‹ Traité signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 23 sur 71 · REFROIDISSEMENT DU CORPS · texte numérisé non relu

REFROIDISSEMENT DU CORPS

le corps est gros, plus il met de temps à se refrordir, tout étant égal d’ailleurs.

c. L'âge. La chaleur se dissipe plus lentement chez les adultes que chez les vieillards.

d. La saison et le climat. Plus la température du milieu qui environne le corps est élevée, moins le refroidissement est rapide ; aussi la chaleur se conserve-t-elle plus longtemps lorsqu'on plonge les cadavres dans un bain chaud.

e. L’élat plein ou vide de l'estomac au moment de la mort. Le docteur Ollivier d'Angers a rapporté, dans les Archives de médecine (tome ID), un cas de mort violente survenue au moment où la digestion s’opérait, et dans lequel la cavité abdominale s’était conservée plus chaude que Îles autres parties. Si l’on ajoute à ces considérations que dans la première période de quelques maladies , l’hystérie , la fièvre pernicieuse algide, etc... le corps est très froid, on sera forcé de conclure que si le refroidissement est un phénomène cadavérique constant, il est loin, lorsqu'il n’est pas réuni à d’autres signes, de pouvoir servir à distinguer la mort réelle de la mort apparente (4).

C’est dans le but de constater la présence de

(1) Orfila, Médecine légale, h° édition, t. I, p. 477

ce caractère que M. Van Hengel a proposé l’emploi de l’abiondeiktys, instrument destiné à pénétrer au loin dans le tube intestinal, pour savoir s’il existe encore un peu de chaleur dans le milieu du corps.

C’est une sorte de manomètre composé d’un tube élastique d’un centimètre de diamètre, et long de 69 à 70. Il est fermé et mousse à l’un de ses bouts. L'autre est ouvert et garni d’une vis métallique qui y est solidement assujettie. Cette vis entre dans un écrou attaché de la même manière à un tube de verre de 2 millimètres et demi de diamètre, en forme de fer à cheval. Ce dernier est en communication avec l’intérieur du tube élastique. Il contient dans la partie coudée un ou deux centilitres de mercure, et est pourvu d’une échelle arbitrairement divisée.

Avant de s’en servir, on fait pénétrer dans le tube élastique et jusqu'à son bout fermé un peu de coton, et on y verse quelques grammes d’éther sulfurique. On réunit alors les tubes, et l’on observe la hauteur que le mercure marque le long de l'échelle.

Cela fait, on introduit le tube élastique par l'anus et on l'y fait cheminer aussi haut qu'on le peut dans le colon. Si, dans le corps qu’on exa-

REFROIDISSEMENT DU CORPS. 153 mine, il y a encore de la chaleur, l’éther deviendra aériforme ; il y aura donc dilatation de Pair, et puisqu'il n’y à qu’une seule ouverture, la dilatation ou la pression doit se manifester sur le mercure qui montera dans le tube ; l’observateur s’en apercevra à l’échelle qui reste au dehors, et en türera la conclusion que le corps n’est pas soumis aux lois physiques, et conséquemment que Pindividu n’est pas mort.

Je ne crois pas que cette conclusion soit rigoureuse ; ce que nous savons de la persistance de la chaleur après la cessation de la vie, sous l’influence des réactions chimiques opérées dans le corps, permet même de penser tout différemment, de sorte que l’appareil de M, Van Hengel, quoique fort ingénieux et très utile pour des recherches de température profonde, ne me paraît pas avoir une grande utilité dans le diagnostic de la mort (1).

B. De la non-coagulabilité du sang trouvé dans les vaisseaux,

Le sang que n’agite plus la force dynamique du cœur s'arrête et se coagule.

Hors des vaisseaux ou dans leur intérieur, le phénomène chimique est le même,

(1) Journal de Bruxelles et Gazette médicale, 18,8, p. 839,

Soustrait à l'influence du cœur et de la vie, ce liquide se décompose ; la fibrine se sépare et s’agglomère, laissant de côté la plupart des autres éléments du sang.

C'est ce qui arrive au liquide d’une saignée, et au sang d’un vaisseau complétement fermé par deux ligatures ou par un obstacle naturel; c’est ce qu’on observe enfin sur la petite quantité de sang que renferme le système vasculaire au moment de la mort.

Dans cette circonstance, des caillats se forment dans les artères et dans les veines ; et le liquide qui peut encore y rester, dépourvu de fibrine, impossible à coaguler, ne représente plus que les autres éléments du sang.

