‹ Traité sur l'aliénation mentale et sur les hospices des aliénésChapitre 23 sur 39 · AO · texte numérisé non relu

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nobles. Notre existence est-elle menacée: à l’inss tant même, une foule d'idées qui appartiennent à la conservation de notre individu se déploient : l’homme, peut-être, n’est jamais plus industrieux que quand un péril menace son existence.

Donc, les passions appartiennent aux opérations intellectuelles : on y trouve, comme élemens essentiels: des sensations, de l’imagination, de la vo= lonté, etc.; mais la cause qui les met. en jeu réside 1°. ou dans les sensations externes; 2°. où dans la mémoire, l’imagination, le jugement et la réflexion ; 3% ou dans une modification survenue dans les viscères, soit thorachiques, soit abdominaux.

On n’existe, en quelque sorte, que paï le plaisir ou par la douleur. Tous les äctes de la vie sont marqués par Ces sensations: ces deux états de no= tre sensibilité paraissent bien éloignés l’un de l’autre, Ils se rapprochent cependant par leurs extrèmes: les mêmes causes produisent la douleur et le plaisir: celui-ci, quand on en use à l’excès, conduit à la douleur; celui-là peut avoir dar 0 ses charines,

N’attachons point un sens exclusif aux sensations que noüs appelons agréables: en nombrèé de cas, pour ne pas dire en général, élles n’ont leur source que dans une sensation désagréable, absente. Cicéron avait cette observation en vue quand il disait: ç« Nimium boni est cui nihilest mali (1). En

TÉé—

(1) Tusculan, q. L 4.

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réfléchissant ‘bien sur nos acüons , il est facile de s'assurer que nous avons, plus à faire à la douleur qu'à un plaisir. réel L’homme fortuné, à qui rien ne manque, est un être misérable en comparaison de l'artisan honnête qui trouve dans le présent, dans l'avenir, mille sources propres à agrandir la sphère de ses jouissances. Le premier mouvement qui se développe chez l’individu échappé à.un péril imminent est encore remarquable par l'expression du contentement. On exceptera pour

le plaisir moral, lamour : passion qui parait agré-

able par excellence. On fera la mème exception pour le plaisir physique, le chatouillement par exemple, la vue d’un beau tableau, le goût d'un meis exquis, d’une boisson agréable, et un grand nombre d’autres sensations de cette nature qui toutes provoquent un plaisir pur. | L’amour est le prototype de toutes les passions agréables; il a sous sa dépendance l'amitié; l'amour du-sexe; l’amour-propre ; la bienveillance et la dévotion. Le bien-étre, sensation agréable. présente ; la joie, contentement subit; lespérance où sensation agréable future; assurance et la hardiesse., qui ne supposent qu’un retour certain de plaisir, ont presque toujours leur origine primitive dans un mal autécedent, . Les passions désagréables présentent différentes

nuances. //a colère, la vengeance, le désespoir

supposent une sensation pénible à son plus haut dégré. La haine et Ze mépris ont lieu lorsque

Q | Vin

l'individu évite, fuit, ou abhorre un objet quelconque qui le rebute. La machine animale estelle menacte d’un péril imminent, il en résulte la terreur. Les sensations douloureuses futures donnent lieu à l’anxiéié et à la crainte ; les présentes et les passées conduisent à la éristesse.

Voyons les effets secondaires des passions sur nos diflérentes fonctions: sans la connaissance de ees importans phénomènes, la cure morale ne pourrait être qu'illusoire.

1°. Les passions agréables. provoquent,

augmentent, ou soutiennent l'énergie des opérations intellectuelles + les sensations en deviennent plus vives , la mémoire plus forte, et limagination plus ardente.

On doit en excepter la joie instantanée, qui souvent abolit les actes de l’entendement.

Les passions désagréables, comme la crainte et la tristesse, détruisent Pimagination

en rendant les sensations moins vives; mais elles concentrent les idées sur un seul objet. La colère affaisse tantôt les opérations de l’entendement, au point de les arrêter totalement: tantôt elle les anime d’une vigueur nouvelle; elle rend les sensations aiguës ; elle produit , dans l'imagination, des séries d'idées, parfois justes, et parfois en opposition avec l’ordre naturel des choses. (C’est par là que

la colère devient cause d’aliénation mentale. 2°, Indépendamment du changement d’état que:

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les passions apportent dans l’entendement , elles ont une influence spéciale sur les muscles qui tirent du cerveau le principe de leur contractilité Tantôt les affections de l’ame augmentent l’aptitude aux mouvemens musculaires, et tantôt elles Paffaiblissent : Île contentement , l’amour sans contrainte, et l’espérance rendent non seulement la contractilité plus énergique dans tous les muscles volontaires , Mais excitent encore celle des muscles de la voix et de la parole: jamais l’homme n’est plus disposé à la locomotion, à Îa parole et au chant, que lorsque son esprit est occupé de sensations agréables. La crainte, la tristesse et la ‘haine sont remarquables par des eflets contraires. La joie, la coitre, et la terreur sont tantôt excitans, tantôt affaiblissans de l’appareil musculaire.

