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(1) Esquirol.
mémoire à chaque moment? {une et l’autre de ces méthodes peut être funeste; toutes les deux parfois sont efficaces: un juste milieu devient ici d’une rigoureuse nécessité. Eloigner du malade tout ce qui pourrait communiquer à sa mémoire la cause de son délire, porter ses souvenirs sur d’autres séries d’idées qui n’ont point d’enchaïinement avec sa maladie, telle est l’idée générale qu’on peut se former de la méthode curative empruntée de cette faculté de l’ame.
Dans la Monomanie, un seul chainon d'idées ne s'exerce point selon son ordre naturel, tandis qu’une grande partie des auires fonctions intellectuelles est intacte: c’est dans l’inaltérabilité de ces dernières, que le médecin trouvera des conditions favorables, et un champ libre pour l'application de ses moyens curatifs. Ce sera dans la Monomanie que les souvenirs pourront, avec le plus de succès, être mis à contribution. Le choix de ces moyens est un objet important. On aura recours : 1°. à ceux qui peuvent laisser des actions durables dans le cerveau ; 2°. à ceux qui s’exercent sur plusieurs sens à la fois; 3°. à ceux dont les effets sont le mieux connus sur la mémoire ; 4°. à ceux qui peuvent le plus captiver l’attention du malade ; 5°. à ceux qui sont susceptibles de répétions fréquentes ; 6°. enfin, à ceux qui n’ont point de liaison avec les idées du délire,
Ces moyens n’auront qu’un succès douteux chez les Maniaques. Dans la Démence et dans l’Idiotie ils sont, en quelque sorte, inutiles; et pour des raisons déjà rapportées, les souvenirs ne peuvent
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ètre provoquési si les fonctions primitives de l’incelligence sont en défaut: je parle des sensations et de à attention.
Imagination.
L’imagination est l’emploi que fait l’homme de toutes ses facultés mentales pour former de nouvelles combinaisons. | |
Elle diffère de la mémoire et des sensations proprement dites, en ce que la première ne considére que des choses passées; que les sensations supposent le présent; et que l'imagination voit les objets dans l’avenir. à
L’enchainement des idées joue un grand rôle dans l'imagination. C’est par elle que les idées, d’abord simples, deviennent composées, et que s’effectue la combinaison des sensations. C’est cet heureux concours de l’imagination et du jugement qui produit les œuvres du génie. |
L'homme de génie combine les idées d’un art, d’une science ; il en invente de nouvellés: il marche du connu à l'inconnu, et produit ce que jamais n'avait été inventé. |
L’excès qu ’on fait de cette faculté mène à la folie. |
C’est un objet curieux que l’imagination étudiée chez les aliénés, surtout. dans la Monomanie. Tout est. chimérique chez ces. malades : l’un se croit de beurre, de limons un autre dit son nez d’une longucur démesurées un troisième prétend avoir des
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serpens, des grenouilles daris Je ventre, on porter des cornes sur la tête. Le grammairien Aïrtemidor fut tellement saisi en voyant inopinément un erocodile vivant qu'il s’imaginait que l’animal lui avait mangé le pied gauche ‘et la main du même côté (1).
Le poëteTorquato T'asso éprouva un singulier délire en plein jour, il croyait voir un fantôme qui se présentait à lui à dés époques différentes. Oû tachait en vain de fui démontrer que sa vision n’était qu'un jeu de limagination: Au milieu d’une conversation qu'il eut avec son ami Manso, il crut voir son prétendu esprit; lui adressa la parole, et ne finit ses discours qu'avec la disparition du fantôme. Manso ne vit.que le soleil qui donnait sur une des croisées de la chambre de son ami (2),
On a remarqué que la monormanie est très fréquenté parmi les individus chez lesquels l’imagipation est naturellement très développée.
Le trouble de l’imagination est à son plus haut degré dans le suicide, dans la panophobie, et dans la monomanie joyeuse et chimérique,
Dans la manie l’imagination est exaltée, mais elle y présente un Caractère de mobilité extrême.