M. Donné a cru en conséquence pourvoir utiliser ce phénomène dans le diagnostic de la mort. Il a pensé qu'il suffirait, pour arriver à ce résultat, d'ouvrir un vaisseau; de recueillir sur un verre de montre le liquide qui voudrait bien en sortir; et d'attendre ses modifications ultérieures, sa coagulabilité ou sa fluidité persistantes, de part et d’autre, signes certains de la mort.

Quelque ingénieuse que soit cette idée, elle ne me paraît applicable que dans un petit nombre de circonstances. [l n’est pas aussi facile que le croit

M. Donné de faire sortir du sang des vaisseaux d’un cadavre, et 1l n’a certainement pas lui-même expérimenté son procédé; car 1l aurait pu se convaincre qu'a moins d'aller chercher du sang dans le cœur, épreuve assez grave en cas de méprise, il est souvent impossible d’en trouver dans les plus grosses veines des membres seulement quelques minutes après la mort.

2° Signes éloignés de La mort qui dépendent de la cessation des fonctions du cerveau,

À, Rigidité cadavérique.

Rigidité cadavérique. La raideur des articulations qui se manifeste à une époque plus ou moims rapprochée de la mort, chez l’homme et les mammifères, est généralement désignée sous le nom de rigidité cadavérique. Elle est quelquefois si considérable qu’elle permet de lever un cadavre en le prenant par la tête, les pieds restant appuyés sur le sol, absolument comme si on voulait soulever une planche en la prenant par l’une de ses extrémités.

L'observation de ce phénomène remonte à une époque fort éloignée, mais sa valeur n’a été mise en évidence que par le célèbre Louis. Il a été depuis lors approfondi par Nysten dansses Recher-

ches physiologiques (4); par Béclard , Sommer, Burdach, Muller, Fouquet, etc. Il paraît causé par une sorte de rétraction musculaire qu’on rapporte à la contractilité des muscles ou à la coagulation de la fibrine dans les petits vaisseaux. C’est un signe certain de la mort.

Joh. Christ. Formannus avait apprécié sa valeur lorsqu'il disait : Mortuus erat infans ; adeo omnis in eo calor vilalis abfuit : id quod etiam partium rigor, et ob hunc induendi indusium difficultas prodidit. Inter notas autem finitæ vitæ etiam membrorum rigiditatem referri testatur Paulus Zacchias (2).

Les Éphémérides des Curieux de la nature renferment l’histoire d’un homme qu’on eroyait mort, quoiqu'il eût encore les membres flexibles , ce qui engagea le médecin à lui donner des soms qui eurent le plus grand succès. |

Péchlin rapporte un fait à peu près semblable, relatif à une petite fille de huit ans, qu’on aurait, d’après l’ensemble général, traitée comme une morte, si la flexibilité des membres n’eût engagé à lui donner des secours qui la rappelèrent à la

(4) Recherches de physiol. et de chimie pathologique, Paris, 1811, p. 384 et suivantes.

(2) Manget, Biblioth. med. praticæ ; De sudore,

vie : Artus omnes adhue molles flexilesque (4).

Bruhier, qui signale aussi cette raideur des membres, semble n’y attacher qu’une médiocre importance ; Louis, au contraire, en a compris la valeur et nous l’a fait apprécier. Le premier, 1l à mis quelque soin dans l'étude de ce phénomène , et lui a donné la signification séméiologique que nous lui reconnaissons.

« Des recherches faites avec toute l'attention » dont j'ai été capable, et que j'ai suivies pendant » plusieurs années sans interruption, m'ont fait » voir sur plus de cinq cents sujets qu’à l'instant » de la mort, c’est-à-dire au moment de la ces- » sation absolue des mouvements qui animent la » machine du corps humain, les articulations com- » mencent à devenir raides, même avant la dimi- » nution de la chaleur naturelle, Il résulte de cette » remarque que la flexibilité des membres est un des » principaux signes par lesquelson peut juger qu'une » personne n’est pas morte, quoiqu’elle ne donne » d’ailleurs aucun signe de vie.» (Louis, p. 135.)

