‹ Traité pratique sur la régénérationChapitre 2 sur 5 · Celui qui est né de nouveau considère · texte numérisé non relu

Celui qui est né de nouveau considère

la faveur de Dieu comme absolument né** cessaire à son bonheur : il voit le vide et la vanité de toute autre chose, même quand le monde lui sourit et que tout réussit au gré de ses désirs ; il ne s'aban* donne pas à la joie qu'une ou toutes les prospérités temporelles peuvent donner.

H désirera par-dessus tout d'avoir part à cet amour que Dieu porte à son u peuple choisi , » d'avoir le droit , par promesse ou par alliance , d'user des bienfaits actuels de Dieu , et d'être favorisé de la protection spéciale de la Providence. Combien ces pensées sont contraires à celles de plusieurs qui ont le bruit de vivre, bien qu'ils soient morls4 Si le monde leur sourit) ils se donnent à lui avec empressement et

l'eu^brassent avec complaisance, tandis qu'ils n'éprouvent pour Dieu que froideur et iDdifférence. Peut être, lorsqu'ils sont harcelés par des calamités extraordinaires, lorsqu'ils sont, par expérience, contraints d'avouer la vanité de la créature , peut-être alors crient-ils à Dieu pour en obtenir du secours. Mais quand l'aise et la prospérité reviennent , ils oublient bientôt ses œuvres ; leur condition présente les satisfait si bien qu'ils ne souffrent pas de l'absence de Dieu et ne redoutent plus sa colère. On voit clairement , par là , qu'en dépit des symptômes favorables qu'ils peuvent acci* dentellement présenter , ils sont avant tout et habituellement possédés de Tamour du monde et du désir de ses jouissances. Tout vrai chrétien , au contraire , sent que la faveur de Dieu lui est si absolument nécessaire, qu'il ne peut exister sans elle. Elle lui paraît plus nécessaire que les richesses, les honneurs ou les plaisirs , pour ne pas dire que la santé et que la vie elle-même :

toutes choses qu'il eslime, surtout parce

qu'elles sont des dons de la bonté divine, des marques de Famour de Dieu , dont elles lui fournissent Foccasion d'avancer la gloire. 11 est pn^t à dire £\vec le Psalmiste : « Quel autre ai-jp au ciel? Or, je n'ai pris plaisir sur la terre en rien qu'en toi seul. Ma chair et mon cœur défaillaient; mais Dieu est le rocher de mon cœur , et mon partage à toujours (Ps. LXXIII, 26,-26). »

2. Celui qui est né de nouveau considère la faveur de^Dieu comme suffisant parfaitement à lui donner la paix et le bonheur ; c'est-à-dire, qu'il en est habituellement satisfait, l'envisageant comme sa portion , qu'il y ait, du reste, abondance ou disette quant aux biens extérieurs. La faveur de Dieu lui est absolument nécessaire, mais aucune aulre chose ne l'est à ses yeux.

Aucune jouissance terrestre séparée de cette faveur ne peut le satisfaire ,' tandis que cette faveur lui suffit , quelle que soit sa condition extérieure. Je n'ai garde d'avancer que le plus petit murmure, le moin-

dre tnouvomenl d'impatience ou de n tiiHi soieQl bannis du cœur de tout bo de bien. Celui cbez qui cela aurai!

sérail parfaîlement saint. Je veux seulement^ que le) est, pour l'ordiDi le caractère principal de l'homme r^éi Il est iotîmemeDl convaincu que le I benr ne se trouve que là , et que ceu:

sont récoaciliés avec Dieu et les o particuliers de son aipour, sont dès n tenant el pour toujours parfaitement I reux. Il se plaint sérieusement, ca d'une faiblesse, de l'attachement éprouve encore pour les choses présec et dn chagrin immodéré qu'il ressent I qu'il est atteint par quelqu'une des cal ta de ce naonde i il recounatt que ce des péchés véritables. Il s'efforce de c -bler, au moyen de la plénitude et c toute-suffisance de Dieu , le vide que l< après soi chaque appui terrestre qui va. Il possède, en quelque mesure, aspire à posséder de plus en plus le es 1ère que décrivent les passages suiv

de rÉcriture : « Il n'en sera pas aioÉi de ma maison envers le Dieu fort, parce qu*il a traité avec moi une alliance bien établie et assurée ; car c'est tout mon salut et tout mon plaisir (2 Sam., XXlll , 5). — Le figuier ne poussera point, et il n'y aura point de fruit dans les vignes; ce que Tolivier produit mentira, et aucun champ ne produira rien à manger; les brebis seront retranchées du parc, et il n'y aura point de bœufs dans les étables. Mais moi, je me réjouirai en TEternel , et je m'égaierai au Dieu de ma délivrance (Hab., ïll, 17-18).»

J'ai donc tâché , dans les pages qui précèdent, de montrer en quoi consiste directement et proprement le changement de la régénération. C'est précisément dans le renouvellement de l'image morale de Dieu dans le cœur ; et cette image , à son tour , consiste à l'aimer par-dessus tout , à le servir sans réserve, à faire de lui notre but suprême , à nous réjouir parfaitement en lui^ comme dans notre souverain bien. Ce renouvellement n'est cependant que

-- ICO —

cûtniiencé sur la terre. Il s^accomplit graduellement par les progrès de la sanctification , et sera dans sa perfection èla résurrection des justes. Aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur , de toute notre âme , de toute notre force et de toute notre pensée , tel est le sommaire- de la loi morale. C'est le devoir de tout« créa*' ture raisonnable, et , pour le remplir parfaitement , aucune partie de nos affections ou de nos actions ne doit être , en aucun temps et au moindre degré, appliquée au mal. Tel n'est le cas de personne, tant qu'il demeure dans son corps. La régénération est donc l'insertion d'un principe nouveau qui obtient la prédominance sur un principe opposé et qui dirige habituellement le croyant dans toute sa conduite. Chez cent mêmes qui sont nés de nouveau auront lieu divers combats entre « la loi du péché qui est dans leurs membres, » et « la loi de Dieu qui est dans leurs entendements. »

L'apôtre Paul s'en plaignait déjà , ainsi que nous le lisons dans le verset suivant:

« Âb ! misérable que je suis I qui me délivrera du corps de celte mort ( Rom. , Vil, 27)?»

Ce doit être une indicible consolation pour le chrétien de penser que la semence jetée dans son cœur par la grâce divine sera préservée par Ja puissance divine. Un Dieu plein de bonté ne souffrira, ni qu'elle soit étouffée par les mauvaises herbes , ni qu'elle soit détruite par Finûuence du climat orageux de ce monde : elle sera , au contraire, transplantée là-haut, dans les régions plus douces de la paix et du bonheur.

Sect. III. — Des effets de ta régénération , et de quelques-uns des signes principaux qui en montrent la réalité.

Je poursuis la tractation de ipon sujet, et je me propose , pour cela , de mentionner quelques-uns des signes et des fruits principaux d'un changement salutaire.

Nul doute qu'il ne fût aisé de s'étendre au long et au large sur cette matière, vvi

qu'elle comprend tooiesles marques (fane vraie piété adaptées k tous les caractères et à toutes les positions imaginables. Le cœur étant renouvelé, la vie sera nécessairement réformée, et la sainteté dans toute la conduite , sainteté qui renferme les devoirs de la piété envers Dieu et ceux de la justice et de la charité envers les hommes , en sera l'effet propre et natoreL Mais cela nous ouvrirait un champ trop vaste et trop général. Beaucoup d'écrivains y sont d'ailleurs entrés , et ont étudié particulièrement le jour nouveau sous lequel l'homme régénéré s'envisage et se comprend, ainsi que tout ce qui est en relation avec lui.

Je ferai donc observer , en peu de mots, que l'homme né de nouveau découvre sa nouvelle nature et sa nouvelle vie à une manière nouvelle de comprendre Dieu, soi-même, le monde, l'éternité, Jésus- Christ, le Sauveur des pécheurs, et tous ses commandements. Il voit Dieu sous un nouveau jour, soit h l'égard de sa grandeur,

soit à regard de sa bonté. Il est réellemeDt et intirnement persuadé de rexistence , de la présence, de la puissance et de la providence de Dieu , dont il doutait souvent auparavant. Tandis qu'alors^ , même ce qu'il croyait de Dieu ne faisait que rare^ ment Vobjet de ses pensées , maintenant il lui est presque impossible de jeter les yeux sur une chose , une personne, ou ua« événement quelconque, sans considérer sa relation avec Dieu. Quelle « redoutable majesté » une intelligence sanctifiée aperçoit dans cet Etre des êtres, comparativement à ce qu'elle en apercevait au temps de son ignorance I quel éclat et quelle gloire resplendissent à Toeil ouvert à toutes les perfections divines I surtout quelle vue étonnante et ravissante de la bonté et de l'amour divin ne se déroule-t-elle pas à ses regards t Les méchants, étant gouvernés par Tamour-propre , se regardent comme libres de toute obligation envers Dieu.

Leurs désirs déréglés ne leur permettent pas d'être jamais contents de ce qu'ils pos-

sédent, tandis que l'enfant de Dieu discerne et reconnaît la bonté infinie de son Créateur dans toutes ses grâces , de la moindre desquelles ils se sent indigne.

11 a une toute autre opinion de luim^me , de son caractère, de son état.

Auparavant, il pensait être son propre maître, et regardait toute loi religieuse comme une contrainte dure et tyrannique; mais maintenant il voit que Dieu est son maître, il se souvient de son Créateur , il reconnaît ses obligations envers lui , il déplore ses transgressions passées. Le pécheur converti est souvent étonné, stupéfait, de sa conduite précédente. L'audace d'un pauvre crigainel i d'un rebelle privé de tout secours , qui peut-être jurait , blasphémait ou se plongeait dans les excès et dans la débauche , le remplit d'étonnement. 11 admire que le bras de Dieu ne l'ait pas arrêté dans sa course , et qiie, par quelque coup signalé, il n'en ait pas fait un monument éclatant de sa juste indignation. La consi-

dération de son étal précédent le faiC trembler et Texcile à reconnaître , d'une manière vhve et profonde , les richesses de la grâce divine. Avec quel profond sentipaent de cette vérité saint Paul ne s'exprime-t-iL pas souvent en parlant de lui-même , « qui était auparavant un blasphémateur , un persécuteur et un oppresseur ; » et encore dans ce passage :

« Cette parole est certaine et digne d*ètre entièrement reçue , que Jésus-Christ est venu au monde pour sauver les pécheurs, desquels je suis le premier ( 1 Tim., 1 ^ 13-15). »

Ces sentiments de l'homme converti se lient souvent à sa manière de voir le monde et les mondains , et ils en sont fortifiés. Maintenant le charme est rompu, les couleurs trompeuses sous lesquelles lui apparaissaient le monde et toutes ses jouissances ont disparu. Avec quelle ardeur ne les aima-t-il pas jadis I avec quelle vivacité ne les poursuivit-il pas t combien ne les crut-il pas désirables l

Il porlait envie à quiconque les possédait et qui y à ce qu'il croyait, ne pouvait manquer d'être parfaitement heureux.

