'ils ^ecbercbent , et dans lequel ils se complaiëent comme dans leur plus douce portion 1 l'outes ces personnes, à l'extérieur homièté et réglé, seraient-elles prêtes à se chargei^ de la croix et à suivre leur Maître hom

du camp? Seraient-elles prèles à aban* donner, « pour Tamour de lut et de TÉvangile, maisons, et frères, et sœurs, et possessions , et jusqu'à leur propre vie ?» Et pourtant, elles ne peuvent être ses disci^^ pies sans cela. L'Ecriture renferme quelques paroles dures que ne peuvent sup-* porter plusieurs de ceux qui professent ordinairement de la respecter. Rappelezvous ce jeune homme qui vint à Jésus, eX qui lui parla avec tant de modestie et de convenance : il ne put cependant soutenir f épreuve dcmt nous avons le récit dans les paroles suivantes : c Alors Jésus , ayant jeté les yeux surhri, l'aima, et lui dit:

It te manque une chose ^ va , vendis tout ce que tu as , et le donne a:ux pauvres , et ttt auras Un trésor dans le ciel ; après eda , vieiss et me sois, l'étant chargé de la cnriXé Mais cet homme fut affligé de cette parole, et il s'en alla tout triste, car il avait de grands biens (Marc X , 21 , 22) »

Quelquefds un ehangemenl partiel est dû, en grande partie, à rattachement.

h fiiniour même que l'on a pour qaekpKf péché favori qaï nous domine. Moins on est disposé à « couper la main droite, » à « arracher Foeil droit, » plus on est diligent et zélé k d'autres égards , afin de mériter Findulgence ou de cacher son péché habituel par la pratique de certaines vertus. G>mbien un pharisien est soigneol:

de « payor la dtme de la menthe , de FaniS et du cumin, » tandis qu'il néglige les devoirs plus importants que lui prescrit la loi ! Comme il « élargit ses phylactères et les bords de son vêtement, » tandis qu'il manque de « justice, de miséricorde et de foi I » Cest ainsi que les Juifs d'autrefois s'approchaient de Dieu avec « mille b^iers et dix mille torrents d'huile, » tandis qu'ils vivaient dans un oubli habituel de plusieurs des prescriptions les plus importantes de la loi divine. La conduite de Saiil, lorsqu'il fut envoyé contre Hamalek, nous présente un cas tout semblable : quoiqu'il lui eût été enjoint de détruire en entier le bufin^ il en épargna la meilleure partie^

et voulut en faire un sacrifice libre et que Dieu n^avalt pas demandé, et ce fut h cause de cela qu'il dut entendre cette sévère et juste réprimande : « L'Étemel prend-il plaisir aux holocaustes et aux sacrifices comme qu'on obéisse à sa voix? Voici, l'obéissance vaut mieux que le sacrifice, et se rendre attentif vaut mieux que la graisse des moutons (1 Sam., XV, 22). »

Nous voyons chaque jour d'innombrables exemples de cette espèce : quand les bom* mes veulent retenir quelque péché, qu'ils tâchent de défendre à force d'arguments ou de pallier avec des prétextes , ils sont d'autant plus disposés à outrer l'exercice de certains devoirs qui ne sont pas trop contraires à leur penchant actuel, tout souillé qu'il est. De tout ceci , il résulte clairement que nul ne doit juger de soimême d'après la grandeur d'un changement qui se serait opéré en lui à certains égards seulement , mais que la règle de ce jugement doit être un changement général et sans aucune exception.

Sect. UL— ' De ces paroles .* c Si quelqfitm v^est né de nouveau , » et d'autres eocpressions semr blables de la sainte Ecriture, nous pouvons inférer que le changement dont il est ici question ri est pas seulement eoctérieur H imparfait j mais intérieur, essentiel et complu

J'aurais pa diviser cette section en deux parties, que /aurais traitées s^)aréaieQt Dans la pr^nière, f aurais montré qu'il ne s'agit pas ici d'un changeaient extérieur feulement, mais d'un changement intérieur et réel ; dans la seconde, j'aurais inontré qu'il ne s'agit pas d'un changement imparfait ou d'une simple amélioration $ mais d'un changement total et ess^itiel de l'être tout entier. Mais, comme la démonstration de ces deux parties eût nécessairement été la même à beaucoup d'égards , et qu'elles tiennent indissolublement l'une à l'autre, j'ai préféré les traiter ensemble*

Ce que je vais dire sur ce sujet nous regarde tous au plus haut point. Je tâcherai d'exposer aussi clairement et aussi simple''

inent que possible le sens et la portée de la remarque placée en. tète de cette section. On en comprendra très-facilement la première partie, que ce n'est pas d'un changement extérieur seulement qu'il s'agit, mais d'un changement intérieur ; que la conduite en apparence la plus régulière et la plus intègre , Taccomplissement le plus exact des devoirs extérieurs ne suffisent point, tant que le cœur demeure, au fond, sous la servitude du péché ou sous la domination de quelque convoitise particulière. La seconde partie établira que le changement en question ne doit pas ètrô imparfait, ou relatif seulement, mais essentiel et complet; c'est-à-dire qu'il ne isuffit pas qu'un homme soit un peu moins méchant qu'auparavant, qu'il abandonne certains péchés, et qu'il ne lâche pas toutà-fait la bride à d'autres , ni même qu'il I»*atique jusqu'à un certain point une retenue universelle, s'il n'y a rien encore en lui qu'on puisse appeler un changement eAsentiel de caractère, si le péché possède

encore la prééminence en tout, quoique sa domination ne soit pas aussi absolue qu'auparavant.

Le péché peut certainement avoir la première place dans les affections, quoi* qu'il n'y jouisse pas d'un règne absolu et paisible. 11 faut toujours qu'il y ait dans l'homme quelque principe directeur qui, à proprement parler , constitue le caractère de chacun. Comme l'a dit le Sauveur, « nul ne peut servir deux maîtres; car, ou il aimera l'un et haïra l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. On ne peut servir Dieu et Mammon (Matlh., VI , 2^). » La grâce et la con-' voitise sont opposées quant à leur nature et destructives l'une de l'autre, partout où s'étend leur empire ; par conséquent , la grande question est, non de savoir combien l'une des deux diffère de ce qu'elle était autrefois, mais bien de savoir jusqu'à quel point elle l'emporte sur l'autre, et si elle est véritablement maltresse de l'homme. J'éprouve beaucoup de difficulté

à exprimer celle vérité assez siraplerrrenC et assez intelligiblement pour qu'elle soit accessible aux personnes de la plus mince capacité ; et cela n'est pas étonnant , car ici est le nœud des tromperies du péché :

on me comprendra mieux, j'espère, par ce que je vais ajouter tou£-à-rheure, soîC comme preuve , soit comme explication.

11 n'est pas difficile de montrer que renseignement exposé dans les lignes précédentes est confornrie à l'analogie de la foi et rentre dans la volonté révélée de Dieu.

C'est la doctrine constante et uniforme des saintes Écritures. Nous y lisons que, sonder et juger le cœur, est îa prérogative spéciale de Dieu. La science de Dieu n'appartient qu'à lui seul , elle surpasse toute intelligence créée ; ainsi nulle apparence ne pouvant le tromper, aucune profession non sincère ne sera acceptée par lui.

« L'Étemel n'^a point égard à ce à quoi Fbomme a égard , car Thomme a égard

à ce qui est devant les yeux ; mais i'Etemcl a égard au cœur (1 Sam. , XVI, 7). »

A ceci se rapporte l'exhortation de David à son fils SaToiûon : a Et Coi, Salomon , ^on fils, connais le Dieu de ton përe, et sers-le avec Uti COdxtr droit et une l!>onne volonté; car PÉternel sonde tous les cœurs et connaît toutes les imifiginations des pensées (1 Chron., XXVUl, 9). »

La fréquente répétition du mot « cœur »

et l'importance qui y est attachée dans TÉeriture peu venC difficilement avoir échappé à l'attention du lecteur même le plus pressé ou de l'observateur le plus superficiel.

Nous y voyons qtf ttltt pteîn assentiment dtf cœur est exigé conïme indispensable et nécessaire avant tout , et qu'il est distingué d^une ol)éissance extérieure qui, sans* lui, n'est d^aucune valeur. « Mon fils, donne-moi ton cœur , dit Salomon , et que tes yeux prennent garde h mes voies^ (Prov., XXlll, 2&)..» Nous y trouvons^ qu'une disposition et une conversion intérieures du cœur sont promises de Dieu Comme l'œuvre de son Esprit et de sa grâce : «r Je vous donnerai un nouveau

tour , je mettrai au-dedans de vous xxXt esprit nouveau , j'ôlerai de votre chair' fe cœur de pierre, et je vous donnerai' un cœur de chair ; et je mettrai mon esprit au-dedans de vous, je ferai que Vous marcherez dans mes statuts, et que vous garderez mes ordonnances et les fetei (Ezéch., XXXVI, 26, 2^ » Nou»

y trouvons encore cfette même grâce demandée par des pécheurs repentants Comme nécessaire à leur relèvement :

« Dieu, crée en moi un cœur net, et Renouvelle au-dedans de moi un esprit I^ien remis (Ps. LI, 10). » Enfin nous y lisons, prescrit dans les m^mes termeSf te devoir des pébheurs repentante de retourner à leurs premières œuvres : « Jetez foin de vous tous les crimes par lesquelis vous avez péché, et faites-vous un nouveau cœur, et un esprit' ûouveau; eî pourquoi mourriez- vous , A maison d'Isfael (Ezéch., XVllI, 31)? » De plus, je ferai observer que l'Écriture nous présente l'intégrité du cœur coûime un des

traiis essentiels dTane vnie pMé ; c'est-i dire que ramour de Diea doit être le principe domioanl diez Feofuit de Diea , et qu'aocfuie afIectioD partagée oa rivale ne peut Aire sooflerle chez loi : « Car , est-il écrit , rÉiemel votre Dieu vous éproave pnor savoir si vous aimez rËtemel votre Dieu de lool votre cœar et de toute ▼otre âme (Deut., Xiii, 3). » Le premier devoir de la loi morale s'exprime ainsi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute fa pensée (Mattb., XXII, 37). »• Comme précepte de FEvangile , il est expliqué par le pafsage suivant : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi , n'est pas digne de moi ; et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi , n'est pas digne de moi (Matlh. , X , 37). » Si quelqu'un était fatigué de mes fréquentes citations de la sainte Écriture, il ne devrait liea prendre qu'à Tabondance de déclarade ce genre que le Saint-Esprit a ré*dansnos saints livres. Je pourrais

facilement en citer dix fois autant que je Tai fait; c'est une circonstance à laquelle je désire que le lecteur se rende particulièrement attentif : elle met dans le plus grand jour la certitude et l'importance de la vérité que j'établis.

Après avoir ainsi appuyé ma thèse sur les déclarations des oracles sacrés , je désire la développer et l'appliquer un peu plus en détail ; et comme il est peu de moyens plus efficaces pour faire triompher l'évidence de la vérité que la manifestation des erreurs qui lui sont contraires , je vais montrer par quels moyens est quelquefois produit un changement apparent ou imparfait, qui n'est ni intérieur ni essentiel. On l'apprendra, j'espère, de l'esquisse des caractères suivants, dont on rencx)ntre partout des échantillons : 1» un caractère déterminé par le mobile d'un égoïsme bien entendu ; 2» un caractère essentiellement gouverné par l'amour de la réputation , et par le désir de l'honneur et du respect des hommes; 3o un caractère formé

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jpar rinfluence d'un principe rdigieu-^ dans lequel prédomine un esprit d'esclavage et de crainte servile. On trouve dans le monde une sorte de gens dont on peut dire que le mobile est un égoïsme bien entendu. En général, on peut dire avec raisotn de toute personne irrégénérée que , chez elle , Dieu est détrôné , et que le moi, sous une forme ou sous une autre, y est exaljté, mis à la place de Dieu et qu'il y règne au lieu de Dieu ; mais le caractère que j'ai surtout en vue maintenant est celui de ceux ^ui , dans toutes les parties de leur conduite auxquelles on attribue le nom de religion ou de vertu, ont pour motif déterminant, non le sentiment du devoir, mais de leur propre satisfaction et de leur bonheur.