Il n’hésite pas à se prononcer ; mais comme il redoute les objections que l’inexpérience peut lui adresser, il court au-devant d’elles. I! sait que

(4) Manget, Biblioth. med, pract., cap. VI, De aeris et alimenti defectu. dl is

certains phénomènes morbides peuvent en imposer pour de la raideur cadavérique, et 1l craint avec raison qu'à la suite d’une erreur on n’impute à la science la faute d’un médecin mal appris. Quædam notænon bonos sed imperitos medicos decipiunt (1). I! s’exprime ainsi : « Un homme expérimenté » n'ignore pas qu’il y a des syncopes convulsives, » et qu'un violent accès de vapeurs peut suspendre » les fonctions vitales et animales, au point que la » personne paraisse morte. L’inflexibilité des » membres accompagne communément cet état , » parce que cette maladie est convulsive. Ces ap- » parences ne feront point illusion à un homme de » l’art. Il y a plusieurs signes caractéristiques pour » distinguer ces cas : 1° Dans une mort apparente » accompagnée d'une affection convulsive, la rai- » deur des membres sera un accident primitif et » se manifestera en même temps que la mort illu- » soire ; tout au contraire, l’inflexibilité des mem- » bres, signe d’une mort réelle, sera un symptôme » consécutif de l’apparence de la mort. 2° Quand » un muscle est en convulsion, il est dur , inégal, » comme dans la contraction , parce que la con- » vulsion d’un muscle n’est elle-même qu’une » contraction contre nature , involontaire et per- (4) Celse, Liv. IT, cap. 6.

» manente. Ainsi, dans un cas convulsif, st le sujet » a, par exemple, les avant-bras fléchis, les mus- » cles biceps seront dans un état de dureté qu'on » n’apercevra pas aux muscles antagonistes. Dans » le cas de mort réelle, les muscles qui servent » aux actions contraires sont dans le même état, » et il n’y a aucune marque à laquelle on puisse » juger qu’un d’eux est dans une action forcée.

» Ces distinctions supposent l’examen d’une » personne éclairée. Et peut-on avoir recours à » quelqu'un de trop intelligent dans un cas aussi » critique ? Mais comme on n’est pas toujours à » portée des connaisseurs, le repos et la sûreté » publique exigent que nous cherchions des règles » que tout le monde entende, et dont tout Île » monde soit capable de faire usage. Gelle que je » vais donner est aisée à retenir... Si la raideur » et l’inflexibilité des membres vient de la convul- » sion des muscles, on aura toutes les peines ima- » ginables, et souvent il sera impossible de forcer » un membre à faire un mouvement opposé à ce- » lui où il est fixé par l’action convulsive des mus- » cles ; et si l’on en vient à bout, le membre re- » tournera avec violence vers le lieu où il était. » On observera tout le contraire dans les cadavres. » Dès qu’on aura forcé l’articulation, le membre , est indifférent à tel ou tel mouvement, et il

» suit constamment les règles du mouvement des » COFPS INANIMÉS. »

me parait impossible de rien ajouter à ces pages, où la netteté de l’exposition , empreinte d’une certaine couleur locale, fait si bien ressortir ce qu’elles renferment de judicieux et de pratique.

Les recherches de Nysten sont venues ensuite ‘confirmer celles de Louis en les complétant, eten faisant mieux connaître le siége et les causes du phénomène en question.

D’après cet auteur, le siége de la rigidité des membres se trouve dans les muscles; car si on dissèque une articulation et qu’on enlève la peau, les aponévroses , les ligaments articulaires et les capsules synoviales, le membre conserve toute sa rigidité. Au contraire , si on coupe les muscles qui passent sur les articulations à l’aide de leurs tendons, et qu’on laisse intactes les parties ligamenteuses, la mobilité du membre devient complète.

Pour lui, la cause de la rigidité doit être rapportée à la contractilité musculaire qui survit à la mort du cœur et du cerveau, et qui agite les fibres des muscles en les resserrant, de manière à les consolider dans la position où ils ont été surpris par la mort. Il ne pense pas, mais c’est peut-être une erreur, que cette contractilité des muscles soit assez forte pour opérer le moindre déplacement

des parties auxquelles ils s’insèrent. Ce phénomène lui paraît devoir être considéré comme un sigue certain de la mort , et, dans la crainte d’une erreur à son égard, il en donne les caractères diffé rentiels. Adoptant les idées de Louis que nous avons reproduites , 1l les complète en ajoutant une observation fort curieuse et très importante qui caractérise le genre de raideur qu’on observe chez des individus morts de froid. Celle-ci se distmgue de la rigidité cadavérique ordinaire au bruit que les parties molles font entendre lorsqu'on essaie de fléchir les jointures. Il a comparé, avec raison, ce bruit au cri de l’étain qu’on ploie, et il est occasionné par la fracture de petits glaçons renfermés dans le tissu cellulaire.

Les idées de Nysten sur la cause de la rigidité cadavérique ont été assez généralement adoptées, et Sommer (1), auquel on doit un excellent travail sur la matière, les a très bien défendues. Elles ont été attaquées, sous certains rapports, par MM. Béclard, Orfila, Muller et Fouquet (2). Mais la critique nesaurait les atteindre; car elles sont, ainsi que nous le verrons plus loin , très bien justifiées par nos propres expériences,

(A) Diss, de signis mortem hominis absolutum indicantibus, Copenhague, 1833.