Mais à présent , il ne peut jamais séparer ridée de richesse de celle de tentation, et il a souvent présent à la . pensée l'effrayant changement de situation qu'éprouvent ceux qui vivent dans la pompe et la grandeur sur la terre , qui sont v^tus de pourpre et d'habits précieux, et qui se traitent somptueusement chaque jour , mais qui, en peu de temps, se voient précipités dans le feu de l'enfer. Autrefois , il estimait les personnes en raison de leur rang , de leur santé , de leur esprit et de leur génie ou de leurs autres avantages ; mais maintenant un chrétien tlans une chaumière lui parait plus honorable et plus aimable qu'un incrédule dans un palais. Maintenant son cœur est attaché à tout serviteur de Christ , lors même qu'il serait méprisé du monde, desséché par la maladie ou déformé par la vieillesse, ou même sale et dégoûtant à force

de misère. 11 découvre la beauté de ces excellents de la terre malgré les désavau' tages de leur position actuelle , et c'est en eux qu'il prend tout son plaisir.

Quant aux personnes dont les sentiments sont opposés aux siens , le pécheur repentant se rappelle fréquemment, le cœur navré de douleur, l'attachement passionné qu'il ressentait autrefois pour ses camarades de péché , et son amitié pour eux est changée en une tendresse pleine de compassion et de pitié à cause de leur misérable état.

L'homme régénéré voit l'éternité sous un nouveau jour. Auparavant les ombres et les vanités du temps exaltaient tellement ses pensées, remplissaient et occupaient tellement son esp)*Lt , qu'il pensait rarement à l'éternité et qu'il ne le faisait jamais sérieusement ; mais maintenant son esprit en est souvent et fortement préoccupé; maintenant il aime à en mêler le souvenir à tout , à l'unir à tout, à soumettre à son influence tout

(*jf»s fjit^il se pmpose comme l>iit à a( (ffè. Maintenant la pensée de Tel s<r pose comme objet de foi pour rtger \en facuiflefl notions des sens j ei ^oppnHer anx in^astes prétestiof» (jam semblent éterer les piaisirs terrestres et périnsables de- ce monde. Autrefois;^ les (jiMies invisibles loi apparaissaient en (|aelqae sorte comnie précaires et faborletise;} on de pea d'importance cpranid il .<a9KfSsaît d'une détermination à pre nd re ; mais maintenant les graaaàe» réaiilésda monde à venir paraissent teilement à déeotïveft , elles sont d^ormais (fan tel poids 9 qu'elles l'emportent de beaucoup êîÊf toutes les choses créées^ cpn ne sen>- Ment plus qu'une plume placée dans TmjAre bassin de la balance.

Arrêtons- nous ici un instant. Je supplie le lectour de bien peser ces réflexions, <|lie je no puis passer sous silence. De quel IntértH nVst pas pour nous tous une l'^ternll^ snns fin I O sujet de toute iraporlnhce I quelles paroles Tépuiseraient ,

quelles pensées même en atteindraient les profondeurs ? Un bonheur qui durera pendant des siècles infinis I une misère , une angoisse , un tourment qui n'auront jamais de terme 1 Serons-nous tous , sans exception, répartis entre ces deux alternatives finales? Oui ; le Juge suprême séparera les bons d'avec les méchants, et mettra les uns à sa droite et les autres à sa gauche. Ceux qui auront été sur la terre associés, concitoyens, compagnons d'armes , les amis les plus intimes et les parents les plus proches seront séparés, et se diront un long , un éternel adieu. Oh !

qu'elle est puissante cette déception du péché, qi]^ parvient à cacher l'éternité aux hommes, alors même qu'ils meurent.

Oh I qu'il est inconcevable l'aveuglement de ceux qui oublient la vie à venir, pendant qu'ils habitent ces tentes d'argile, qui chancellent si souvent , qui se dégradent chaque jour , et qui bientôt tomberont en pièces et seront réduites en poussière t Comment pouvons-nous ou-

blier que , dans peu de temps , « nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ! »

L'homme régénéré envisage sous un jour tout nouveau Jésus-Christ, le grand et le seul Sauveur des pécheurs. Auparavant , Christ lui paraissait « sans forme ni beauté ; il n'avait rien qui fît que nous le désirassions. ». Auparavant (c'est» hélas I le cas d'un grand nombre de personnes), il haïssait, comme des absurdités, toutes les vérités relatives à la personne , au caractère et à l'office du Médiateur, ou bien il les méprisait comme des idées d'enthousiastes. Ce n'était pour lui que des ineomprébensibilités affublée^^le grands noms, des contre- sens, un pur jargon; ou bien , s'il élait retenu par un certain respect pour elles, il n'éprouvait à leur égard que froideur et dégoût. Mais maintenant, le nom d'un Sauveur lui est « comme un parfum répandu (Cant., I, â). »

Le langage le plus énergique est trop faible pour exprimer sa gratitude ou donner

, essor à son amour. Pour lui , Christ « es4 blanc et vermeil , un porte-enseigne choisi entre dix mille. Tout ce qui est en lui est aimable (Cant., V, 10 ,16). » Qu'elle est grande la différence qui existe entre le formaliste , qui se croit juste , et le pécheur repentant et humilié ! L'un, se reposant sur sa justice propre , connaît peu le prix d'un Sauveur ; l'autre , profondément pénétré du sentiment de ses péchés et pleinement convaincu de son absolue faiblesse , « regarde toutes choses comme lui étiint nuisibles, en comparaison de l'excellence de la connaissance de Jésus- Christ son Seigneur, et il désire d'être trouvé en lui , ayant , non point sa justice qui est de la loi , mais celle qui est parla foi en Christ, c'est-à-dire, la justice qui est de Dieu par la foi (PhiL, 111,8, 9). »

De plus, le pécheur né de nouveau envisage tout différemment les commandements de Christ. Auparavant, ils lui étaient un fardeau ^ mais maintenani

lis font ses délices. Auparavant j la sanetification du dimanche lui était aussi intolérable qu'un faix accablant, aussi désagréable que Tobscurité des ténèbres fil regardait le jour du repos comme un temps de contrainte él de privation ; il aurait dit volontiers : « Quand sera passé ce mois, et nous débiterons le blé? et quan,d sera passé ce sabbat , et nous mettrons en vente le froment (Amos, Vlli, 5) ? » Mais maintenant , il Uappelle son plaisir , « le jour saint et honorable du Seigneur. » Maintenant , il est altéré des eaux vives, il révère, aime et désire la Parole de Dieu. Maintenant , c'est de bon cœur qu'il s'unit au saint Psalmiste »

témoignant de sa brûlante affection pour ^ la vérité et les commandements de Dieu, par ces expressions ferventes répandues dans ses écrits : « Oh I combien j'aime ta loi I c'est ce dont je m'entretiens tout le jour ( Ps. CXIX , 97 ). — La loi de la bouche m'est plus précieuse que mille pièces d'or ou d'argent (Ps. CXIX ,

72). — Mon âme a soif de toi , ma chair te souhaite en cette terre déserle , aiiérèe et sans eau , pour voir ta force et la gloire, ainsi que je t'ai contemplé dans ton sanctuaire (Ps. Lll[, 1, 2). — Je me suis réjoui à cause de ceux qui me disaient : Nous irons à la maison de rÉlemel. Nos pieds se sont^arrètés en tes portes , ô Jérusalem (Ps. CKXII, 1, 2) ! »

Qu'on me permette de terminer cette exposition générale de l'esprit et du caractère d'un homme régénéré, en indiquant certaines marques particulières au .moyen desquelles on pourra ordinairement le discerner d'avec ses semblables non r^énérés.

La nouvelle nature se manifeste par une grande humilité. Aucune disposition n'est, plus que l'orgueil, l'objet de la haine et du courroux divins : aucune ," par conséquent, n'est plus aimable .et plus nécessaire que . l'humilité. Il nous est dit que « Dieu résiste aux orgueilleux, mais qu'il fait grâce aux humbles

(Jacq. , IV » 6 ). » Il est encore écril dans le prophète Esaïe : «Ainsi a dit Celai qui est haut et élevé, qui habile dan»

réternité, et duquel le nom est le Saint:

J'habiterai dans le lieu haut et saint , et avec celui qui a le cœur brisé, et qui est humble d'esprit, afin de vivifier l'esprit des humbles , et afin de vivifier ceux qui ont le cœur brisé (Es. LVIl , 15). »

L'orgueil fut le péché qui fit déchoir les anges de leur gloire et de leur bonheur.

11 paraît avoir eu la principale part dans le premier péché de l'homme, et Ton peut dire, en général, qu'il constitue le trait dominant da caractère d'un pécheur :

avant que celui-ci puisse éprouver un changement salutaire , avant qu'il puisse estimer ou goûter l'Evangile de la grâce de Dieu , il faut qu'il passe par une profonde humiliation d'esprit , et par tme conviction complète de sa culpabilité et de sa misère. Il faut, en outre, que cet état continue, et qu'il ait un effet constant et visible sur toute la conduite

du croyant, A vrai dire, la manière doni la paixd*un pécheur est faite avec Dieu, le fondement sur lequel son espérance et son bonheur reposent , et les moyens qui le font avancer dans la vie spirituelle:

tout conspire à le rendre humble. « Où est le sujet de se vanter? Il est exclu. « Aucune chair ne peut se glorifier en présence de Dieu. Tout homme vraiment repentant, tout croyant sincère, tout disciple de Christ en voie de progrès, apprend à connaître, par tout ce qu'il entend et par tout ce qu'il éprouve, la vanité de la créature, la plénitude, la souveraineté, la puissance, la sagesse et la grâce du Créateur qui est aussi le Rédertapteur.

