‹ Traité signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 59 sur 71 · PRIX FONDÉ PAR M. P. MANNI EN · texte numérisé non relu

PRIX FONDÉ PAR M. P. MANNI EN

Commissaires MM. Duméril, Andral, Magendie, Serres, ' Rayer, rapporteur.

« L'opinion, très ancienne, de l'incertitude des signes de la mort, fortifiée malheureusement par les erreurs déplorables que lignorance et la précipitation avaient fait commettre, prit, en France, il y a environ un siècle, un nouveau degré de force par la publication d’une dissertation de Winslow devenue célèbre : An mortis incerlæ signa minus incerta chirurgicis quam aliis experimentis? Paris, 1740. Une traduction française de cet opuscule, publiée par Bruhier d’Ablincourt, sous le titre de : issertation sur l'incertitude des signes de la mort, et des remarques du même auteur sur la nécessité d’un règlement général au sujet des enterrements et

des embaamements, émurent profondément l'opinion publique. Bruhier avait rassemblé cent vingt-deux observations dont le titre seul était bien fait pour jeter l’alarme ; savoir :

» Quinze cas d'individus enterrés vivants ;

» Quatre cas d'individus ouverts avant leur mort :

» Gent trois cas de personnes réputées mortes sans l'être, et dont le plus grand nombre étaient revenues à la vie avant qu’on procédât à l’inhumation.

» Bruhicr avait eu le tort grave de se montrer peu sévère dans le choix et dans l'appréciation des faits dont se composait celle longue et triste énumération. Louis, secrétaire de l’Académie royale de chirurgie, pensa qu’il fallait rassurer l'opinion publique, trop vivement émue, Il démontra, avec beaucoup de sagacité, qu’un grand nombre d'observations d’enterrements prématurés, citées par Brubier, avaient été prises à des sources peu certaines, et que la plupart des méprises réelles et déplorables qu’il avait signalées devaient être attribuées à l'ignorance de ceux qui les avaient commises.

» Les lettres de Louis, sur la certitude des signes de la mort, alteigairent complétement le but qu'il s'était proposé, On peut lui reprocher d’avoir considéré quelques phénomènes, tels que l’insensibilité du globe de l'œil au toucher, et la formation d’une toile glaireuse à Ja surface de cet organe, comme des signes certains de la mort ; mais il a le mérite d’avoir prouvé, par des observations faites sur plrs de cinq cents sujets morts de diverses maladies , quo la rigidité cadavérique est un signe certain de la mort.

» Nysten confirma plus tard cette vérité par de nombreuses expériences.

» Inspiré par les belles expériences de Haller sur l’irritabilité , il démontra , en outre, que l'absence de contractilité musculaire, sous l'influence d’agents galvaniques ou de stimulants directs, était un nouveau signe certain de la mort; signe qu’on ne pouvait constater avant la putréfaction générale du corps. Les expériences de Nysten furent faites (en 1811) à l'hôpital de la Charité, sur environ quarante sujets morts des maladiès les plus fréquentes.

» Depuis lors on paraissait généralement convaincu , au moins en France, que la mort pouvait facilement être reconnue et constatée par les médecins avant la putréfaction du corps. Toutefois un petit nombre d’entre eux persista à soutenir que la putréfaction était seule un signe certain de Ja mort. A l’appui de cette opinion , on invoqua le témoignage de médecins étrangers dont le nom avait de la célébrité. L’incertitude du public fut bientôt augmentée par la fondation, dans plusieurs villes d'Allemagne , de maisons mortuaires destinées à recevoir les corps de personnes dont linhumation ne devait avoir lieu qu’après un commencement de putréfaction,

» Tel était l’état de la question et de l’opinion lorsque, dans la séance du 13 février 1837, on lut à l’Académie des Sciences une Lettre de M. P. Manni, professeur de l’Université de Rome, dans laquelle il proposait de faire les fonds d’un prix spécial de 1,500 fr. à décerner au meilleur mémoire sur la question des morts appa= rentes, et sur les moyens de remédier aux accidents

funestes qui en sont trop souvent la conséquence. A près avoir consulté la Section de Médecine et de Chirurgie , l’Académie prit en considération l'offre de M. Manni. Une ordonnance royale, en date du 5 août de Ja même année, autorisa l’acceptation des fonds et leur application au prix proposé.

» En conséquence, l’Académie proposa, en 1837, pour sujet d’un prix qui devait être décerné, dans la séance publique de 1839, les questions suivantes :

» Quels sont les caractères distinctifs des morts apvarentes ?

» Quels sont les moyens de prévenir Les enterrements prématurés ?

» L'Académie recut sept Mémoires manuscrits. Plusieurs d’entre eux parurent renfermer des vues utiles , mais que l'expérience n'avait pas encore justifiées. Le prix sur les morts apparentes fut remis à l’année 1842.

» L'Académie avait l'espérance qu'après ce nouveau délai les auteurs pourraient donner à leur travail le degré de perfection que réclamait un sujet aussi important.

» En 1842, l'Académie reçut de nouveau sept Mémoires. La commission , trompée dans son attente, décida, à regret, que cette année encore il n’y avait pas licu à décerner le prix.

» En remettant ce sujet au concours pour l’année 18h46, et pour la troisième fois, la Commission crut devoir déclarer que les relations d’enterrements prématurés témoignaient bien plus souvent de l'ignorance ou de la légèreté des auteurs de ces malheurs que de l’incertitude de la science. Elle demanda aux concurrents

un exposé complet des connaissances actuelles sur la question proposée, ajoutant qu'elle désirait surtout de nouvelles observations propres à rendre plus prompt et plus sûr le diagnostic du petit nombre de cas qui peuvent laisser de l'incertitude dans l'esprit du médecin sur l’état de vie ou de mort.

» Six Mémoires ont été adressés à la Commission pour ce nouveau concours. L'Académie a renvoyé, en outre, à la Commission du prix Manni, plusieurs ouvrages imprimés et quelques autres documents relatifs à la question proposée.

» Un seul Mémoire à paru, à la Commission , digne de récompense.

» La première question posée par l'Académie était la suivante :

» Quels sont les caractères des morts apparentes ?

» Avant d'aborder cette première question, l’auteur du Mémoire fait remarquer que l’histoire des morts apparentes montre, plus que toute autre peut-être, combien il importe de n’accepter aucune observation sans une critique sévère, sans une discussion approfondie qui prouve la réalité et le degré d'importance du fait énoncé.

» En présence d'observations nombreuses d’enterrements prématurés, cités comme une preuve de l'incertitude de la science , à l'égard des signes de la mort, l'auteur du Mémoire , M. le docteur Bouchut, a senti que tous ces faits devaient être soigneusement étudiés ; que tout, jusqu’à la valeur des témoignages, devait être

discuté. L'auteur a rempli cette tâche avec un talent de

362 RAPPORT critique dont le célèbre Louis avait donné un modèle qu'il était difficile de surpasser.

» M. Bouchat classe les observations d’enterrements prématurés dans trois catégories :

» La première de ces catégories renferme les relations des méprises commises par des médecins. Une de ces erreurs déplorables a été attribuée à Vésale. Suivant les uns, ce célèbrè anatomiste aurait porté le scalpel sur le corps d’un gentilhomme espagnol encore vivant ; suivant d’autres, une femme aurait été la victime de cette erreur homicide. Deux versions aussi différentes rendent déjà le fait douteux. M. Bouchut remarque, en outre, qu'aucun écrivain espagnol, contemporain de Vésale, ne fait mention de l'erreur qu’on lui attribue. Le docteur Fernandez Morejon , auteur d’une ZZistoire bibliographique de la médecine espagnole, et le professeur Burggraeve, de Bruxelles, qui s’est livré à de savantes recherches sur la vie de Vésale, ont également soutenu que cette prétendue erreur de Vésale était une fable inventée par la calomnie, fable malheureusement accréditée depuis longtemps, et propagée par Albinus et par Boerhaave , dans une préface placée en tête des ouvrages du célèbre anatomiste belge.