8% Les fonctions de la digestion sont fortement modifiées par les passions. Celles qui sont agréables en eugmentent la vigueur; celles au contraire, qui sont tristes et pénibles en diminuent , en suspendent, ou en abolissent Pexercice. Mais, en général, quel qu’en soit le caractère, les affections de Pame, lorsqu’elles sont impétueuses, ou in-

.stantanées, suspendent toujours la digestion : la joie, l’amour violent, la colère, la ter-

+ veux et d’autres en sont des exemples.

4% Toute passion cest remarquable par une

Q 3 ins

influence sur la circulation. La joie, le

.contentement, et l’amour non contrarié fa-

vorisent la circulation du sang. la crainte, la tristesse, la terreur sont plus propres à produire. des congestions locales du cerveau, de la poitrine, ou de l’abdomen:

(Voyez nos remarques précédentes sur la -

nostalgie).

La respiration est également influencée à la suite des affections de lame. Souvent un resserrement spasmodique des poumons empêche, ou rend dificile Flentrée de l'air dans ces organess d’autres fois le trouble de la respiration tient à l’accumulation du sang dans le système capillaire des poumons ; un phénomène non moins fréquent, c'est l’état convulsif des muscles res-

pirateurs. Ces anomalies sont exclusive-

ment propres aux affections tristes. :

L'influence des passions s’étcnd, presque toujours, & un organe sécréteur ou exhalant. Quelques passions diminuent les sécrétions ; d’autres lesaugmentent. La crainte et la terreur suspendent la transpiration cutanée, et donnent lieu à une élaboration plus copieuse des urines et du mucus intestinals la tristesse excite la sécrétion des larmes: la colère, celle de la bile ; l'amour, celle dus perme.

La nutrition éprouve des hoiniens considérables sous l'influence des passions.

| On

On connait Je maigreur extrème qui est souvent

la suite. des affections. tristes, et l’embonpoint qui suit de près les passions agréables,

8°. La frayeur est remarquable par son influen-

ce sur le système pileux:en un.clin d'œil

elle rend les cheveux blanes. |

D'après cet exposé on sent avec quelle pru-

dence on doit agir, en faisant entrer les passions

comme élémens, dans la eure morale de la

folie. Il en est de ces moyens, comme des

poisons les plus actifs : c'est à. des. mains

habiles que doit être confié le soin de leur

emploi. L'action violente et instantanée de

ces moyens, la durée de leurs effets, et la sensibilité de l’individu-seront, tour à tour,

prises en considération... Quae profuerunt,

dit le médecin: de Cos, ob recu LSUIN profuerunt; quae vero nocuerunt ob id, quod non rectè usurpa la sunt, nocuerunt.

».. Avant de parler des indications gé-

..., nérales dè ces moyens, étudions d’abord. le | caractère des passions dans Valiénation men-

, taie même. à. ne T'antôt sé dé tantôt combinée, il n’y a pas de passion qu'on ne trouve. dans l’aliénation mentale, Dans, l hypocondrie, . daus. la. nostalgie, , dans la monomanie religieuse, dans la misanthropie : et dans la, démonomanie, la crainte, la prudence.et . la. tristesse sont des. caractères domiuans. La terreur appartient, à la. panophobic;, le désespoir au sui-

Q 3 ci-

cides; le contentement, l'espérance à la monomanie joyeuse, et l’amour à l’érotomanie.

Quoique constitaant ‘un des caractères dominans de la monomanie, Îes passions sont loin de s’y trouver dans un état parfait d'isolement, C’est ainsi qu'on trouve, dans la monomanie érotique, le désir d’obtenir l’objet du délire, réuni à la crainte de le perdre: que, dans la nostalgie, un violent amour de la patrie maïche de pair avec l’abattement et la tristesse ; que, dans la monomanie religieuse, il ÿ à üne crainte d’offenser la divinité, avecun désir de jouir de la félicité éternelle. À Vexception de la monomanie joyeuse, l’on peut dire que l’effroi, la crainte, l'inquiétude , la méfiance, l'orgueil, ét la jalousie se rencontrent chez tous les monomaniaques.

Dans la Manie, les passions $oht éminemment exaltées : tout, dans ce genre de délire, est fureur, amour, colère, joie, haine, vengeance , désespoir, jalousie, orgueil; ces affections y présentent encore

une mobilité extrême dans l’ordre de leur succes-

sion ; elles s’y succèdent avec une telle vélocité, que ni l’ane ni l’autre ne saurait Être regardée comme appartenant à une cause particulière. De là, selon l’impulsion qu’une imagination exaltée leur com munique, les maniaques agissent tout-à-fait au hasard.