Dans son état précédent , soit son ignorance de Dieu, soit les fausses couleurs sous lesquelles il se le représentait , ainsi que soi-même, faisaient qu'il attachait trop d'importance à ses intérêts propres, et qu'il s'imaginait avoir un droit |naturel à toutes sortes de prospérités. Cela le conduisait à murmurer des dispensalions

de la Providence , ei à rceonnaUre diffin-»

lement^ lorsque ses eatrepriaes échooaieiil, OB lorsqoe ses désirs a'étaieni pas salis»

faits , que ces méeomfrtes loi arrivaaseai avec justice. Avec quelle impatieiice el quel dépit [^nsieurs sentenl la maiii de Dieu s'appesantir sur leur têlel QtieHe envie les dévore , , lorsqu'ils voient ( ou croient sakr ] le bonheur de leurs semblables I Cdui , au contraire , qui est né (fe nouveau , croit fennemœt qu'il ne mérite rien devant Dieu. Ses sentiments et son lan^^ sont ceux que l'Ecriture met â fréquemment dans la bouche des saints :

M le ^is trop petit au prix de toutes t^ gratuités^ et de toute la vérité dont tu as usé envers ton serviteur (Gen., XXXll , 10). — Ce sont les gratuités de l'Etemel , que nous n^a vous point été consumés, parce que ses compassions ne sont point taries ( Lam. ,111, 22). — Cette grâce m'a été donnée fa moi , qui suis le moindre de tous les saints (Eph., 111, 8). » Au lieu que , pré^ tiédemment , il était disposé à s'envisager

avec beaucoup de complaisance et h se faire de hautes idées de la vertu humaine, .

maintenant il a échangé le froid orgueil de la philosophie contre l'abnégation .et la douceur de FEvangile. Il est tellement pénétré de la gloire et de la majesté de Dieu, de la pureté de sa loi et de la sainteté de sa nature, qu'il ne s'arrête à rien de ce qui pourrait attirer les regards sur lui-même, et qu'il ne sait comment s'humilier assez devant la face de Dieu. C'est ainsi que notre Sauveur nous a tracé dans la parabole du pharisien et du péager la peinture frappante d'un vrai repentir, faisant opposition à la suffisance et à l'orgueil : « Le pharisien , se tenant à l'écart, priait en lui-même en ces termes : O Dieu , je te rends grâces de ce que je ne suis point comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ni même comme ce péager.

Je jeûne deux fois la semaine , et je donne la dîme de tout ce que je possède.

Mais le péager, se tenant loiq, n'osait pas

ft Mais j'ai alrfenii grâce , afin qm Christ moTitrâl en moi le premier toute sa clémence, pour servir (f exempte à eeox qui viendront à croire en loi povœ 1» vie éternelle (l Tim., 1, 16).* n ^ dîlleors, à ce môme propos , «i jetant un regard sur le» travaux de son nàtilistere : (f Car je suis le moindre des apô» fres , (fui se suis pas digne (f être apfi^ apôtre , parce qpe j'ac p^séenlé Fl^^ de F>ieu. IHdis y par la grâce de jb sois ce qœ je sois^ et sa grèee Ters moi D'à peint été vakie, nais f ai Iravâfîflé beaucoup plus qif eux tons ; toute* MSy non point moi, mais la grèce de JMen qui .est avec moi (I Cor. , XV, 9 , 10). » Il est aisé de rendre raison de ce fait.

Tout homme doit avoir une connaissance et une conviction beaucoup plas profonde de ses propres péchés, avec Ik Todieux de leur nature et leurs circons- ^m tances aggravantes, que de ceux de tout M autre de ses semblables. Il en faut dire

autant de la corruption qui souille encore son propre cœur. II doit donc conclure naturellement que nul n'est , plus que lui , redevable aux richesses de la grâce divine , pour son pardon et son salut. A quelque point de vue que nous envisagions la chose, il est donc évident que le régénéré doit être « revêtu d'humilité, » selon la belle et énergique expression des Ecritures. H doit être humble, il doit l'être h tout égard : il faut qu'il le soit intérieurement , habituellement , constamment, universellement.

.Je ne sais aucune disposition qui soit plus propre , soit pour déterminer notre caractère en général, soit pour décider quand le chrétien s'acquitte convenablement d'un devoir. Elle est aussi une bonne pierre de touche pour discerner une fausse profession de piété , ou un zèle tout d'apparence C'est , je ne l'ignore pas , un devoir de confesser ouvertement Christ devant les hommes :

il a même prononcé une menace ef*»

frayante contre ceux qui seront asses malheureux pour le renier. « Quiconque aura eu honte de moi et de mes paroles parmi cette nation adultère et pécheresse , le Fils de Tbomme aura aussi honte de lui , quand il sera venu environné de la gloire de son Père avec les saints anges (Marc, Vlll, 38).»

Plusieurs des devoirs du chrétien demandent une résolution ferme , du courage et de la force d'âme, et cependant ces qualités mArae doivent être accompagnées d'humilité. L'ostentation est toujours un signe équivoque. Un chrétren doit , quand il faut agir , être poussé par le sentiment du devoir et se mettre à l'œuvre en se défiant de lui-même et en se confiant dans la force divine.

Que le lecteur ne trouve pas ennuyeuse cette partie de mon sujet , comme si je l'avais étendue au-delà des limites convenables. Qu'il sonde plutôt profondément et avec soin son propre cœur, et qu'il voie où il en est à cet égard. On

rencontre souvent une humilité feinte.

Une conduite orgueilleuse et pleine de jactance est odieuse aux hommes aussi bien qu'à Dieu. L'orgiieil d'un homme est toujours en hostilité déclarée avec celui d'un autre : de là résulte que Forgueil , lorsqu'il est mis à découvert , manque son propre but. Non-seulement, un homme qui fait le superbe sans sujet s'attire, à bon droit, le mépris univer-sel ; mais, dans tous les cas , comme le dit Salomon , « il n'y a pas de gloire pour ceux qui la recherchent avec trop d'ardeur. » Même la capacité la plus grande , les qualités les plus aimables , les actions les plus louables, sont considé- # rablement ternies par l'ostentation et la soif des louanges.

11 est difficile d'amener autrui à reconnaître un mérite qu'on s'attribue , et qui semble, en se rendant hommage à soi-même , le dispenser de nous accorder son approbation. C'est ce qui a conduit un écrivain étranger^ distingué par sa

— tm —

science et sa piété, à faire cette ohnrvatioD remarquable , qa'un principe inoa»

dain , secoDdé par une raisoo sage et forte, rend hommage à la rdigioa, em en imitant les effets. Qu'est-ce, esieSkày.

que la politesse du nK)nde, siooa une espèce d'humilité hypocrite, un sembiaot de cette déférence pour les jugements ei les qualités (Pautrui qui est ^iracinée dana le cœur du vrai chrétien ?

Que Torgueil est trompeur I combîeA n'en est-il pas , même de ceux qui ont l'apparence de la piété , qui sont engoué»

d'eux-mêmes, qui voudraient voir leur personne estimée de tous , leurs opinions prévaloir, leurs mesures être adop* tées dans les choses de la moindre importance, et qui ne sont contents que lorsqu'ils ont pu y parvenir I Eux-mêmes ont souvent les yeux totalement aveu*glés quant h l'orgueil qui les possède , quoique chacun raper^oive sans la moindre difflcullé. N'y a-t-ilpas de quoi s'étontier et s'afOiger tout ensemble de trouver ,

mAme 6hci des gens de bien , un orgueil si grand encore qu'il se trahit par plusieurs signes , tels que Timpatience qu'ils éprouvent à être contredits , la douleur excessive ou ie ressentiment immodéré qu'ils manifestent lorsque leur caractère est attaqué par d'injustes ou de malicieuses médisances? Certes , dans un tel cas, il est permis de ne laisser passer aucune occasion de se justifier ; mais , comme il n'y a rien de surprenant à ce que de telles choses arrivent, le vrai chrétien, doit s'étudier à les supporter patiemment, et h les pardonner de bon cœur comme il veut que Dieu lui pardonne.

De tout ceci , il ressort clairement que l'homme régénéré doit être humble* Croismoi, chrétien, plus tu auras d'humilité, plus tu auras de vraie piété. Plus tes sentiments auront été renouvelés à cet égard , plus tu auras lieu de croire que ta régénération est réelle ; et plus tu t'enracineras profondément dans une humilité sincère , )lus tu porteras de fruits en t'aoquittant de

tous les devoirs d'une vie régulière , utile et exemplaire.

2. Une autre bonne preuve de r^énération, c'est la sanctification des affections naturelles et légitimes. Il y a peut-être peu d'indices plus sûrs ou plus clairs d'une vraie piété. La régénération ne consiste pas dans le don de nouvelles âmes , de nouvelles facultés ou de nouvelles affections ; mais elle se borne à imprimer une nouvelle tendance à celles que nous avions déjà , et à leur faire produire de nouveaux effets. Nous éprouvons pour certaines personnes une affection naturelle , et la piété est loin de se proposer de détruire cette affection : elle a seulement pour but de lui marquer sa mesure , de la retenir dans de justes limites, et de la diriger vers son but l^itime.