Dans la démence, l’imagination est éteinte,
Dans l’idiotie, elle n’a jamais existé,
L'on peut, dans la cure des aliénations mentales, rer de grands avantages , en mettant en jeu l’ima-
gi-
(1) Colins Aurel. Lib. [ Cap: 5.
(2) J. Coole Life of Tasso. pag. 48.
ŒCRE
gination. Cette méthode curative embrasse toutes les distractions qui se composent d’un travail de l'esprit dont les arts et les sciences sont les chefs principaux. On aura cependant toujours en vue le caractère dominant du déhre.
C’est dans la monomanie que cette cure peut trouver les plus grandes applications. Dans la manie, elle pourrait avoir des suites funestes, vû la grande mobilité qui caractérise les opérations intellectuelles. On en sentira le peu de succès dans la démence et dans l’idiotie.
Tout l’avantage de cette méthode curative consiste dans le choix de l’agent qu’on destine à éveiller l'imagination du malade. Jamais on ne perdra de vue, que le vice de cette faculté est un foyer d’où pullulent une foule de désordres de l’organe intellectuel: par conséquent, une prudence extrême doit ici guider le médecin.
V’oionté.
La volonté est'une détermination de l’ame vers de certains actes ; une passion active, indéfinissable par sa nature, reconnaissable seulement par ses phénomènes. Elle n'est point du domaine des sensations pures et simples, et s’en distingue parcequ’elle suppose une action qui émane du centre intelleciuel et se dirige dans les idées, ou dans les muscles volontaires; tandis que les sensations externes ou viscérales vont de la circonférence au centre. Mais veut-on sentir plus que le sentiment ne nous
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donne, le centre intellectuel agit et tâche de pro= longer la sensation, ou de la rendre plus vive, en y dirigeant la volonté. On conçoit , par R, quelle part cette faculté prend à l'attention.
L'influence de la volonté est moins générale sur le jugement qu’on ne serait en droit de le croire; et pour prouver que le jugement en est un acte distinct, on n’a qu’à observer qu’il ne nous est pas libre, quand nous sentôns des rapports, de ne pas Jes sentir tels qu’ils sont. |
La volonté est plus souvent la conséquence du jugement ou du raisonnement ; mais alors le plaisir ou la douleur en sont les plus grands moteurs.
Si la volonté a quelque empire sur la mémoire, elle ne peut exercer cette influence que par la liaison des idées. |
La volonté a une influence manifeste sur l’imagination. |
Le grand but de cette faculté est de diriger la locomotion.
On doit encore considérer, dans la volonté, la liberté morale qui est, comme le dit fort bien La Romiguière (1),le pouvoir de vouloir ou de ne pas vouloir après délibération. Elle enfante la bonté, la générosité ,» la reconnaissance et leurs contraires.
De la volonté aux passions il n’y a presque pas de distances et comme le plaisir et la douleur sont
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(1) C. 1. ouvrage cité.
les mobiles des dernières, ces deux sensations sont également les principaux excitateurs de la volonté.
La volonté, chez quelques individus, est portée à un point d'énergie an delà de toute croyance: c'est ainsi que j'ai vu cautériser toute la surface postérieure des extrémités inférieures d’un homme paralysé de es parties, sans qu’il iémoignât la moindre douleur pendant que durait lopération.
Cette faculté éprouve dans les aliénations mentales des aberrations notabless mais c’est toujours la perversité dans les sensations qui, tout en bouleversant l’ordre naturel du jugement, doit être envisagée comme la source d’où dérive le trouble de la volonté.
Il y a des cas de folie où l’homme est dépourvu de volonté: par ex. dans ces espèces d’idiotie où l’aliéné n'existe que végétativement; sans sensations, sans raison, sans mémoire , Sans passions, il ne vit plus comme animal, et encore moins comme homme.
Avant de finir ces considérations, je dois dire un mot de l’imnitation.