L'expérience et la saine raison , aussi bien que la Parole de Dieu , nous disent que le jnéchant fait une œuvre qui le trompe. La méchanceté et le vice entraînent immédinlement après eux maintes conséquent jccs fâcheuses. Plusieurs ont déjà goûté i'amertume de ces conséquences , et pct;>

vent, en certaines rencontres, repousser le mal sans aucun sentiment convenable de la laideur du péché en tant qu'il est opposé à la loi divine , et sans entreprendra de servir Dieu de bon cœur et en sincérité. Donnons-en quelques exemples. Un homme peut s'abstenir de TiiUempérance et de tout excès, simplement ou surtout parce qu'ils sont nuisibles à sa santé, et qu'ite jettent le désordre dans son organisme, de telle sorte qu'ils le rendraient incapable de goûter les plaisirs du monde et des sens^ L'expérience enseigne qu'être injuste envers autrui et conserver le ressentimeni des injustices dont on ja été l'objet , suscite beaucoup d'ennemis et creuse comme une source permanente de troubles qui jailliront dès que le moindre incident y donnera lieu. On peut , en conséquence, faire preuve de patience et de support ; ce qu'on ne doit attribuer ni à une faiblesse morale pi au sentiment du devoir comprimant la passion, mais seulement au bons sens, qui a fait choisir le moyen le pins sAf

de conserver son bonhcar. C'est précisémenl celle classe de personnes qui se monlrent convenables, modesles, désintéressées dans leur conduite avec le monde, tandis qu'elles sont dures et tyranniques , ou chagrines et hargneuses dans le sein de leur famille, où personne ne peut leur tenir tête ou leur opposer une résistance considérable. Enfin un homme sensé peut , en y réfléchissanl , s'apercevoir que rien ne donne de l'attrait et du charme aux plaisirs des sens, comme l'habitude de certains renoncements , Thonnêteté, la sobriété et la modération dans la jouissance.

Quand , ainsi que c'est ordinairement le cas , l'expérience enseigne une telle conduite, elle conslitue un changement si sensible qu'il passe pour religieux , non^ seulement aux yeux des autres , ihais au jugement de la personne même chez qui il s'est opéré. Mais si le changement n'est pas intérieur aussi bien qu'extérieur, si les affeclioQs conservent leur ancienne pente, en sorte qu'elles ne soient que

mieox ooQtenaes, plus paisibles et plus dégagées d'excès, si la source du bonheur est encore la même, quoiqu'on y puise avec plus de réserve et de sagesse, le vieil homme subsiste en son entier , et l'on ne peut dire d'une telle personne qa'die soit née de nouveau. £lle. est extérieurement convenable et comparativement moins perverse qu'auparavant, nais on ne peut pas dire qu'elle aime ei serve Dieu « de tout son cœur et de toute son âme. »

De tout cela, nous pouvons recueillir une leçon très-importante pour apprendre à distinguer la vertu humaine d'avec la piété, une conduite honnête et humainement parlant irrépréhensible, due à des considérations de convenance, d'avec la nouvelle nature qui est un fruit de la grâce. Je sais qu'une telle distinction en mécontentera plusieurs. Mais n'est-il pas très-possible qu'il existe des caractères tels que celui qui vient d'être décrit?

N'est-il pas clair aussi, par des raisons

d'une pareSIe duplicité sont aussi rares 4|u%frrayaDts. La plupart des hypocrites se séduisent eux-mêmes autant, ou plutôt davantage , •qu'ils ne trompent autrui. Ce dernier cas , c'est-à-dire celui de gens ^ ont subi une apparence, un semblant de changement, sans aucune réalité, est celui que je dms pkis spécialement examiner.

Âfln de rendre plus saisissaUes le caractère et la situation de ceux dont le mobile suprême est fanour de la réputation ou le désir de ahttirer de l'honneur et du respect, il sera bon de faire observer que, la loi de Dieu étant un reflet de l'excellence de son auteur, la vraie piété doit être essentiellement pleine de charme et digne d'amour. Ceux-mêmes qui la rejettent doivent en convenir. Vous direz :

Comment cela est-il possible ? N'y at-il pas là une contradiction manifeste ?

]e réponds que, quoique l'esprit et les principes qui doivent donner naissance il la vraie piété soient directement con-

traînes aux penchants (fan oœor irrégéT néré, cependant leurs effels sont aimables et bienfaisants. Des hommes oorrompos ne peuvent souffrir la mortification înté^ rieure et le renoncement à soi*mème ; ib ne peuvent souffrir non plus d'être humiliés comme des pécheurs devant Dieu, d'être justifiés par sa libre grâce , sanc^ tifiés par son Esprit , en sorte qu'il ne leur reste aucun sx^ei de se glorifier.

L'homme naturel s'oppose fortement à ces principes vitaux de la pîélé , et le cœur irr^énéré s'en indigne. Mais les effets d'une piété véritable sont , non-seulement aimables en eux-mêmes, ils sont encore de bonne renommée parmi les hommes. 11 est dit dans rEcritureque le « juste a plus de bien que son voisin (1) ; i» et l'apôtre Paul nous exhorte à la pratique du devoir dans les termes suivants : « Au reste, ines frères , que toutes les choses qui

(1) Est plus excellent que son voisin. ( Veriiçf^ 0nglai$e.)

sont véritables, toutes les choses qui sont vénérables , toutes les choses qui sont justes « toutes les choses qui sont pures , tontes les choses qui sont aimables , toutes les choses qui sont de bonne renommée, toutes celles où il y a quelque vertu et quelque louange, pensez à ces choses (Phil., IV, 8). » On voit 9 par là, combien d'âmes peuvent atteindre un degré remarquable de régularité dans la pratique du devoir, tandis que l«k principe qui les fait agir n'est autre cbûse que le désir de s'attirer Testime des hommes. Ce qui a quelque valeur à leurs yeux , c'est ce qui jouit de la faveur générale et qui est de nature à les présenter sous le jour le plus avantageux. Cette manière de voir exerce souvent une influence secrète et insensible , à laquelle ceux mêmes qui la subissent ne font pas attention. Ce qui favorise ici l'illusion , c'est que plusieurs des devoirs imposés par la loi de Dieu sont en même temps honorables auprès

des hommes, lis s'y appliquent donc de bon cœur, comme au service que Ton doit à Dieu, et ils se flattent qu'ils se le rendront propice par ce moyen. Ils se persuadent que l'approbation de Dieu est le motif principal de leur conduite , et ne s'aperçoivent pas qu'ils ne font qu'encenser leur vanité propre. L'indulgence dont nous usons envers nous-mêmes dérobe souvent la vérité à notre vue et nous cache les sources premières et les motifs de nos actions. Depuis que le péché a introduit le désordre dans les facultés de l'homme, il n'est aucune créature dont le caractère soit aussi inégal, aussi variable, aussi en contradiction avec soi-même que celui de l'homme. Les autres créatures ont des instincts réguliers et uniformes :

elles s'acquittent invariablement de leurs fonctions ; leur nature et ses dispositions peuvent être connues sans difficulté , et elles parviennent toujours à leur but. Mais l'homme est en quelque sorte déchiré par les principes belligérants de la lumière

et des ténèbres , et les symptômes différents , contraires mêmes , qu'il présente souvent , rendent difficile de dire à quelle classe il appartient.

D'un pareil état de choses résulte évidemment la nécessité d'un changement intérieur et essentiel. Ce que Ton fait pour gagner les applaudissements des hommes ne sera jamais reconnu de Dieu comme faisant partie du service qui lui est agréable ; au contraire , Dieu le déteste souverainement. Voyez l'exhortation que nous adresse notre Sauveur : « Prenez garde de ne point faire votre aumône devant les hommes pour en être regardés; autrement vous n'en recevrez point la récompense de votre Pfere qui est aux cieux (Matth., VI, 1). » Je dois faire observer ici que les hommes dont je trace maintenant le portrait peuvent se ranger en deux classes , qui sont ordinairement dans un étatd'opposition réciproque, qui éprouvent l'une pour l'autre la plus grande haine ou le plus profond méprîs., et qui cependant

sont mues par ud principe commun. Il y en a qui paraissent viser particulièrement à une conduite généreuse et honorable dans leurs relations avec les hommes. Ce sont ordinairement des personnes de haut rang et toutes celles qui cherchent à les imiter et à être comptées avec elles.

Chez elles Fhonneur a pris la place de la piété, ou du moins il y est comme principe supérieur ou prédominant. Elles répugneraient à porter atteinte à leur réputation par la bassesse de leurs actions , vu la dignité de caractère et de conduite qu'elles se sont imposée. Les limites de cet honneur sont pourtant fort variables ; elles sont plus étendues ou plus restreintes, suivant les sentiments de ceux avec qui on soutient les relations les plus fréquentes. Ainsi, il arrive souvent qu'une certaine mesure de piété vient au secours du principe essentiel de la conduite et coopère avec lui. 11 y a, dans le temps où nous vivons, beaucoup de gens de cette espèce.

On ne saurait mieux les peindre que ne

Yi fait rapAlre saint Paul, lorsque dit qa'< ib se confomient au présent siècle, m Ils marchent dans ses sentiers , agissent d'après ses maximes, cherchent son approbation , et en reçoivent lear récompense.

Le signe suivant montre combien ils sont loin d'être renonvelés dans Tesprit de leur entendement, et jusqu'à quel point ils sont les esclaves des hommes : c'est qu'ils ont presque autant de honte de s'acquitter de certains devoirs méprisés du monde que de commettre des fautes de nature à les déshonorer. Combien leur dignité d'esprit si vantée diffère d'une résolution vraiment sainte et de la noblesse de sentiments du chrétien ! Combien de gens , sur l'intégrité desquels on peut se reposer dans les circonstances ordinaires, qui abhorrent la pensée d'une action basse et honteuse , comme on dit , et qui éprouveraient une confusion presque aussi grande , s'ils étaient surpris accomplissant quelque acte de piété, que s'il s'agissait d'une action dés-> honorante , d'une fourberie I Combien qui

braveraient la mort sur un champ de bataille par un principe d'honneur, mais qui , quoique bien éloignés de vouloir trahir la cause de leur Dieu, n'ont cependant pas assez de courage pour rendre un culte au sein de leur famille au grand Créateur et Conservateur des hommes I De telles personnes peuvent savoir la fin qui les attend, et toucher du doigt la justice de leur condamnation, exprimée par ces paroles de notre Sauveur : « Quiconque aura eu honte de moi et de mes paroles parmi cette nation adultère et pécheresse, le Fils de Fhomme aura aussi honte de lui, quand' il sera venu environné dé la gloire de son Père avec les saints anges (Marc, VllI, 38). »

Il y a des gens marqués à un coin différent, qui cherchent l'estime publique, surtout par une apparence de religion et de piété, et par raccomplissement des devoirs contenus dans la première table de la loi : la Parole de Dieu et Fexpérience de toua les. jours, mettent hors de doute

f éxisteDce de telles personDes. « Ce peat)le, dit le Seigneur, s'approche de moi de sa bouche et m'honore de ses lèvres ; ttiais leur* cœur est fort éloigné de moi (Matth., XV, 8). » Je mets à part , soit dans ce cas, soit dans le précédent, le cas d'une hypocrisie profonde , intentionnelle et avouée. N'y a-t-il pas, d'ailleurs, plus d'une âme qui, en s'acquittant de ses devoirs^ religieux , miontre qu'elle a surtout en vue l'acquiâilion ou la conservation de l'estime publique ? Ces âmes ne sont pas déterminées par une conviction intérieure et personnelle de l'excellence et de la' nécessité de la piété ; mais elles ont , dès leur jeunesse , entendu parler de la religion avec déférence, et vu traiter avec respect les personnes pieuses. De là vient qu'elles envisagent comme honteux plutôt qpie comme criminel un oubli complet des devoirs religieux, et qu'elles croient néce^ saire à leur caractère et h leur crédit de montrer qu'elles y attachent un certain prix. Ces ïhoiîtdj cotntoe beaucoup d'autres, ont

une infloéDce puissante, quoique leur acik>n soit insensible, et quand viennent s'y ajouter des convictions imparfaites de péché , ils peuvent produire une régularité remarquable dans les exercices de la religion , bien que le cœur soit encore , en somme , adonné au monde. A quelque âge , dans quelque situation qu'on remarque une application ctmstante et sérieuse à obéir axtx lois de Christ, on trouvera que , dans plus d'un cas , cette piété-là n'est qu'une aveugle imitation de celle d'autrui , et qu'elle est due au désir d'obtenir quelque titre à une bonne répu-^ iatiou et à l'estime du présent siècle.

