‹ Traité sur l'aliénation mentale et sur les hospices des aliénés (volume 2)Chapitre 72 sur 91 · RE · texte numérisé non relu

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RÉFLEXIONS GENERALES SUR LA DISPOSI- TION DES ALIÉNES À CONTRACTER DES MALADIES ACCIDENTELLES A LA FOLIE.

… Influence du froid et de l'humidité sur les aliénés. Modifications diverse que subit, chez ces malades, la sensibilité, par ces agens.

Influence de la, contagion, de l'infection et des maladies épidémiques sur les aliénés.

O, ne rencontre jamais plus de difficultés que lorsqu'il sagit d'établir des règles générales. Nous avons déjà, à diflérentes reprises, fait cette observation , et ç’est encore ici le lieu de la répéter. Nombre d’auteurs ont observé que, chez beaucoup d’aliénés, il y a moins de disposition à contracter des maladies, quelle qu’en soit d’ailleurs la nature; d’autres observateurs ont nié ce principe, en empruntant un langage exclusif, on est toujours fort éloigné

de la vérité : tantôt on rencontre chez les aliénés une

sen—

sensibilité extrême; le moindre changement dans la température atmosphérique les affecte désagréablement , ou modifie le caractère de leur délire ; toutes les causes morbifiques, en général, agissent promptement sur ces individus: tantôt l’aliéné est insensible à tout ; il affronte le froid , le. sentiment pénible de la faim, et. peut se trouver entouré d’une atmosphère d’émanations morbides, de gaz fétides et contagieux, sans que ces agens pernicieux aient sur lui la moindre influence destructive. De tout temps, les médecins qui se sont occupés de l’éiude des aliénés, ont été frappés de l’insensibilité avec laquelle quelques-uns de ces malades surportentles rigueurs du froid. L’enfant célèbre de la révolution française, Théroïne de Méricourt, dont nous avons déjà fait mention, étant aliénée à Ja salpétrière, avait l’habitude’ de jeter tous’ les soirs, avant dé se-coucher, plusieurs seaux ‘d’eau froide dans $on lit (1); presque toujours on Ja voyait en verser dans sa couche, et sur le pavé de

sa cellule.

| L'exemple de "Théroïne est sans doute frappant : mais ‘Ce qui n’est pas moins digne d'attention, c’est que souvent le froid, mème intense, ne produit pas la moindre diminution de température à la surface cutanée. Il se trouve, à la maison des hommes aliénés à Gand, un individu, agé de cinquante ‘ans ; À est maniaque depuis nombre d’années ,

(1) Georget de la folie pag. 441.

nées, et ne cesse de tirer en lambeaux ses vêtemens, de manière qu’il est presque toujours dans un état de nudité complète. Au plus froid de Phiver, cet homme offre la peau aussi chaude et aussi halitueuse, que s’il se trouvait dans un appartement bien chaud; joignez à celà, qu’il est dans l'impossibilité absolue d’éxécuter les moindres mou- -Yemens, à cause d’une atrophie des membres inférieurs dont il est atteint: couché sur un tas de paille, il ne peut se donner aucune agitation, et jamais il ne paraît souffrir du froid. Il habite une cellule à palissades dans un caveau froid et humide.

… Îlya deux classes d’aliénés chez lesquelles on observe cette diminution dans la prédisposition aux maladies accidentelles. Dans la première entrent tous ceux dont l’organe de l’entendefment se trorive dans un état de grande excitation; dans la seconde figurent tous les aliénés chez q# la sensibilité est anéantie ou engourdie. À la première classe appartiennent les maniaques, à la seconde les aliénés en démence et les idiots.

Je suis-porté à croire que, chez les maniaques, toujours considérés généralement, l'influence du froid et de l’humidité, tout en étant moindre sur la sensibilité cérébrale, l’est également sur les fonctions organiques, | l

On ne peut voir, dans ces sortes d’individus, qu'un état d’excitement du cerveau tel qu’il absorbe à lui seul toute la sensibilité, et devient sutpérieur aux stimulans externes les plus forts. Le

sol-

soldat, au champ de bataille, soutient les rigueurs de Pair, la fatigue, et la faim; à peine sent-il ses blessures dans le fort de l’action, son cerveau ést exalté dans ses fonctions ; la sensibilité s’y dirige, et elle est sourde en ‘d’autres organes. L’acteur , quand il entre en scene, oublie ses maux de dents; d’estomac, ou toute autre souflrance: il est mês me d’observation, que la fièvre intermittente ne le prend point tant qu'il. est préoccupé de son rôle et de la présence du public.

C’est encore le cas du musulman qui, excitant sans cesse son entendement par l’opium, en devient, comme il est prouvé, moins apte à contracter le mal vénérien. L’ivrogne n'est-il pas dans la même catégorie? Il suffit que l’économie animale soit irritée d’une manière, pour qu’elle soit insensible à l’action d’autres stimulans. Que deux contagions soient mises en contact avec le corps simultänément, la plus intense sera la première à agir et à parcourir ses périodes; l’autre ne se manifestera qu'après que la premiere aura terminé son cours. N'est-ce pas par rapport à cette insensibilité générale que plusieurs aliénés supportent la faim, la soif, de fortes doses de médicamens, des poisons mème? C’est encore pour le même motif, qu’on en voit de ceux qui sont insen= sibles au mouvement rotatoire.

