‹ Traité signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 31 sur 71 · I. Mort apparente; mesures prématurées d’inhumation · texte numérisé non relu

I. Mort apparente; mesures prématurées d’inhumation

€ J'aivu, dit Lancisi (1), il y a environ vingt ans, un gentilhomme qui vit encore, à qui le sentiment et le mouvement sont revenus dans l’église pendant le service qu’on chantait à côté de son corps; ce qui fut moins un sujet d’admiration que de frayeur pour les assistants. »

IT, Mort apparente reconnue par le médecin.

« P. Zacchias, médecin à Rome, rapporte (2) qu’un jeune homme pestiféré tomba en syncope, et fut porté dans cet état parmi les morts; ceux qui se disposaient à lenterrer ayant découvert en lui quelques signes de vie, le reportèrent à l’hôpital. Deux jours après , étant de nouveau tombé en syncope, on le crut mort cette seconde fois. On le mit avec les cadavres pour être enterré. Il donna encore des marques de vie, les secours qu’on lui donna eurent tout le succès imaginable. Ce jeune homme est encore vivant. Il y en a bien d’autres qui pendant cette maladie contagieuse ont été mis dans la tombe sous de fausses apparences, nous en sommes cer- Lains. »

(4) De mort, subit., liv, 4, cap, 45,

(2) Quest, méd, lég,, t, IX,

III, Mort apparente; mesures prématurées d’inhumation.

« Plutarque rapporte qu’une personne étant tombée de haut sur le sol, mourut de sa chute sans qu'il y eût la moindre apparence de blessure. Comme on le portait en terre au bout de trois jours, il reprit tout à coup ses forces et revint à lui (1). »

IV. Mort apparente reconnue par le médecin; désappointement des héritiers.

« Asclépiade revenant de sa maison de campagne, rencontra un grand convoi. La curiosité lui fit demander le nom du défunt. Personne ne lui ayant répondu tant la consternation était grande, il s’approcha du corps, il le trouva entièrement frotté de parfums, sa bouche humectée d’un baume précieux, suivant l’usage des Grecs. Il le tâta de toutes parts, et trouva des signes cachés de vie, Aussitôt il s’écria que le défunt n’était pas mort. Les uns voulaient qu’on fit attention au discours du médecin; d’autres, au nombre desquels étaient surtout les parents, et notamment les héritiers , se moquaient du médecin et de la médecine, Asclépiade eut beaucoup de peine à obtenir une courte surséance. Il fallut arracher le corps des mains des porteurs, aussi avides de leur proie que l’enfer. On le reporta chez lui, où le secours des remèdes convenables le rappela sur-le-champ à la vie. Celse fait une courte mention de cette histoire dans le chapitre VI du livre IF de sa médecine (2). »

(4) Bruhier, Additions, t, I, p. 89, 90.

(2) Bruhier, Additions, 1. I, p. 91, 92.

Là

V. La même observation de mort apparente rapportée sous deux noms différents,

« Eusèbe, Théodoret et Calixte (1) rapportent d’après Platon, au dixième livre de sa Æépublique, l'histoire d’un Arménien qu’ils nomment Erus, qui fut tué dans une bataille. Quand on vint au boutde dix jours pour enterrer les victimes, leurs corpsfurent trouvéscorrompus, excepté le sien ; ce qui fit qu’on le reporta chez luipour lui rendre les derniers devoirs. Il revint à lui deux jours après, étant sur le bûcher. Ce trait d'histoire, rapporté dans Quenstedt , est tiré du traité de Kornmann, de Miraculis mortuorum. XI y a tout lieu de croire que c’est le même que rapporte Valère-Maxime, Liv. F, chap. VIIE, car il n’y a d'autre différence que celui du nom et dela patrie du prétendu mort, que ce dernier appelle Phéréus, et dit natif de Pamphilie; et ce qui me persuade encore plus que de part ou d’autre il y a erreur de nom, c'est que Valère-Maxime cite aussi Platon pour garant, et qu'il est bien difficile à se persuader qu'il se rencontre deux événements aussi parfaitement semblables. Cependant Kornmann, dans son traité de Miraculis mortuorum, rapporte ces deux traits d'histoire, attribuant à Platon celle de Phéréus de Pamphilie, et citant Noël Taillepied dans son traité de Apparitione spirituum pour garant de celui d'Érus, Arménien , sans dire que ce dernier lait aussi tiré de Platon. Quoi qu'il en soit, ces deux histoires font faire à Quenstedt cette judicieuse réflexion :« WManent interdum spiritus corporibus huma-

(4) De imm. anim., c. vi].

» nis inclusi, sed motus occulti sunt, devinctique sensus » adeo ut vivant ne annon , ejusmodi corpora non facile » intelligatur. » Il arrive quelquefois aux esprits de demeurer enfermés dans le corps des hommes , dans le temps que les sens sont tellement liés, qu’il n’est point aisé de savoir si ces corps sont encore vivants ou non (1).

VI, Observations de mort apparente rapportées par Pline.