Partout où il y à plus de piété réelle , elle est plus sujette à être simulée. Partout où les chrétiens manifestent avec le plus de puissance la sincérité de leur foi , ils sont toujours aussi chargés du poids accablant des chrétiens de profession. Partout où les serviteurs de Dieu jouissent de l'estime publique, il ne manque jamais de ces ehrétie&s du beau temps qui suivent

Chrîsl pendaDt qu'il y a de Thonneur & eonfesser son Nom , mais qui n'onl pas appris cette partie de son service qui consiste à porter sa croix et à souffrir son opprobre. Notre Sauveur a bien dépeint leur caractère sous l'image de la semence qui tombe dans des endroits pierreux i « Celui quia recula semence dans des lieux pierreux , c'est celui qui écoute la parole , et qui la reçoit aussitôt avec joie; mais il n'a point de racine en lui-même, c^est pour^ quoi il n'est que pour un temps; de sorte que dès que l'affliction ou la persécution surviennent à cause de la parole , il est aussitôt scandalisé (Matth. , XIII , 20 , 21). » 3. 11 y a encore un troisième caractère, différent des deux premiers , où l'on peut remarquer un changement tout extérieur et imparfait. Celui que j'ai en vue ici résulte de principes religieux, mais est dominé par un esprit d'esclavage et de crainte servile. Il est souvent difficile d'être, selon l'expression des Ecritures, un bon dispensateur de la Parole de vérité. Il

est difficile de signaler à la fois les erreurs par lesquelles les hommes se font illusion à eux-mêmes et prennent l'ombre pour la réalité , et de les avertir avec assez de sagesse pour que les personnes sérieuses ne soient pas alarmées, et ne voient pas leur paix et leur joie troublées par des craintes inutiles ou dépourvues de fondement. Pent^tre y a-t^l peu de sujets où cette difficulté soit plus grande que dans celui-ci. Je demande à Dieu que , pour Famour de Christ j il me rende capable d'exposer la vérité , de telle sorte qu'elle convainque et réveille ceux qui ont jusqu'ici édifié avec du « mortier mal lié, » et qu'elle ajoute paix et consolation à ceux qui se sont retirés vers le refuge pour embrasser l'espérance qui leur est proposée.

Pour peu qu'il y réfléchisse , chacun de nous conviendra qu'il importe de s'occuper des personnes comprises dans cette troisième catégorie. Il en est plusieurs qui ne trouveraient pas leur place dans l'une des

deux classes précédentes. Après Texamen le plus impartial, leur conscience leur rendra le témoignage qu'elles ont en vue quel^ ^e chose de meilleur que leur bien-^lre aïo* tuel et leur simple intérêt, ou que l'estime du monde. La pensée d'une éternité pro^ duit souvent sur elles une profonde impression ; elle eterce une influence sensible et considérable sur leur conduite, et constitue Un tnobile entièrement distinct de Tamour du tdonde. Elle lés pousse à pratiquer le devoir là ûiême oà les Regards humains ne peuvent atteindre, et, par conséquent, eHes ne peuvent croire que l'encens des hommes soit leur but suprême. Ne sont-ils pas notnbreux , ceux qui gémissent ains^i sous l'esclavage de la peur, c'est-à-dire ceux auxquels une conscience jusqu'à un certain point réveillée, dénonce la vengeance contre leurs transgressions de la loi de Dieu ? Les dispensations de la Pro-« VideUce leur font envisager avec effroi la (lUissance divine; ils savent qu'ils ne I^eUvent vivre toujours, et la pensée de ce

qu'ils deviendront après la mort les fait trembler. Eh bien ! dira peut-être le lecteur , est-ce là quelque chose de si mauvais ? Non, tant que leur crainte est celle de pécheurs vraiment repentants. Mais, ici, les deux routes se séparent, si je puisainsi dire : Thomrae vraiment repentant est conduit au chemin de la paix par la connaissance qu'il a de la coulpe du pécbéy^ de la grâce de Dieu et du grand fondement de Tespérance d'un pécheur; son cœur est réellement changé, et placé sous* Finfluence de l'amour de Dieu , auquel il obéit comme à son législateur, auquel il se soumet comme à son Seigneur , et sur lequel il se repose comme le lot de son héritage. D'autres, au contraire, en s'abstenant de certains péchés, que leur conscience leur reproche avec plus de clarté et de sévérité, en accomph'ssant d'une manière formaliste certains devoirs religieux, s'efforcent d'atténuer leurs craintes^ de poser les fondements d'une paix incertaine, et, s'il est possible, d'acheter ^ au

prix d'un grand sacrifice, te droit d'éviter Fenfer. Non-seulement la crainte demeure en eux , mais encore elle les gouverne ; ils se font un système légal d'obéissance et de propre justice , ce qui ne les empêche pas de porter très-impatiemment le joug.

Ce n'est pas du cœur et pour lui-même qu'ils haïssent le péché, mais c'est par crainte de brûler éternellement pour Favoir commis. Ils ont frayeur de Dieu bien plus qu'ils ne l'aiment , parce qu'ils savent qu^its ne peuvent lui résister. Ce n'est pas avec plaisir qu'ils entrent à son service; ils ne s^en réjouissent pas comme de leur ob^t de prédilection, mais ils gémissent comme sous un pesant fardeau.

Leur cœur et leurs affections sont donnés aux attraits du présent siècle, mais ils s'ap» pliquent en quelque mesure aux devoirs que la religion impose, parce qu'ils savent qu'ils ne peuvent posséder le monde à toujours ; ils se plient donc aux exigences de la piété, parce qu'ils les trouvent encore pré^ férables à la misère étemelle.

II serait inulile de démontrer rexisteDce de personnes de ce caractère ; si j'en ai bien esquissé les traits , on les reconnaîtra sans peiné, car elles abondent partout.

N'y a-t-îl pas beaucoup d'âmes qui peuvent à juste titre se soupçonner de n'èlre pas mues par un principe plus élevé queh crainte de la colère divine? Ne le voiton pas clairement à la manière indolente , lâche , froide dont vous remplissez vos devoirs ; à la répugnance , au chagrin que vous éprouvez à vous séparer du péché , et aux fréquentes rechutes que vous faites?

Votre piété n'est-elle pas intermittente et variable? Ne se relève-t-elle pas et ne s'affaisse-t-etle pas en raison des signes visibles de la présence et de la puissance de Dieu? N'avez- vous pas tremblé sur un lit de maladie ou dans quelque autre moment de danger 5 ne vous êtes-vous pas alors humilié devant Dieu? n'avez- vous pas crié pour obtenir du secours , et promis de vous amender ? Et puis votre résolution n'a-t-elle pas faibli lorsque vous-

ârrez été délivré , et votre zèle n*a-t-il pas varié en raison de la proximité ou de Téloignement supposés du danger ? Une telle conduite n'est-elle pas évidemment l'effet de la peur , et ne peut-on pas appliquer à tous les cas semblables ces paroles du Psalmiste : « Quand il les mettait à mort, alors ils le recherchaient; ils se repentaient , et ils cherchaient le Dieu fort dès le matin , et ils se souvenaient que Dieu était leur rocher , et que le Dieu fort et souverain était celui qui les délivrait.

Hais ils faisaient beau semblant de leur bouche , et ils lui mentaient de leur langue ; car leur cœur n'était point droit devant lui s et ils ne furent point fidèles à son alliance (Ps. LXXVHr, 34-37). »

Je crois qu'il est de la plus haute importance de démontrer , d'une manière claire et convaincante, que l'obéissance ou les observances religieuses qui n'ont pas de motif plus élevé que la crainte ne sont, ni agréables à Dieu, ni une preuve suffisante du renouvellement du cœur. Plusieurs passa-

ges des Ecrilares et la nature même dei choses nous renseignent bien évidemmentv^ Cela ressort de touteâ les déclarations déjàcitées et de beaucoup d'autres où il est fail mention de- l'inclination du cœur et de laf volonté, inclination qui n'a aucun rapport avec une obéissance forcée. Le grand commandement de la loi , qui est aussi le sommaire de tous les devoirs que la religion impose, le montre incont^tablement :

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force, et de toute ta pensée ( Luc , X , 27). » J'en dis autant de ce que l'Evangile nous présente comme le premier de ses commandements et la plus pressante de ses obligations : « Parce que la charité de Christ nous unit étroitement, tenant ceci pour certain, que si un est mort pour tous, tous aussi sont morts, et qu'il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus dorénavant pour eux-mêmes, mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux ( 2 Cor., V , 14 , 15 ). » C'est

dans le même sens que Tapôtre Jean dit :

« Et nous avons cru Tamour que Dieu a pour nous* Dieu est amour , et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu en lui (1 Jean, IV, 16). » Nous voyons encore que l'Ecriture établit une opposition absolue entre Tesprit d'une âme vraiment convertie à l'Evangile et un esprit d'esclavage ou de crainte. « Car vous n'avez point reçu un esprit de servitude pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu l'esprit d'adoption , par lequel nous crions : Abba , Père (Rom. , Vlll , 15). » Le même apôtre dit encore à Timolhée : a Car Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais de force, de charité et de prudence (2 Tim.^ 1» '7)* »

La nature même des choses démontre cette vérité avec une égale évidence. Ce qui provient uniquement ou principalement de la crainte ne saurait être une marque du changement que Dieu accepte, parce que, à proprement parler, un changement qui se présente avec de tels symp*-

tomes n'est aucunement réel ou intérieur.

Les manifestations du péché sont limitées ou contenues par un pouvoir supérieur , mais l'inclination au péché est toujours la même. C'est un principe universellement admis que, quel que soit l'effet de la contrainte sur un agent quelconque, cet agent ne revêt par là aucun caractère de moralité. Le glaive qui commet un meurtre et celui qui exécute la justice méritent également un blâme ou une louange , ou plutôt ne méritent rien , ni l'un ni l'autre. Un voleur découvert, contraint de restituer ce qu'il aurait pris , ou chargé de chaînes de manière è ne pouvoir plus voler, ne devient point par là un honnête homme.