» La seconde méprise a été réellement commise par Peu, célèbre accoucheur. Une femme était au terme de la grossesse et dans un état complet de mort apparente, Appelé pour pratiquer l'opération césarienne, Peu rapporte que les assistants, persuadés que la femme était morte, le pressèrent d'opérer. Je le crus aussi, dit-il, car je n'avais trouvé aucun battement dans Ja région du

cœur, et un Miroir, mis sur le visage, ne donna aucun signe de respiration. Portant alors l'instrument sur cette femme ; elle fit un tressaillement accompagné de grincement de dents et de remuement des lèvres dont j’eus une si grande frayeur, que je pris la résolution de n'’opérer désormais qu’à coup sûr.

» Peu reconnaît donc évidemment qu'il s'était déterminé trop vite à pratiquer l'opération césarienne, et la faute qu’il a commise ne peut être attribuée à l’art.

» Enfin, on à dit que labbé Prévost, frappé d’un coup de sang, dans la forêt de Chantilly, avait été considéré comme mort, et qu’un chirurgien de village lui ayant ouvert ie ventre, sur l’ordre de l'officier public, dans le but de rechercher la cause de la mort, le célèbre auteur de Manon Lescaut avait poussé un cri, et était mort ensuite au bout de quelques minutes.

» Cette anecdote avait été acceptée comme vraie par plusieurs médecins légistes, et par les auteurs de la Biographie universelle. M. Bouchut, après de nombreuses recherches, s’est assuré qu’il n’existait aucune preuve que cette horrible méprise eût été commise. D'ailleurs, dans l'hypothèse contraire, la honte tout entière en retomberait sur le chirurgien ; car on sait depuis longtemps que, dans le coup de sang, la circulation continue et que la persistance du pouls est un phénomène facile à constlaler.

» L'auteur du Mémoire conclut de ces remarques rétrospectives, que trois erreurs les plus graves, reprochées aux médecins dans les cas de mort apparente, deux probablement n’ont point été commises, et qu’au-

364 RAPPORT cune, dans tous les cas, ne peut être sûrement attribuée à l’incertitude de la science.

» La deuxième catégorie de faits relatifs aux morts apparentes prises pour des cas de mort réelle, et suivies de mesures prématurées d'inbumation, comprend un certain nombre de faits que l’on peut considérer comme des méprises malhcureusemeut trop certaines. Les auteurs de ces méprises étaient des parents, des serviteurs, des garde-malades, ou d’autres personnes qui n'avaient pas les connaissances nécessaires pour distinguer la vie de la mort. Plusieurs individus, qu'elles avaient jugés morts, et qu'on se préparait à ensevelir, ont élé sauvés par des médecins qui, après s'être opposés à l'inhumation, ont réussi à ramener la vie prête à s'éteindre.

» Enfin, une troisième catégorie renferme un assez grand nombre d'histoires ou d'anecdotes dont les détails sont tout à fait invraisemblables, et qui n'en ont pas moins été admises, comme vraies, par presque tous les auteurs qui ont écrit sur les morts apparentes et sur l'incertitude des signes de la mort. Or, dans l'impossibilité où 1l se trouvait de contrôler par une enquête sévère les faits anciennement publiés, l'auteur du Mémoire à examiné et discuté ceux des faits qui ont été le plus récemment signalés à l'attention publique, et il à démontré, à l'aide de documents positifs, recueillis sur les lieux ou transmis par les autorités locales, l'inexactitude ou la fausseté de ces relations.

» En résumé, à la suite d'un examen trop rapide ou superficiel, des personnes étrangères à la médecine et des médecins même ont quelquefois considéré comme

A L'ACADEMIE DES SCIENCES. 365 mortes, des personnes encore vivantes. Toutefois, ces déplorables méprises ont été commises par des personnes étrangères aux études physiologiques et médicales, et le nombre et la gravité de ces erreurs ont été exagérés.

» L'auteur aborde ensuite la première question posée par PAcadémie :

« Quels sont les caractères des morts apparentes ?

» Les observations et les expériences de M. Bouchut l'ont conduit à ce résultat, savoir : que toutes les morts apparentes et, eu particulier, celles qni sont dues à Pasphyxie et'à la syncope, présentent , quelle que soit la diversité de leurs symptômes , un caractère commun, la persistance des battements du cœur, caractère qui les distingue de la mort réelle.

» Ce fait capital, dans l’histoire des morts apparentes, a fixé d’une manière toute particulière Pattention de vos commissaires. Non seulement ils ont répété les observations de M. Bouchut sur la persistance des battements du cœur dans les cas de mort apparente; mais encore ils ont fait de nouvelles expériences pour mettre dans tout son jour la valeur de ce caractère.

» Depuis Frédéric Hoffmann , on avait généralement attribué la syncope à la suspension complète des fonctions du cœur. Bichat et ses élèves avaient professé , en France , cette opinion qui a été reproduite par les auteurs les plus récents de médecine légale. Or, M. Bouchut a constaté que dans la syncope la plus complète, avec perte de sentiment et de mouvement, et avec refroidissement du corps, 1! n’y avait pas réellement suspension complète des contractions du cœur, mais bien

seulement diminution de la fréquence et de la force de ces contractions. DT

» À l'appui de cette opinion, M. Bouchut à cité l'observation d'un homme qui, par suite d'une blessure de l'artère radiale , eut une hémorrhagie tellement considérable, qu'il éprouva, dans un court espace de temps, plusieurs syncopes effrayantes. Le blessé , insensible aux excitants, était complétement privé de connaissance ; son corps, blanc comme le marbre, était refroidi ; le pouls radial manquait; les battements du cœur étaient imperceptibles à la main; mais, à l'auscultation, ils se faisaient entendre nettement , à de longs intervalles.

» Dans d’autres cas analogues , caractérisés par la pàleur générale, le refroidissement du corps, la perte de l'intelligence, de la sensibilité et du mouvement, cas dans lesquels les mouvements respiratoires étaient imperceptibles ou très éloignés, l'auteur a également constaté que les battements du cœur, plus ou moins affablis, se réduisaient à vivgt et même à quinze par minute. Mais, dans tous ces cas de syncope par hémorrhagie portée au plus haut degré, ces battements pouvaient être facilement perçus à l’auscultation, et promettaient de distinguer ainsi la mort apparente de la mort réelle.

» Ce n'est pas seulement dans les syncopes consécutives aux grandes hémorrhagies que M. Bouchut a constaté la persistance des battements du cœur, il cite le cas d'une jeune fille hystérique, tombée tout à coup sans mouvement et sans voix, dont les membres étaient dans la résolution la plus absolue, dont la peau et les sens élaient complétement insensibles, et chez laquelle

A L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 367 la persistance des battements du cœur démontra que la vie n’était point éteinte.