Pline, au chapitre LIT du VII livre de son Histoire naturelle intitulé : De ceux qui sont revenus à la vie dans le temps qu'on leur rendait les derniers devoirs, dit qu’Acilius Aviola, homme de distinction, puisqu'il avait été consul, revint à lui étant sur le bûcher, mais que n'ayant pu être secouru à cause des progrès que la flamme avait faits, il fut brûlé vif. Le même accident arriva aussi à Lucius Lamia, qui avait été prêteur. Ges deux événements cruels sont aussi rapportés par Valère- Maxime.

Célius Tuberon fut plus heureux, au rapport du naturaliste que nous venons de citer. Il donna assez à temps des signes de vie pour n’avoir pas le funeste sort de ses concitoyens. Mais il n’y avait plus un momeat à perdre, ilétait déjà sur lebächer. Pline ajoute sur le témoignage de Varron , que, dans le temps qu’on faisait à Capoue une distribution de terres, un homme qu’on portait en terre revint à pied chez lui, et que pareille chose est arrivée à Aquin. Le dernier trait que l'historien rapporte est arrivé à Rome, et il devait être bien instruit, puisqu'il intéressait le nommé Cerfidius, mari de sa

(4) Bruhier, Additions, & I, p. 93, 94.

tante maternelle, qui revint à lui après qu’on fut convenu avec l'entrepreneur des funérailles, dont il se vengea en assistant en bonne santé à ses obsèques (1). »

VIT, Mort apparente, inhumation précipitée ; le patient est réduit

à se ronger les mains et à se casser la tête dans son tombeau.

Voici ce qu’on trouve dans le voyage d'Italie

de Maximilien Misson, tome Ie", Lettre V.

« Le nombre des personnes qui ont été enterrées comme mortes sans l’être, est grand en comparaison de celles qui ont été heureusement tirées de leurs tombeaux. Mais sans sortir de Cologne, je vous ferai souvenir de l’archevêque Geron, qui, au rapport d’Albert Krantzius, fut enterré non mort, et ne put être assez tôt secouru ; et vous savez sans doute que le même accident arriva dans la même ville au docteur Subtil Scot, qui se rongea les mains et se cassa la tête dans son tombeau. I est vrai qu’un certain Georges Herwart, qui avait beaucoup de vénération pour lui, trouvant quelque chose de trop sinistre et de trop désagréable dans cette histoire, l’a niée positivement à Bzovius, l’un des plus considérables qui l'ont avancée; pi Bzovius, ni Paul Jove, ni Latome, ni Majoli , ni Vitalis, ni Garzoni, ni les autres qui tiennent le même langage, ne peuvent point être suspects d’avoir voulu mentir, etil n’y a nulle raison de ne vouloir point entendre leur témoignage (2). »

(4) Bruhier, Additions, t, I, p. 95, 96.

(2) Bruhier, Additions, L I, p. 97, 98,

VIII, Mort apparente ; innumation ; la personne est sauvée par un voleur.

Misson ajoute tout de suite l’histoire suivante :

« Il va quelques années que la femme d’un orfèvre de Poitiers, nommé Mervache, ayant été enterrée avec quelques bagues d’or, selon qu'elle l'avait désiré en mourant, un pauvre homme du voisinage ayant appris la chose, déterra le corps la nuit suivante pour dérober les bagues. Ces bagues ne pouvant être ôtées qu'’avec effort, le voleur réveilla la femme en les voulant arracher. Elle parla, et se plaignit qu’on lui faisait du mal. L'homme effrayé s'enfuit, et la femme , revenue de son accès d’apoplexie , sortit de son cercueil heureusement ouvert, et s’en revint chez elle. En peu de jours elle fut tout à fait guérie. Elle a vécu plusieurs années depuis ce temps-là, et a encore eu plusieurs enfants qui vivent encore aujourd’hui, et qui exercent à Poitiers la profession de leur père (1).» IX. Mort apparente; inhumation ; la personne sauvée par un voleur.

« La femme d’un consul de Cologne, ayant été enterrée l’an 1571 avec une bague de prix, le fossoyeur ouvrit le tombeau la nuit suivante pour voler la bague. Je laisse à penser s’il fut bien étonné quand il se sentit serrer la main, et quand la bonne dame l’empoigna pour se tirer du cercueil. Il s’en dépêtra pourtant, et s'enfuit sans autre conversation. La ressuscitée se développa aussi du mieux qu’elle put, et s’en alla frap-

(4) Bruhier, Additions, t. I, p. 99, 100.