(2) Orfila, Méd, lég.-- Manuel de physiol,, par J. Muller, Paris, 1845, 0.11, p. 40,—Delarigiditécadar, Fouquet, Gaz, méd,, 4847,

La rigidité cadavérique commence ordinairement au cou et à la mâchoire inférieure, d’où elle gagne les extrémités supérieures, du haut en bas, puis les membres pelviens. Sur deux cents cas, Sommer n’en a rencontré qu’un seul où elle ne commençait pas au cou. Elle rend les muscles, tant fléchisseurs qu’extenseurs, plus fermes et plus denses , et détermine la rétraction de leur tissu. Sommer à vu, dans des cas où la bouche était ouverte au moment de la mort, la mâchoire inférieure se rapprocher de la supérieure sous l’influence de la raideur cadavérique. Il a observé aussi qu’une flexion plus considérable s’opère aux extrémités ; que, par exemple, le pouce s’applique contre la paume de la main, ou que même l’avantbras se fléchit un peu. Si l’on emploie la force pour vaincre la raideur déjà entièrement développée dans une partie, elle n’y reparaît plus; mais si l’on agit ainsi avant qu’elle soit parvenue à son plus haut degré, elle se reproduit. Le relâchement commence ordinairement à la tête, d’où il s'étend aux membres thoraciques, puis aux pelviens.

La raideur ne survient jamais plus tôt que dix minutes après la mort, ni plus tard que sept heures.

Elle dure, en général, d'autant plus longtemps qu’elle s’est établie plus tard.

Si la force musculaire n’est point affaiblie avant

la mort, comme chez les asphyxiés, la raideur se déclare plus tard et dure davantage. Après les maladies aiguës qui ont abattu les forces , elle se manifeste plus promptement, par exemple, quelquefois au bout de quinze ou vingt minutes, comme dans le typhus. La même observation peut être faite après les maladies chroniques épuisantes. Lorsque la mort a été causée soudainement par une maladie aiguë, elle dure plus longtemps et survient plus vite.

C’est un phénomène constant, et qui existe toujours, quel que soit le genre de mort des individus; le moment de son apparition , son Intensité et la durée sont seuls variables. Ainsi M. Orfila a observé qu’il apparaissait tardivement après l’asphyxie par le charbon : il en est peut-être de même dans l’empoisonnement par les narcotiques et les solanées vireuses.

Il se développe chez les hémiplégiques avec la même intensité dans les muscles paralysés que dans ceux qui ne le sont pas. J’ai cependant pu constater une chose, et Sommer avait avant moi vérifié l’exactitude de cette observation, qui a cependant besoin d’un léger correctif, c’est qu’il ne faut pasque la paralysie ait entrainé un changement considérable dans la nutrition des muscles ou leur

hydropisie, cas auquel Sommer l'a vue manquer une fois totalement dans le côté malade.

Ce fait est très remarquable et confirme certames observations que j'ai faites, et qui m'ont démontré que dans toutes les affections accompagnées @’anasarque, la raideur cadavérique est fugace, et très peu évidente. Il y a toujours des parties du corps où on la retrouve; mais quelquefois elle manque complétement dans les membres supérieurs quand ils sont infiltrés à un degré très considérable.

Chez les tétaniques , Nysten a remarqué que le spasme cesse au moment de la mort, et que le cadavre conserve pendant quelques heures sa flexibilité, avant de devenir raide; cependant Sommer a vu une fois le spasme tétanique des mâchoires remplacé immédiatement par la raideur cadavérique.

Elle survient, en général, avec plus de rapidité chez les nouveaux-nés et chez les vieillards ; mais elle n’est pas aussi forte et disparait plus tôt. Elle existe même chez le fœtus dans le sein de sa mère, ainsi que M. Ehrmann, professeur à Strasbourg , l’a observé dans une autopsie intéressante publiée par la Gazette médicale de cette ville.

Elle se manifeste bien avant le refroidissement complet du corps, |

Elle a lieu aussi bien dans l’eau que dans Pair, et un cadavre plongé dans de l’eau dont la température est de zéro à quinze devient plus raide et reste dans cet état plus longtemps que s’il s’était trouvé à l'air et à la même température,

Le cerveau et la moelle épinière , amsi que Nysten et Sommer l’ont démontré, n’ont aucune influence sur lapparition de la raideur cadavérique : elle s’est manifestée au mème degré, el sa durée a été la même après la destruction des parties centrales du système nerveux.