Cette partie de mon sujet m'a toujours paru d'une haute importance, à plus d'un égard. En nous réunissant en société, Dieu s'est plu à établir entre nous une grande variété de relations. Ces liens sont

Fœuvre de Dieu lui-même , et l'affeclioti que nous portons à toutes les personnes avec lesquelles nous entretenons de telles relations est naturelle, et trës-forte, au moins chez plusieurs. Comment agit donc cette affection ? comment s'exprime-t-elleî Rien ne montrera mieux que la réponse à ces questions quelle est la disposition dominante du cœur. Quand nous aimons sincè* rement le prochain , nous le montrons en lui désirant et en nous efforçant de lui procurer les bénédictions dont nous faisons le plus de cas. Prenons une de ces affections pour exemple. Un père aime-t-il sincèrement ses enfants ? la piété n'affai^ blira pas , mais au contraire forti6era cet amour , et ajoutera à la force de l'obligation imposée à un père de procurer le bien de ses enfants. Mais, si vraiment ce père aime Dieu par- dessus tout^ comment s'exprimera son amour pour ses enfants ? Assurément, en désirant, avant tout, qu'ils soient « nés de nouveau. » Les voies de péché dans lesquelles ils peuvent marcher

lui causeront incomparablemeni plus de chagrin que leur pauvreté , leur maladie ou leur mort même. Il se donnera plus de soin et prendra plus de plaisir à les rendre et à les voir bons qu'à les voir grands , et c'est vers ce but que toute leur éducation sera dirigée. Quel est le père qui ne frissonnerait è la pensée d'envoyer son enfant bîen-akné dans une maison infectée de la peste ou de quelque autre épidémie qui ferait courir à sa santé ou à sa vie un danger imminent ? Que faut-il donc penser de ces parents qui , dans un simple but de gain , placent sans scrupule leurs enfants dans des maisons profondément infectées de la lèpre du péché , et les exposent , sans la moindre nécessité , aux plus dangereuses tentations? Je n'ignore pas que les Ecritures nous parlent de plusieurs personnes qui ont été considérées comme trèspieuses, et qui cependant étaient d'une négligence honteuse dans cette partie de leur devoir. De ce nombre est Héli , mentionné dans le livre de Sarouel , et dont les

, qu'il ne sut pas contenir , se désfaonoent eux-mêmes , quoiqu'ils fussent élus de l'office le plus sacré. H serait Ile, je pense, de mettre en doute, on la réalité , au moins la profondeur de piété. J'en pourrais dire autant d'autres "sonnes du même genre, dont la religion

tenue pour éprouvée sans avoir été iminée de bien près. Mais , je me conterai de faire remarquer quelle difféce existe entre les récits qui nous ont transmis de la conduite de Dieu envers li, et de cette même conduite envers rahara , le père des croyants. Il révèle pensée à l'égard de la négligence d'Uéli, a vieilli dans son temple , par l'enfant nuel, qui lui dénonce, de la part de u , les plus sévères et les phis terribles ements, prononcés contre lui et contre sa ison : « Voici, je m'en vais faire une chose Israël, laquelle qi^conque entendra,

deux oreilles lui corneront. £n ce r*là, j'effectuerai contre Héli tout ce i j'ai dit touchant sa maison, en com-

tneDçani et en achevant. Car je Tai avetii que je m'en allais punir sa maison pour jamais, à cause de Tiniquité , laquelle il à bien connue , qui est que ses fils se sont rendus infâmes, et il ne tes a point ré(Nrimes (1 Sam., 111, 11-13).» Voyez, au contraire, la distinction honorable accordée à Abraham. « Et TEtemel dit : Cacberai-je à Abraham ce que je m'en vais faire , puis* qu'Abraham doit certainement devenir une nation grande et puissante, et que toutes les nations de la terre seront bénies en lui? Car je le connais, et je sais qu'il commandera à ses enfants , et à sa maison après lui , de garder la voie de l'Eternel , pour faire ce qui est juste et droit, afin que l'Eternel fasse venir sur Abraham tout ce qu'il lui a dit (Gen. , XVIII ^ 17-19). »

La raison elle-^mème nous enseigne iu" contestâblement que les parents auront d'autant plus d'intérêt et apporteront d'autant plus de Soin à ce que leurs enfonts deviennent , eux aussi, héritiers de la

vie éternelle, que leur esprit sera plus frappé de Timportance du salut. J'ose donc prier tous les parents qui lisent ces lignes, ou plutôt , je viens les supplier tous de se demander sérieusement quelles sont leurs espérances, quels sont leurs désirs les plus vifs touchant leurs enfants? I^ns ces moments où vous les aimez avec le plus de passion, et où vous vous bercez d'un espoir flatteur à leur égard , étes-vous contraints d'avouer q,ue votre esprit s'attache bien plus à la perspective de voir vos enfants vivre dans l'aise et l'abondance ou de les voir élevés à des places d'h(mneur et d'influence, qu'à celle de les voir amenés à une communion salutaire avec Christ crucifié, en sorte que, soit qu'ils vivent, soit qu'ils meurent, ils appartiennent au Seigneur? S'il en est ainsi, vous avez lieu de craindre que vous ne soyez du nombre de ces malheureux qui « ne goûtent pas Ves choses qui sont de Dieu, mais celles qui sont d« i'homme. »

EH

3. Une autre excellente marque de régénération y c'est la modération de notre attachement aux plaisirs terrestres en général , et notre soumission habituelle à là volonté de Dieu. Dès que la nouvelle naissance a lieu, eHe diminue aussitôt et d'une manière certaine la force de notre attachement à toutes les choses terrestres.

Auparavant, elles étaient le tout de Tâme, sa portion et son repos; mais maintenant , que l'œil de l'esprit s'est ouvert à des bénédictions bien autrement grandes et préférables, elles doivent tomber au second rang. Il y a une différ^ice étonnante entre la valeur des jouissances actuelles, de quelque espèce qu'elles soient, pour celui qui vit dans la pensée de l'éternité , et la valeur de ces mêmes jouissances pour celui qui ne croit qu'imparfaitement à l'éternité, qui la comprend fort peu et qui y pense aussi rarement que sa conscience le lui permet. 1^ faut avouer que nous sommes tous portés à un attachement immodéré aux bénédic-

tions extérieures : c'esl un effet et uoe preuve de la faiblesse de notre foi ; mais partout où la foi s'élend , elle mortifie les affections charnelles. Jamais un objet ne paraît a^si pelit , que lorsqu'il est com-paré avec un autre infiniment plus grand, et tel est certainement le cas ici. Le temps et rélernité , les choses temporelles et les choses spirituelles sont les objets contraires et rivaux de Tattention et de Festime des hommes. 11 est impossible que l'un des deux soit cxallé ou exerce son influence sur le cœur, sans que l'autre soit opprimé en proportion. Lors donc qu'ils prévalent quelque part, ils sont les signes auxquels on peut distinguer ceux qui sont et ceux qui ne sont pas transportés de la mort à la vie ; car , comme le dit l'Apôtre , a l'affection de la chair est la mort, mais l'affection de l'esprit est la vie et la paix(RQm., VI II, 6).

C'est, non-seulement en diminuant la mesure de notre attachement au monde que la piété se manifeste et que la ré

génération se fait connaître , mais c^esi aussi dans Tusage et Remploi que nous faisons de nos avantages temporels. Le pouvoir et les facultés, les biens et rinfluence du vrai chrétien , sont consacrés à Dieu. C'est pour la gloire de Dieu qu'il fait usage de ses talents $ il ne les ootisidëre plus comme un moyen de s'éle^ ver au-<]eâstts de ses semblables et de s'acquérir un nom, mais comme un moyen de faire du bien. Il éprouve un trës-^rand plaisir à mettre ses talents au service de Dieu ; il pense que son devoir est de le défendre par ses paroles, de l'honorer de son bien, de corroborer et de sanctionner les lois de Dieu par son autorité et par son exemple.

Ceci explique pourquoi le chrétien ma* nifeste sa nouvelle nature par sa soumission à la volonté divine. N'est<;e pas de Dieu qu'il reçoit les grâces qu'il possède 7 ne leur préfëre-t-il pas Celui qui les lui accorde? ne pense-t-il pas que son devoir soit de les employer à son service? Est-il pos*

sibte qu'il refuse de les soumettre à sotl bon plaisir? J'avoue qu'une résignation illimitée et absolue à la volonté de Dieu est un devoir très-difficile ^ mais tout vrai croyant ne s'efforce pas moins constamment d'y atteindre : il fait taire ce qui reste encore en lui d'impatience et de murmures , il s'afflige des résistances continuelles de sa volonté imparfaitement renouvelée , et il reconnaît que Dieu doit remporter sur la créature dans ses af-^ fections.

Les personnes irrégénérées, quand leurs espérances terrestres sont ruinées , recommencent immédiatement leurs pour* suite des biens terrestres -, elles en échan-^ gent seulement Tobjet contre un autre plus à leur portée , ou bien elles modi^ fient leurs mesures et tâchent de perfectionner leurs plans, tandis que les vrais chrétiens, pénétrés qu'ils sont de la vanité de toutes les choses créées , cherchent 4eur refuge et leur consolation dans la plénitude et dans la toute-suffisance de Dieu.

TS

xsa

Sbct. IV. — Recherche plus spéciale de ce qui constitue proprement la réalité de la régénération.

Je viens donc de signaler rapidement les effets les plus remarquables et }es caractères les plusappai*ents de la régénération.

Et , cependant , je .ne crois pas avoir fait assez , parce que je suis persuadé que la grande question est de déterminer jusqu'où doivent s'étendre ces effets , et à quelle mesure de puissance et de' fixité ils doivent parvenir. Ils ne sont pas en petit nombre, ceux qui peuvent, jusqu'à un certain point, s'imaginer sincèrement posséder la plupart ou la totalité des dispositions ci-dessus mentionnées , et dont l'état est néanmoins fort suspect. D'un autre côté, peut-êlre que quelques-uns d'entre les plus humbles, c'est-à-dire d'entre les meilleurs, éprouvent une grande crainte relativement à eux-mêmes, parce qu'ils n'aperçoivent dans leurs bonnes disposi^

lions ni la vigueur ni la conslant'e qu'ils désirent de toute leur âme et à laquelle ils savent qu'ils sont appelés à parvenir. En outre, ce que j'ai dit ci-dessus, c'est qu'en général, on remarque que ceux qui sont nés de nouveau voient toutes choses sous un nouveau jour, sont humbles, rooirts au monde, soumis à la vo]6nté de Dieu. Dans les lignes suivantes, je rendrai cette vérité plus applicable, ou au moins plus sensible , à ceux qui jadis marchèrent fort avant dans les chemins des proÊmes , et qui en furent , par la toute-puissante et souveraine grâce divine, arrachés comme « des tisons hors du feu. B L'opposition entre leur ancien et leur nouveau caractère est ordinairement si complète qu'elle n'admet pas même la possibilité d'un doute. 11 peut être nécessaire, eu égard à d'autres personnes, de faire une rechercha plus exacte et plus spéciale de la nature d'une régénération réelle, et de voir quelle est la marque absolue et spéciale de ce changement.

