PRÉFACE
La pensée des souffrances et des tortures de ceux qu’onapu enterrer vivants sous de fausses apparences de la mort, est tellement affreuse, qu'elle remplit l'âme d’une profonde douleur. Quel autre tableau pourrait jamais lui causer d'émotion plus saisissante ou plus terrible!
On ne peut l’envisager sans frémir, et on a vraiment besoin de croire que sa réalisation est impossible. Quoi ! nous serions exposés à un danger de tous les instants, contre lequel, dit-on, rien ne peut nous défendre; nous pourrions être séparés tout à coup du monde et des plus chers objets de notre affection, pour nous réveiller dans un sépulcre et y périr au milieu des plus affreuses douleurs !
Non, cela n’est pas, mais c’est là une crainte dont il faut savoir tenir compte, et qu'ilserait difficile de détruire si elle était suffisamment justifiée, car les efforts du stoïicisme le plus résolu seraient impuissants contre elle.
li PRÉFACE.
Longtemps elle a régné sur le monde et dans la science, car la doctrine de l'incertitude des signes de la mort et Ia croyance aux histoires d’enterrements précipités ont presque toujours prévalu dans les esprits, malgré les efforts de quelques savants tout dévoués à la défense de l'opinion contraire. De nos jours même, cette crainte s'est encore révélée par de nombreux projets imités de l'Allemagne et soumis à l'autorité pour obtenir la construction de maisons mortuaires destinées à attendre la putréfaction si faussement regardée comme le seul caractère certain de la mort.
Nous en étions là, lorsque le professeur Manni, auteur d'un intéressant ouvrage sur lasphyxie et la mort apparente (L), fit un appel à la science en proposant de récompenser celui des médecins qui réussirait à rendre le diagnostic de la mort aussi sûr que prompt et facile. Il soumit son projet à l’Académie des sciences, qui accepta avecreconnaissance cette offre toute libérale et bien digne d'un médecin, ce bienfaiteur naturel de l’humanité.
La question fut mise au concours, et le rapport de l'Académie témoigne suffisamment, je crois, par son étendue, moins encore que
(1) Manual pratico per la cura degli apparentemente morti premessevi alaune idee generali di Polizia medica per la tutela della vita negli asfittiei. Napoli, 1835, in-8.
PRÉFACE. tik
par sa richesse, de l'importance accordée par MM. les commissaires à la question d’intérêé public posée par le professeur Manni.
La moindre attention suffira toujours au médecin pour reconnaître la mort à l'instant même où elle à lieu, s’il est suffisamment.
éclairé sur les phénomènes et les manifestations de la vie.
IL trouvera dans la cessation de chacun:
de ces phénomènes, autant de caractères diagnostiques de ia mort parmi lesquels, s'il y. en à de douteux, il en existe de très certains... ce qui résulte de [a plus ou moins grande importance des fonctions suspendues. Nous.
avons appelé signes immédiats jes premiers phénomènes de la mort, et nous les.
avons suivis dans leur corrélation intime avec la cessation des fonctions du cœur du poumon et du cerveau, en démontrant.
pour les uns et pour les autres leur degré d'importance et de certitude.
Quant aux phénomènes ultérieurs qui composent la série des signes éloignés de la mort, ils dépendent à peu près uniquement de l’action physique et chimique des molécules de:
la matière inanimée les unes sur les autres.
Ce qui constituait la vie dans chacune des molécules organiques ayant disparu, elles