Le cas est absolument le même pour ceux qui , dans l'accomplissement de leurs devoirs religieux, sont sous l'empire de la crainte, bien que cette crainte soit celle de leur Juge tout*puissant. Un exemple pris parmi les hommes nous rendra sensible cette vérité. Si quelqu'un a l'intention de nuire à autrui, mais que, par

suite de la prudence de son ennemi ou des menaces par lesquelles celui-ci l'a effrayé , il n'ose' pas exécuter son projet , pour qui doit-on le tenir , si ce n'est pour un méchant frustré dans ses mauvais desseins ? Quel père ou quel maître sera satisfait de l'obéissance d'un enfant ou d'un serviteur qui montrera clairement qu'il bait ses commandements et gémit sous son autorité? !1 est vrai que l'homme, ne pouvant juger avec certitude que d'après l'apparence^ l'appréciation des sentiments intimes doit être placée hors du ressort de tout gouvernement humain. Sur la terre , BOUS né pouvons pas faire des lois pour punir rintention ; mais , plus nous reconnaissons cette impossibilité, mieux nous comprenons ce que les intentions méritent , et ce qu'elles recevront de Dieu , auquel appartient de connaître et de juger les secrets de tous les cœurs. J'ajouterai seulement que la nature du bonheur pré^ paré aux enfants de Dieu dans la vie à venir fait sentir avec force l'insuffisance

d'un changement déterminé par ia crainte* Ce bonheur est purement spirituel et parfaitement saint : il consiste dans la con«naissance de Dieu, dans Texercice de notre amour pour lui , dans la conformité à sa nature et dans Texéculion de sa volonté. Ceux qui sont dominés par la crainte, qui n'ont pas d'amour pour Dieu , mais seulement le désir d'éviter sa colère , reconnaîtront certainement qu'encore qu'il leur fût possible d'échapper à l'enfer, ils ne méritent pas ni ne sont capables de partager les occupations des bienheureux et de goûter le bonheur du ciel. Si les commandements de Dieu leur sont un far*deau sur la terre , sa présence immédiate leur serait un fardeau encore plus insupportable dans les cieux. De tout cela, j'espère qu'il résulte évideunnent que certains principes religieux peuvent former un caractère qui , s'il n'est que le fruit de la peur, ne constitue pas ce changement qui ^^t nécessaire au salut, ^fin de pénétrer plus avant dan^s cetta

|)artie du sujet, et pour empêcher toute méprise et toute fausse application, je crois absolument nécessaire de faire une ou deux observations. Permettez-moi donc de vous faire remarquer qu'il faut distinguer soigneusement la crainte servile décrite cidessus avec cette crainte respectueuse à laquelle Tenfant de Dieu est toujours tenu, afin qu'il ne perde pas de vue son Père qui est dans les cieux. Touchant la première espèce de crainte , il est dit : k II n'y a point de crainte dans la charité , mais la parfaite charité bannit la crainte ; car la crainte cause de la peine ; or , celui qui craint n'est pas accompli dans la charité (1 Jean, IV, 18). » A mesure que l'amour de Dieu a le dessus, cette première espèce de crainte disparaît ; mais la seconde est si loin d'être détruite qu'elle s'accroît plutôt. Celle-ci n'est autre chose qu'une vénération profonde pour la grandeur et la gloire indicibles de Dieu, et particulièrement pour sa sainteté, sentiment qui devrait amener toute créature à se prosterner de-

vant lui. Dans la vision d'Esaïe les armées célestes nous sont dépeintes comme vivement affectées par la vue des perfections divines. « L'année en laquelle mourut le roi Hozias, je vis le Seigneur séant sur son trône haut et élevé , et ses pans remplissaient le temple. Les séraphins se tenaient au-dessus de lui, et chacun d'eux avait six ailes; de deux ils couvraient leur face, et de deux ils couvraient leurs pieds , et de deux ils volaient. Et ils criaient l'un à l'autre et disaient : Saint , saint , saint est l'Eternel des armées : tout ce qui est dans toute la terreest sa gloire (Esaïe,VÏ, 13).»

Ce sentiment peut et doit être accompagné en nous de la crainte du châtiment encouru par le péché , et cette crainte ellemême doit provenir du sentiment de la sainteté de Dieu, de la pureté de sa loi et de la justicede sa vengeance. Chez l'irrégénéré, au contraire, la crainte de Dieu a pour base unique l'effroi de sa puissance qui est un de ses attributs naturels : c'est comme les efforts d'un esclave enchaîné

<]ui « se mord la langue de douleur , » qui est mécontent de l'équité de la loi qu'il a iran^ressée, et qui ne peut admettre la justice de la sentence dont il redoute l'exécution.

Il n'y a pas d'incompatibilité absolue en- 4re la crainte et l'amour qui ont pour objets les attributs correspondants de Dieu , sa fnajesté et sa grâce. Le chrétien peut et doit .croître dans le sentiment de la présence -divine , dans une crainte respectueuse de la majesté de Dieu , et ainsi avoir de plus en plus frayeur de pécher ; en même temps il doit croître aussi dans la paix et la sérénité de l'âme, dans une foi pleine de confiance et d'ai>anâoii à la fi(}élité et à la grâce de Dieu, tout comme, au contraire, •quelques pécheurs croissent à la fois en présomption et en timidité. La plupart du temps, ils agissent sans réflexion ni retenue , et (lourtant, à certaines époques, ils se montrent en quelque sorte agités par la terreur. Quoiqu'il arrive souvent qu'une sgrande méchaj;icejlé cautérise là co^i^Sir

cience et endurcisse le cœur, on a vu les plus grands pécheurs être en proie aux frayeurs les plus terribles (1). Ainsi ne confondons jamais des choses si opposées que la crainte du Dieu vivant accompagnée d'un assentiment intérieur et cordial à ses commandements, et cette obéissance ou cette retenue forcée qui le fait envisager comme un tyran sévère et qui fait trembler à la pensée de sa colère. Il faut remarquer encore que , quoique la érainte servile doive être soigneusement distinguée de celle qui provient de Famour filial et du sentiment du devoir, on trouve souvent , même chez de vrais chrétiens , une certaine proportion d'esprit d'esclavage , quoique , au fond , ces fidèles obéissent k un principe meilleur. 11 n'y a là rien d'étonnant puisqu'ils ne sont sanctifiés qu'en

(1) Nous savons que Néron , quoique adonné aux plus grands crimes , était cependant si pol> tron qu'il courut, un jour d'orage, se caclier sous un lit.

parlie. En eux se trouvent encore depuis^ sants restes de divers péchés, et surtout un défaut trës-blamâble de confiance et de foi. QuMIs sont nombreux, ceux dont la paix est troublée, ceux dont les bras tom« foent de découragement par une crainte excessive du dernier ennemi, de la mort !

Combien serait restaurant pour eux le souvenir du but de la venue du Seigneur, ce but étant de « délivrer tous ceux qui , par la crainte de la mort , étaient assujettis toute leur vie à la servitude (Hébr., II, 15). » J'espère faire quelque chose qui leur soit agréable en donnant à la fin de cette sec* tion quelques marques auxquelles ces âmes puissent juger si c'est la crainte de l'esclave qui prédomine chez elles, oui ou non.

1. Ainsi donc, chrétien , votre frayeur de la colère h venir est-elle ou non étroitement liée au sentiment de la coulpe du péché? Voyez- vous une liaison nécessaire et une influence réciproque entre ces deux choses? Redoutez- vous la colère à venir comme l'effet du péché, et le péché comme

la juste cause de la colère? Ne trouvez-vous rien à redire dans la liaison qui existe entre eesdeux choses? Reconnaissez- vous de^ vant Dieu que vous êtes coupable, et con-> fessez- vous que vous êtes sans excuse?

Le péché vous paraît-il vraiment haïssable en lui-même , et le malheureux pen^ chant qui vous y entraîne est-il halntuellement un fardeau pour vous? I^e croyant peut dire avec Tapôtre Paul i « La loi donc est sainte , et le commandement esl saint , juste et bon ; ce qui est bon m'estil devenu mortel ? Nullement ; mais le péché, afin qu'il parût péché, m'a causé la mort par le bien, afin que le péché fût rendu par le mal excessivement péchant ^ car nous savons que ta loi est spirituelle ^ mais je suis charnel , vendu au péché> (Rom., VII, 12-14). » Chez ceux que domine la crainte, il n'y a pas un juste seatiment de la culpabilité du péché ; on y trouve plutôt un penchant à l'atténuer , à le justifier , et des efforts habituels pour l'oublier ou le cacher. Le crime est encore

doux , quoique le châtiment soit terrible.

Les personnes dont je parle sont mécontentes de trouver Dieu si saint , si juste et si puissant. Pour elles son gouvernement est arbitraire, sa loi trop sévère, son cœur implacable ; au lieu de changer de dispositions, elles préféreraient que Dieu modifiât sa volonté.

2. La crainte de Dieu vous repousse-telle de sa présence , ou bien excite-t-elle en vous un puissant désir de réconciliation et de paix ? La crainte servile, n'étant pas douée d'une vue exacte des compassions de Dieu, ne l'aperçoit qu'à travers le prisme de la terreur, et' s'en fait un objet d'aversion. C'est précisément le premier effet du péché. Ce fut le cas d'Adam qui , des qu'il eut perdu son innocence , s'enfuit pour se cacher , lorsqu'il entendit la voix de Dieu retentir dans le jardin. Les hommes de Beth'Sémès exprimèrent le même sentiment à l'occasion d'une manifestation extraordinaire de la puissance de la sainte jalousie de Dieu, a Alors ceux de Beth^

Sémës dirent : Qui pourrait subsister en la présence de l'Ëtemel, ce Dieu saint? et vers qui montera-t-il en s'éloignant de nous (1 Sam. , VI , 20)? » Simon-Pierre semble avoir eu la même pensée lorsqu'il fut saisi d'étonnement à la vue du pouvoir et de la divinité de son Maître. « Et quand Simon-Pierre eut vu cela, il se jeta aux pieds de Jésus , en lui disant : Seigneur , retire-toi de moi , car je suis un homme pécheur (Luc, Y, 8). » Cette disposition se manifeste chaque jour chez plusieurs personnes dominées par la crainte. Le culte qu'on doit à Dieu leur est pénible, son service leur est un fardeau , sa présence leur est redoutable: ils se tiennent donc à distance autant qu'ils le peuvent ou qu'ils Tosenti Leur paix et leur tranquillité d'esprit viennent surtout de ce qu'ils se perdent de vue, et qu'ils s'occupent d'objets tout différents.

Aucun signe ne manifeste plus sûrement la nature et l'influence d'une crainte servile que celui-ci. Chacun de ceux qjil

sont conduits par elle voit tous les ex^* cices de la religion sous un jour sombre el triste; quand il prend sur soi d'en accomplir les devoirs sacrés, c'est une tâche lourde et ennuyeuse qu'il entreprend : il se réjouit de s'en être acquitté comme un jeune bœuf d'être débarrassé du joug« Les vrais chrétiens, au contraire, quoique retenus par la crainte du péché , ne peuvent se réjouir nulle part qu^auprès de Dieu; ils n'osent prendre leur repos dans la créature» mais ils disent avee Jch?

« Voilà y qu'il me tue, je ne laisserai pas d'espérer en hii (Joh, XIII , !&);» ou avec le psalmiste David : « L'Etemel mandera de jour sa gratmté, et son cantique sera de nuit avec inoi , et je ferai requête au Dieu fort qui est ma vie (Ps.

XLII r 8)* » Rîen ne les soulage jusqu'à ce qu'ils contemplent la grâce divine , et qu'ils obtiennent une humble espérance d^ réconciliation et de paix.

SL Si la crainte de la colère de Dieu vous plonge dans la détresse, le sentiment de sa

(aveur vous donne-t*iI, en revanche, paix et consolation t Ceci aussi est une marque au moyen de laquelle on peut distinguer ceux qui rfont d'autre religion que celle de la crainte, d'avec ceux chez qui cette crainte n'existe que pour lutter contre un meilleur principe. Beaucoup de gens s'abstiennent de pécher et remplissent certains devoirs parce qu'ils y^sont contraints par la peur : ceux*là reconnaîtront facilement quel est le principe de leur vie, en ce qu'ils sont totalement étrangers à la paix et à la joie de Dieu. 11 est vrai que ce ne sont pas ces biens qu'ils recherchent.