Afin de donner au lecteur une intelligence aussi claire et aussi distincte que possible du sujet qui va nous occuper , je me permettrai de résumer ce qui a déjà été dit, à savoir que la sainteté parfaite consiste dans une possession complète du cœur par l'amour de Oieu , sans mélange d'abcune passion terrestre ou vile, et que la régénération consiste dans le désir suprême de glorifier Dieu et dans la préférence donnée à sa faveur sur toute autre jouissance. Maintenant , ce qui rend principalement difficile de discerner la réalité de ce changement, c*est qu'il reste chez les enfants de Dieu beaucoup de péchés indomptés , et que chez plusieurs qui so^t dans un fiel d'amertume et dans un lien d'iniquité, il existe néanmoins beaucoup de grâces apparentes ou de semblants de piété. Qu'il reste encore beaucoup de corruption dans les saints de Dieu , et que personne n'en soit totalement exempt, c'est ce que beaucoup de tristes preuves n'établissent que trop. Cela ressort de

cette plainte douloureuse de Tapôtre Paul rapportée ci-dessus, toucbaul la loi de ses membres qui faisait la guerre à la loi de Dieu, qui élait au-dedans de lui. Cela ressort aussi des grands péchés dans lesquels plusieurs personnes , d'une sainteté éminente, se sont laissé entraîner occasionnellement par la violence de la tentation , tels que l'adultère et le meurtre de David, Tidolâtrie de Salomon, le reniement de Vapôlre Pierre, et quelques autres chutes mentionnées dans l'Ecriture.

D'un autre côté , il y a aussi des grâces apparentes , des opérations ordinaires ou imparfaites de l'Esprit , qui n'aboutissent pas à une conversion réelle et à un changement salutaire. Il sera convenable de Dous y arrêter, et peut-être aussi d'en examiner les preuves , et d'après l'Ecriture, et d'après l'expérience. Que la Parole de Dieu produise quelque effet, même chez ceux qui demeurent irrégénérés, c'est ce qu'établissent plusieurs exemples contenus dans le volume sacré.

Hem y Toyaiw on Félix tremManlJi b pensée (fan jo^pment h Tenir r « El oonne Fiinl peiiaîl de la jnsUce^ ei de fai tcmpéfance, et dn jogement à Tenir, Félix, loot effrayé, réfioodit : Pioor le préseBl, ra^t-en , el qoand /en aurai b coombo- ^Rlé, je te rappellerai (Act. , XXIV, iS). »

Mais fine nous est pas dit qallaitia* mais IronTé cette cominodité, oa qa^l ait désiré d'entendre encore de telles paroles. La parabole da semeor noos décrit le caractère de ceux qui , non-seoleinent ë écoutent » la parole, mais la « recoin Tent 9 aTec joie, et sor lesquels elle produit un efTet immédiat et visible, bien que temporaire seulement t « Et une autre partie tomba dans des lieux pierreux où elle n'avait guère de terre ; et aussitôt elle leva , parce qu'elle n'entrait pas profon* dément dans la terre; et le soleil s'étant levé , elle fut brûlée , et parce qu'elle n'avait point de racibe , elle sécha (Matth., X 1 1 1 ) 5, 6). — Et celui qui a reçu la semence dans des lieux pierreux, c'est celui qui

écoute la parole et qui la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n'a point de racine en luimême , c'est pourquoi il n'est qu'à temps j de sorte que , dès que rafûiction ou la persécution surviennent à cause de la parole, il est aussitôt scandalisé (v. 20 et 21). »

Nous lisons aussi d'un Hérode que, non* seulement il écoutait volontiers la parole , mais qu'il la pratiquait souvent : « Car Hérode craignait Jean , sachant que c'était un homme juste et saint , et il avait du respect pour lui; et, lorsqu'il l'avait entendu, il faisait beaucoup de choses que Jean avait dit de faire, car il l'écoutait volontiers (Marc, VI , 20). »

Nous voyons même Achab, ce prince impie d'Israël , s'humilier et se revêtir d'un sac, à la dénonciation qui lui fui faite de la colère divine, et les circonstances de cotte histoire ne nous permettent pas de croire que ce fût une humiliation totalement hypocrite, bien au contraire 1 « Et il arriva qu'aussitôt qu'A-

chab eot entendu ces paroles , il déchira ses vètemenls et mit un sac sur sa chair, et jeûna ; et il se tenait couché, enveloppé d'un sac , et se traînait en marchant (1 Kois, XXI, 27). »

Ces impressions et toutes celles de la même espèce nous sont présentées , dans plusieurs passages de rEcriture, comme produites par l'opération de TEsprît, même chez les méchants. J'en citerai un seul exemple qui est assez remarquable pour mériter notre attention : « Or, il est impossible que ceux qui ont été une fois illuminés, et qui ont goûté le don céleste, et qui ont été faits participants du Saint- Esprit , et qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir, s'ils retombent , soient changés de nouveau par la repentance, vu que, quant à eux , ils crucifient de nouveau le Fils de Dieu et Texposent à l'opprobre (Héb., VI , M>). »

L'état général du monde, et particulièrement les caractères divers des pé-

cbeurs, tels que je les ai décrits plus haut , nous fournissent le même enseignement. 11 y a beaucoup de choses qui ont l'apparence de la piété et qu'on prend h tort pour elle', qui , au fond , n'ont pas la moindre piété véritable, et sur lesquelles sera écrit , au jour du jugement , le « Mené Tekel » du Prophète. Entre le pécheur franchement impie, au cœur endurci, à la^ conscience cautérisée, à l'attitude audacieuse, et l'hypocrite raffiné qui se séduit en pratiquant certains devoirs et certaines formes 5 entre ceux qui se montrent ennemis décidés, violents et acharnés de la religion en théorie et en pratique , et ceux qui répondent prudemment avec le scribe dont parle l'Evangile, et desquels on peut dire, comme le Sauveur fit de lui, qu'ils ne sont pas loin du royaume de Dieu , il y a des nuances infinies.

Ceci fait comprendre à la fois l'importance et la difficulté qu'il y a à déterminer les caractères principaux et distinc-

tifs d'une vraie piété et à montrer en quoi elle diffère essentiellement de toutes les contrefaçons qu'on en peut faire.

Maintenant , d'après l'exposé qui a été fait de la nature de la régénération et ce qui y a été ajouté comme éclaircissement , nous voyons comment cette distinction doit être faite dans la mesure où elle est possible à tout autre qu'au grand Scrutateur des cœurs. Je crois que le signe principal et distinctif de la vérité et de la sincérité de la piété en général , et de toute disposition produite par la grâce en particulier, résulte du contraste avec les dispositions contraires. C'est l'amour de Dieu et du Rédernpteur dominant dans l'âme sur l'amour des biens inférieurs ; c'est la préférence accordée habituellement à son service et à sa communion sur tout autre objet désirable. Cette préférence d'affection doit se prouver par des effets journaliers. C'est pourquoi notre bien-aimé Sauveur a dit :

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n est pas digne de moi , et celui

qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi ; et quiconque ne prend pas sa croix et ne vient pas après moi n'est pas digne de moi (Matth., X, 37, 38). » Ailleurs encore il s'exprime en termes plus énergiques : « Si quelqu'un vient après moi et ne hait pas son père et sa mère , et sa femme et ses enfants^ et ses frères et ses sœurs, et même sa propre 'vie, il ne peut être mon disciple (Luc, XIV, 26). »

Voulez-vous donc savoir si vous êtes né de nouveau ? êtes- vous incertain sur l'issue du combat qui a lieu au-dedans de vous entre l'esprit et la chair? recherchez, par un examen sérieux et complet, lequel des deux est , en somme , le plus fort, lequel l'emporte ordinairement sur l'autre quand ils entrent en conflit. Tous les autres signes , toutes les autres preu*ves de piété se résument finalement dans celle-ci : la manifestation qu'elles font de la prépondérance de l'amour de Uieu dans le cœur constitue tout leur prix et

toute leur valeur. Toule sainte disposition doit être évaluée, non en raison de sa puissance absolue , mais en raison de sa puissance relative, et la véritable connaissance de notre état résulte de la conclusion et du résultat de cette étude.

11 y eut, dans le siècle précédent , de nombreux et de grands débats entre des hommes de piété et de science, pour savoir si la grâce générale et la grâce particulière diffèrent dans l'essence de leur na ture, ou dans le degré seulement. Ce que j'ai dit tout à l'heure a peut-être conduit le lecteur intelligent à penser que j'embrasse la dernière de ces opinions. Mon avis sur cette question est le même que celui que j'ai exprimé à Tégard de plusieurs auti^es:

c'est qu'elle est inutile , si ce n'est même dangereuse. Examinée à fond, elle ne présente peut-être aucun sens appréciable ; et si elle a quelque signification , je crains bien qu elle n'en demeure pas moins une question insoluble pour nous. Afin de rendre ces remarques plus intelligibles au

commun de mes lecteurs, je leur dirnf qu'il s'agît de savoir lequel est le plu»

exact , ou de dire qu'un méchant , qu'un homme irr^énéré, sa conduite fût-elle d'ailleurs toujours irréprochable ou ses expériencestoujours satisfaisantes, ne peut avoir aucun véritable amour pour Dieu, pas même au moindre degré , ou s'il ne vaut pas mieux dire que l'amour qu'il éprouve pour Dieu est moindre que celui qu'il éprouve pour la créature? J'avoue que je trouve plus convenable de dire , en me servant des expressions de TEsprilsaint, qrf « il aime plus la créature que le Créateur ; » qu'il aime la « louange quf vient des hommes plus que celle qui vient de Dieu ; » et que , précisément à cause de cela , il n'a de véritable amour , ni pour Dieu , ni pour les hommes.

