SECTION DEUXIÈME
Des moyens qui agissent sur l'imagination et nourrissent l’aliéné dans son délire.
D. exemples nombreux’ attestent combien la méthode curative qui fait le sujet de cette section, à été couronnée de succès. Elle demande cependant, de la part de celui qui en fait l’application à la folie, de la prudence et un rigoureux discérnement. On n’a pas encore, par des règles fixes, su établir jusqu’à quel point le moyen moral dont il s’agit est susceptible d’etre mis en usage. Je n’entreprendrai point de remplir ce vide. Tout, dans cette cure, doit être basé sur les circonstances; car tant de variétés se présentent dans le délire, qu’il est vraiment impossible d’en connaître toutes les nuances, et encore moins d'indiquer les limites de ses diverses méthodes curatives.
Dans la section précédente, nous avons fait mention de tous les moyens moraux qui sont à même d’endormir ou d’offusquer la pensée morbide: ici, nous remplissons une tout autre indication; nous nourrissons le malade dans ses chimères. Les distractions peuvent agir de concert ayec cette Cure ;
miais
mais, jamais celle-ci ne saurait se joindre aux disstractions.
… L'usage des moyens moraux dont il s’agit doit être très limité dans l’aliénation mentale; il ne s'adapte qu’à quelques variétés de la monomanie : c’est lorsqu'on voit que les fonctions intellectuel les, pour le reste, sont en bon état; lorsqu'on connaît la source du mal, et que l’on entrevoit que, par un stratagème, on dissipera le délire : que dis-je, ces moyens donnent la plus grandeespérance de succès. Dans la nostalgie, ils ne puurraient être que nuisibles ; le misantrope en recevrait de funestes ‘atteintes, et le suicide n’y verrait que des raisons pour accomplir son malheureux dessein ; les mauvais effets n’en seraient pas moins à craindre dans l’hypocondrie, et dans la monomanie érotique.
Lemnius rapporte le fait suivant (1).
Un aliéné refuse de Emanger, parcequ’il se dit mort. On s’épuise en moyens, pendant plusieurs jours, pour lui faire avaler quelque nourriture ; vains eflorts : le malade ne cesse de soutenir qu’un mort ne mange point. On imagine, en dernière ressource, de faire venir dans sa chambre des individus affublés d’un drap blanc , et de les y faire manger en sa présence. Ce stratagème est éxécuté ; les fantômes entrent dans la chambre du malade et mangent de bon appétit d’un diner qui leur est offert. Frappé de cette scène étrange,
la-
(1) De Moder, L, I. C. 6.
l’aliéné s’emprésse de demander le motif d’une telle visite. Les nouveaux convives lui font compren= dre qu’ils sont des homiïmes qui ont cessé de vivre, et qu'ils viennent rendre visite à leur nouveau confrère : ils n’oublient pas de l’iniviter à partager avec eux le diner. Le malade est stupéfaits il hesite, et finit par dire qu'il ne savait pas que les morts pouvaient manger, Il se met à table, mange d’un appétit vorace tb, après un long sommeil, il ést délivré de son délire en se trouvant vivant.
Un célèbre médecin et magistrat d'Amsterdam, Tulp, nous a laissé l’histoire d’un peintre qui croyait ses os de cire. Pour pouvoir mieux le guérir, ce médecin assura à l’aliéné qu’une telle affec< tion était parfaitement connue des hommes de l’art, et pourvu qu'il voulût se prêter à ses conseils, à lui promettait une guérison assurée et durable. Le malade fut exact à obéir, et guérit dans les sept jours, temps prédit pour son rétablissement complet (1).
Gatianar guérit une femme qui croyait avoir des grenouilles dans le ventre, en lui donnant ün purgatif, et en mettant, sans qu’elle s’en apercçüt, dans ses déjections alvines, des grenouilles vivantes (2).
On rapporte, dans le Dict. des Scienc. Médic. qu’un particulier se persuadait que ses ennemis V’avaient dépouillé de toute sa fortune. Le malade devient triste, morose et refuse de manger,
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