On ne saurait cependant donner à ce point de doctrine une trop grande extension: dans nombre de cas, l’aliéné ést moralement insensible aux stimulans externes, mais les causes morbides n’en

ces-

cessent pas moins de faire sur lui de grands ravages. (Cet état est assez familier aux idiots et aux aliénés en démence; ét il serait plus qu’imprudent de négliger les mesures nécessaires pour préserver ces malades et tous les aliénés en général, du froid et de l’humidité. Georget (1) dit que l'impression du froid et de l’humidité est la même chez l’aliéné , que chez tout autre individu ; qu’il n’y a que cette seule différence que l’aliéné ne la sent pas: ils ne sentent pas non plus le vésicatoire qu’on leur applique dit-il, et il n’en produit pas moins une plaie qui suppure. Cette remarque ; quoique trop générale, est cependant très vraie dans nombre de cas. On peut s’en convaincre en réfléchissant aux maladies qui afligent le plus fréquemment les aliénés: ce sont celles qui proviennent du froid et de l’humidité. La gangrène des extrémités inférieures à Bicètre et au Bedlam; la dzarrhée à l'institut d'Amsterdam, le scorbut à la salpétrière, les scrofules, les maladies des poumons dans d’autres instituts, reconnaissent, presque toujours, ces deux agens pour cause première. L’observation a manifestement démontré que les aliénés, considérés sous un point de vue général, tout en paraissant physiquement insensibles à une atmosphère froide et humide, ne sont pas à l’abri des maladies qu’elle produit sur des personnes saines

d’es-

(1) Ouv. Cité pe 442

d'esprit. J’ai pu cette année encore (1), m'assurer de cette vérité à la maison des hommes aliénés à Gand: à l’entrée de l’hiver, plus de la moitié des insensés furent pris de diarrhée dissentérique; d’autres offrirent des symptômes de pleurésie et de catharre pulmonaire, et ces maladies se montrèrent immédiatement apres les premiers jours froids que nous eumes cette année. On donna des chaussures chaudes, on redoubla de soins pour préserver du froid, et, en peu de jours, le mal « cessa de faire des progrès.

Les remarques que je viens de faire pour le.

froid et l’humidité, sont encore appliquables aux maladies épidémiques et à celles qui se gagnent par 2nfection. L’observation a appris que des aliénés ont été entourés d'individus atteints de maladies contagieuses, ou épidémiques, sans que la contagion exerçât sur eux la moindre influence facheuse. |

Mead est le premier qui ait fait connaître cette insensibilité des aliénés pour les maladies épidé- | miques (2) Cox (3), Reil, Dubuisson, Casper et d’autres ont rapporté des faits qui viennent à l’appui de ce point de doctrine. Amard (4) ajoute que

| | les

(2) Monita et præcepta pag. 72.

(3) Practical observ. trad. de Reil pag: 7° (4) Traité de la folie pag. 494

les maniaques surtout sont moins susecptübles de gagner les maladies de la peau qui se prennent par contagion. Je ne saurais établir jusqu'à quel point l’assertion de cet auteur cest vraies: car il y a des cas où lon a impunément tenté d’inoculer la gale dans un but curatif: il y en a d’autres, où cette ‘inoculation a parfaitement réussi: ceci doit probablement dépendre d’une disposition dans la sensibilité que nous sommes encore loin d’avoir appréciée au juste.

Tout porte à croire , puisque l’insensibilité, chez les aliénés, est telle, qu’ils supportent la fann, la soif, le froid et l’humidité, et sont à peine aflectés par de grandes doses de poison, qu'ils peuvent offrir cette même insensibilité pour les maladies contagieuses et épidémiques. Le raisonnement seul pourrait nous convaincre sur ce point , si les faits notés par des hommes dignes de foi n’en ats testaient la vérité: On en possède encore une preuve manifeste à l’hospice des hommes aliénés à Gand, Cet établissement est un tableau de tout ce qu'il y a d’affreux pour Phumanité; on dirait, en visitant ce triste séjour, que Île typhus des prisons, Je scorbut, Îles fièvres intermittentes doivent y régncr en permanence; C'est cependant cc qu’on n’y observe point. Qu'on se figure un caveau à cinq ou six pieds au dessous du rez-de-chaus« sée, qui n’a pas quarante pieds de large, dans lequel sont entassés, pèle-mêle, plus de cent in dividus, où ne pénètre jamais un rayon de soleil, -et l'on pourra juger de la position de ces malhen- IL, RES Feux

veux dans un séjour si affreux: cependant on n’y voit pas de maladies regnantes, quoique tout concoure à y: rendre Pair infect. Un seul poële doit chauffer ce souterrains; tous les linges y sont séchés; les lits imprégnés des ordures de la nuit, sont encore portées vers ce poële; vingt aliénés atteints d’incontinence d’urine, d’épilepsie et d’autres, couchent dans cet endroit: aussi, en y entrant, est-on étouffé par un air méphitique ; joignez à celà que cet antre donne sur une cour humide , entourée de hauts et vastes bâtimens, qui n’a pas quinze pieds de large, sur cinquante de long, et où le soleil ne pénètre que dans les jours les plus longs de l’année. La mortalité cependant, comme on a pu voir, est peu considérable, dans cet hospice. Suivant mon observation, les changemens dans la température de l'air, de chaud en froïd, causent presque les seules maladies qui yrègnent;tels sont des catharres, des pleurésies,-et des diarrhées. Cette dernière affection, qui yÿ est assez fréquente, ne peut dépendre de Vinspiration de l'air méphitique, puisqu’elle ne .se manifeste que vers les équinoxes, lorsque, les chan gemens de l’atmosphère de froid en éhaud et wicéversa sont fréquens. NE it

On tomberait en de graves erreurs si l’on voulait donner à ce principe une acception générale, et. l’appliquer à toute classe d’aliénés indistinctement. Les considérations que nous venons d’émettre pour prouver. Pinsensibilité de. certaines, classes d’aliénés aux vicissitudes atmosphériques , | viennent encore à propos ici. Ce n’est pas chez les

mo

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