Dans la partie précédente de ce traité , j'ai établi, avec une clarté suffisante, qu'un changement essentiel est nécessaire à l'homme pour qu'il parvienne au salut , et que, jusqu'à ce qu'il soit accompli,

rhomme est dans le péché et ne peut q\ie pécher. La raison en est très-simple:

c'est que le mobile suprême et dominant de toutes ses actions est mauvais, et que , par conséquent , chacune d'elles, au fond , Test nécessairement. Je crois que c'est ce qu'ont surtout en vue ceux qui insistent pour établir une différence essentielle entre la grâce particulière et la grâce générale , et, qu'on s'en convaincrait , s'ils s'expliquaient tout au long. S'il en est ainsi , nul doute que ce ne soit , non-seulement une vérité certaine , mais encore une vérité d'une haute importance. D'un autre cAté , cependant , il paraît également certain et incontestable que , lorsque nous remarquons de bonnes dispositions et une bonne conduite dans une personne, et que nous voyons les mêmes symptômes dans une autre, nous n'avons d'autre moyen de découvrir la différence qui peut exister entre elles que la comparaison de leurs œuvres et l'examen de leur ^persévérance. Les personnes dont il i^agit

dles-mêmes ne sauraient se juger d'après une autre règle. C'est pourquoi je serais très-porté à affirmer le pour et le contre dans la question ci-dessus , en disant que rhomme irrégénéré n'a de véritable amour, ni pour Dieu , ni pour son prochain , et cela , uniquement parce qu'aucun amour n'est véritable ou ne sera tenu pour sincère que celui qui est suprême et dominant. A moins de le prendre ainsi, nous courons le danger de nuire grandement à deux espè* ces de personnes.

D'un côté j nous risquerions d'alarmer les âmes humbles et craintives dans leur piété , si nous disions que la grâce particulière diffère essentiellement de la grâce générale , et qu'elle ne ressemble en rien à ce qu'on en peut jamais remarquer chez les hypocrites. Hélas ! dira une âme craintive, j'en ai vu plusieurs qui avaient fait de grands progrès , qui étaient estimés et bien accueillis par les gens sérieux, et qui, cependant, ont fait naufrage quant à la foi, ont déshonoré la profession qu'ils

ÊwtàeoltaâÈeàalfam deCkrisI, d oimri ia blaqphèliie la bouche des adrersaBres.

fclon toutes les apparences, ib ayaioil autant, eimêmephB^amonrfMitir Dien, de bonheur à son service, de ible poor si gloire , f întégrfté el de déTonement dans learoondoite, qde je n'ose me vanter d'en avoir. Qoe dois-je donc penser de cda?

Faat-3 qoe les dispositions (|de la grâce de Dien a crééesen mm soient essentiellement différentes des leurs t ei jusqu'où doit aller cette diflérenceY Je réponds: Les Dialheafeiii dont vous parlez tnontrent dalrement par lenr conduite, ei par die seulement, ou qifils étalent. de parfaite hypocrites qui cherchaient à duper le public, ou qu'ils tenaieûi à quelque afTec-»

lion chamelle , à une convoitise quelcon<* que plus qu'à Dieu. La force de leur affec'»

lion pour lui a été vaincue par l'empire de leur corruption naturelle ; et cette corruption a éclaté avec d'autant plus de bruit et de fracas , qu'elle avait été plus longtemps dissimulée ou contenue*

Mais, d*un autre côté, en affirmant qu'il n'existe qu'une différence de degré entre la grâce particulière et la grâcd générale, et qu'un pécheur hypocrite ou irr^énéré petit posséder, en quelque mesure , le même amour pour Dieu ou lo prochain qu'éprouve un enfant de Dieu, nous risquons d'engager plus d'un esclave du péché à porter de soi-même un jugement faux quand il fera l'examen de sa situation.

Ils se persuadent qu'ils ont une affection réelle et non feinte pour le bien en géné-^ rai, ce qui, certes, est vrai, quand le bien n'est pas en conflit avec quelqu'une de leurs passions favorites. Pour en donner un exemple, on indique souvent l'amour pour le peuple de Dieu comme le signe d'une vraie piété ; c'est là, en effet, un des meilleurs indices d'une piété sin« cëre, et lorsqu'on le prend dans le sens exposé plus haut , d'un amour principal et dominant, il est infaillible. J'en ai pour garant la Parole de Dieu : « En ce que

nous aimons nos frères , nous savons que nous sommes transportés de la mort à la vie : celui qui n'aime point son frère demeure en la mort (1 Jean, LU, H). » J'ose dire, cependant, qu'il en est plusieurs qui vivent dans le péché, qui sont étrangers à la puissance de la piété , et qui , après s'être examinés le plus impartialement possible, concluraient qu'ils aiment le peuple de Dieu. Peut-être dira-t-on que, s'ils aiment les gens de bien , ce ne peut pas être à cause de leur piété , maïs à cause des autres qualités qu'ils possèdent.

L'expérience nous apprend le contraire.

Ils peuvent les estimer, les aimer, dire du bien d'eux , et leur rendre service à cause de leur piété. Même j'ai connu (quoique ce cas soit plus rare) des gens désordonnés dans leur vie qui paraissaient n'avoir plus rien de bon que l'estime qu'ils portaient aux personnes pieuses, et Je zèle qu'ils mettaient à prendre leur cause en main toutei^ les fois que l'occasion s'en présentait. Mais ces serviteurs de Dieu

— 2ia —

s'a visaient-ils de les réprimaDder Yerteinenl , ou de vouloir les empêcher de jouir de quelque conroitise favorite, aussitôt leur amour se tournait en haine. Qui ne sait qu'Hérode aimait sincèrement Jean- Baptiste, et que la raison même attribuée à son respect et à sa déférence pour lui est que x Jean était un homme juste et saint. » Cependant, quand le prophète reprit ce m^me Hérode au sujet de Tinceste scandaleux dont il se rendait coupable, il le fit mettre en prison ; et il avait si peu de fermeté que, plus tard, quand la fille d'Hérodias eut gagné son affection en dansant , et l'eut enlacé dans une promesse inconsidérée , il accorda la tète de Jean-Baptiste à la cruauté de sa barbare mère. Si la description qui nous est faite de la situation d'esprit du roi est remarquable , elle n'offre pourtant rien de surprenant. 11 nous est dit que le roi fut trèsfâché de la demande de la jeune fille , mais qu'il ne voulut pas la lui refuser, à cause du serment , et de ceux qui étaient

— afc —

à table avec lai (Harc , YI , 2^. II y 9wmt là de ramonr dans im sens on dans mt certain degré; mais Hérode asm»! la îeone fille et sa mm , et rapproindon dv ses coortisans , plus encore que le prMeaH tenr fidèle. Noos avons jonmdlenient devant les yeox (finnombmbles exemples àe œ genre. Il y a des volaptoenx qui aiment le peopie da IHen, mais qui ne venienl pas soivre ses conseils saiotaires^ parée qu'ils loi préfèrent oicore leurs eonventiRS^ 1 y a des av»'es cpn aiment fe peuple et Bieu, qui le louent et plaident sa caose, jnais qui n'oavriraioit pas lieur becnrae ponr lui ▼enir en aide, parce qnr% hà ^éf%rent leur argent e€ leur or- Il serai!

feeîie de généraliser cette remar q ue , en rappliquant à tonte autre di^x)6ilion du eosm naturel. Enfin, quelque différence fntéfîeure on invisible qui puisse exister entre des âmes , quelque diversité d'opération qu'emploie le Saint-Esprit dans sa aouveraineté, la meilleure pierre de touche que nous possédions est celle dont

Christ se servit pour éprouver Pierre :

« SîmoD y fils de Jona , m'aimes-tu plus que ne font ceux-ci ? » 11 est bon qu6 nous nous répétions souvent cette question, comme le fii alors le Sauveur. Et bienheureux est l'homme qui peut dire en sincérité, avec Pierre : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime {Jean , XXI , 17). »

Je sais que plusieurs me contesteront l'emploi de cette pierre de touche , ou, pour le moins , ne seront pas satisfaits de ce moyen , qui leur paraît trop vague et trop général. Ils pensent qu'il ne fait qu'ajouter une obscurité de plus aux difficultés de la matière , vu qu'il doit être fort difficile, en plusieurs cas, de distinguer si c'est l'amour de Dieu ou celui du inonde qui a la plus grande part d'influence habituelle sur le cœur. Je suis , certes , loin de dissimuler ou de nier que ce discernement présente de grandes difficultés en plusieurs circonstances , comme je l'ai donné è entendre dans quelques*

unes des pages précédentes de ce discours ; j'avoue qu'il y a des cas où il est impossible de parvenir à une détermination certaine. Chez quelques-uns , la grâce et la corruption naturelle se trouvent en* proportion si égale , pour ainsi dire j elles se livrent des combats si violents , et remportent alternativement des avantages si fréquents Tune sur l'autre , que , jusqu'au dernier moment , il serait difficile de dire laquelle des deux fut, en somme, la plus forte. Mais on ne peut faire de ce fait une objection à ce que j'ai avancé plus haut.

Je n'ai jamais voulu dire que des chrétiens si chancelants et si variables jouissent d'une grande paix ; et si pourtant cela avait lieu, ce ne pourrait être que parce qu'ils font reposer leur espérance sur un fondement faux ou imaginaire.

On pourrait appliquer à bon droit à beaucoup de gens les paroles que Jacob adressait à son fils Ruben : « Tu t'es précipité comme de l'eau ^ tu n'auras pas la prééminence (Gen., XL1X,4). »

' Au lieu d'user de subtilités et de suppositions pour encourager ces personnes à avoir bonne idée de leur état spirituel , il est plus sûr et plus charitable de les exciter à une sainte jalousie envers ellesmêmes. C'est aussi ce que rEcriture paraît faire à Tégard de nous tous , quand elle tient ce langage : « Craignons donc que quelqu'un d'entre vous , négligeant la promesse d'entrer dans son repos, ne s'en trouve privé ( Hébr., IV, 1 ). » Le même apôtre qui a tracé ces lignes dit ailleurs : «Or, nous souhaitons que chacun de vous montre jusqu'à la fin le même soin pour la pleine certitude de l'espérance (Hébr., VI, 11).» L'Ecriture nous représente constamment la vie du chrétien comme une vie de prudence , de vigilance, de zèle et d'activité : « Soyez sobres et veillez; car le diable, votre adversaire , tourne autour de vous comme un lion rugissant cherchant qui il pourra dévorer (1 Pierre, V, 8). » Le même apôtre a dit encore : « Vous donc aussi , y

donnant tous vos soins , ajoutez la vertu à votre foi , à la vertu la science , à la science la tempérance, à la tempérance la patience , à la patience la piété , à la piété Tamour fraternel , et à Vamour fraternel la charité. Car si ces choses sont en vous et y abondent , elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles en la connaissance de notre Seigneur Jésus- Christ. Mais celui en qui ces choses ne se trouvent point est aveugle et ne voit point de loin , ayant oublié la purification de ses anciens péchés. C'est pourquoi , nies frères , étudiez- vous plutôt à affermir votre vocation et votre élection ; car, en faisant cela, vous ne broncherez jamais (2 Pierre, 1 , 5-10).» Remarquez , je vous prie , que ces exhortations ne sont nullement contraires à cette confiance en la bonté divine et à cette bonne espérance que TËvangile communique par la grâce au croyant. Leur but est de l'exciter à la diligence dans l'accomplissèment du devoir , de fortifier en lui le

sentiment de sa dépendance de la puissance divine, et leur convenance s'éia blit et se confirme au fur et à mesure qu'elles produisent leurs fruits.