» Deux de vos commissaires (MM. Magendie et Rayer) avaient aussi plusieurs fois constaté la persistance des battements du cœur et leur ralentissement considérable dans des cas de syncopes fort graves, et qui offraient tous les caractères de ces états effrayants que l’on a désignés sous le nom de mort apparente, M. 3. Copland et M. Piorry avaient aussi exprimé l'opinion que les battements du cœur persistaient dans le plus grand nombre des syncopes, sinon dans toutes ; mais Vos Commissaires reconnaissent que nul ne s'était attaché, avec autant de soin que M. Bouchut, à démontrer Pimporlance de ce caractère, etne l'avait étayé d’un aussi grand nombre de preuves.

» Toutefois, comme on observe assez rarement la syncope chez l'homme, et comme tous les cas de syncope ne sont pas portés au même degré d'intensité, et qu'il en est qui, par leur trop courte durée, ne peuvent être cités comme des exemples de mort apparente, deux de vos commissaires (NM. Magendie et Rayer) ont pensé qu’ils devaient soumettre la valeur de ce signe (la persistance des contractions et des bruits du cœur) à de nombreuses expériences sur des animaux voisins de l'homme par leur organisation.

» Dans ces expériences, vos commissaires ont produit la syncope à tous les degrés, et l'ont portée souvent au degré le plus voisin de la mort, et quelquefois jusqu’à la mort même. Sans entrer aujourd’hui dans de longs . détails à ce sujet, nous nous boruerons à indiquer le

365 àAPPORT

procédé employé et les faits observés, Après avoir ajusté une seringue à la carotide d’un animal, on lui a soustrait une certaine quantité de sang artériel. Cette soustraction a été répétée plusieurs fois, jusqu’à ce que l’animal ait été jeté dans un état de mort apparente, quelquefois tellement prononcé, que la seringue ôtée de l'artère carotide, ce vaisseau non seulement ne donnait plus de battements, mais encore son ouverture , laissée béante, ne fournissait que peu ou point de sang. Dans cet état l'animal, tout à fait insensible, rendait l'urine et les excréments comme les animaux au moment de la mort; les gencives et la face interne des lèvres étaient pâles et froides ; les membres contractés ; la cornée et la surface du globe de l'œil étaient insensibles au toucher, et la respiration était peu ou point apparente. Or, dans cet état de syncope, les battements du cœur pouvaient être facilement perçus à l’auscultation, seulement il n’était pas toujours facile de distinguer les deux temps, et le fic-tac était quelquefois représenté par un simple tac, mais net et très distinct.

» Une grande soustraction de sang veineux à donné les mêmes résultats. Pour déterminer les symptômes de la mort apparente, chez les animaux, par une soustraction de sang veineux, il ne suffit pas d'ouvrir les plus grosses veines, il faut introduire un tube dans la cavité du cœur droit, et aspirer le sang avec une seringue, en ayant soin de ne pas laisser pénétrer d'air dans les cavités du cœur. Un de ces animaux, après laspiration du sang veineux, fut jeté dans un état de syncope si profond, que la cornée était insensible au toucher; que la pupille,

A L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 369 d’abord contractée comme dans F’agonie ordinaire, s'était élargie comme au moment de Ja mort, Chez cet animal, complétement insensible et complétement immobile, quoique débarrassé de ses liens et excité par de nombreuses piqûres, on put entendre pendant quelque temps encore de rares battements du cœur. Deux minutes après Îe dernier battement, perçu à lauscultation, la poitrine avant été ouverte, le mouvement vermiculaire des oreillettes, tel qu’on l’observe sur le cœur même extrait du corps d’un animal, était à peine sensible.

» Dans quelques unes de nos expériences de mort apparente, déterminée par la soustraction du sang des cavités du cœur droit, une certaine quantité d’air s'étant introduite dans ses cavités, les battements de cet organe étaient non seulement très distincts, mais encore ils étaient accompagnés d’un véritable gargouillement, et l'animal ne tardait pas à succomber.

» En résumé, nos observations sur l’homme et nos expériences sur les animaux, expériences dans lesquelles la syncope à été portée au degré le plus grave qu’on puisse imaginer, ont pleinement confirmé le fait sur lequel l’auteur du mémoire a tant insisté, à savoir, la persistance des battements du cœur dans la syncope, et Ja perception de ces battements à l’auscultation.

» Nous nous bornerons à de courtes remarques relativement à certaines syncopes, indépendantes d’hémorrbagies, et qu’on dit avoir observées chez des personnes qui avaient Île singulier privilége d'arrêter à volonté les mouvements de leur cœur. On à souvent cité (spécialement dans les ouvrages relatifs à Ja jurisprudence médi-

cale) le fait suivant: Le colonel Towushand, malade depuis fort longtemps, fait appeler les docteurs Cheyne et Baynard, ainsi que Shrine, son pharmacien, pour être témoins de l’expérience la plus singulière, celle de mourir et de renaître en leur présence. Ils viennent : le colonel se couche sur le dos ; Cheyne palpe l'artère radiale, Baynard applique la main sur la région du cœur, et Shrine présente un miroir à la bouche. Un moment s’est écoulé, et déjà il n’y a plus de respiration, de battements d’artères, ni de battements du cœur. La glace n’est plus ternie : une demi-heure se passe, et les spectateurs sont sur le point de se retirer, persuadés que le malade est victime de son expérience, lorsqu'ils aperçoivent un léger mouvement respiratoire ; les battements de l'artère radiale reviennent par degrés, et le malade à repris connaissance. Le colonel appelle ensuite son notaire, fait faire un codicille à son testament, et meurt très paisiblement huit heures après. 5

» M. Bouchut fait remarquer, avecraison, tout ce qu'a d’invraisemblable une pareille relation. Mais, en supposant même qu’elle fût vraie, elle ne prouverait pas que, dans la première partie de l'expérience, les mouvements du cœur avaient été réellement suspendus, car l’auscultation a démontré, dans ces derniers temps, la persistance des battements du cœur dans une foule de cas où le pouls radial manquait complétement, et dans lesquels les battements cardiaques n'étaient pas perceptibles à la main. Tous les médecins savent que ce fait se produisait très souvent dans le choléra asiatique, observé à Paris en 1832,

» Les autres exemples de suspension volontaire et com-

À L'ACADÉMIE DES SCIENCES. er plète de la circulation et de la respiration, cités par Haller, ne sont pas plus concluants, et n’ont pas plus de valeur.

» Nous terminerons ces observations sur l’état du cœur dans la syncope, avec mort apparente, par une remarque qui montrera toute l'importance de l’auscultation de la région précordiale. On a souvent cité l'observation suivante : Une femme enceinte était regardée comme morte depuis deux heures. Rigaudeaux lexamine, et ne peut parvenir à sentir les pulsations du cœur, ni celles des artères. La bouche est écumeuse, le ventre très enflé, l’orifice de l’utérus très dilaté, la poche des eaux formée. Rigaudeaux se décide à retourner l’enfant et l'amène par les pieds, on le croit mort ; des soins attentifs le raniment au bout de trois heures. Examinée une seconde fois par Rigaudeaux, sept heures après le moment où on l'avait crue morte, la mère ne donne aucun signe de vie; mais, comme les membres ne présentent point de roideur, il défend de l’ensevelir, et deux heures et demie après, on vient lui apprendre que cette femme est rappelée à la vie, Aujourd'hui, en un cas semblable, le médecin et les assistants ne seraient pas aussi longtemps dans une douloureuse angoisse ; il suffirait d’ausculter attentivement le cœur de l'enfant et le cœur de la mère pour acquérir la preuve de la persistance de la vie. Et lorsqu'un chirurgien sera appelé dans un cas plus grave encore que le précédent, c’est-à-dire auprès d’une femme enccinte, expirante, ce sera eucore lauscultation du cœur qui per- .mettra de constater la persistance ou la cessation de ses battements, el qui dira si le moment est venu de se hâter

312 RAPPORT d'extraire l'enfant vivant du sein de Ja mère, dont la mort est consommée.

» Dans l’asphyxie par strangulation, avec mort apparente , c’est également à l’auscultation du cœur qu'il faut demander la prenve de la persistance de la vie. Ge fait résulte non seulement des observations cliniques , mais encore d'expériences faites sur les animaux. NE. Bouchut en a fait périr plusieurs par strangulation. Dans cette expérience, les battements du cœur s’éloignent de plus en plus : de 350, chez le lapin , ils tombent à 40 par minutc ; une convulsion se déclare, et lorsque l’immobilité et l'insensibilité de l'animal, et l'absence de mouvements respiratoires, semblent indiquer que la mort est accomplie, les mouvements du cœur sont encore un moment perceptibles à l’auscultation. Mais après une minute de silence ou d'absence complète de ces battements, l'insufflation de l'air dans les poumons est sans résultat; l'animal est mort.