A ce propos, le traducteur de Muller rapporte une curieuse expérience de Valentin qui prouve

“que les fibres musculaires les plus simples, séparées de leurs nerfs, sont aussi le siége de celte ré traction cadavérique. On prend un bocal «, dont le fond contienne une petite couche d’eau

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e, et dans lequel on place un (FA support assez large pour recer au) voir une portion d'intestin d, à in qui vient d'être détaché du | corps d'un animal récemment

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mis à mort. L'un des bouts de cet intestin est clos par une ligature, et laure joint à un long tube de

verre, par lequel on verse de l’eau chaude jus-

qu'à ce que l’anse intestinale soit remplie, et que le liquide s’élève dans le tube à un niveau que lon marque. Ce tube passe à travers un double couvercle posé sur l’orifice du bocal, et l’on a soin de le tenir droit ; après quoi, on bouche complétement l’appareil au moyen d’une vessie mouillée. La couche € du liquide fait que l'intestin se trouve plongé au milieu d’une atmosphère de vapeur aqueuse, qui l’empêche de se dessécher, et qui s'oppose à l’évaporation de l’eau qu’il contient. Lorsque la raideur cadavérique s'établit, le liquide monte dans le tube e, et n’y baisse que quand la raideur cesse. Dans une expérience sur une portion d’intestin grêle de cheval, détachée entre un quart d’heure et une demi-heure après la mort de l'animal, et qui s’était fortement resserrée pendant la préparation, la colonne de liquide baissa jusqu’à la septième heure après la mort, et alors demeura fixe. Le lendemain, vingt-quatre heures environ après la mort, elle avait monté de sept millimetres et demi. Elle ne commença à redescendre qu’au bout de cinq à six heures, et cent vingt heures après la mort, elle était au-dessous du point auquel elle s’était arrêtée à Ja septième heure. Nysten, Sommer et Muller ont placé le siége de la raideur cadavérique dans les muscles, en raison de sa persistance après la section transver-

RIGIDITÉ CADAVÉRIQUE. 167 sale des capsules et des ligaments latéraux des arüculations, et à cause de sa disparition par la division des muscles. Pour Nysten, c’est un effet de leur contractilité vitale persistant après la mort, et pour Sommer c’est plutôt une contractilité physique, et non organique , des fibres musculaires, semblable à la contractilité physique des parties non musculeuses , telles que la peau, le tissu cellulaire, les membranes et les ligaments. MM. Orfila et Béclard rapportent, au contraire, la rigidité cadavérique à la coagulation du sang dans les capillaires, ce qui paraît d’abord d’autant plus vraisemblable que le moment de sa disparition coïncide avec celui de la dissolution des matériaux coagulés après la mort.

J’ai voulu m'assurer de la valeur de ces théories, en injectant, dans la moitié inférieure d’un animal récemment tué, une forte solution de bicarbonate de potasse, suffisante pour parcourir tous les vaisseaux capillaires , empècher la coagulation de la fibrine et revenir abondamment par les veines.

Il n’y a, me disais-je, que deux théories possibles pour expliquer le développement de la rigidité cadavérique, la contractilité musculaire ou la coagulation du sang dans les vaisseaux. Si, par une injection alcaline, capable d'empêcher la coagulation du sang de s’ac-

complir, on empêche la rigidité de paraitre, c’est que cette coagulation en est véritablement Ja cause; si, au contraire, elle apparait malgré l'injection, c’est qu'évidemment le sang coagulé n’est pour rien dans son développement. J’ai fait cette expérience sur la moitié inférieure d’un lapin récemment tué, laissant de côté la mortié supérieure intacte, pour servir de point de comparaison au jugement des phénomènes ultérieurs. La rigidité cadavérique s’est développée avec la même rapidité et avec la mème intensité dans ces deux moitiés d'animal ; en conséquence, la coagulation du sang ne me paraît pas devoir être considérée comme Ja cause de la rigidité cadavérique. Je me range plutôt à l’opinion de Nysten, et je considère la rigidité comme le résultat de la contractilité musculaire, qui persiste encore quelques heures après la mort.

B. De l'absence de la contraciilité musculaire sous l'influence des stimulants galvaniques,

L’incertitude des signes de la mort, tant de fois proclamée par de mauvais empiriques, à eu au moins l’avantage de soulever des débats contradictoires dans lesquels la science, toujours victorieuse, à pu faire de nouvelles conquêtes. Haller, ivobert VVhytt, Zinn, et d’autres phystologistes,

avaicni déjà fait connaître, par leurs travaux sur

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