H en est peu qui paraissent avoir joui plus que Tapôtre Paul des consolations de l'Evangile ; et cependant il nous montre la crainte d'une ehule finale comme exerçant une influence journalière sur sa conduite : « Je mortifie mon corps , et je me le soumets, de peur qu'après avoir prêché aux autres , je ne sois trouvé moimême non recevable (1 Cor., IX, 27).»

Je ne puis m'erapêcher de faire observer ici que certaines personnes qui , selon toute apparence , possèdent une piété sincère, sont souvent en défaut à cet égard.

Je désire leur témoigner la plus haute estime , et je lâcherai de les traiter avec toute l'affection et la tendresse possibles.

De leur côté, elles doivent souffrir et même désirer qu'on leur signale les déceptions auxquelles elles sont exposées.

Je suis persuadé qu'il y a maintenant

beaucoup de gens qui cherchent, au moyen de faux indices, à s'assurer qu'ils ont part à la grâce de Dieu et qui voudraient posséder celle assurance h un degré de cerlilude incompalible avec Tétai présent des choses.

1. Ils font souvent fausse route pour trouver l'assurance dont je parle. Ils s'emparent des impressions qu'ils onl reçues, et dans plusieurs cas ils s'exposent à renouveler le péché des pharisiens , qui demandaient un signe du ciel. Quand un ministre parle ou écrit sur ce sujet, ils s'attendent à quelque chose de particulier et de personnel , à quelque chose qui leur tienne, pour ainsi dire , lieu de Dieu, et qui leur donne l'assurance, au lieu de leur dire comment ils doivent la chercher. Mais de quelque louable disposition qu'elle provienne , cette prétention est exorbitante et intempestive ; il nous doit suffire de marcher dans le chemin que Dieu nous a tracé , de lui rendre grâce pour le fondement inébranlable

de l'assurance du pécheur qu'il a posé eu Sioa et de nous couvaincre que nous sommes en sûreté par un examen sérieux et approfondi de nous-mêmes, d'après les règles tracées dans les saintes Ecritures.

De cette manière seulement, nous pourrons obtenir une paix fondée, sûre et durable. Peut-être quelqu'un dira-t-il :

Condamnez - vous donc , en général , toute considération accordée aux impressions intimes de l'âme, toute attention donnée aux émotions secrètes et puissantes produites par certains passages de l'Ecriture? Est-ce que le Saint-Esprit n'illumine ou ne rafraîchit jamais de cette manière les âmes dans lesquelles il demeure suivant sa promesse : « J'habiterai au milieu d'eux , et j'y marcherai , et je serai leur Dieu , et ils seront mon peuple (2 Cor., VI , 16). » Non, loin de là :

je ne veux pas nier l'œuvre réelle ou la gracieuse présence de l'Esprit de Dieu, qui est certainement l'une des doctrines les plus essentielles et les plus consolan-*

tes de l'Evangile de gknre ; mais aussi , à cause de ramonr que je lui porte, je désire la mainteDir franche d'areors oa d'abus.

Quand quelque vérité ou quelque dé* claralion de rEcriture, mettant expressément et vivement en relief le devoir propre à notre état et à nos circonstances scluelles , frappe notre esprit ; quand elle est accompagnée d'un sentiment puissant de son obligation , tellement qu'il réveille et ravive notre coeur séduit ou pares* seux , il faut reconnaître cette œuvre avec action de grâces et s'y soumettre de bon c<jcur. Quand la vue frappante et impres-> sive de quelque promesse encourageante ou do quelque invitation gracieuse adressée au |)échcur fatigué ou à l'esprit contrit^ soulage une âme tourmentée par le doute, abattue et découragée ; quand cette âme est ainsi amenée à découvrir la riche miséricorde et la libre grâce de Dieu pour le coupable et le méchant , elle doit s'en réjouir et en profiter. Dans plusieurs

eoDJonctures semblables, des personnes sérieuses, que les tentations avaient harassées, ont pu dire avec David : « Je bénirai l'Eternel, qui me donne conseil; je le bénirai même durant les nuits dans lesquelles mes reins m'enseignent (Ps. XVI , 7). » Ceci n'est que la conséquence nécessaire de la providence constante et souveraine de Dieu, qui, s'étendant à la disposition et à la conduite des moindres circonstances des événements naturels, ne peut manquer d'être spécialement mise en œuvre pour procurer la sanctification et la paix des enfants de Dieu. Ils embrassent ce qui leur paraît être un devoir , ou un préservatif contre le péché ; ils se confient en la fidélité divine, qui est engagée à assurer leur bonheur ; ils adorent la sagesse et la bonté de Dieu, qu'ils voient travailler toutes les deux à leur bien. Mais croire que quelqu'un soit en droit de conclure qu'il est en sûreté, parce que quelque passage de l'Ecriture (par exemple : « Je suis Ion Dieu; » ou: a Je t'aî

appelé par Ion nom, lu os à moi » ) lui sera sabitemenl venu à la mémoire , sans égard h ses dispositions et à sa vie , e'est certainement se fîer à une présomption dépourvue de tout fondement. Raisonner ainsi , c'est être insensé autant que présomplueux, puisqu'on le faisant on s'expose h être troublé par le souvenir de quelques déclarations contraires aux précédentes. Nous n'ignorons pas , et nous en avons un exemple dans la te&tation de noire Seigneur, que Satan peut citer des passages de TÉcrilure , et même en parler avec respect et convenance ; mais les conclusions qu'il en tiro doivent être corroborées par d'autres portions des Ecritures.

A tous ceux qui sont enclins à ce g^nre de déceptions, je dirai avec l'apôtre Jean ; « Mes bien-aimés , ne croyez point à tout esprit , mais éprouvez les esprits , pour savoir s'ils sont de Dieu (1 Jean , IV, 1) ; » ou , avec le prophète Esaïe : « A la loi et au témoignage I Que s'il ne parle selon cette parole-ci, certainement il n'y aura

point de lumière pour lui (Es., Y III , 20). » Le même prophète nous donne, dans les paroles suivantes, un avis très-salulaire, qui nous pousse à la vigilance : « Qui est celui d'entre vous qui craigne TEternel, et qui écoute la voix de son serviteur ?

Que celui qui a marché dans les ténèbres, et qui n'avait point de clarté, ait confiance au nom de l'Éternel , et qu il s'appuie sur son Dieu. Voilà , vous tous qui allumez le feu , et qui vous ceignez d'étincelles, marchez à la lueur de votre feu , et dans les étincelles que vous avez embrasées ; ceci vous a été fait de ma main , vous serez gisants dans les tourments {Es.,L, 10). »

2. 11 faut remarquer encore que plusieurs personnes sérieuses semblent désirer et même attendre l'assurance de leur salut dans une mesure et à un degré qui ne sont point en harmonie avec notre état actuel. Elles voudraient que la foi et l'espérance fussent la * môme chose que la jf>uissauce, que le ciel et la terre se con-

feodissent , qu'elles fassent ooarooiiées avant (Ta voir achevé leur course. Je suis persuadé que plusieurs se privent du secours auquel ils ont incontestablement droit , et qu'il leur serait aisé de posséder , en visant à celui qui est au-ddà de leur portée. Ils oublient qu'à cet ^ard, comme à plusieurs autres, ces paroles de TApôtre sont vraies : « Nous voyons, maintenant, comme par un miroir, obscurément ; mais alors nous verrons face à face; maintenant, je connais en partie, mais alors je connaîtrai selon que j'ai été aussi connu (1 Cor., Xlll, 12). » Si seulement vous réfléchissiez à ce que vous êtes, chréliens, vous auriez honte de vous plaindre. Vous auriez honle d'oser prétendre à un si haut degré de joie, tandis que vous êtes si négligents dans la pratique de vos devoirs. Ce n'est que pas h pas que vous avancez dans la vie spirituelle : il n'est donc pas étonnant que votre espérance suive cette progression..

Il est tros-imporlant, en religion, des

distinguer soigneusement entre Tencouragement et l'espérance qui jaillissent directement des promesses de Dieu , renfermées dans l'Ecriture, et ces mêmes sentiments, lorsqu'ils sont dus à une observation exacte du changement qui s'est opéré dans notre caractère et dans noire conduite. Dans le premier cas, avoir et entretenir des doutes est absolument contraire à notre devoir et à notre intérêt -, mais dans le second, peutêlre le doute et la défiance conviennentils mieux aa caractère chrétien , et sontils plus favorables au développement de la vie chrétienne. Quelqu'un d'entre vous , lecteurs , est-il travaillé , harcelé par l'anxiété et la crainte ? Prenez garde, lui dirai -je, de ne pas appliquer à la fidélité de Dieu , ce doute concernant votre position spirituelle qui vous préoccupe et qui vous inquiète. Tant d'invitations gracieuses, tant d'offres d'un pardon complet , libre et absolu , qui sont faites au premier des pécheurs, ne vous pa*

rabsent-elles donc pas plus que suffisantes? Ne trouvez-vous pas repos pour l'esprit et paix pour la coDscience, quand, adssant par la foi, vous recevez Christ et vous vous a ppuyez sur lui seul pour votre salut , le voyant , lui , seul tout-puissant pour entreprendre celle œuvre et pour Taccomplir, et quand ainsi , vous vous attachez à lui avec tout ce qui vous concerne, comme à votre Seigneur et h votre Dieu?