Jamais^ jusqu'à maintenant, ils n'ont fait de la faveur de Dieu Tobjet de leurs désirs les plus ardents. Leur foi va juste assez loin pour les faire trembler , et, quoique froids et rétifs, its voudraient bien, par une espèce de composition et par un certain degré d'obéissance, détourner d'eux la colère divine. La froideur et la contrainte percent à travers toutes leurs observances , et ils sont disposés à mettre en doute la

réalité des joies qu'on trouve en Dieu et dans la communion avec lui , parce qu'ils y sont eux-tnêmes complètement étrangers.

Tous les vrais enfants de Dieu , au contraire, quoique gémissant ou tremblant sous le sentiment de son déplaisir, éprouvent avec non moins d'énergie le besoin de son amour. La vue de sa face réconciliée leur cause plus de joie et de bonheur que la plus grande abondance de blé ou de vin* Sous les coups du châtiment le plus sévère, au lieu de fuir sa présence , ils disent avec Job : « Oh ! si je savais comment le trouver^ jurais jusqu'à son trône, j'exposerais mon droit devant lui , et je remplirais ma bouche de preuves (Job , XXIII , 3, *.) » On ne peut donner à ces deux espèces de crainte de noms plus convenables que celui de crainte filiale à Tune , et celui de crainte servile à l'autre ; car grande est la différence entre Tenfant qui craint le déplaisir d'un père qu'il aime sincèrement, et l'esclave qui redoute la colère d'un tyran implacable dont il abhorre le service.

Sect. IV. — Cette figure : « Si quelqv^un n*e8t né de nouveau, Une peut voir le royaume de DieUj » et d^ autres expressions semblables dont se sert la sainte Scriture nous donnent à enten^ dre que &est d^un changement surnaturel quHl est question.

Quand je dis que ce changement est surnaturel , cela signifie que Fhomme ne peut l'accomplir par ses propres forces, sans un secours supérieur ou divin. Comme nous sommes par nature dans un état d'inimitié et d'opposition avec Dieu , nous ne pouvons, de nous-mêmes j le changer ou le surmonter. L'exercice de notre raison, l'éloquence de nos semblables^ l'application de tous les motifs moraux de toute espèce seront sans résultat , tant que l'opération spéciale de l'Esprit et de la grâce de Dieu manquera. L'apôtre Jean décrit ainsi ceux qui croient au nom de Christ: « Ils ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de rhomme, mais ils sont nés de Dieu (Jean,

I j 13). » L'apôtre Paul , è son tour, s'exprime ainsi : « Il nous a sauvés , non par des œuvres de justice que nous eussions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit (Tite, lil, 5). »

Aucune partie de la doctrine évangélique n'est accueillie avec plus d'aversiqn , ou repoussée avec plus de violence, par l'homme naturel que celle-ci. Elle nous donne une idée si humiliante de notre caractère et de notre état spirituels, elle est si directement opposée à l'orgueil et à la bonne opinion de soi-même , que nul ne peut la recevoir véritablement, 'jusqu'à ce qu'il ait fait la salutaire expérience de son efficace. C'est pourtant cette folie de la prédication y cette partie de la prédication généralement estimée plus folle encore que les autres, que Dieu a le plus remarquablement bénie pour le salut des âmes. Je m'efforcerai donc de démontrer, d'une manière aussi claire et aussi convaincante que je le pourrai , que telle est la doctrine des

saintes Ecritures ; puis je tâcherai de répondre aux principales objections qu*on avance ordinairement contre elle.

C!ombien n'y a-t-il pas de passages de la Bible qui parlent, non-seulement de notre état de misère, mais encore de notre complète impuissance avant la conver* sionl Ainsi Tapôtre Paul écrit aux Ephé« siens : c II vous a vivifiés, vous qui étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés (Eph. , II, 1). » Et ailleurs : « Dieu, qui est riche en miséricorde , par sa grande charité de laquelle il nous a aimés , lors , dis-je, que nous étions morts en nos fautes, il nous a vivifiés ensemble avec Christ , par la grâce duquel vous êtes sauvés (Eph. , II, 4, 5). » Dans son épître aux Colossiens, il redit les mêmes choses : « Lorsque vous étiez morts dans vos offenses et dans le prépuce de votre chair ^ il vous a vivifiés ensemble avec lui, vous ayant gratuitement pardonné toutes vos offenses ( Col. , II, 13) D Le lecteur doit savoir que, dans nombre d'autres passages , la même vérité

est présentée par le moyen des mêmes figures ou de figures semblables , telles que la cécité, les ténèbres , la dureté du cœur.

Rarement on fait assez attention à la force de ces expressions. Souffrez donc que je vous pose cette question: Avez-vous foi aux saintes Ecritures? est-ce d'après elles que vous formez vos convictions , sans partialité, sans prévention ? Alors vous devez recevoir comme une vérité, que Thomme, dans son état naturel, ne peut rien faire de lui-même pour son salut , sans l'assistance d'un secours supérieur. Si le langage de l'Ecriture a quelque sens ou quelque <îonvenance dans les mots , nous ne pouvons éviter de nous rendre aux déclarations formelles qu'elle renferme. Que peut-il y avoir de plus fort , que de nous dire que nous sommes morts dans nos péchés? Qu'y at-il de plus incapable d'action , que celui qui est entièrement privé de vie? Mais, afin de rendre toute exception impossible, la chose est affirmée en termes clairs et explicites . sans aucune figui*e , par la

bouche même de notre Sauveur : Nul ne peut venir à moi , si le Père , qui m'a envoyé , ne le tire ; et moi , je le ressus*^ citerai au dernier jour. » Il est écrit dans les prophètes : « Ils seront tous enseignés de Dieu. Quiconquedonc a écouté le Père et a été instruit par lui , vient à moi (Jean | VI, kkj 45).» Ezéchiel, chap. XVI, v. W, représente sous Timage d'un enfant aban-* donné et méprisé Tétai naturel de Jérusalem. On y voit rassemblées toutes les circonstances qui peuvent indiquer un état misérable, abject , pitoyable et dénué de tout secours , ou qui peuvent nous faire sentir que notre délivrance est une œuvre noanifeste de grâce et de puissance. Ces déclarations de TËcriture m'amènent à d'autres encore , où la même vérité est exposée dans tout son jour : je veux parler de celles qui désignent le véritable agent de ce grand changement , et qui célèbrent l'efficace de sa force. Comme dans notre texte il est affirmé que, « si quelqu'un n'est né de nouveau, il ne peut entrer, au

royaume de Dieu , » de même dans d'autres passages il est dit des vrais croyants qu'ils soDt « nés de Dieu, nés d'en-haut, nés de l'Esprit. » La puissance que Dieu exerce pour la rénovation d'un pécheur est décrite avec des expressions empruntées au lacgage usité pour raconter la création du monde : « Car nous sommes son ouvrage , étant créés en Jésus-Christ pour les bonnes œuvres, que Dieu a préparées, afin que nous marchions en elles ( Eph. ,11, 10 ).

•^ Si donc quelqu'un est en Christ , il est une nouvelle créature ; les choses vieilles sont passées; voici, toutes choses sont faites nouvelles (2 Cor., Y, 17). » Relisez, dans l'Âncien-Testament, les prophéties qui annoncent une abondante effusion du Saint-' Esprit pour les temps de l'Evangile ; elles décrivent avec clarté l'influence surnaturelle de Dieu. Ainsi le prophète Esaïe dit :

« Je répandrai des eaux sur celui qui est altéré, et des rivières sur la terre sèche; je répandrai mon Esprit sur ta postérité, et ma bénédiction sur ceux qui sortiront

de loi ; et ils germeront comme parmi Therbage, comme les saules auprès des eaux courantes (Esaïe , XLIV ,3,4). »

En parlant du même sujet , le prophète Ezéchiel dit ; « Je répandrai sur vous des eaux nettes , et vous serez nettoyés ; je vous nettoierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un nouveau cœur; je mettrai au-dedans de vous un esprit nouveau ; j'ôterai de votre chair le cœur de pierre , et je vous donnerai un cœur de chair ; et je mettrai mon Esprit au-dedans de vous ; je ferai que vous marcherez dans mes statuts , et que vous garderez mes ordonnances et les ferez (Ezéch., XXXVI, 25-27). »

Qu'on ne trouve pas ennuyeuses les nombreuses citations des Ecritures que je viens de faire. Ce n'est pas d*une chose de peu d'importance qu'il s'agit, et, certainement, il n'est rien moins que commun de la croire du cœur. Mais maintenant , appuyés que nous sommes sur le témoignage de Dieu , nous pouvons affirmer que la

régénération est Tœuvre da Saint-Esprit.

Je ne voudrais fonder celte vérité sur aucune autre preuve. Puisque nous sommes à la place de Dieu , que nous portons son message et que nous parlons en son nom, nous ne devons rien affirmer que nous ne puissions fonder sur un « ainsi a dit l'Ëtemel. » Mais , après l'avoir fait , je crois pouvoir observer combien l'état visible du monde concorde exactement avec les déclarations de FEcriture a ce sujet. Je pense qu'il ne sera ni mal à propos, ni inutile, de signaler la répugnance profonde que les hommes éprouvent à recevoir cette vérité et à se l'appliquer. Ne voyons-nous pas tous les jours maintes personnes douées de facultés distinguées et de grandes capacités naturelles rester cependant aveugles quant h leurs devoirs envers Dieu et au salut de leurs âmes ? Telles qu'elles sont nées, telles elles demeurent , se montrant en toute occasion , « intelligentes pour mal faire , et stupides pour bien faire. » Que de preuves ne donnent-elles pas souvent de l'influence

et de la puissance qu'exercent sur elles les habitudes du péché! Que de fois n'arrive-t-il pas que leur attachement au péché en général, ou à quelque péché particulier, est si fort, qu'à cause de lui ils n'ont aucun égard à leurs intérêts temporels et éternels , tandis que , en même temps , des personnes de talents très-inférieurs, éclairées par l'Esprit et sanctifiées par la grftce de Dieu , tiendront ferme contre les tentations les plus dangereuses , et se conserveront pures de la souillure qui règne dans le monde par la convoitise? C'est ce que notre bien-aimé Seigneur admirait comme une face ou une manifestation de la souveraineté et de l'insondable sagesse de son Père céleste. « En ce même instant , Jésus se réjouit en esprit et dit : Je te loue , ô Père I Seigneur du ciel et de la terre , de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants ; il est ainsi , ô Père ! parce que telle a été ta bonne volonté (Luc, X, 21). »

Quoique les avantages d'une éducation distinguée soient Irës-précieux , il est de toute évidence qu'ils sont loin d'être toujours efficaces. Quelquefois , ceux qui jouissent longtemps de Tinstruclion salutaire et de l'exemple édifiant de maîtres et de parents pieux , n'en demeurent pas moins dans une espèce d'insensibilité morale.

Quelquefois encore, on remarque des personnes placées depuis longtemps sous l'influence du ministère le plus propre à éclairer et à réveiller, dont le cœur reste pourtant aussi dur que la meule d'un moulin.

L'état spiiiluel des auditeurs habituels de l'Ëvangile est certainement de nature à affliger souvent le fidèle et à le conduire à méditer sérieusement sur la profondeur des conseils de Dieu. Qu'on me permette donc d'adresser quelques paroles à ceux de mes lecteurs qui pourraient être mis au rang des âmes jusqu'ici fermées dont je viens de parler : Plusieurs d'entre vous ne

sont-ils pas pour eux-mêmes, comme pour les autres , uue énigme indéchiffrable ?

Ne vous signale-t-on pas souvent, et le plus clairement possible, le danger que vous courez^? Ne vous décrit-on pas exactement, d'après les symptômes les plus irrécusables, le péril de votre situation?