L'homme et un grand nombre d’animaux sont doués de ce singulier attribut. (C’est une source de maux, de bonheur, de sagesse et de malheurs. Des philosophes ont nommé l’homme un animal d'imitation par excellence, et ont démontré que limitation ést le mobile de presque tous les actes de la vie civile, de l’éducation, des mœurs. On y trouve les actes les plus étranges. Que je voie souffrir un homme , dans le moment même, une
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sensation pénible se fait sentir dans tout mon individu: il pleure, je pleure également. Deux, trois, qnatre individus rient aux éclats, et moi, étranger au motif qui les fait agir ainsi, je dois m'armer d’une forte raison, pour ne pas éxécuter le mème acte. Un enfant recoit, pour compagnon, un autre enfant qui bégaie, et peu de temps s’écoule qu'il ne soit atteint du même vice dans le langage. Les révolutions politiques, les sectes quelconques se composent toujours d’une immense foule d’individus qui n'’agissent que par imitation. Le public au spectacle n'est-il pas une ma chine d'imitation ? Il applaudit, il désapprouve selon l'intention de la masse générale. Que sont les modes sinon des folies d'imitation ? N’a-t-on pas vu des épidémies de folie, de suicide, d’épilepsie ; et d’autres affections transmises par la seule voie de l’imitation? Les filles de Millet, dont parle Plutarque, n'’étaient-elles pas dans ce cas ? Kaau Boerhaave rapporte un exemple singulier d’imitation. Un écossais du côté d’Aberdeen à Strachebuüge était porté, par un mouvement involontaire, à imiter, tous les gestes qu’on faisait devant lui. Ilse découvrait, ou se couvrait la tête selon qu’il le voyait faire, et cela avec une promptitude étonnante, Cet individu, quand il paraissait en public, était forcé de fermer les yeux de crainte d’exécu -
ter ce singulier automatisme (1).
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(1) Impetum, faciens Hipp. auct, K, Bocrhaave, pag. 345. 1745.
On seui Zien que l'imitation doit être le partage des hommes à jugement faible: c'est ce que les faits attestent. Les idiots, les sliénés en démence sont singulièrement enclins à limitation. Nombre de ces malades répètent précisémeut les mots qu'on leur adresse, et exécutent les mêmes actions qu’on fait en leur présence. Je connais un maniaque qui a été mordu aw pouce par un autre aliéné; depuis ce temps, il ne fait que mordre les autres. Voyez encore les enfans: chez eux l’imita-
tion est à un haut dégré: les femmes n’en sont pas exceptées.
Passions de l'ame.
Les passions résident-elles dans le cerveau, existent-elles dans les viscères ?
Cette question a fait le sujet d’intarissables discussions, et l’on peut dire que la science à fort peu gagné de ce côté. On a fait dériver les passions tantôt du cerveau, et tantôt des organes internes. Je ne puis y voir qu'un acte cérébral, qu'une puissance de l’entendement aux ordres des viscères, aux ordres de toutes les parties vivantes de l’organisme. La cause des passions peut résider dans les viscères ; mais l’homme, en fuyant la douleur, en cherchant le plaisir , en songeant à la conservation de son individu et de son espèce, n’agit que par son centre intellectuel. Si quelqu'un m'adresse des injures, me porte des coups, ou me fait souffrir d’autres outrages, ce sont les sens externes qui
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( 257 ) se trouvent primitivement affectés: ils transmettent cette sensation au centre sensitif qui réagit à son tour, et conduit la volonté dans les muscles, ou dans d’autres facultés intellectuelles.