Je ne voudrais pas affirmer que l'assurance du salut , dans le sens ordinaire de cette expression , soit essentielle à la foi , ou qu'on puisse la définir ainsi : croire que mes péchés me sont pardonnes ; cependant une certaine mesure d'espérance lui est inséparablement unie. La foi et le désespoir sont deux contraires irréconciliables.

Si vous croyez véritablement à la sincérité de l'offre, à la puissance et à la toute-suffisance du Sauveur qui en est le garant , « le i)ieu d'espérance vous remplira de toute joie et de toute paix en croyant, par k puissance du Saint-Esprit. » Permeltez-

moi d'ajouter que, lors roêrae que vos doutes ne porteraient que sur l'œuvre de régénération et de sanctification que l'Esprit de Dieu a opérée dans vos cœurs , môme dans ce cas vos plaintes sont souvent excessives et déraisonnables.

Vous voudriez avoir la preuve , non-seulement que cette œuvre est commencée, mais encore qu'elle est achevée. Vous soupirez , non après un secours suffisant pour vous fortifier contre les tentations et vous élever au-dessus des souffrances , mais après un secours qui rendrait impossibles les tentations et les souffrances. Mais si vous êtes sûrs que vous êtes néanmoins attachés à Dieu comme à voire portion, que vous ne trouveriez ailleurs ni paix ni repos , et que la possession d'un monde entier ne vous tenterait pas pour vous faire abandonner même ce litre douteux que vous possédez à sa faveur et à son amour , assurément vous devez vous efforcer de tranquilliser votre esprit. Il se peut que vous soyez souvent dans l'état où

se trouvait Fapôtre Paul lorsqu'il disait :

n Notre chair n'a eu aucun relilche^ mais nous avons été affligés en toute manière , ayant eu des combats au-dehors et des craintes au-dedans (2 Cor. , Vil, 5). »

Mais vous pourrez dire aussi, avec le même apôtre : « Etant affligés h tous égards , mais non pas réduits entièrement à l'étroit; étant en perplexité, mais non pas sans secours ; étant persécutés , mais non pas abandonnés ; étant abattus , mais non pas perdus (2 Cor. , I V , 8 , 9). »

En écrivant ceci, je n'ai pas l'intention de condamner un vif désir d'abonder en espérance ou un examen fréquent et exact de notre caractère et de notre conduite , mais de mettre les chrétiens en garde contre l'impatience et contre une disposition au mécontentement et à l'ingratitude qui certainement trouble l'âme et l'empôche de parvenir à cette paix dont l'absence fait le sujet de ses plaintes.

Ceci me conduit naturellement à mentionner une autre faute que commettent

eerlaines personoes , du reste sérieuses , et qui me fournira l'occasion d'une leçon Irès-imporlanle sur ce sujet.

Cette faute consiste à tomber dans le découragement , la paresse, la négligence à regard du devoir. Les machinations de Satan , notre grand ennemi , sont infiniment diverses, et plus artificieuses qu'on ne peut le dire. Quand il ne lui est pas possible d'endormir les hommes dans une fausse sécurité, et de les conduire comme des aveugles dans le chemin large qui mène à la perdition, il sVfforce do leur rendre leur devoir aussi pénible, aussi écrasant que possible. Lorsque quelqu'un s'examine sérieusement , il l'embarrasse de scrupules exagérés , l'assaille de doutes et l'agite par la terreur.

11 en résulte surtout un relâchement ou un arrêt dans son activité à pratiquer le devoir ; il s'abandonne à des pensées tristes et angoissantes; il s'arrête alors, et refuse d'avancer davantage dans la piété, jusqu'à ce qu'il se soit assuré q^'il a cepen-

dant fdît quelques progrès. Quelque bonne rdison , au contraire , qu'on paisse avoir d'être mécontent de soi-même, aussitôt qu'on aperçoit que tel est FefTet de ce mécontentement , il faut lui résister comme à une tentation. Je ne saurais mieux éclaircir ma pensée qu'en me servant d'une similitude empruntée au langage de l'Ecriture parlant du même sujet. Lequel de deux enfants pensez-vous qui soit le plus attaché à son devoir: celui qui , sous l'impression du déplaisir de son père , s'applique patiemment et en silence à son ouvrage , ou celui qui court les rues dans l'oisiveté, et qui , par ses plaintes chagrines et hargneuses , met constamment en question l'amour de son père*? Ainsi est posé le fondement d'une recommandation fort utile et nécessaire, qui, à la vérité, découle naturellement de tout ce qui a été dit sur les signes do la régénération.

Tâchez , chrétiens , de conserver et de fortifier votre espérance en Dieu, en avançant toujours plus dans la sanctification ^

j)ar votre zèle et votre aclivilé dans la pratique de la volonté de Dieu. Plus Timage de Dieu en vous sera parraite , plus facilement on la discernera. Si , parfois , vous avez lieu de douter que telle ou telle misère soit compatible avec une vraie piété , si vous éprouvez de la difficulté 5 résoudre cette question , essayez d'un autre moyen, et tAchez d'effacer cette souillure par la vigilance et la prière, et alors la difficulté sera éloignée. Si, dans un moment d'affliction et de détresse, vous trouvez difficile de déterminer si s'est la correction d'un père ou le châtiment d'un juge que vous endurez, faites en sorte , par le secours de la grâce divine, do souffrir avec la résignation d'un enfant, et les effets salutaires de l'affliction vous auront bientôt appris son origine miséricordieuse.

Quelle devrait être l'élude journalière d'un chrétien , si ce n'est de mortifier le péché dans son cœur et dans sa conduite? Sa paix dépend de ses succès dans cette grande lutte. Quand des graines de différentes

espèces ne font que germer de la terre , il n'est p«)s aisé de distinguer les unes des autres ; mais à mesure qu'elles croissent , leur variété se laisse discerner, et cela d'autant mieux qu'elles approchent davantage de la maturité. Imitez, en cela, le grand apôtre des Gentils : « Non que j'aie déjà atteint le but , disait-il, ou que je sois déj(^ rendu accompli ; mais je poursuis ce but pour tâcher d'y parvenir ; c'est pourquoi aussi j'ai été pris par Jésus -Christ.

Mes frèrt^s, pour moi, je ne me persuade pas d'avoir atteint le but ; mais je fais une chose , c'est qu'eu oubliant les choses qui sont derrière moi et m'avançant vers celles qui sont devant moi , je cours vers le but, savoir au prix, de la céleste vocation qui est de Dieu en Jésus-Christ (PhiL , III, 12-14). >»

Avant de terminer cette section, je dois faire observer que, bien que la marque principale à laquelle on reconnaît la vraie piété puisse encore, telle que je l'ai exposée, laisser plusieurs âmes dans l'incertitude à

regard d'elles-mêmes , cependant elle emporte la condamnation la plus claire et la plus complète d'une foule d'auditeurs de l'Evangile. Oh 1 si je pouvais en graver la conviction dans leurs cœurs 1 N'est-il pas vrai qu'un bon nombre de ceux qui paraissent tous les dimanches dans la maison de Dieu n'osent pourtant pas s'affirmer sérieusement que Dieu et son service ont plus de place dans leurs affections habituelles que le monde ou que telle de ses jouissances ?

Je n'ai pas en vue ici les grands pécheurs , dont les crimes sont manifestes , et « précèdent pour la condamnation ; » mais j'ai en vue les hommes d'une conduite régulière et honnête, qui ont «l'apparence de la piété , et qui en renient la force. »

Ce que je vais dire sera , j'en suis assuré, un critère plus sûr de leur état, que quelque règle particulière de morale que ce soit. Plusieurs des personnes dont je parle connaissent si peu retendue et la spiritualité de la loi de Dieu, qu'il n'est pas impossible qu'elles osent affirmer qu'elles

ne s'adonnent à aucun péché à elles connu , ainsi que le jeune homme dont parle TEvangile paraît l'avoir fait sincërement , quand il dit à notre Sauveur :

«I Maître , j'ai gardé toutes ces choses dès ma jeunesse (Marc , X, 20). » Mais je leur demanderai de plus si c'est Dieu ou le monde qui a la plus grande part de leur amour, de leur pensée ou de leur activité.

Pourriez- vous nous le dire, vous, dont le désir ardent, passionné, la pensée la plus douce, la nuit comme le jour, est d'accroître votre fortune ; vous qui ne feriez pas un marché sans avoir bien examiné le pour et le contre et supputé le gain que vous y pourriez avoir, mais qui allez journellement dans la maison de Dieu sans désirer ou chercher à en retirer du fruit t Peut-il le dire tel d'entre vous à qui toute conversation sérieuse n'inspire qu ennui et que dégoût , qui ne supporte qu'avec peine la société des hommes pieux , pour qui* le dimanche est un jour fade, triste et fâcheux? O mes frères, laissez-moi vous supplier

de prendre garde è vos âmes ! un temps précieux s'enfuit incessamment; le jour de grâce s'écoule avec rapidité.

Ecoutez pendant que votre paix est encore possible, et demandez à Dieu que, pour l'amour de Christ, il vous pardonne gratuitement tcus vos péchés , qu'il renouvelle l'esprit de votre entendement , qu'il vous rende propre à goûter son service sur la terre, sa présence et sa joie dans le ciel.

J'ai donc établi avec des développements considérables , en y mettant tout le soin et toute l'exactitude que j'ai pu , quel est l'indice le plus important et le plus général de la régénération , savoir la prédominance dans l'âme de l'amour de Dieu et du Rédempteur sur l'amour des biens secondaires.

11 suffira, je l'espère, pour nous faire distinguer ce qui est précieux d'avec ce qui est vil , pour nous mettre en garde contre le péché, et pour nous exciter à la vigilance dans toutes les parties de notre devoir, afin que notre régénération soit de plus en plus

Ejb luhnc Ifmps y 3 nous sera de ^ pv sraside utilité du» TiisagB et duks Tapçocalko des aatnes signes d'une Traie p«eiè . en nous faisant distinguer ies cas cô î'.s sont cmcluanls d'avec ceux cà hs ne îe sont pas.

Page 1