Ne met-on pas sous vos yeux votre devoir et votre intérêt , de manière à ce que vous ne puissiez, ni contredire, ni répliquer? Et cependant, après tout, les résolutions faibles et temporaires que vous avez pu former sont demeurées sans résultat réel ou durable. Cela n'atteste -t-il pas la vérité de cette déclaration des Ecritures : « Qui est donc Paul et qui est Apollos, sinon des ministres par lesquels vous avez cru , selon que le Seigneur a donné à chacun? J'ai planté^ ApoUos a arrosé ; mais c'est Dieu qui a donné l'accroissement. Or, ni celui qui plante, ni celui qui arrose, ne sont rien, mais Dieu qui donne l'accroissement (1 Cor., III , 5-7). »

Négliger tout-à-fail les lois de Dieu est

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tme faute très-grave et un oabli dangereux 9 car il mène tout droit à une fausse fécurité et à un aveuglement complet ; et, cependant , j'ai souvent pensé que la situa- Uon de plusieurs de ceux qui y font attention est encore plus alarmante. Ne voit-on pas souvent des ivrognes de profession , desjureurs déterminés, dans la maison de Dieu? Plusieurs de ceux qui la fréquentent ne marchent-ils pas dans les convoitises de l'impureté? D'autres ne retiennentîb pas , sans les restituer , des biens injustement acquis ? Ni la mort qui s'approehe, ni la colère de Dieu, m le feu de l'enfer, ne peuvent effrayer ces malheureux. Nous avons donc raison de dire avec l'Apôtre . « Que si notre Evangile est encore voilé, il ne l'est que pour ceux qui périssent , savoir pour les incrédules dont le Dieu de ce siècle a aveuglé les entendements , afm que la lumière de l'Evangile de la gloire de Christ , lequel est Tirnage do Dieu, ne leur resplendît point (2 Cor, IV, 3,4). »

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Remarquons encore combien les avertissements de la Providence sont méprisas en général, lors même que la nature en est si terrible et le sens si clair , qu'on croirait qu'ils ne peuvent manquer de produire leur effet que dans le cas d'une obstination absolue. Les pécheurs peuvent ne pas entendre la Parole de Dieu et s'abstenir de toute lecture ou de toute conversation qui pourrait placer l'éternité sous leurs regards ; mais Dieu les visite dans leurs familles ou dans leurs personnes , et ils ne peuvent éviter ses dispensations redoutables de justice par lesquelles il plaide sa cause jour par jour. La jeunesse et la beauté ne sont-elles pas rapidement entraînées au tombeau? le grand et le noble ne sont-ils pas bientôt humiliés dans la poussière? la sensualité et les débauches, llmpureté et les convoitises n'ont-elles pas tué leurs victimes , et n'en ont-elles pas fait des monuments qu'elles ont comme chargés d'inscriptions morales pour tous les siècles î

Combien de temps s'esUI écoulé depuid que ces paroles du prophète Osée furent prononcées : « La fornication , le vin et le moût leur ôlent l'entendement; » et depuis que Salomon disait d'une proslituée: « Elle a fait tomber plusieurs blessés à mort, et tous ceux qu'elle a tués étaient forts. Sa maison est le chemin du sépulcre, qui des- <5end aux cabinets de la mort (Prov., Vil , 26, 27). »

Mais quoique des écrivains non înspires aient dit la même chose aussi bien que Salomon , même quoiqu'elle soit évidente pour tous les hommes, sont-ils pour cela devenus sages ? ont-ils évité les sentiers du destructeur I Non; nous pouvons, avec justice, dire de notre époque ce que David disait il y a plusieurs siècles : a Ce chemin qu'ils tiennent leur tourne à folie, et néanmoins leurs successeurs prennent plaisir à leurs enseignements (Ps. XLÎX, 13). » Rien, non , rien ne les changera, jusqu'à ce que l'Esprit de Dieu , par son action, réveille leur conscience, contraigne

puissamment leur volonté, et renouvelle leur cœur.

Ainsi , il demeure constant , d'après ce que nous venons de dire , que la nouvelle naissance est un changement surnaturel :

elle est l'effet de la puissance de Dieu, l'œuvre du Saint-Esprit. Je me suis donné beaucoup de peine pour établir cette vérité, parce que je suis persuadé que, jusqu'à ce qu'elle soit vraiment acceptée , il ne peut se faire qu'un changement apparent où n'entre pour rien l'action de la puissance divine. Maintenant, nous avons à défendre cette doctrine contre les objections qu'elle peut soulever, et à repousser les abus qu'on prétendrait en faire découler*

Plusieurs adoptent pour eux-mêmes , et mettent quelquefois en avant , l'objection mentionnée par l'apôtre Paul , en ces termes: «Or lu médiras : Pourquoi se plaintil encore? car qui est celui qui peut résister à sa volonté (Rom., IX, 19). » Ces paroles résument certainement toutes les objections qu'on ait jamais élevées oUqu'oa

élèvera jamais contre la thèse que nous soutenons , et j'y fais la courte réponse d *■ rApÔire^ lui-même : « Mais plutôt , ô homme, qui es- tu, toi qui contestes contre Dieu? » Cette objection ne fait que créer ou supposer une incompatibilité entre deux choses que Dieu a clairement établies et liées étroitement l'une à l'autre drins sa Parole, c'est-à-dire enti*e la nécessité de la puissance divine pour la régénération , et la nécessité d'employer les moyens propres à amener cette régénération.

On pourrait exprimer encore ces deux choses, en disant que, tant que notre péché demeure , nous sommes en état d'inimitié avec Dieu ^ et nous repoussons sa grâce.

Je n'ai pas honte d'avouer qu'il m'est impossible , je crois même probable qu'il est impossible , à tout esprit fini , de déterminer les limites qui séparent la dépendance et la libre activité dans la créature. Cependant, nous né devons jamais oublier que Dieu est le seul « qui puisse tirer le pur de l'impur, » et que « tous

ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. » Nous savons que « Dieu sera trouvé juste quand i% parle, et pur quand il juge ; » c'est pourquoi il repousse avec noépris Taccusation qu'on voudrait lui faire d'être l'auteur du pioché. « Quand quelqu'un est tenté, qu'il ne dise point : Je suis tenté de Dieu ; car Dieu ne peut être tenté par le mal , et aussi ne tente-t-il personne (Jacq., I, 13).»

Afin que nous en fussions plus certains, il a voulu nous le confirmer par serment ; « Je suis vivant , dit le Seigneur l'Eternel , que je ne prends point plaisir à la mort du méchant , majs plutôt que le méchant se détourne de sa voie et qu'il vive. Détournez-vous . détournezvous de votre méchante voie ; et pourquoi mourriez - vous , ô maison d'Israël (Ezéch., XXXIII, 11)? » La liaison entre cette vérité et la précédente est nettement exposée dans le passage suivant :

« Vous ne voulez point venir à moi pour avoir la vie (Jean, V, 40).»

Peut-être aussi en est-il qui abuseot de cette doctrine en s'en faisant un oreiller de paresse et de négligence. Au moins ils prétendent s'en faire une excuse ou un palliatif de leur mépris pour la piété. Mais c'est en tirer des conséquences directement contraires à celles que l'Ecriture nous enseigne avec bien plus de raison d'en tirer , quand elle dit : a Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement ; car c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et l'exécution , selon son bon plaisir (Phil.,n, 12, 13).»

La première conclusion ne serait juste que pour les démons qui, sachant la sentence de condamnation qui les attend^ ne peuvent maintenant « que croire et trembler;» mais elle serait parfaitement injuste et un effrayant mépris de la grâce pour ceux auxquels est offert un salut gratuit.

Ce qui se fait maintenant par le ministère de l'Ëvangile contribuera finalement à fermer toute bouche et à réduire cette excuse criminelle à un éternel silence.

Supposez un pécheur devant le tribunal du jugement , où il présente pour lui cette défense : J'étais entièrement au pouvoir de la corruption, il m'était impossible de faire quoi que ce fût de moi«« même. — Ne lui sera-t-il pas répondu tout naturellement : Où as-tu appris cela ? — Dans les saintes Ecritures. — £t les mêmes Ecritures ne t'ont-elles pas dit aussi :

« Je ne jetterai point dehors celui qui viendra à moi. C'est pourquoi il peut sauver à plein tous ceux qui s'approchent de Dieu par lui; crois au Seigneur Jésus- Christ, et tu seras sauvé ?» — Mais je ne pouvais concilier certains enseignements de l'Ecriture avec d'autres. — Et qu'y a-t-il là d'étonuant? Prétends-tu justifier ta rébellion contre les commandements les plus catégoriques, parce que tu ne pouvais comprendre parfaitement ce qui est dit touchant la domination absolue et la souveraineté de Dieu ? — Disons-nous donc bien que , si nous sommes de nousmêmes entièrement incapables d'opérer le

changement de nos coenrs , « rien n'est impossible h Dieu. » C'est lui qui les créa une première fois, et il peut les créer de nouveau.

Diaprés la conviction de notre incapacité propre , on pourrait croire qu'il ne nous reste autre chose à faire que d'avoir recours le plus humblement et le plus instamment possible à Celui qui possède abondamment le pouvoir et la grâce.

L'état naturellement déplorable et désesféré des pécheurs ne doit cependant pas les soustraire aux exhortations qui leur sont adressées dans l'Ecriture, et, par conséquent, ne peut pas davantage les affranchir de l'obl^ation du devoir. Voici une exhortation exprimée au moyen d'images expressives qui met à nu le fondement du devoir. « C'est pourquoi il est dit : Réveille-toi , toi qui dors , et te relève d'entre les morts , et Christ t'éclairera (Eph., V, 14). » D'où il est très-évident que l'impuissance morale, cette conséquence de la chute sous la-

quelle les pécheurs vivent aujourd'hui , n'a pas pour effet de détruire la responsabilité du pécheur, la convenance des exhortations à la pratique du devoir, ou la nécessité de travailler à son salut.

Mais que disons-nous ? Hélas I le sujet même 'de ces lignes nous fournit une preuve nouvelle de l'aveuglement, des préjugés et de l'obstination des pécheurs.

Ils se condamnent eux-mêmes , car ils ne tiennent pas la même conduite dans des cas tout semblables. Ils se gardent bien de mener si mal les affaires de cette vie.

Celui qui laboure son champ et qui y jette la semence n'a pas la puissance d'unir un grain à une motte de terre; il n'est pas même capable de comprendre comment cela se fart. Il ne peut pas davantage le faire pousser, ni même le faire avancer d'un seul pas dans la route étonnante qu'il parcourt pour arriver à la moisson , et qui se compose de la mort de la semence , de sa résurrection en herbe , et de son progrès gra-

dud Sons cette forme nouvelio jusqu'à ce qu'il parvienne à sa pleine maturité.

Aurait-il pour cela raison de dire : Quant à moi, je n'y puis rien; o'est, du comniencement à la fin , un effet de la puissance divine; et Dieu peut aussi facilement susciter une moisson en certain lieu et tout-à-coup , que je sème ou non , qu'il le peut , après avoir employé pendant longtemps , dans ce but • rinfluence combinée de la terre et des saisons ; par conséquent , je m'épargnerai la fattgue et la peine du labour , et j'attendrai patiemment ce qu'il plaira à Dieu de m'envoyer?

Un tel langage ne serait-il pas, de l'aveu de tous , une pure extravagance?

et serait-on moins insensé de tourner la grâce de Dieu en dissolution t Croyez moi : l'avertissement suivant est aussi raisonnable et aussi nécessaire dans son adaptation aux choses spirituelles qu'il le serait quant aux choses temporelles : « Ne vous abusez point : on ne se moque point

- laide Dieu ; car ce que l'homme aura semé il le moissonnera aussi. C'est pourquoi celui qui sème à sa chair moissonnera aussi de la chair la corruption ^ mais c-elui qui sème à l'esprit moissonnera aussi de l'esprit la vie étemelle (Gai., VI, 7, 8).»