L’exaltation des passions sans lésion de la raïison constitue parfois, comme il a déjà été remarqué, l’unique altération de l’entendement. C’est dans la manie sans délire, que ce phénomène est

frap-

frappant. On y tmouve les passions Les plus violentes; un penchant irrésistible à nuire, à COommettre des meurtres; et toutes sortes d’extravagances , sans que, pour le reste, l’entendement soit en aucune manière lésé. Ces malheureux sentent plus ou moins leur penible position; mais ils ne peuvent appeler la raison à leur secours. |

Un défaut d’ énergie dans les fonctions intellec-

tuelles appartient, comme nous avons vu, à la démence. Nous retrouvons ce mème symptôme pour les passions : elles existent dans cette espèce de fo- Ke, mais à un bien faible degré. Aucun agent n’est en quelque sorte capable d’émouvoir le moral des individus atteints de ee délire. Les spectacles les plus touchans ne provoquent pas, chez eux, le moindre attendrissement: que tout soit en aïlarme, en pieurs, ils manifestent l'indifférence la plus froide. Ces hommes sont, cn un mot, sans passions et c’est à juste titre qu'on peut dire ici avec Zimmermanu : qu'un état san$ passion est là mort de VPame, On provoque bien, chez ces individus , la colère et la jalousie ; mais la durée de ces passions est si courte, qu’elles meurent pour aiüsi dire en naissant. On peut faire lés mèmes remer arques à l'égard de lidiotie. |

I n’y a presqne pas de caust morale qui ne suscite, en produisant J'aliénetion mentale, une passion de Pame: tes sont tous les agens nombreax qui exaltent l’attention et l'imagination: les excès d’étnde , les méditations profondes, la cultu--

| Q4 re

re du génie, l’art de la musique, de la peinture, de la sculpture, l’excès de religion ; tels sont encore le passage subit de la misère à l’opulence, la possession d’un objet chéri &c.

Parmi les causes, qui affectent l’homme dans ses facultés intellectuelles, les passions tristes doivent occuper le premier rang. La jalousie, un amour contrarié, l'éloignement du pays natal, des craintes exagérées, les revers de fortune, les remords, les grands événemens politiques, les opinions religieuses, une frayeur violente, une ambition, une espérance trompée, la misère, les soucis do- Mestiques, la colère et d’autres sont les sources les plus fécondes de folie.

Appliquons maintenant, ce que nous venons de dire des passions à la cure des aliénations mentales. -æ& Vu le trouble que les affections de l’ame dé-

terminent dans tout l'organisme, et notamment l'agitation "qu’elles sollicitent dans le centre cérébral, ces moyens peuvent être mis à contribution pour la cure morale des aliénations mentales.

b. Elles peuvent, pour les mêmes motifs, avoir

des conséquences funestes dans ces affections.

c. Avant d’avoir recours aux passions , on doit

connaître l’origine du mal, parceque la folie, ayant parfois un caractère opposé à celui de sa cause, pourrait s'aggraver par une passion qui, quoique en opposition avec les symptômes de Valiénation mentale, aurait

ce

cependant des Ppperal avec la cause de cet te aflection.

On aura en vue la susceptibilité de Pindivi-

: du, son âge, son tempérament, son sexe,

sa manière habituelle de vivre, et surtout les passions qui le dominaient dans son état

physiologique.

Toute passion ne peut être provoquée qu’ autant que les sens jouissent de la faculté de transmettre, au cerveau , lPimpression des objets externes, et que le cerveau luimême soit en état de la percevoir. Dans la démence ces fonctions sont affaiblies; dans Vidiotie elles sont nulles, où imparfaites.

Par la soustraction d’énergie que portent, dans la force contractile des muscles vo- Jontaires, la crainte et la terreur, on pourra indiquer ces passions dans l’aliénation mentale accompagnée de vigueur considérable de ce système d’organes , si toutefois des contr’indications ne viennent s’opposer à cette cure. | '

La crainte et la terreur peuvent utilement être provoquées, lorsqu'il s’agit de changer l’ordre maladif des idées, ayant toujours égard aux contr indications.

La haine, la jalousie, la vengeance, et d’autres passions de cette natnre ne peuvent avoir que des résultats douteux et souvent funestes.

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La colère et la terreur doivent être employées avec des précautions extrèmes.

En général, les passions agréables auront la préférence sur celles qui sont pénibles, 1°. parce qu’elles sont plus rarement cause d’aliénation mentale, et 2°, qu’elles offrent. dans leurs effets, des conséquences moins funestes.

On doit avoir moins de préc:utions lorsqu’on emploïe les passions dans des cas urgens, comme dans le suicide &ci

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