» Pour observer toutes les modifications que les battements du cœur éprouvent à tous les degrés de l’asphyxie, depuis son début jusqu’au moment où, après avoir présenté un état de mort apparente, l’animal est frappé de mort réelle, deux de vos Commissaires (MM. Magendie et Rayer) ont répété un grand nombre de fois l'expérience suivante : ils ont adapté à la trachée-artère d’un animal un tube muni d’un robinet qui permettait de tenir ce tube entr’ouvert, de le fermer et de l’ouvrir à volonté. Ils ont constaté, comme M. Bouchut, que dans la mort apparente résultant de l’asphyxie par privation d’air , il y avait ralentissement des battements du cœur,

A L'ACADEMIE DES SCIENCES. 373 Ils ont ainsi pu abaisser, chez le lapin, les battements du cœur de 300 ou de 200 qu'ils sont par miaute (suivant l’âge et le degré d’agitation de l’animal) jusqu’à 20 ; dans cet état de ralentissement des battements du cœur, la mort réelle succédait à la mort apparente dans un espace de temps qui n’a jamais dépassé deux minutes.

» On sait que des enfants, après leur expulsion du sein de la mère, sont restés quelquefois sans mouvement, Sans Voix , sans respiration, sans rien témoigner qui indiquât extérieurement la persistance de la vie. Or, dans cet état de mort apparente , connue sous le nom d’asphyxie des nouveaux-nés, c’est encore dans l'exploration du cœur par l’auscultation que Ie médecin trouvera le signe qui distingue cet état de la mort réelle, la persistance des battements du cœur.

» Dans le tableau qu’ils ont fait de la mort apparente occasionnée par un froid rigoureux , et surtout par le froid qui a surpris l’homme pendant le sommeil , plusieurs auteurs ont mentionné le ralentissement et même l'absence du pouls ; mais l'étude des battements du cœur à l’aide de l’auscultation n’avait point été faite dans ces circonstances. M. Bouchut cite le cas d’un homme recueilli sur la voie publique, dans lhiver de 1843, et qu fut apporté dans un état de mort apparente à lhôpital Necker. La peau des membres était froide, couverte de vergetures livides. Il n’y avait aucun signe de conservation de l'intelligence et de la sensibilité ; les membres étaient dans la résolution la plus complète, la respiration à peine appréciable ; mais, à l’aide de l’auscultation,

on constala 32 battements du cœur par minute. | #

» En soumettant des animaux à l'influence de mélanges réfrigérants, M. Bonchut a vu que le ralentissement des battements du cœur pouvait être beaucoup plus considérable. Voici le procès-verbal d’une de ces expériences :

« À midi vingt minutes, un lapin fut placé dans un » récipient déjà occupé par un mélange de glace et de » sel. L'animal avait de 25 à 30 pulsations du cœur en » cinq secondes, ou 300 à 350 pulsations artérielles par » minute. Bientôt il parut s’assoupir : à une heure, em- » barras de la respiration, 140 pulsations; à une heure » cinq minutes, 100 pulsations ; à une heure dix minutes,

» 40 pulsations , convulsions générales du tronc et des » pattes pendant trois minutes ; à une heure un quart, » toutes les quatre ou cinq secondes , on entend encore » le cœur. A une heure vingt, les battements du cœur » avaient cessé ; l’insufflation pulmonaire par la trachée » ne put ramener l'animal à la vie. »

» Vos Commissions ont aussi produit, sur des lapins, un état de mort apparente, en les soumettant à l’influence de mélanges réfrigérants plus ou moins actifs, et ils ont constaté le ralentissement progressif de la circulation. Dans plusieurs cas où le tronc et les membres étaient véritablement gelés et solidifiés par le froid , ils ont vu les battements du cœur réduits à quatre par minute, En outre, ils ont fait une observation bien propre à démontrer l'importance de lauscultation pour constater les battements du cœur aux dernières limites de la vie, Chez des animaux congelés, et dont la cornée était insensible et affaissce, la région précordiale avait été inise à nu; une aiguille de platine, enfoncée dans le cœur,

A L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 375 indiquait, par ses oscillations, les battements de cet organe qui étaient descendus à 10 et même à 8 par minute. Or, un de nous, à l’aide du stéthoscope appliqué sur la poitrine de l'animal, a pu indiquer le nombre des battements du cœur avec une exactitude que les oscillations de l’aiguille démontraient aux assistants.

» MM. Weber ont démontré que l’on peut suspendre les mouvements du cœur pendant plus de deux minutes, en appliquant inimédiatement sur cet organe les extrémités des deux fils d’un appareil électro-magnétique, et que le cœur pouvait reprendre ensuite ses mouvements réguliers. Ils ont démontré également que lorsque, sur une grenouille, on applique à la moelle allongée ou aux bouts des nerfs vagues, coupés à leur origine, les fils métalliques d’un appareil électro-magnétique , on peut suspendre les mouvements du cœur qui se remplit de sang. Deux de vos Commissaires (MM. Magendie et Rayer) ont répété ces mêmes expériences : ils ont constaté, en outre, que si l’on enfonce à travers la poitrine deux aiguilles dans le cœur d’animaux plus voisins de l’homme par leur organisation, dans le cœur d’un lapin, d’un cabiais ou d’un chien, etc., et qu’on mette ces aiguilles en contact avec les deux fils métalliques d’une pile, on peut également suspendre, mais pendant quelques secondes seulement , les mouvements du cœur. Vos Commissaires ont cru devoir rappeler ces expériences anx médecins qui seraient chargés d’examiper l’état du cœur dans les cas, heureusement trèsrares, de mort apparente déterminée par la foudre, et dans lesquels la suspension des mouvements du cœur

pourrait être plus considérable que dans les cas ordinaires, sans cependant pouvoir être confondue avec leur cessation définitive.

» On sait que certains poisons ont une action si énergique et si prompte, que la mort apparente arrive tout à coup pour faire place, en quelques instants, à la mort réelle, L'auteur du Mémoire n'ayant point fait d’expériences à cet égard, vos Commissaires ont cru nécessaire, dans l'intérêt de la question, de s'assurer par euxmêmes de l'état du cœur dans ces nouvelles conditions. Or les résultats obtenus dans toutes ces expériences confirment pleinement la loi de persistance des battements du cœur, lorsque Ja mort n’est qu'apparente (1).