» per à la porte de sa maison. Elle appela un valet par » Son nom, et lui dit en trois mots le principal de son » aventure, afin qu’on ne la laissât pas languir ; mais le » valet la traita de fantôme, et courut pourtant tout » effrayé conter la chose à son maître. Le maître, aussi » incrédule que le valet, le traita de fou... Cependant » la défunte, qui n’était pas morte, grelottait dans son » drap en attendant qu’elle pât entrer. Il arriva pour- » tant enfin que la porte lui fut ouverte, on la réchauffa

» et on la traita si bien qu’elle recommencça à vivre » comme si de rien n’eût été, (Misson). »

X. Mort apparente; la personne sauvée par un voleur, — Une victime substituée à une autre,

« Voici une tragédie semblable, dont la scène est à Toulouse. Une dame ayant été enterrée dans l’église des Jacobins avec un diamant au doigt, un de ses domestiques se laissa enfermer dans l’église, et la nuit étant venue, descendit dans le caveau où l’on avait déposé le cercueil. L'ayant ouvert, et le gonflement du doigt empêchant la bague de couler, il se mit en devoir de le couper. La douleur ayant fait faire un cri à la prétendue morte, le domestique, saisi de frayeur, tomba sans connaissance. Cependant la dame continuait de se plaindre. Le temps de matines arrivant heureusement , les plaintes se firent entendre à quelques religieux, qui, guidés par le bruit, descendirent dans le caveau , où ils virent la dame sur son séant, et le domestique à demi mort. On courut éveiller le mari, qui fit reporter sa

‘4) Bruhier, Additions, t, I, p. 104, 402.

femme chez lui. Elle guérit de cette maladie ; mais le saisissement du domestique fut si violent, qu’on ne put le rappeler à la vie. Il mourut dans les vingt-quatre heures, et dédommagea la mort de la victime qu’il lui avait enlevée (1). »

XI. Mortapparente ; inhumation ; la personne sauvée par un voleur.

« Le révérend père Lecler raconte que la sœur de la première femme de son père ayant été enterrée dans le cimetière public d'Orléans, avec une bague au doigt, un domestique, attiré par l’appât du gain, découvrit le cercueil la nuit suivante, et ne pouvant parvenir à ôter la bague, il se disposa à couper le doigt. La douleur fit jeter un grand cri à cette femme, ce qui effraya et mit en fuite le voleur ; elle se débarrassa des linges qui l’enveloppaient , et revint à la maison. Elle n’est morte que dix ans après, ayant survécu à son mari, dont elle eut un enfant depuis cet accident (2). »

XII. Le même individu trois fois mort, trois fois enterré et trois fois ressuscité par la grâce de Dieu,

« François de Giville, gentilhomme normand, était capitaine d’une compagnie de cent hommes dans la ville de Rouen, lorsqu'elle fut assiégée par Charles IX , et avait alors vingt-six ans. Il fut blessé à mort à la fin d’un assaut, et étant tombé du rempart dans le fossé, quelques pionnicrs le mirent dans une fosse avec un autre corps, après l'avoir dépouillé de ses habits, et le couvrirent d’un peu de terre. I} y resta depuis onze heures du

(4) Bruhier, Additions, t. I, p. 441, 442,

(2) Thèse de Winslow, $ I.

matin jusqu’à six heures et demie du soir, que son valet l’alla déterrer. Ce fidèle domestique, en l’embrassant , sentit encore quelques signes de vie, et l’emporta dans sa Maison où il avait coutume de loger; il y fut cinq jours et cinq nuits sans parler, ni remuer, ni donner aucun signe de sentiment, mais aussi ardent de fièvre 3 qu'il avait été froid dans la fosse. La ville ayant été prise d'assaut, les valets d’un officier de l’armée victorieuse : qui devait loger dans la maison où était Civille, le jetèrent sur une paillasse dans une chambre de derrière, d’où les ennemis de son frère le jetèrent par la fenêtre. Il tomba heureusement sur un tas de fumier, où il demeura plus de trois fois vingt-quatre heures en chemise. Au bout de ce terme, un de ses parents , surpris de le trouver vivant , l’envoya à une lieue de Rouen , où il fut traité et pansé, et enfin parfaitement guéri.

» La mère de Civille étant morte enceinte pendant l'absence de son mari, fut enterrée sans qu’on songeât à sauver l’enfant par l'opération césarienne. Le lendemain de lenterrement le mari arrive et apprend avec surprise la mort de sa femme, et le peu d’attention qu'on avait eu pour son fruit. Il la fait exhumer, lui fait ouvrir le bas-ventre, d’où l’on tira encore vivant celui dont on vient de faire l’histoire. Je conviens que cette circonstance est étrangère à notre sujet comme elle l'était au plan de Goulart; je suis cependant persuadé que le lecteur ne me saura pas mauvais oré de ne Pavoir pas omise, ct qu’elle aurait été lue avec plaisir à la tête de l’histoire de la blessure de Civille (4). »

(4) Bruhier, Additions, t. I, p, 107, 408.

XII, Mort apparente reconnue par des personnes étrangères à la médecine.

« Un jeune homme de vingt-deux ans, du village de Menière, au canton de Fribourg, qui, lan 1566, fut attaqué d’une perte qui emporta presque toute sa famille. Lui-même, réputé mort le quatrième jour, fut enseveli. Huit jours après on vint prendre le corps pour l’enterrer. Comme on le voulait poser dans la bierre, on trouva qu’il n’était ni froid, ni roide; ce qui donna lieu d’examiner l’état du corps, auquel on trouva encore un peu de respiration. On le remit dans un lit bien chaud avec des tuiles chaudes aux pieds, on lui fit avaler quelques gouttes de malvoisie. Non seulement il revint à lui, mais il était à son labour un mois après, et il jouissait d’une bonne santé dans la soixante-quatrième année, étant père de septenfants (1). »

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