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lingue d'avec « i'irrégénéré. n J'omets ici , à dessein , la diversité des voies dont peut se servir la providence souveraine de Dieu pour opérer ce changement , et les différents degrés de perfection où il peut atteindre, réservant tout cela pour en faire l'objet d'une portion distincte de ce traité. Afin d'entamer ce sujet avec toute la netteté et la simplicité désirables , je ferai remarquer , dès l'abord , que la raison et le but du changement qui nous occupe est de réparer la perte que l'homme a éprouvée par la chute. Lors de sa création , l'homme fut fait h rimage de Dieu , en connaissance, en justice et en sainteté, en sorte qu'il jouissait d'une communion constante avec lui. 11 ne concourait pas seulement à la gloire de Dieu par cette soumission naturelle et nécessaire à la domination divine , dans laquelle toutes les créatures ont été, sont , et seront toujours , mais par choix et par inclination , son devoir et son plaisir étant invariablement une seule et même cliose. Par la chute , par une seule trans-

et de glorifier Dieu , et que tout autre but soit subordonné à celui-là ; 2o que Tàme se repose en Dieu comme dans son plus sûr refuge, et qu'elle préfère habituellement sa faveur à toute autre jouissance.

J'essaierai maintenant de jeter un peu de lumière sur ces deux points , dans Tordre où je les ai nommés.

lo Notre premier but doit être de servir et de glorifier Dieu , et toute autre consi* dération doit être subordonnée à celle-là.

Toutes choses ont élé créées au commencement et sont conservées chaque jour pour la gloire de Dieu ; c'est à cette gloire, c'est-à-dire à l'exercice et à la manifestation des perfections divines, qu'elles aboutiront certainement à la fin. Les penchants et la volonté de toute créature intelligente doivent concourir à ce grand but de la création. D'après l'Ecrilure et la raison , le premier devoir de l'homme est de « donner à l'Eternel la gloire due à son nom. » C'est là , je ne l'ignore pas , ce que le monde, qui gtt dans le mal, ne peut , ni compren*

dre, ni goûter. « L'homme animal ne comprend point les choses qui sont de l'Esprit de Dieu , car elles lui sont une folie ; et il ne peut même les entendre , parce qu'elles se discernent spirituellement ( 1 Cor. ,11, 14). » Nous ne devons aucunement en être surpris , car le premier péché de l'homme, et maintenant encore tout péché , consiste essentiellement, à se soustraire à la fidélité due à Dieu , et à refuser de se soumettre à sa volonté.

Le langage de tout cœur irrégénéré et celui de la vie de tout pécheur est:

« Nos lèvres sont à nous ; qui est seigneur sur nous?» Mais l'homme renouvelé par la r^énératlon a reconnu son entière dépendance de Dieu , la légitime domination de son Créateur, et l'obligation imposée à toutes les créatures de concourir en toute manière à sa gloire, et de se soumettre sans réserve à sa volonté. La vue de l'excellence et des perfections infinies de la nature divine l'a convaincu que cette obligation est très-juste et très-raisonnable.

Il es! persuadé que chaque fois que nous préférons noire volonté à celle de Dieu, nous nous permettons une usurpation criminelle sur les droits inaliénables du grand Créateur et souverain Maître de toutes choses.

Ainsi, la régénération communique ce principe nouveau, et le revêt d'une force suffisante pour obtenir et pour conserver la prééminence , en sorte que la volonlé lui soit constamment assujettie. Chacun peut aisément discerner, d'après la conduite des hommes dans ce monde , les opérations et les effets de ce principe d'avec ceux d'un principe contraire. L'homme irrégénéré cherche son propre bonheur avant tout :

c'est à être satisfait qu'il vise constamment. Tel est le motif, le seul motif qui lui fait préférer une action à une autre. C'est ce qui le détermine dans le choix d'une vocation, d'un plaisir, d'un ami. Ses actes religieux ne proviennent pas d'un choix libre et cordial , mais de la crainte d'un châtiment pire encore que les exigences de la religion. Celle-ci lui est une gêne , et l?

loi de Dieu lui paraît dure el sévère. On peut décrire sommairement Télat de Fhomroe naturel, en disant qu'il a oublié sa dépendance à Tégard de Dieu, qu'il l'a détrôné pour s'honorer , s'aimer et se servir à la place de Dieu. Les divers points de vue sous lesquels l'Ecriture nous présente notre état et notre caraclère avant ou après la conversion en font foi. Cela résulte très-clairement de la première condition que le Sauveur requiert de ses disciples, qui est le renoncement à soimôme : « Alors Jésus dit à ses disciples: Si quelqu'un veut venir après moi , qu'il renonce à soi-mêine , et qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive (Malth., XVI, 2k). »

Tous ceux qui sont accessibles au sentimentde leurs devoirs et de leurs obligations en tant que créatures , sont prêts à dire , non des lèvres seulement , mais du cœur •• « Seigneur , tu es digne de recevoir gloire, honneur et puissance j car tu as créé toutes choses . c'est par ta volonté qu'elles existent et qu'elles ont été créées (Apec,

IV, tt]. » Il faul remarquer l'impo de ces paroles , lorsqu'elles sont pi céespar conviction. Les saints consi Dieu, non-seulement cotnmel'Êtresui:

dont l'infinie grandeur mérite la cr mais comme l'Être absolument saint ( fait, qui, par conséquent, doit ëtn et servi, ils croient que tous ses coït déments sont justes h tous égards. Ili naissent, ils sent«it leur corruplic conressent qu'elle est une injuslic gémissent souvent et profondéme celle loi de leurs membres qui fait la ( à la loi de Dieu dans leurs enlenden et, pour l'ordinaire, par la grâce de ils lui résistent avec vigueur.

Peut-être un lecteur attentif aui remarqué que je n'ai rien dit mc( rintérët considérable que nous avi servir Dieu. La raison en est que, de cœurr^énéré, le sentim^ldu devi certainement indépendant de toute * dératioQ d'intérêt. Où ce ne serait cas , même en supposant que l'espt

in

la récompense ou la crainte du châtiment puisse porter à Tobéissance, le changement n'aurait eu lieu que dans la vie, et non dans le coeur ; en même temps, comme il ne dériverait pas d'un principe intérieur , il ne serait ni soutenu ni durable.

Certainement, on ne peut douter que notre véritable intérêt ne soit inséparable de notre devoir , en sorte qu'en se cherchant soi-même on se perd ; et cependant, le sentiment du devoir doit passer avant tout : autrement le devoir changé de nature , ou , pour mieux dire , il cesse d'exister.

Honorer Dieu dans son cœur, et le servir dans sa vie , est donc le premier et le plus vif désir de celui qui est né de nouveau. C'est ce qui n'est pas , ce qui ne peut pas être pour quiconque est encore dans son état naturel.

Avant dépasser au second point compris dans la régénération , il ne sera pas mal à propos de faire une observation qui , je l'espère, aura un très-grand poids, pen-

éatd que Fotjet eo est encore présettf k Fesprit do kcteor. Les pages qui préoëdeDi dooBeDt faeilement à eomprendre pourquoi les moDdains onl une tendance sî prononcée à la propre justice, tandis que les homones vraiment pieux éprouvant une forte r^ulsion pour celte illusi<m qui perd les âmes. Ce phénomène parail étrange à plusieurs , et j'avoue qu'il m'a souvent paru tel avant que j'eusse bien compris ce sujet. Je m'étonnais que ceux qui évidemm^at ne sont pas des phis scrupuleux en morale, et qui ont le moins de quoi se vanter à cet égard , soient cependant les admirateurs et les défenseurs déclarés de la justification par les œuvres, et qu'ils méprisent la doctrine de la grâce de Dieu. La solution de cette difficulté est pourtant facile et naturelle. Les mondains ne sentent pas convenablement l'obligation naturelle et indéclinable où ils sont de glorifier Dieu dans leurs pensées, leurs paroles et leurs actions , et, par suite, tout ce qu'ils font en religion, ils le regardent

eomtne méritoire , et ils pensent qu'il leur est incontestablement dû quelque chose pour cela. S'ils ont vécu avec sobriété , régularité et décence , surtout s'ils ont été stricts et ponctuels dans l'observance des formes du service divin , ils trouvent étrange que Dieu ne soit pas obligé ( pardonnez l'expression ) de récompenser leurs bonnes œuvres. L'obéissance à Dieu leur est pénible ; ils ne s'y soumettent que dans l'espoir d'être récompensés, ou , du moins, de n'être pas affligés pour l'avoir négligée, et ainsi ils ne savent qu'insister sur son mérite.

De l'autre côté , ceux qui sont nés de Dieu se rappellent que le devoir de toute créature raisonnable est d'aimer Dieu de tout son cœur et de consacrer toutes ses forces et toutes ses facultés au service de son Créateur. Ils sont persuadés que celui qui le ferait sans faute ne ferait que ce qui est juste et équitable , et n'acquerrait par là aucune espèce de mérite. Mais quand ils considèrent de combien de péchés

ils sont encore entachés, combien ils ao éloignés d'être, en toute circonstance, à hauteur de leur devoir, c'est la grâce qu'i implorent, et non pas des récompense Ils s'écrient volontiers avec le Psalmîste « Eternel ! si tu prends garde aux in quités , Seigneur , qui est-ce qui subsii tera t Mais il y a pardon par devers toi afin que tu sois craint ( Ps. CXXX, 3, 4), Résumons ce qui précède: L'obéissan( forcée que plusieurs rendent à la loi divim ils l'envisagent comme une dette que Die contracte envers l'homme , au lieu qu'ur obéissance véritable doit être envisage comme le paiement d'une dette contracte par l'homme envers Dieu. Ainsi il demeui constant que l'imperfection même de noti obéissance accroît notre disposition à c exagérer la valeur, et à nous y confier.

Sbct. 11. — La seconde chose contenue dans un changement salutaire , c'est que Vàme se repase en Dieu comme dans son plus sûr appui j et qu^elle préfère habituellement sa faveur à toute autre jouissance.

Ici , je prierai le lecteur de prendre garde , non-seulement au sens et à la substance de cette proposition , mais aussi à la place que je lui ai assignée. Il faut d'abord que notre esprit soit consacré à Dieu, et que la considération de son honneur et de sa gloire soit notre plus vif intérêt et notre (il conducteur. 11 faut que Dieu soit , si je puis ainsi dire , réintégré dans ses droits primitifs, que sa domination et son trône lui soient rendus , et que la créature soit réduite à se soumettre et à obéir.

L'homme régénéré acquiesce donc sincèrement à la volonté de Dieu , qu'il regarde comme une source de consolation, et il prise singulièrement sa faveur, qui lui paraît

meilleure que la vie. Ceci ne précède pas le senliment du devoir , dont il esl même irës-distinct , mais il.s*y appuie et en découle. Quand une âme sanctifiée a vu l'excellence et la gloire infinie de Dieu, elle l'aime par-dessus tout, elle lui est entièrement dévouée , elle trouve aussi en lui ses délices suprêmes. Elle est convaincue que eeux-^à , et ceux-là seuls sont heureux , desquels l^Etemel est le Dieu , et que ceux qui demeurent k)in de lui périront certainement.