» Ils se bornerout à citer quelques unes de leurs expériences. Un lapin fut soumis à l’action d’un poison redoutable. Un grain de curare fut mis sous la peau, au pli de l’aîne ; six minutes après , l'animal était dans un état de mort apparente: les battements du cœur étaient tombés de 220 à 72 par minute; bientôt ils devinrent de plus en plus éloignés, puis ils ne se firent plus entendre. Deux minutes après leur cessation , l’animal fut ouvert : les ventricules du cœur étaient immobiles ; les oreillettes seules offraient encore quelques contractions vermiculaires.

(1) J'ai été très heureux de profiter des expériences de MM. les commissaires de l’Académie, puisqu'elles confirment la loi de la persistance des battements du cœur dans les cas de mort apparente, et je me suis fait un devoir de les reproduire. On les trouvera dans la première partie de ce travail à la place qu’elles auraient dû occuper primilivement , à côté des autres expériences qui m'ont été inspirées par le même sujet.

A L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 341 » Vos Commissaires ont aussi voulu s'assurer si, à l'aide de l'alcool ou de préparations de digitale, ils ne pourraient pas produire un état de mort apparente, sans persistance des battements du cœur ou sans contractions des ventricules perceptibles à l’auscultation. Un décigramme de digitaline dissous dans de Palcool a été introduit dans le tissu cellulaire sous-cutané du dos d’un chien de moyenne taille. Au bout de quinze minutes, aucun effet ne s'étant encore manifesté, on a injecté lentement, dans la veine jugulaire, un autre décigramme de digitaline dissoute dans 6 grammes environ d'alcool. Avant la fin de l'injection, les battements du cœur , que l’un de nous écoutait attentivement à l'aide du stéthoscope , s’arrêtèrent tout à coup ; ils n'étaient plus perçus par l’auscultation , ni indiqués par une aiguille préalablement enfoncée dans le cœur à travers les parois de la poitrine. Après une demi-minute de suspension des battements, un battement se fit entendre ; puis leur nombre, perçu à l’auscultation, s’éleva à 8 par minute, puis à 12 (nombre toujours conforme à celui des oscillations de l'aiguille). Bientôt l'animal éprouva des vomissements , des convulsions , et les battements du cœur cessèrent pour ne plus se reproduire; lanimal était mort;le cœur était énormément distendu et rempli de sang noir ; le tissu du cœur, même celui des oreillettes, ne se contractait pas lorsqu'on l’excitait avec la pointe d’une aiguille, , » Dans une autre expérience, Pinjection de la digi- {aline dissoute dans l'alcool arrêta subitement les battements du cœur; pendant trois minutes, laiguille

enfoncée dans le cœur n'indiqua aucune contraction ; l'oreille ne distingua aucun battement, lanimal était mort. R

» Six grammes d'alcool injectés dans le cœur d’un lapin, par la veine jugulaire , arrêtèrent presque tout à coup les mouvements du cœur : l'oreille et l’aiguille ne nous dénotèrent aucune contraction de cet organe pendant deux minutes, l'animal était mort; la poitrine ouverte, on irrita le cœur avec la pointe d’un scalpel sans provoquer de contractions; les cavités du cœur étaient distendues par du sang noir.

» D’autres expériences faites avec les mêmes substances ont donné le même résultat; savoir, la mort par suite de la cessation plus ou moins brusque des mouvements du cœur, mort indiquée par la cessation des bruits cardiaques.

» On a cité anciennement, comme des exemples de mort apparente, un certain nombre d’affections cérébrales avec perte de sentiment et du mouvement. M. Bouchut a pensé, avec raison, que l’Académie ne demandait point une description de toutes ces maladies, pi des états comateux ou léthargiques que plusieurs d’entre elles peuvent présenter. Il s’est borné à faire ressortir les caractères qui distinguent ces états morbides de la mort réelle. Dans tous ces cas , comme dans l'état soporeux produit par les poisons narcotiques,comme dans la sidération déterminée par l'acide prussique, comme dans l’insensibilité produite par lPéther ou le chloroforme , on reconnaît la vie à la persistance des battements du cœur perçus par lauscultation.

» M. Bouchut rappelle que les observations faites sur le sommeil des animaux bibernants offrent un véritable intérêt au point de vue de la mort apparente. Dans Pétat de veille, les marmottes ont CO pulsations cardiaques ; dans l’état de sommeil et d’engourdissement, le nombre en est réduit à huit ou dix par minute. Ici encore la persistance des battements du cœur témoigne, comme toujours, de la persistance de la vie.

» En résumé, l’apoplexie, le coma épileptique ou hystérique, les empoisonnements par les narcotiques, par les poisons diffusibles, par l'alcool, l’éther, ie chloroforme, par lacide prussique, etc. ; la congélation, l’asphyxie et la syncope, sous toutes leurs formes et à tous leurs degrés, toutes les maladies enfin qui ont été citées comme exemples de morts apparentes, peuvent être distinguées de la mort réelle par la persistance des battements du cœur.

» Telle est la réponse faite par l’auteur à la première question posée par l’Académie, et elle nous a paru dé- Cisive.

» La seconde question posée par l’Académie est celle-ci :

» Quels sont les moyens de prévenir les enterrements Prématurés ?

» La législation actuelle, à l'égard des décès, est insuffisante.

» En ordonnant à l'officier de l’état civil d’aller constater la mort, en exigeant qu’on laisse un intervalle de vingt-quatre heures s’écouler entre l'instant de la con-

statation de la mortet le moment de l’inhumation, l'autorité avait pensé qu’elle avait pris toutes les mesures nécessaires pour prévenir les enterrements prématurés ; mais on n’a pas tardé à reconnaître que la seule déclaration de l'officier de l’état civil ne pouvaitoffrir toutes les garanties désirables.

» Des ordonnances municipales ont chargé les médecins de constater les décès dans les grandes villes.

» Cette sage précaution devra, désormais, être générale et inscrite dans le texte de la loi.

» L'auteur du mémoire pense, avec raison, qu'il est urgent que cette mesure reçoive son application dans toute la France, dans les petites comme dans les grandes villes, dans nos campagnes comme dans nos cités les plus populeuses. En vain objecterait-on que les grandes villes peuvent seules subvenir aux dépenses qu’entraîne la vérification des décès par les médecins; qu'un grand nombre de communes ne pourront supporter cette nouvelle charge : la mesure est du nombre de celles qui ne peuvent être ajournées.

» C’est à la science des signes de la mort qu’il faut demander une garantie certaine contre le danger d’être enterré vivant,

» Suivant M. Bouchut, les signes certains de la mort sont immédiats ou éloignés. Les signes immédiats et certains de la mort, chez Phomme, sont :

» 4° L'absence prolongée des battements du cœur à l’auscultation ;

» 2 Le relâchement simultané de tous les sphincters, dû à la paralysie de ces muscles;

» 3° Enfin l’affaissement du globe de lPœæilet la perte de la transparence de la cornée.

» Dans l’opinion de vos Commissaires, chacun de ces signes n’a pas une égale valeur, une égale certitude ; quelques remarques, à cet égard, sont nécessaires.

» Depuis l’admirable découverte de Laënnec, on chercherait vainement, dans la science, un seul fait positif, une seule expérience rigoureuse, propre à établir la persistance dela vie, chez l’homme, après la cessation, longtemps prolongée, des battements du cœur constatée à l’auscultation ; mais on comprend qu’il est indispensable de fixer la limite dans laquelle l'absence des battements du cœur ne constitue plus seulement un ralentissement, une suspension plus ou moins prolongée de ces battements, mais bien leur cessation définitive.