Mais, dit-on, le cœur palpite; l’homme vomit dans les passions; le sperme accumulé dans les vésicules séminales, la privation d’alimens, un vice organique dans les viscères etc. donnent lieu aux pas. sions de l’ame; la grossesse, l’hystérie, la chlorose et d’autres affections provoquent les désirs les plus étranges; un foie gros, volumineux, obstrué dispose à la mélancolie; nombre d'animaux dépourvus de cerveau montrent évidemment des passions. Le langage vulgaire dit: un bon cœur, une mauvaise tête. En établissant l’origine de Ïa plüpart des passions dans les viscères, on a dit vrais mais on aurait dü voir que, si l'estomac, l’utérus, le foie , le cœur ,les viscères ,les vaisseaux spermatiques, par une modification de leur sensibilité , excitent des passions, ces dernières ne résident point dans les viscères ; mais que c’est seulement la cause qui les provoque qui s’y trouve. La passion est toujours un acte cérébral; elle engendre des idées, une grande sensation , des mouvemens ou des prostrations musculaires. Si l’on place les passions dans les viscères, on a droit d'exiger qu’on les mette dans l'œil, dans l'oreille, dans le tact, en cas que la vue d’un objet hideux, que des injures recues, des douleurs &c. donnent lieu à ces affections. Ce sont donc lestomac, le foie, ou d’autres organes qui transmettent, au centre intellectuel, comme le
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feraient l'œil, l'oreille ou tout autre sens, des sen= sations qui y sollicitent les passions proprement dites.
Ainsi, on ne peut voir dans toute passion, que des séries d'idées portées hors de Finfluence de la raison, Voyez cette femme: jalouse qui accuse son amant, son mari d’inconstanee ; son regard est vif; son maintien est assuré ; les paroles lui découlent de source; l’indignation, la fureur, le rire sardonique sont peints sur son visage; mais tout cet ensemble de phénomènes ne me dénote qu’une action vive des sensationss Si les traits de cette femme sont animés, c'est l'influence nerveuse eérébrale qui y préside; si son œil est perçant, sisa démarche est assurée, si ‘elle rit, si elle pleure, c’est aux nerfs cérébraux vivement irrités qu'on doit attribuer ce phénomène. Cet homme quis’afflige sur la mort de son épouse, de ses enfans, ow sur l’absence de son pays, ne me fait voir qu'une suite d'idées qui émanent de la perte d'un stimulus auquel les sens étaient habitués. Il est vrai que les passions provoquent parfois. de violens troubles dans les viscères; mais, il est impossible de supposer, pour ce motif, que les passions résident dans ces mêmes organes: cene sont pas l’estos mac, le foie, l’utérus, ou le cœur qui pensent, qui sentent, mais ces organes peuvent déterminer le cerveau à penser, à sentir avec violence, avec désir où aversion ; et'le cerveau, à son tour, lorsqu'il est vivement excité , peut communiquer cette irritation à toutes les parties avec lesquelles ia des
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liaisons. Les parties avec lesquelles il sympathise seront les premières à se ressentir de cette influence.
Les passions retentissent non seulement dans les viscères, mais cet effet est encore sensible même dans les sens. N’a-t-on pas vu des hommes insensibles à toute douleur physique dans la colère, dans la joie violente? N’a-t-on pas vu des aveugles recouvrer la .vue, et d’autres perdre ce sens dans les yviolens transports de l’âme ? L'homme en fureur ne perd-il pas souvent la parole; les forces musculaires ne lui sont-elles pa$, dans nombre de cas, rayvies comme par enchantement ? On voit donc bien que le trouble des viscères émane de la forte irritation que recoit toute l’économie ‘animale de la part du cerveau: et que, Déean des sensations externes est aussi frappante dans les PASIORE que l’est celle des organes-internes.
Je le répète: il est impossible de songer à une passion sans y voir un travail intellectuel, des séries d'idées, des sensations et la volonté. Voyons les passions amoureuses : les sensations y existent à un degré bien élevé, le jugement y est affaibli ou presque nul; mais l'imagination, au contraire, s’y trouve très développée. En général, les sensations sont plus vives dans les passions agréables; la vue y est parfois d’une précision remarquable; lPouie y est fine au dernier point; toutes les actions musculaires y sont énergiques. Il en est de mème de l’imagination. Dans la frayeur, l’homme enfante parfois les idées les plus hardies, les plus