Dans son état naturel, et par une conséquence directe du péché, le pécheur fuit loin de Dieu , rempli de crainte et d'aversion pour sa présence. Mais l'âme renouvelée le désire et retourne à lui ; elle ressent un malaise qui ne peut disparaître, un besoin qui ne peut êlre apaisé que par la connaissance du pardon et le sentiment de l'amour de Dieu. L'Ecriture emploie les termes les plus énei^iques pour exprimer la fervente ardeur de l'affection que ressent le fidèle : « Comme le cerf brame aprc^s le

courant des eaux, ainsi mon âme soupire ardemment après toi, ô Dieu ! Mon âme a soif de Dieu, du Dieu fort et vivant. Ohl quand entrerai-je et me présenterai -je devant la face de Dieu (Ps. XLII, 1, 2) I Ta gratuité est meilleure que la vie ; mes lèvres te loueront. Et ainsi je te bénirai durant ma vie, et j'élèverai mes mains en ton nom. Mon ème est rassasiée comme de moelle et de graisse, et ma bouche te loue avec un chant de réjouissance (Ps. LXIII, 3-5). »

Le service de Dieu et le bonheur qu'on y trouva doivent êlre traités ensemble, ils exercent l'un sur l'autre une influence réciproque. On peut difficilement distinguer une application consciencieuse à servir et à glorifier Dieu d'avec une obéissance servile, inspirée par la crainte qu'imprime le pouvoir de Dieu autrement que par ce signe : c'est que la première est indissolublement unie h la jouissance de Dieu , comme élanl l'objet de choix du cœur et le centre de ses affections. D'autre part, il est difficile de distinguer un attachement

à Dieu comme à notre portion et à la source de notre bonheur d'avec le marché intéressé d'un mercenaire religieux autrement qu'à ceci : c'est que le premier vient à la suite du sentiment de l'honneur suprême dû à Dieu pour son excellence infinie, qu'il est fondé sur ce sentiment , qui en est même le résumé.

Ce service raisonnable sera donc rendu avec une paix et un plaisir inexprimables, et la toute-suffisance de Dieu sera l'appui inébranlable de la sécurité et du bonheur de ceux qui ont mis en lui leur confiance.

Nous voyons souvent ces deux dispositions se manifester ensemble et se fortifier réciproquement <lans le langage et dans l'expé.

rience des saints dont parle l'Ëcriture.

Avec quelle ferveur d'esprit , avec quelle inimitable force et quelle beauté de style David ne s'exprime-t-il pas à ces deux égards I Quelquefois , il s'abandonne complètement, avec tout ce qui lui appartient, au service et à la disposition de Dieu. D'autres fois , son âme se glorifie en

Dieu , et Irossaille de bonheur et de paix à Tombre de la proleclion divine : « Mon ,âme, lu as dit à rEternel : Tu es le Seigneur (Ps. XVI , 2). — f.'Eternel est la part de mon héritage et de mon breuvage, tu maintiens mon lot. Les cordeaux me sont échus dans des lieux agréables, et un trèsbel héritage m'a été accordé ( Ps. XVI , 5,6).»

Souvent , ces deux sentiments sont m^me si intimement unis , que nous hésitons si nous devons prendre le langage des écrivains inspirés dans le sens d'une déclaration du devoir ou dans celui d'une expression de bonheur ; par exemple , dans les paroles suivantes : « Je chanterai à TElernel durant ma vie; je psalmodierai à mon Dieu pendant que j'existerai. Ma méditation lui sera agréable , et je me réjouirai en l'Eternel (Ps. CIV , 33 , 34). »

Nous voyons, surtout dans quelques-uns de ces passages , pleins de vie , où le cœur épanoui du Psalmisie invite toute créalurd à 58 joindre à lui pour louer Dieu , corn-

t^r et du respect ^^--«.ssanis

«isse^VEternel , v^««^, cotnmaoder^ ; en vertu, q«' f \^.^ ^e sa Parote- Béms

■t^VEternel,v<^sU^^^^^„,bonpb.s^ feles ses ministres »a ^^ œuvre»,

isse^^'E'^'-^^^'rraomioatioo. Moo

tie bénis ïE^^-^f^ ^„*;eomWeo te cœur '"lclilest(ae5edevo.r-m^ ^^bieo

Vbomme renouvete ^^ ^^^ ««^re ' J^ entendement d»^^«* ^ . o^e soii le nw

£n cela seulement, tous les inconverUssoni d'accord , quoique les diverses manières par lesquelles le monde sollicite leurs affections, les différents degrés d'ardeur qu'ils mettent à le poursuivre , et les moyens variés qu'ils emploient ou dont ils abusent pour le posséder , soient si nombreux , qu'il serait impossible de les décrire , ni même de les énumérer. Quoiqu'il n'y ait qu'un seul Dieu , les idoles des nations sont innombrables. Il n'y a qu'un seul chemin qui mène à la paix, et, s'il est négligé , l'insuffisance de toutes les jouissances terrestres conduit les hommes à passer rapidement de l'une à Fautre, jusqu'à ce qu'une dernière expérience leur fasse sentir qu'elles ne sont toutes que vanité. Leur état est bien décrit dans ces paroles du Sage :

M Seulement , voici ce que j'ai trouvé : c'est que Dieu a créé l'homme juste; mais ils ont cherché beaucoup de discours {Ecclés. , VII , 29). » Il ne sera donc pas mal à propos de signaler, en passant, quelques-uns des traits principaux qui

constituent une différence entre le caractère d'un homme et celui d'un autre ^ quelques-uns des objets qui sollicitent une partie«des affections et des soins des hommes , et qui leur font mépriser et oublier la êeule cho$e nécessaire.

Beaucoup s*abandonnent sans retenue à Tattrait des plaisirs. Les passions et les appétits charnels les emportent avec une fureur qui ne connatt pas de frein. La convoitise de la chair , la convoitise des yeux et l'orgueil de la vie possèdent leurs affections ; leur désir dominant est de satisfaire ces appétils autant que leur position et les circonstances où ils pourront se trouver les en rendront capables , ou que des convoitises rivales le leur permellront:

Cet état , qui est ordinairement celui d*un jeune homme non sanclifié et abandonné à lui-même à son entrée dans le monde , est bien décrit par le Sage dans l'énergique avertissement que voici : « Jeune homme, réjouis-toi en ton jeune âge, et que ton cœur te rende gai aux jours de ta

jeunesse , et marche comme ton cœur te mène , et selon le regard de tes yeux ; mais sache que, pour'toutes ces choses, Dieu t'amènera eq jugement (Ecclés. , XII, 1). »

Tel est le sentier de Thomme débauché , sans pudeur , et qui brave le ciel , qui jette loin de lui toute crainte de Dieu , qui rompt tout lien , qui.« tire rtniquité avec des cordeaux de vanité, et le péché comme avec une corde de chariot. »

Les cœurs de beaucoup d'autres sont adonnés au gain de ce siècle. Au lieu de faire de ce monde et des avantages qu'il nous présente un usage sobre et modéré , tel qu'il convient à des créatures mortelles, ils les considèrent comme leur patrimoine.

Au lieu de n'y voir que des moyens pour arriver à un but plus élevé /ce qu'ils ont surtout en vue , c'est d'améliorer ou d'accroître leurs bieiis. Ils disent à l'or : Tu es mon refuge ; et au fin or : Tu es ma confiance, ff Ils pensent que leurs -maisons dureront à toujours , et leurs habitations

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d'âge en âge. » Tel est souvent le péché de Tâge mûr ; et , afin que la folie du pécheur se montre plus éclatante , tel est souvent le sujet de réprébension et de scandale que présente la vieillesse , alors que Tab^ surdité de l'avarice est le plus sensible et leplus frappante. Qu'est-ce que dételles gens ont à faire de mépriser la légèreté de la jeunesse ou dé haïr les sales réceptacles delà sensualité et des convoitises charnelles, tandis que leurs affections sont par-dessus tout attachées à ce monde, tandis qu'« ils bénissent l'avare, que l'Eternel a en détestation ? »

Souvent , une personne sérieuse éprouvera une indignation mêlée de compassion en entendant certaines personnes , aux yeux desquelles la pauvreté est le seul vrai crime dont on puisse accuser quelqu'un, plaider ouvertement pour leur attachement au monde et s'en glorifier , ou accueillir avec un sourire de mépris ceux qui leur disent que cela n'est que vanité.

Quoique le résultat le plus fréquent de

l'expérience soit précisément de rendre sensible cette vanité, il est d'usage de ne l'envisager que comme un lieu commun de prédication: la représenter, c'est, penset-oQ, une partie de notre tâche; mais cette maxime , utile à notre profession , est inapplicable en pratique. Que toute personne qui pense ainsi sache , qu'elle le veuille ou non , que , quelque modérée et sobre qu'elle soit quant aux plaisirs des sens , quelque diligente , active et heureuse qu'elle soit dans ses affaires temporelles y « si elle n'est pas née de nouveau, elle ne peut voir le royaume da Dieu. » Et afin que de telles âmes ne se séduisent pas elles-mêmes, mais qu'elles connaissent , au moins en partie , en quoi consiste la régénération , qu'elles lisent en entier et qu'elles pèsent ce passage de l'apôtre saint Jean : « N'aimez point le monde , ni les choses qui sont au monde ; si quelqu'un aime le monde , l'amour du Père n'est pas en lui (1 Jean , H, 15). »

D'autres encore marchent dan^ les sen-

licrs de Tambition. L'orgueil et la vaine gloire sont les idoles devant lesquelles ils sInclinenC. On peut ranger les personnes de celte espèce en plusieurs classes trèsdistinctes. L'orgueil , qu'on peut appeler la passion maîtresse de l'être humain , y occupe universellement la plus grande place. Il est à peine une situation où il ne se montrera peine une circonstance dont îl ne se fasse un instrument. Tous les avantages naturels du corps ou de l'esprit, qui mettent quelques hommes audessus de leurs semblables y tous les avantages de société, de nom, de richesse, de position et de charge , tous ceux qu'on a acquis , qu'ils soient intellectuels ou moraux , deviennent l'aliment rie l'orgueil. Si quelques hommes s'efforcent, par des actions d'éclat , de se faire un nom dans le publie, d'autres , quoique dans une sphère plus humble, sont sous Tinfluetice habituelle du même désir. Pendant que les grands personnages prennent des villes et détruisent des royaumes pour s'acquérir un nom , d'au-

très , d'un rang moins élevé j rivalisent avec tel ou tel quant à sa toilette , son ameublement , son équipage , ou tel autre objet à leur portée. Ceux même qui n'ont jamais fait une action digne de louange se montrent trop souvent dominés par Tambition la plus détestable, par une malignité et une envie pleine de fiel envers ceux qui les surpassent ou les éclipsent.

Nous pouvons aller plus loin encore , et nous avons de bonnes raisons de croire que, chez plusieurs, la culture de Tesprit , une application longue et assidue à rétude , des efforts zélés et heureux pour avancer le bien public , ne doivent pas être attribués à une autre source , à un motif plus relevé que l'ambition.

J'ai cru ne pouvoir choisir de moyen plus sûr de jeter quelque lumière sur cette partie du présent traité que de présenter cette esquisse abrégée du caractère et des affections des hommes du monde. On en peut appreddre que le changement appelé régé^ nération consiste proprement dans une con-

viction ÎQtérieure , profonde, de la vanité des plaisirs mondains de toute espèce , et dans la conviction que la faveur de Dieu et les jouissances qu'elle procure leur sont infiniment supérieures à tous. Quelque autre différence qu*on puisse trouver entre l'homme régénéré et celui qui ne Test pas, celle-ci doit exister pour tout enfant de Dieu, du plus petit au plus grand, du plus pauvre au plus riche, du plus ignorant au plus savant, et du plus jeune au plus vieux. Tous doivent pouvoir dire avec le Psalmiste : « Plusieurs disent : Qui nous fera voir des biens ?

Lève sur nous la clarté de ta face, ô Étemel I Tu as mis plus de joie dans mon cœur , qu'ils n'en ont au temps que leur froment et leur vin ont été abondants.

Je me coucherai , et je dormirai aussi en paix; car toi seul, ô Eternel I me feras habiter en assurance (Ps. IV, 6-8.) »

J'aurai plus tar4 l'occasion de développer us au long l'influence comparative du ir de la faveur de Dieu , mais , avant

de terminer cette section, je dois faire les deux remarques suivantes : lo que le 6dèle envisage la faveur de Dieu comme absolument nécessaire à son bonheur; 2» qu'elle lui parait parfaitement suffisante pour cela.

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