» L'expression d'absence prolongée, employée par l’auteur du mémoire, pour indiquer la cessation définitive des battements du cœur, n’a pas paru à vos Commissaires assez précise, assez pratique. Ils ont pensé qu’il était nécessaire de fixer une limite qui ne laissât aucun doute sur la réalité de la cessation définitive des fonctions de cel organe,

» L'étude des battements du cœur, dans un assez grand nombre de cas d’agonie, devait fournir d’utiles données pour cette détermination. Il est vrai que, pendant l’agonie, les bruits du cœur sont souvent masqués par un râle bruyant qui s'oppose à leur perception; mais, dans l'intervalle qui sépare les dernières inspirations, et toujours au moment suprême où le râle vient à cesser, les derniers battements du cœur peuvent être entendus, en

appliquant l'oreille sur la région précordiale. Dans ce silence, si voisin de la mort, ils sont très distincts, alors que depuis assez longtemps déjà la main appliquée sur la poitrine ne pouvait plus les sentir, et que les pulsations artérielles, au cou et aux membres, n'étaient plus perceptibles. Or, dans cet état, et spécialement dans le silence qui suit la dernière expiration, le maximum d’'intervalle entre les battements du cœur a paru à M. Bouchut être, pour l’homme adulte et le vieillard, d'environ six secondes. L'observation de plusieurs agonies jusqu’à la mort à donné à l’un de vos Commissaires (M. Rayer) à peu près le même résultat, c’est-à-dire environ sept secondes pour maximum d'intervalle entre les derniers battements du cœur.

» D'après ces observations cliniques, votre Commission pense que l'absence des battements du cœur, constatée à l’auscultation, sur tous les points où ils peuvent être naturellement ou accidentellement entendus, et sur chacun , pendant l'intervalle de cing minutes, c’est-àdire pendant un espace de temps cinquante fois plus considérable que celui qui à été fourni, par l'observation des bruits du cœur, dans les cas d’agonie jusqu’à la mort, ne peut laisser aucun doute sur la cessation définitive des mouvements du cœur et sur la réalité de la mort.

» D'ailleurs la cessation définitive des battements du cœur est toujours accompagnée de deux phénomènes très frappants et faciles à constater, à savoir, la cessation des mouvements respiratoires ct la perte du sentiment et du mouvement. De sorte qu’en somme, /a mort est cer. taine lorsqu'on à constaté, chez l'homme, la cessation

définitive des battements du cœur, laquelle est immé-

diatement suivie, lorsqu'elle n'en a pas été précédée, de la cessation de la respiration et de celle des fonctions du sentiment et du mouvement.

» On a cbjecté, il est vrai, que les épreuves auxquelles on peut avoir recours pour juger de la cessation des battements du cœur et de la cessation de la circulation étaient insuffisantes, en certains cas du moins, et que plusieurs personnes chez lesquelles on avait cru constater la cessation de la circulation avaient été rappelées à la vie. L’objection était fondée, et l'erreur a pu être commise à une époque où l'on avait cru pouvoir juger sûrement de l’état de la circulation par l'exploration du pouls, et par l'application de la main sur la région cardiaque. Mais les auteurs qui reproduisent aujourd’hui cette objection oublient que l’auscultation permet maintenant de reconnaître l'existence des battements du cœur lorsqu'ils sont complétement insensibles à la main appliquée sur la région précordiale, lorsqu'ils sont le plus affaiblis et lorsque les artères des membres ne donnent aucune pulsation perceptible au toucher.

» La cessation définitive de ces battements est indiquée par la cessation des bruits cardiaques. Les observations ct les expériences de l’auteur et celles de vos Com-missaires ne laissent aucun doute à cet égard.

» Toutefois, ilest un fait que vos Commissaires croient devoir rappeler. Un savant médecin de Dublin, M. Stokes, affirme avoir constaté dans le #yphus fever d'Irlande, maladie attachée à ce malheureux pays, non seulement une grande faiblesse du pouls, la non-perception des

384 XAPPORT

battements du cœur par l'application de la main à fa résion précordiale; mais encore un affaiblissement très notable du premier bruit du cœur, et quelquefois même l'absence complète de ce bruit qui, comme on le sait, est naturellement un peu sourd ou moins éclatant que ie second. Mais, dans aucun cas, M. Stokes n’a vu les deux bruits du cœur manquer, avant la mort, chez les individus frappés de cette maladie qui porte une atteinte si profonde à la circulation.

» On a encore cbjecté qu’un épanchement considérable de sérosité dans le péricarde, qu’un emphysème de la partie inférieure du poumon gauche pouvait être un obstacle iusurmontable à la perception des battements du cœur à l’auscultation ; mais cette assertion n’est point fondée. Dans ces circonstances, les battements du cœur n’échapperont point à l'oreille du médecin dont l’attention ne sera jamais plus complète que lorsqu'il remarquera une matité d’une étendue considérable, ou une sonorité inaccoutumée dans la région précordiale. Ajoutons (car, dans un sujet aussi grave que celui de la constatation de la mort, ilne faut pas craindre de mentionner les cas les plus exceptionnels) que l’auscultation, dans les cas de mort réelle ou apparente, devra être faite dans toute l'étendue de la poitrine et des deux côtés du corps , le cœur pouvant se trouver anormalement situé cu refoulé du côté droit, dans des cas rares de transposition ou de déplacement de ce viscère.

» Le médecin saura aussi distinguer lasimple suspension de la respiration de la cessation définitive de cetie fonction. A défaut d'observations rigoureuses sur le maximum

A L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 385 de durée possible de la suspension de la respiration chez l'homme , il trouvera la preuve de la cessation définitive de la respiration dans le fait de la coïncidence de ce phénomène avec la cessation définitive des battements du cœur et de la circulation.

» Jusqu'à ce jour, on n'avait point assez insisté sur ce signe, tiré de l’état du cœur, signe qui témoigne d’une manière certaine que la respiration à cessé pour toujours.

» Plusieurs des moyens qu’on avait indiqués pour juser de l’absence de la respiration étaient même complétement fautifs. On avait cru d'abord pouvoir reconnaître qu’un individu ne respirait plas lorsqu'en plaçant devant la bouche et Îes narines la flamme d’une bougie ou des filaments de laine, ces corps restaient immobiles. Mais on avaitreconnu plus tard que, dans la respiration lente et faible, ces corps n’éprouvaient aucun mouvement appréciable à la vue, D'un autre côté, on avait regardé comme un signe de respiration, Phumidité répandue à la surface d’un miroir approché des lèvres d’un moribond ; mais cette surface peut être ternie par la vapeur qui s’exhale d’un cadavre encore chaud ou par Phumidité de l'air.

» Une autre expérience est beaucoup moins incertaine. En observant, d’un œil attentif, la poitrine et l’abdomen, dépouillés de tout vêtement, l’immobilité complète des parois de ces deux cavités et l’absence de tout murmure respiratoire à l’auscultation, indiquent le défaut de respiration ; la persistance des battements du cœur permet de penser que cette fonction n’est que suspendue; la

cessation des battements de cet organe annonce qu'elle a cessé pour toujours.

» C’est aussi dans le fait de la cessation définitive des battements du cœur qu'il faut aller chercher la certitude que les fonctions du système nervenx sont abolies et non simplement suspenaues.

» Pour juger de l’état de vie ou de mort, par l'état du système nerveux, on avait proposé de titiller la luette, d'appliquer des sternutatoires sur la membrane pituitaire, d'introduire dans les narines de l’ammoniaque, de l'acide acétique ; de recourir aux vésicatoires, à la brûlure, à la cautérisation avec le feu ou avec l'huile bouillante, aux incisions plus ou moins étendues , au pincement du mamelon avec une érigne, etc.; mais ces moyens ne provoquent quelquefois ni sensation ni mouvement chez les individus atteints d’affections cérébrales profondes , et encore moins chez ceux qu’on soumet à l'action de l’éther ou du chloroforme. La perte complète du sentiment et du mouvement est compatible avec la vie ; mais lorsque les battements du cœur ont définitivement cessé, elle devient un des phénomènes les plus frappants de la mort.

» En résumé, vos Commissaires pensent, avec l’auteur du Mémoire, que la cessation définitive des mouvements du cœur et de la circulation, constatée par l’auscultation, est un signe immédiat de la mort; signe d’autant plus certain, que la cessation définitive des battements du cœur entraîne immédiatement la cessation de la respiration et des fonctions du système nerveux, lorsqu'elle n'en à pas été précédée,

» Le second signe immédiat de la mort, admis par M. Bouchut, n'offre point, au contraire, suivant vos Comanissaires, un degré suffisant de certitude. Ce signe serait le relâchement simultané de tous les sphincters résultant de leur paralysie. Suivant l’auteur, plusieurs de ces muscles peuvent être paralvsés pendant la vie ; mais on n'observe jamais, chez le vivant, le relâchement simultané des muscles des ouvertures naturelles et celui de l'iris.

» Vos Commissaires reconnaissent que le relâchement brusque et presque instantané de tous les sphincters, v compris celui de la pupille, est, chez l’homme, dans l'immense majorité des cas, l'effet de la mort et non celui d’un état morbide, Cependant on ne peut affirmer que la paralysie générale des sphincters ne puisse exister, chez l'homme, alors que la mort n’est pas encore consommée. Le relâchement de tous les sphincters a lieu, dans beaucoup d’agonies, lorsque l’auscultation permet encore d'entendre les battements du cœur ; et certaines affections cérébrales peuvent entraîner, en même temps que le relâchement des sphincters, ia dilatation de le pupille. D'ailleurs la simultanéité de ces paralysies ne pourrait être observée que par un médecin placé, par hasard ou par devoir, près d’un agonisant ; elle ne pourrait être constatée dans une foule de circonstances. Il est certain aussi qu’on peut, en quelques minutes, produire sur un animal la paralysie de la pupille et celle des autres sphincters, en coupant les nerfs optiques, les deux septièmes paires et la moelle épinière dans la région dorsale , et cela sans que la mort s’ensuive immédiatement.

» Deux de vos Commissaires (MM. Magendie et Rayer) ont aussi constaté , sur des animaux décapités et dont ils prolongeaicnt la vie par une respiration artificielle, que les battements du cœur étaient, chez ces animaux ainsi mutilés, très nets et très distincts pendant plusieurs minutes.

» D’après toutes ces considérations, vos Commissaires pensent que le second signe immédiat de la mort, admis par M. Bouchut, n'offre pas un degré suffisant de certitude.

» Un troisième signe de la mort regardé comme certain par M. Bouchut ne leur paraît pas non plus devoir être admis. M. Bouchut a pensé, avec le célèbre auteur des Lettres sur la certitude de la mort, que la formation d’une toile glaireuse à la surface de la cornée , avec affaissement du globe de l'œil , est un signe certain de la mort. Contradictoirement à cette assertion, vos Commissaires affirment avoir observé cette toile glaireuse et l'affaissement du globe de l'œil, dans le choléra asiatique , plusieurs heures avant la mort, lorsque les battements du cœur étaient encore perceptibles à l’auscultation, et lorsqu’à la vérité les battements artériels n'étaient plus sensibles au toucher.

» En résumé, des trois signes immédiats de la mort, admis par M. Bouchut, il n’en est qu’un, la cessation définitive des battements du cœur et de la circulation, dont la certitude est admise par votre Commission. En signalant un signe aussi positif et généralement aussi facile à constater , à l'attention des médecins chargés de la vérification des décès, M. Bouchut a rempli une lacune

importante, laissée par les auteurs de médecine légale dans l'exposé des signes immédiats de la mort.

» Quant aux signes éloignés et certains de la mort, M. Bouchut en admet trois, savoir : la rigidité cadavérique , l'absence de contractilité musculaire sous linfluence de stimulants galvaniques , et la putréfaction.

» La certitude de ces signes est admise par tous les médecins légistes, et ne peut être contestée, tant sont positives les observations et les expériences sur lesquelles elle repose. Dans cette partie de son travail, l’auteur à exposé avec soin l’état de la science et a réfuté quelques objections qui avaient été produites, dans ces derniers temps, par les partisans des maisons mortuaires.

» Il y a longtemps déjà que la rigidité cadavérique a été regardée comme un signe de la mort; mais la démonstration de l’importance et de la certitude de ce signe est due à deux médecins français, à Louis et à Nysten, Après la mort, la flexibilité des articulations disparaît, le tissu musculaire s’endurcit; les membres deviennent immobiles et roides. Nul état convulsif ou tétanique ne peut offrir cette succession de phénomènes et tromper un médecin. Dans la rigidité cadavérique , lorsqu'on cherche à étendre ou à fléchir avec force une ou plusieurs parties des membres, ces parties obéissent comme un corps inanimé. Dans les maladies convulsives, la circulation persiste; dans la rigidité cadavérique, les battements du cœur, la respiration et les fonctions du système nerveux ont cessé complétement.

» L'absence complète des phénomènes d’irritabilité

390 RAPPORT musculaire , sous l'influence d’excitants divers et du galvanisme, est aussi un signe certain de mort.

» Toutefois cette vérité a été récemment contestée. On a préteudu que, dans l’asphyxie par l'acide carbonique , et surtout dans l’asphyxie par l'hydrogène sulfuré, les muscles ne donnaient quelquefois aucun indice de contractilité, avant la mort, sous l'influence de l’excitation galvanique. Pour juger cette assertion, deux membres de la Commission (MM. Magendie et Rayer) ont fait les expériences suivantes : Un lapin a été asphyxié par le gaz acide carbonique. Après s'être accélérée, la respiration s’est ralentie, et l'animal est tombé, sans convulsion , dans un état de mort apparente, caractérisé par une immopbilité et une insensibilité complètes , par l'absence des mouvements respiratoires, et par un ralentissement très considérable des battements du cœur constaté à l’auscultation. Un muscle de la cuisse a été mis en rapport avec un des pôles d'une pile, tandis que le conducteur du pôle opposé était appliqué sur la peau du cou, et immédiatement l'animal a éprouvé plusieurs secousses. L'expérience, répétée plusieurs fois, a donné le même résultat. Pendant quelque temps encore on a pu entendre les battements du cœur, puis ils ont définitivement cessé. Une aiguille enfoncée dans le cœur , à travers les muscles intercostaux, n’a présenté aucune oscillation. Le poitrine ouverte, le cœur a été trouvé immobile ; l’animal était mort, Les muscles ont présenté de nouveau des contractions toutes les fois qu’ils ont été soumis à l'influence de l'électricité,

+ Dans une autre expérience, un chien de moyenne

A L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 391 taille et vigoureux a été asphyxié par l'hydrogène sulfuré. Sous l'influence de ce poison énergique, l’animal s’est d’abord vivement agité, puis il est tombé dans un état de mort apparente, caractérisé par une immobilité et une insensibilité si complètes, que l’on n’a pu provoquer aucun mouvement, aucun indice de sentiment par de violents pincements aux lèvres et à la queue. Les mouvements respiratoires étaient suspendus: les battements du cœur, très ralentis, mais très distincts, témoignaient seuls la persistance de la vie. Un muscle de la cuisse mis à nu s’est contracté fortement sous l’influence de l'électricité ; une minute après, les battements du cœur avaient cessé. La poitrine immédiatement ouverte, le cœur a été trouvé immobile. Après Ja mort, les muscles des membres ont continué de présenter des contractions sous l'influence de l'électricité. L'irritabilité musculaire n’est donc pas abolie dans l’asphyxie par l'acide carbonique , ni dans l’asphyxie par l’hydrogène sulfuré. L’abolition de cette propriété de la fibre musculaire reste un signe certain de la mort,

» Mais ce signe peut n'être appréciable qu’au bout d’un assez grand nombre d'heures ; les fonctions du cœur , du poumon et du système nerveux peuvent avoir complétement cessé depuis assez longtemps, la mort de l'individu peut être consommée , et les muscles malades conserver encore la faculté de se contracter sous linfluence d’excitants divers.

» M. Bouchut a rappelé les observations qui démontrent la valeur du phénomène de la putréfaction ou de la décomposition cadavérique, considérée comme signe

certain de la mort. Toutefois la mort peut être constatée longtemps avant le développement de la putréfaction. Les détails dans lesquels M. Bouchut est entré à cet égard nous ont paru justifiés par les efforts que l’on a faits dans ces derniers temps, en France, pour engager l'autorité à créer des maisons mortuaires où seraient déposés les corps jusqu’au moment de la putréfaction.

» On sait qu’au commencement de ce siècle, Hufeland et plusieurs autres médecins ayant soutenu que tous les signes de la mort étaient incertains, sauf celui de la putréfaction , des maisons mortuaires ont été établies dans plusieurs villes d'Allemagne; à Francfortsur-le-Mein, où existe la plus remarquable, à Hambourg, à Weimar, etc. Mais bien que la plupart de ces établissements existent encore, l’utilité en est devenue très contestable. La plupart sont mal entretenus et leur organisation intérieure laisse beaucoup à désirer. Enfin, depuis cinquante ans que ces maisons sont établies, on n’a vu aucun des corps transportés dans ces asiles, après la déclaration authentique de la mort par un médecin, revenir à la vie.

» Créer aujourd’hui, en France, des maisons mortuaires pour y laisser séjourner les corps jusqu’à la putréfaction, ce serait non seulement s'engager dans une dépense inutile, et qu’un grand nombre de villes et de communes ne pourraient supporter ; mais ce serait ne tenir aucun compte des autres signes certains de Ja mort,

» Toutefois ces observations critiques ne s'appliquent pas à la création désirable de locaux destinés à recevoir, peu de temps après la mort, les cadavres des pauvres,

à L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 300 dont la famille n’a souvent qu’une chambre étroite pour habitation.

» On avait annoncé, dans ces derniers temps, comme un signe certain de la mort, l’impossibilité de développer, sur le cadavre, des bulles ou ampoules à la surface de la peau , par l’application de l’eau bouillante et d’autres excitants. M. Bouchut affirme que ce signe est incertain ; en effet, il est parvenu à produire, par l'action de la chaleur ou de l’eau bouillante, de véritables ampoules sur les parties déclives ou infiltrées de plusieurs cadavres, dont quelques uns éprouvaient un commencement de putréfaction.

» ILest vrai que les bulles produites à la peau, pendant la vie, par l’application de l’eau bouillante , sont ordinairement en‘ourées d’un petit cercle rouge ou d’une auréole inflammatoire que ne présentent point les bulles produites sur le cadavre ; mais M. Bouchut a vu des vieillards et des individus cachectiques chez lesquels (quatre heures avant la cessation des battements du cœur) la peau a @té brûlée sans qu’il se soit développé de rougeur autour du point cautérisé. Un de vos Commissaires (ML. Rayer), en faisant des brûlures sur des agonisants, dans l'espérance de ranimer ou de prolonger la vie, et en pratiquant de pareilles brûlures sur des cadavres, est arrivé, de son côté, à un résultat semblable à celui que M. Bouchut à annoncé. Enfin l’auréole qui se forme , le plus ordinairement , autour d’une ampoule occasionnée par la brûlure est peu ou point apparente chez les hommes de couleur. Le développement d’une bulle ou le dé-

pôt d’une certaine quantité de sérosité au-dessous de l’épiderme, après l'application de l’eau bouillante, ne peut donc être considéré comme un signe certain de la vie, et prepre à la distinguer de la mort.

» Pour résumer cette seconde partie du travail de M. Bouchut et les faits qui s’y rattachent, votre Commission reconnaît :

» 1° Que la cessation définitive des battements du cœur, indiquée par la cessation des bruits cardiaques, est un signe immédiat et certain de la mort;

» 2° Que la rigidité cadavérique est également un signe certain de la mort;

» 3° Que l'abolition générale, entière et complète de la contractilité musculaire, sous l'influence de l'électricité ou du galvanisme, estun troisième signe certain dela mort ;

» 4° Que la putréfaction générale du corps, n’arrivant ordinairement que longtemps après la manifestation des signes précédents, il n’est pas nécessaire d’attendre le développement de la putréfaction pour déciarer le décès et procéder à l’embaumement ou à l’inhumation;

» 5° Que la cessation des battements du cœur et de la circulation, le développement de la rigidité cadavérique à l’abolition de la contractilité musculaire, ne peuvant être reconnus et appréciés que par des médecins, la constatation des décès doit leur être exclusivement confiée , dans les villes et les campagnes ;

» 6° Que la possibilité de constater la mort, d’une manière certaine, avant le développement de la putréfaction, rend inutile létablissement de maisons mor-

tuaires, semblables à celles qui ont été instituées dans plusieurs villes d'Allemagne ; mais qu’il serait à désirer que les cadavres des pauvres pussent être reçus dans des asiles convenables, jusqu’au moment de la sépulture,

» L'importance des questions posées par l’Académie ; la manière dont M. Bouchut les a étudiées et souvent résolues par de nouvelles observations; les nombreuses expériences auxquelles votre Commission s’est livrée, justifieront , nous en avons l'espérance, l'étendue de ce rapport.

» Le travail de M. Bouchut, à part quelques imperfections , dont les plus graves ont été signalées par vos Commissaires, leur à paru remarquable par la netteté de l'exposition, par la précision des détails, par la manière judicieuse dont les faits relatifs aux morts apparentes ont été appréciés, par une discussion approfondie des observations qui avaient été faites relativement à la rigidité cadavérique et à l'abolition de la contractilité musculaire, considérées comme signes certains de la mort, et surtout par le soin que l’auteur à mis à démontrer que la persistance des battements du cœur était le caractère distinctif des morts apparentes, et que la cessation défi nitive des battements de cet organe, constatée à l’auscultation , constituait un signe immédiat et certain de la mort; fait capital par lequel l’auteur a répondu au vœu de l'Académie, qui avait spécialement demandé aux concurrents de faire tous leurs efforts pour rendre le diagnostic de là mort réelle et de la mort apparente, plus prompt et plus sûr,

» D’après ces considérations, votre Commission à décerué, à l'unanimité, Je prix Manni à M. le docteur Bouchut, comme auteur du meilleur mémoire qui lui ait été adressé depuisdix ans, c'est-à-dire depuis 1837, époque à laquelle le concours pour ce prix à élé ouvert. »

Les conclusions de ce rapport sont adoptées.

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